Danton (film, 1983)

Danton (film, 1983)

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Danton est un film franco-polonais d'Andrzej Wajda sorti en 1983.

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Synopsis [modifier]

Paris, dans un printemps 1794 qui semble glacé : les premiers plans montrent des sans-culottes se réchauffant près d'un brasero. Depuis septembre 1793 c'est la première partie de la Terreur, où la faction perdante, ici les moins extrémistes, est menée à la guillotine.

Le député montagnard Danton a quitté sa retraite d'Arcis-sur-Aube et gagné Paris pour appeller à la paix et à l'arrêt de la Terreur. Populaire, appuyé par la Convention et des amis politiques qui ont de l'influence sur l'opinion (le journaliste Camille Desmoulins), il défie Robespierre et le puissant Comité de salut public. Danton, présenté comme un bon vivant, est impliqué dans plusieurs affaires de corruption, dont celle de la Compagnie des Indes : mais Robespierre refuse d'abord de le mettre en accusation, craignant la colère des classes populaires qui ont porté la Révolution. C'est une entrevue avec son adversaire, véritable huis-clos mettant à jour les divergences politiques et les caractères irréconciliables des deux leaders de la Révolution, qui consomme la rupture. Sur proposition de Robespierre, le Comité déclare Danton et ses amis d'arrestation.

Durant la parodie de procès qui suit cette décision, Danton use de son éloquence pour défendre le groupe accusé et pousser le Tribunal révolutionnaire, incarné par le Grand accusateur Fouquier-Tinville, jusque dans ses derniers retranchements. Sans témoins, sans possibilité de se défendre ni temps de parole accordé, les dantonistes s'adressent à la foule qui assiste à l'audience (« Peuple français... ») et leur manifestent de la sympathie : le Tribunal utilise alors un décret pour les exclure un par un du débat. Le groupe est emprisonné, Desmoulins rejette la visite de Robespierre qui voudrait l'épargner, et tous sont guillotinés le 5 avril 1794.

Les scènes finales montrent un Robespierre inquiet et indécis, rappel de la prophétie de Danton lors de leur entrevue : le premier d'entre eux qui tombe entraîne l'autre, et la Révolution avec lui.

Commentaire [modifier]

Le film est une œuvre doublement historique : à travers l'évocation du printemps 1794 de la Terreur, Wajda a surtout fait un film sur la Pologne de 1982. Andrzej Wajda restitue avec une précision documentaire les décors, les costumes et accentue l'atmosphère oppressante de Paris en mars-avril 1794 sous la Terreur. Mais il détourne ce contexte historique - avec parfois des anachronismes et des modifications - pour dresser un portrait politique de la Pologne en 1982, au moment où le régime communiste vient d'interdire le jeune syndicat Solidarnosc et d'arrêter ses principaux dirigeants. En ce sens, il ne s'agit pas d'un film historique sur Danton. François Furet écrit toutefois : "le miracle de ce film, c'est qu'il n'est jamais anachronique, bien qu'il ne cesse, à travers Danton et Robespierre, de nous parler d'aujourd'hui (de la Pologne en 1982)". (Nouvel Observateur, 14 janvier 1983)

L'homme de la rue contre l'homme du pouvoir [modifier]

L'œuvre est construite sur l'opposition entre deux hommes, Danton et Robespierre, qui incarnent deux visions différentes de la Révolution : le premier veut arrêter la Terreur, le second souhaite la prolonger et conserver l'exécutif aux comités. Derrière ces personnages historiques se profile le duel de deux autres hommes, le syndicaliste Wałęsa et le général et homme d'État Jaruzelski : Walesa, à la tête de son syndicat Solidarité, gagne en puissance à mesure que la population polonaise se détourne du régime communiste; il devient donc menaçant pour le pouvoir en place incarné par Jaruzelski. On peut aussi y lire en filigrane les données du débat qui oppose dans l'historiographie française de ses années, deux interprétations opposées de la Révolution française (thèses de Mazauric-Soboul contre celles, ici défendues, de François Furet).

Comme dans la scène du procès où accusateurs et accusés prennent peu à peu l'assistance pour seul juge, les deux camps se réclament du peuple : Robespierre-Jaruzelski est représenté comme l'homme de gouvernement qui a établi la dictature des comités au service du salut de la nation ; mais Danton-Walesa défie le Comité de salut public, conscient de détenir le pouvoir véritable : la popularité et l'adhésion de la rue lassée par un régime de transition qui prétend se succéder indéfiniment à lui-même.

