Église catholique et sexualité

Église catholique et sexualité

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L'Église catholique a un discours fort (et souvent perçu comme dérangeant et à contre courant) sur la sexualité: La chasteté (à ne pas confondre avec l'abstinence) est une vertu, alors que la luxure (plaisir sexuel recherché pour lui-même) est un péché capital, et de ce fait la masturbation, la fornication et la pornographie sont condamnées. L'image qui s'en dégage est celle d'une vision idéalisée à caractère fortement restrictif de la sexualité, issue d'une époque alors jonchée d'interdits.

La citation suivante s'inscrit en faux contre cette image : "Le christianisme, le catholicisme, n'est pas une somme d'interdits, mais une option positive. Et il est très important que cela soit à nouveau visible, car aujourd'hui cette conscience a presque totalement disparu"(Benoît XVI).[1]

Dans sa doctrine officielle, l'Église catholique ne lie pas seulement la sexualité à la procréation au sein du mariage, mais aussi comme le moyen de parfaire l'unité entre les époux, moyen auquel contribue directement le plaisir sexuel. L’Eglise reconnaît que la sexualité « est une bonne chose », mais peut aussi conduire l'homme à s'asservir lui-même, quand il la recherche pour des fins égoïstes. Pour échapper à ce danger, elle considère que la relation sexuelle doit être vécue comme un don total de soi même: pour atteindre la vérité intégrale et authentique de cette relation, l'être humain ne doit pas se « prêter » à un échange sexuel, mais se « donner » entièrement dans un tel échange. De ce fait, elle considère que la communion de deux corps ne faisant plus qu’un ne peut pas se vivre sans un engagement de vie commune - de même qu'un don ne peut pas être repris.

Sommaire

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La vision de la sexualité par l'Eglise Catholique [modifier]

Pour la religion catholique, la sexualité est un don de Dieu: Dieu a créé la sexualité; Dieu a créé le plaisir sexuel; et pour reprendre les premières lignes de la bible, la sexualité et le plaisir sexuel sont quelque chose de « très bon ».[2] La sexualité est dans le dessein de Dieu, et est « très bonne » si elle est accomplie d'une manière conforme à ce pour quoi elle a été créée.

Historiquement, cependant, l'Eglise catholique a eu une position ambigüe sur la sexualité. Elle s'est battue contre certains courants qui négligeaient le corps et la sexualité (manichéisme, arianisme, catharisme, puritanisme, jansénisme, etc. ). Inversement, elle a fait preuve dans l'histoire (et continue dans une certaine mesure) d'entretenir bon nombre de tabous sexuels rigides.

Théologie du Corps, développée par Jean-Paul 2 [modifier]

Sur ce sujet, Jean-Paul II a développé tout un enseignement sur la vision catholique de la sexualité au cours de plus d'une centaine d'audiences hebdomadaires entre 1979 et 1984. Il a développé une théologie du corps. George Weigel – un auteur américain qui a écrit une biographie du pape – a qualifié cette théologie du corps de « bombe à retardement théologique » qui « sera probablement regardée comme un tournant, non seulement dans la théologie catholique, mais aussi dans l'histoire de la pensée moderne ».[3] Depuis, de nombreux auteurs ont taché d'analyser et de développer la pensée de Jean-Paul II sur la sexualité (cf bibliographie).

L'Eglise reconnaît que les personnes mariées ont droit au plaisir sexuel, mais insiste également sur le lien à la fécondité: « L'homme et la femme sont faits l'un pour l'autre afin que l'humanité continue à vivre(Benoît XVI) »[4]


Thèmes litigieux sur la sexualité [modifier]

Homosexualité [modifier]

La position de l'Église catholique concernant l'homosexualité est clairement définie, malgré les revendications de quelques groupes militants en son sein. Elle considère les pratiques homosexuelles ne rentrent pas dans le plan originel de Dieu, et ne sont pas moralement acceptables.

Cette condamnation ne porte que sur la pratique homosexuelle, non sur la pulsion qui peut y conduire. L'Eglise reconnaît en effet que l'orientation sexuelle peut relever de circonstances dont la personne n'est pas responsable, et qui n'engagent pas sa responsabilité.

L'église respecte les personnes homosexuelles et leur recommande, comme à toutes les personnes célibataires, de demeurer chaste dans la continence.

