Autre VOIE pour soigner la Bipolarité : la PROTEOMIQUE

 

 

 


Autre VOIE pour soigner la Bipolarité : la PROTEOMIQUE

 

http://www.lanutrition.fr/communaute/opinions/interviews/philippe-marin-une-nouvelle-voie-pour-traiter-les-troubles-de-lhumeur.html


Philippe Marin : "Une nouvelle voie pour traiter les troubles de l’humeur"

•Le Dr Philippe Marin est chercheur au CNRS. Son équipe à l’institut de génomique fonctionnelle de Montpellier s’intéresse à la sérotonine, ce fameux neurotransmetteur impliqué dans de nombreux troubles de l’humeur. Elle vient de mettre en évidence une nouvelle voie de la régulation de la sérotonine qui permettra peut-être de développer de nouveaux médicaments contre les troubles de l’humeur.


Aline PÉRIAULT - Mardi 25 Mai 2010
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 dépression, sérotonine

 

La sérotonine joue un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur mais aussi dans certains troubles psychiatriques. Un manque de ce neuromédiateur peut être à l’origine d’une dépression, d’anxiété ou encore d’agressivité. C’est pourquoi de nombreux antidépresseurs et médicaments contre les troubles de l’humeur ont pour but de faire remonter le taux de sérotonine en agissant sur les récepteurs ou les transporteurs de ce neuromédiateur. C’est notamment le cas du fameux Prozac qui fait partie des « inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine » (ISRS). Ce médicament empêche en effet la sérotonine d’être « recaptée » par le neurone, augmentant ainsi le taux de ce neuromédiateur dans la fente synaptique.

 

L’équipe du Dr Philippe Marin a découvert une autre voie permettant de moduler l’activité du transporteur de la sérotonine en utilisant une approche récente : la protéomique. Explications.

LaNutrition.fr : quel était le point de départ de vos recherches ?
Dr Philippe Marin : Lorsque le transporteur membranaire de la sérotonine est trop actif, les gens souffrent d’un déficit en ce neurotransmetteur. L’objectif dans ces cas-là est donc de diminuer l’activité de ce transporteur pour augmenter le taux de sérotonine. Au lieu de nous intéresser directement à ce transporteur nous sommes partis de l’hypothèse suivante : le fonctionnement du transporteur implique d’autres protéines qui modulent son activité. Nous avons donc cherché ces fameux partenaires.

 

Comment avez-vous procédé ?
Nous avons utilisé une approche appelée la protéomique. Cette discipline a fait son apparition au début des années 2000 grâce à l’essor de la génomique et aux progrès réalisés dans la spectrométrie de masse. La protéomique permet en fait d’identifier et de quantifier les protéines. Nous avons été « pêcher » les partenaires associés au transporteur de la sérotonine, et c’est là que nous avons découvert que ce dernier était lié à une protéine appelée la NO-synthase neuronale, une enzyme responsable de la synthèse du monoxyde d’azote dans le cerveau.

 

Et vous vous attendiez à « pêcher » justement cette protéine ?
Pas du tout, c’est justement le principe de la protéomique, c’est une approche à l’aveugle, sans a priori. En revanche nous nous sommes aperçu a posteriori que la littérature scientifique décrivait en effet des connexions entre le transporteur de la sérotonine et la NO-synthase. Par ailleurs on sait que le monoxyde d’azote est lui-même impliqué dans la régulation de l’humeur.

 

Comment avez-vous fait pour confirmer que cette interaction joue bien un rôle sur l’humeur ?
Nous avons mis au point un peptide qui « bloque » cette interaction et avons administré cette substance à des souris. Ce peptide a la capacité de se fixer sur le site d’interaction entre les 2 protéines, il agit donc comme un leurre. Il entre en compétition avec la NO-synthase pour le site de fixation. Au final l’interaction entre le transporteur et la NO-synthase est moins forte et la recapture de la sérotonine augmente. Cela signifie bel et bien que l’interaction entre le transporteur de la sérotonine et la NO-synthase agit sur le taux de sérotonine. Nous allons maintenant tester si ce peptide rend les souris dépressives, agressives et anxieuses. Désormais tout le problème est là : nous savons diminuer l’intensité de cette interaction, mais cela n’a pas grand intérêt au niveau thérapeutique. Ce qu’il faudrait, ce serait au contraire pouvoir renforcer cette interaction pour aboutir à une augmentation du taux de sérotonine et obtenir l’effet antidépresseur recherché. Il reste de nombreuses étapes avant de pouvoir parler de développer un médicament, mais cette découverte ouvre des perspectives de nouvelles cibles thérapeutiques.

 

Quel intérêt de cette technique par rapport aux thérapeutiques classiques comme les médicaments antidépresseurs ?
Rappelons que les antidépresseurs actuellement sur le marché ont des effets secondaires très importants. En jouant sur les interactions entre ces protéines on peut espérer obtenir une modulation plus fine et donc des effets thérapeutiques plus subtils et moins d’effets secondaires. Par ailleurs près de 30 % des patients présentent une absence de réponse à tous les traitements antidépresseurs disponibles. En augmentant les cibles thérapeutiques potentielles nous augmenterons les chances de réponse au traitement. C’est l’espoir d’obtenir un jour un traitement efficace pour ces patients qui n’en bénéficient pas.

 



24/07/2011
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