Le film n'hésite pas à plier les identités historiques au service de cette comparaison : la scène de l'entrevue entre les deux hommes s'est en réalité faite à l'initiative de Danton. D'autre part la représentation d'un Danton défenseur et idole du petit peuple ne cadre pas avec le statut social du véritable Danton (bourgeoisie de robe, homme enrichi ) qui était en outre moins apprécié des militants populaires que Robespierre, « l'incorruptible ».

Les « scènes doubles » [modifier]

Au-delà du général Jaruzelski, Wajda vise le stalinisme à l'œuvre dans les démocraties populaires d'Europe de l'Est et dénonce l'encadrement de leurs sociétés. Certaines scènes appellent cette double lecture, avec quelquefois des anticipations et des entorses historiques : le message à caractère politique éclipse alors la reconstitution du cours de la Révolution. Par ordre d'apparition :

  • Le rationnement et le pain manquant, scène d'attente devant la boulangerie : les files d'attentes interminables sont alors fréquentes dans la Pologne des années 1980.
  • Les Parisiens qui cessent de parler politique quand un membre des sections apparaît : référence directe à une population étroitement surveillée par les membres du Parti. De même, Danton prononce à un moment l'expression anachronique de « police politique » .
  • L'imprimerie saccagée du Vieux Cordelier, journal de Camille Desmoulins : les militaires ont pris le contrôle de la télévision polonaise en 1981 ; plus largement, c'est l'absence des libertés (de presse, d'opinion) dans les démocraties populaires de l'Est qui est esquissée par cette scène.
  • Le procès des dantonistes, arbitraire, expéditif et sans témoin : réplique des grands procès politiques et des purges staliniennes qui frappent les citoyens d'Europe de l'Est, y compris des membres en vue du Parti.
  • La prison et les chiens, les visages derrière les grilles sur le chemin de l'échafaud : c'est la répression qui est représentée ici.
  • Le tableau de David modifié à la demande de Robespierre, qui en fait retirer Fabre d'Églantine, l'un des accusés du procès : (doublement inexact historiquement[1]) référence à l'encadrement de l'art par le pouvoir en place (voir réalisme soviétique) et aux photos truquées de l'URSS stalinienne sur lesquelles les militants en disgrâce sont effacés.
  • La scène finale, un enfant récitant d'une voix monocorde les textes législatifs qu'on lui a fait apprendre par cœur : c'est sur cette vision pessimiste de création d'un nouvel homme révolutionnaire, ou d'embrigadement d'une jeunesse jusque dans sa mémoire, que se clôt le film de Wajda.
  1. La toile de David en question -Le serment du jeu de Paume -fut commencée plus tôt et achevée bien après le procès de Danton et Fabre d'Églantine ne fut pas un des députés des États-Généraux

Citations du film [modifier]

La véracité historique de ses citations reste à voir, parce que l'auteur adapte le film à la situation politique de la Pologne en 1983 :

« Si vous voulez faire de la pauvreté une vertu de la révolution alors parlez-en à Robespierre »
    — Danton

« Il n'est pas bon que les mêmes hommes gouvernent très longtemps »
    — Danton

« ... Non je ne disparaitrais pas, je parlerai, je suis immortel »
    — Danton

« Trois mois ou plus, tout va s'écrouler »
    — Robespierre

« Le poids de ce crime t'écrasera Robespierre »
    — citoyen dans le Tribunal révolutionnaire

« La Révolution est comme Saturne, elle dévore ses propres enfants. [2] »

« Les hommes ont des droits tant qu'ils les défendent. »

« Danton - Nous retournerons à notre vie modeste et paisible..., Un citoyen - Vous retournerez à votre vie paisible, et nous retournerons à notre vie modeste. »

Fiche technique [modifier]

Distribution [modifier]

Autour du film [modifier]

Deux pièces de théâtre ont directement inspiré l'œuvre de Wajda :

Récompenses [modifier]

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Maurice Agulhon, « La Révolution française au banc des accusés », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1985, v. 5, n°5, pp. 7-18 (sur les débats suscités par la sortie du film dans les milieux intellectuels français).
  • (en) Mieczyslaw Szporer, "Andrzej Wajda's Reign of Terror," Film Quarterly, 37, hiver 1983–84, pp. 27–33.
  • Analyse du film par François Furet, Nouvel Observateur, 14 janvier 1983 (repris dans : Un itinéraire intellectuel, ed. Mona Ozouf, Calmann-Lévy, 1999, p. 286-290)

Liens externes [modifier]


Notes [modifier]

  1. La toile de David en question -Le serment du jeu de Paume -fut commencée plus tôt et achevée bien après le procès de Danton et Fabre d'Églantine ne fut pas un des députés des États-Généraux
  2. Repris d'un discours de Vergniaud devant le Tribunal révolutionnaire


28/08/2007
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