Contraception [modifier]

L'Église insiste sur l'idée que la sexualité, pour ne pas être pervertie en un plaisir vécu pour lui-même, doit en principe rester ouverte à la possibilité de la fécondité.

Depuis l'encyclique Humanae Vitae de Paul VI, l'Église recommande les méthodes naturelles et a posé solennellement l'interdiction des méthodes artificielles de régulation des naissances.

Contrairement à ce que disent ses détracteurs, cette interdiction porte sur la fin (il ne faut pas, par principe, refuser la procréation), et non directement sur le moyen (préservatif ou pilule contraceptive). L'utilisation d'un moyen de contraception pose effectivement un problème de principe, et doit conduire à un examen moral, mais elle reste légitime quand sa finalité est elle-même moralement acceptable. C'est notamment le cas quand un préservatif est nécessaire pour éviter une contamination (ce qui est évidemment le cas du SIDA), ou quand une grossesse mettrait en danger immédiat et certain la vie de la mère. [5]

L'Église insiste sur le fait que la sexualité doit être responsable, et ne doit pas conduire à des naissances qu'il ne serait pas possible d'assumer, en particulier sur le plan économique. Dans la mesure où une naissance peut être une lourde charge sociale, il est donc souhaitable de ne pas se mettre en position de la provoquer. L'abstinence périodique est pour cette raison légitime, et de plus, se révèle un facteur précieux de dialogue et de respect mutuel dans le couple.

Sainteté et préservatif [modifier]

Enfin, les fidèles ne dovent pas oublier que la norme affichée par l'Église est celle qui permet de juger les saints. Il faut rappeler avant tout que l'Eglise expose un "chemin de sainteté", c'est à dire un guide pour celui qui veut devenir saint (ce qui est en principe la vocation de tout baptisé). L'Église appelle tous les hommes sur le chemin de la sainteté; mais il appartient à chacun d'y répondre en fonction de ses possibilités réelles.

Dans ce contexte (celui du discours de l'Eglise), l'usage d'un préservatif est un indice montrant que quelque chose peut poser problème, et généralement la raison réelle (libertinage sexuel, refus de procréer,...) traduit une attitude qui "éloigne de Dieu", donc quelque chose que ne veut pas accepter quelqu'un qui veut être saint. Mais chacun y répond en fonction de sa moralité personnelle.

  • Pour ceux qui revendiquent une "liberté sexuelle" (indépendamment de la critique que l'Eglise en donne, qui la condamne), il est évident que l'usage d'un préservatif est fortement recommandée: ceux qui pratiquent le tourisme sexuel doivent mettre un préservatif, c'est même une responsabilité morale vis-à-vis de leurs partenaires.
  • Un catholique peut être plus ou moins avancé sur son chemin de sainteté. Si à son niveau il ne comprend pas en quoi l'usage d'un préservatif peut poser problème, il est admissible qu'il en emploie un en conscience, du moment que ce n'est pas un rejet de principe de l'enseignement de l'Eglise.
  • Enfin, un couple dont un membre aurait été contaminé par le SIDA peut évidemment continuer à avoir une activité sexuelle (puisque la sexualité est ordonnée non seulement à la procréation, mais également "au bien commun des époux") mais doit se protéger de la contamination. La solution dans un tel cas est évidemment de mettre un préservatif, sans aucun problème de morale.

Controverses en dehors de l'Eglise sur des positions de l'Eglise [modifier]

Controverse autour de l'opposition à l'usage du préservatif [modifier]

Le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du conseil familial pontifical du Vatican, a affirmé le 9 octobre 2003 sur la chaîne BBC que « parler du préservatif comme une sécurité revient à jouer à la roulette russe ». Il préconise de mettre un avertissement sur les boîtes de préservatifs[6].

En réaction, Catherine Hankins, conseillère scientifique en chef à ONUSIDA, a critiqué la position de l'Église catholique en ces mots sur BBC News Online : « Il est très malheureux que le Vatican propage ce type de désinformation. D'un point de vue technique, ces déclarations sont totalement fausses. Les scientifiques ont démontré que les condoms de latex sont imperméables. Ils empêchent la transmission du SIDA. »[7].

Les critiques de l'Église[8] affirment que son opposition à l'usage du préservatif joue un rôle néfaste, favorisant l'épidémie. On peut cependant souligner trois points nuançant cette vision des choses :

  • Les dons ne couvrent actuellement qu'une infirme part des besoins africains en terme de préservatifs.
  • L'Église préconise dans le même temps de ne pas utiliser de préservatifs, et d'être fidèle à son conjoint. La fidélité conjugale protège efficacement d'une infection sexuelle par le VIH, sauf si un conjoint est déjà infecté.[9]

Certains[10], proche de mouvements catholiques traditionalistes, soutiennent que ce sont les pays africains à majorité animiste, musulmane et protestante, qui ont le plus fort taux de prévalence du virus du SIDA. Les pays à majorité catholique sont tous en dessous de 10% de prévalence, tandis que les autres pays connaissent tous un taux compris entre 10% et 39%. Les seuls pays où la prévalence a diminué entre 1991 et 2001 seraient ceux à majorité catholique, l'Ouganda ayant même divisé ce taux par 2,5. Cependant cette étude est trop partielle pour en tirer des conclusions sur le lien entre religion et prévalence.[11].

Voir aussi [modifier]

Liens internes [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Jean-Paul II, Homme et femme il les créa : Une spiritualité du corps, Cerf, 2004. (ISBN 978-2204075893)
  • Yves Semen, La Sexualité selon Jean-Paul II, Presses de la Renaissance, 2004. (ISBN 978-2750900366).
  • Mary Healy, Hommes et Femmes Viennent d'Eden. La Theologie du Corps de Jean-Paul II, Beatitudes, 2006. (ISBN 978-2840242642)
  • Alphonse d'Heilly, Aimer en actes et en vérité, Saint-Paul, 1996. (ISBN 978-2850496660)
  • Olivier Florant, Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré : Pour une liturgie de l'orgasme, Presses de la Renaissance, 2006. (ISBN 978-2750901677)

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Benoît XVI entretien télévisé - 13 août 2006.
  2. En effet, dans la Bible, les chapitres 1 et de 2 de la Genèse racontent la création du monde et des êtres humains au point de vue théologique (ce n'est pas un récit historique). A la fin des autres jours, lors de la création du monde et des animaux, il est simplement dit « Dieu vit que cela était bon ». Au moment de la création des êtres humains, le passage (Genèse 1, 26-31) se termine par : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon ». Le qualificatif « très » n'est utilisé qu'après la création de l'homme et de la femme. Ceci montre que le monde a été considéré comme "très bon" après la création de la sexualité, alors qu'il n'était qu'imparfait avant.
  3. (George Weigel, Jean-Paul II, Témoin de l'espérance, Jean-Claude Lattès, 2005. (ISBN 978-2709627412), p. 427)
  4. Benoît XVI entretien télévisé - 13 août 2006
  5. L'usage du préservatif comme prophylactique, s'il n'est pas recommandé, est accepté par l'Église catholique. L'encyclique Humanæ vitæ L'encyclique Humanae Vitae sur le site du Vatican précise ainsi : « L'Église, en revanche, n'estime nullement illicite l'usage des moyens thérapeutiques vraiment nécessaires pour soigner des maladies de l'organisme, même si l'on prévoit qu'il en résultera un empêchement à la procréation, pourvu que cet empêchement ne soit pas, pour quelque motif que ce soit, directement voulu. »
  6. dépèche AFP rapportant les propos du cardinal Trujillo
  7. L'efficacité du préservatif n'est connue qu'approximativement et varie, selon les études disponibles, entre 60 et 90% environ. Ainsi une méta-étude du département médical de l'université du Texas en 1993 conclut à une efficacité de 69 % (étude de 1993 du département médical de l'université du Texas) tandis qu'une autre étude de ce même organisme donne 87% en 1999 (étude de 1999 du département médical de l'université du Texas)
  8. article de Christian LOSSON dans Libération, le jeudi 30 juin 2005
  9. Dans le cas où le conjoint est infecté, l'usage d'un préservatif devient légitime, pour que la sexualité puisse s'épanouir « pour le bien mutuel des époux » sans mettre en danger l'époux non contaminé.
  10. site personnel utilisant les données d'ONUSIDA
  11. Voir dossier de synthèse sur le SIDA en Afrique, à partir du rapport d'ONUSIDA 2004


31/08/2007
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