Et si votre ado souffrait de troubles bipolaires?

 

 

Et si votre  ado souffrait de troubles bipolaires?

25 Mars 2011 par Françoise Condat

Les premiers symptômes de ces troubles de l'humeur apparaîssent le plus souvent entre 18 et 24 ans. Attention : cette bipolarité peut avoir un retentissement affectif et social important.

 

 

|« Paul avait 15 ans quand il a fait une dépression grave qui nous a obligés à le faire hospitaliser en pleine année scolaire, raconte Florence, sa mère. Lorsqu'il est rentré à la maison, il allait bien, mais deux semaines plus tard il est devenu très agité. Il ne tenait pas en place, parlait sans cesse et très vite, riait pour rien, faisait des projets plus fous les uns que les autres et, surtout, il ne dormait que quelques heures par nuit sans accuser la moindre fatigue. Après cette période de dépression qui nous avait fait craindre le pire, il se comportait en être tout-puissant, mégalomaniaque, ce qui ne lui ressemblait pas du tout. Nous avons consulté un psychiatre spécialisé dans les troubles des adolescents. Après bien des tâtonnements, il nous a annoncé que Paul était bipolaire. Depuis, tout est devenu difficile. Pour lui, pour ses frères, pour nous. »

« Je ne reconnais pas mon enfant »


Longtemps appelés psychose maniaco-dépressive, les troubles bipolaires se caractérisent par une alternance d'épisodes ou pôles de dépression sévère et d'excitation maniaque entre lesquels le patient retrouve un fonctionnement normal que les pédopsychiatres nomment « intervalle libre ». C'est cette embellie au coeur de troubles graves de l'humeur et du comportement qui leur permet de faire la différence entre les troubles bipolaires et d'autres maladies psychiatriques telle la schizophrénie. En période d'intervalle libre, l'adolescent bipolaire va en cours, peut avoir d'excellents résultats scolaires, une vie sociale. Lorsqu'il va mal, que ce soit en période de dépression ou en phase maniaque, la vie quotidienne peut devenir un enfer pour lui et sa famille. « Alice avait 17 ans quand son psy a découvert qu'elle était bipolaire, raconte sa mère. Elle a d'abord fait une tentative de suicide puis, quand elle est entrée en phase maniaque, elle est devenue d'une violence extrême, levant la main sur moi. En même temps, elle s'est mise à fumer puis à consommer des drogues jusqu'au jour où la police l'a arrêtée. Elle draguait de manière éhontée dans la rue. »Car la désinhibition sexuelle est l'un des symptômes des troubles bipolaires chez l'adulte comme chez l'adolescent. Le patient se sentant tout-puissant en phase maniaque, il use de son pouvoir de séduction au point de prendre des risques : partenaires multiples, rapports non protégés…
"5 ans d'errance thérapeutique en moyenne avant de poser le diagnostic."
Enquête IPSOS/BMS 

Pourquoi cette pathologie ?

1 % des adolescents souffrent de cette maladie psychiatrique toutes formes confondues et 0,1 % de la forme la plus sévère. On ignore quelles sont ses causes. Les chercheurs évoquent des interactions très complexes entre l'inné et l'acquis, entre les gènes et l'environnement. Ils évoquent aussi une composante génétique bien qu'elle n'ait pas été chiffrée. Le risque de souffrir de bipolarité serait un peu plus élevé si l'on a un parent malade. Le diagnostic de la maladie est particulièrement difficile à poser chez l'adolescent car, hormis l'observation, l'écoute, le dialogue, le spécialiste ne dispose d'aucun examen complémentaire (analyses de sang, imagerie) capable de l'éclairer. À cette période de la vie parfois très bruyante, il ne peut fonder son diagnostic que sur les fameux intervalles libres, ces périodes de calme avant les tempêtes que sont la dépression sévère et la phase maniaque. Et sa réflexion peut prendre du temps car certains ados ne font qu'un ou deux épisodes gravissimes de dépression ou de manie dans leur vie, d'autres deux par an.

Une double prise en charge

Tous les psychiatres d'adolescents préconisent une double prise en charge des patients bipolaires. Celle-ci repose sur la prise de médicaments et la psychothérapie. L'adolescent et sa famille ont leur mot à dire dans cette décision thérapeutique. L'idéal étant d'avoir un psychiatre référent qui prend en charge le traitement médicamenteux, coordonne les soins, les hospitalisations parfois nécessaires, et un psychothérapeute qui permet au jeune de travailler sur son histoire et de réfléchir aux événements heureux ou malheureux qui l'ont rendu si fragile.
Trois types de médicaments peuvent être utilisés à différents stades de la maladie :
› Les stabilisateurs de l'humeur (thymorégulateurs), le plus souvent les sels de lithium, sont prescrits au long cours pour éviter les rechutes de la dépression et les accès maniaques.
› Les antidépresseurs permettent de limiter les périodes et l'intensité des phases de dépression.
› Les antipsychotiques sont surtout prescrits en phase maniaque pour calmer des symptômes telles l'agitation, l'angoisse, les hallucinations.

Quel est l'avenir d'un adolescent qui souffre de troubles bipolaires ?

« Il est très variable d'un adolescent à l'autre, constate le docteur Angèle Consoli*, et surtout fonction de la fréquence des épisodes de la maladie. Il dépend aussi beaucoup du fait que l'adolescent reconnaîtra ou non ses troubles car, dans le premier cas, il acceptera de se soigner alors que s'il est dans le déni il sera beaucoup plus difficile d'intervenir. Expliquer et persuader font partie du travail des psychiatres et pas seulement concernant les patients. Certains parents refusent d'admettre les troubles de leur enfant et les soins spécifiques qu'ils exigent. Comment alors éviter les récidives, la déscolarisation, les hospitalisations, la marginalisation ? C'est une véritable gageure par rapport à une maladie qui ne disparaît pas spontanément. »
* Pédopsychiatre, service du docteur Cohen, hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris.

Et les enfants ?

L'existence de troubles bipolaires chez l'enfant avant la puberté fait l'objet de bien des controverses. Y compris aux États-Unis où nombre de spécialistes considèrent que si la maladie existe, elle est rarissime. Constat également présent dans les quelques études réalisées en Europe, notamment en France. Certains enfants ont du mal à réguler leur humeur, leurs émotions. Ils peuvent avoir des réactions explosives que l'on observe dans d'autres pathologies mais il ne s'agit pas de bipolarité.

La bipolarité expliquée aux enfants

eBook
Le tap tap de ma maman écrit et illustré par Delphine Dy, consultable sur : www.delphinedy.com/livres/taptapmaman.

Quand consulter ?

Dès que le comportement de l'adolescent change, que ce comportement inhabituel se répète tous les jours et dure 2 ou 3 semaines avec, en alternance, une période de tristesse dont il ne se plaint pas, contrairement à l'adulte, une perte d'intérêt pour ce qu'il appréciait le plus, une chute des résultats scolaires, des troubles du sommeil et de l'alimentation suivis d'agitation, d'exaltation, d'irritabilité ou de joie anormale.

Qui et ou consulter ?

Un pédopsychiatre. Dans les hôpitaux pour enfants ou les CHU, dans un centre médico-psychologique (CMP).

De l'écoute


Fil santé jeunes : 32 24 d'un poste fixe ou 01 44 93 30 74 appel gratuit.
Paris Ado Services : accueil 24h/24 gratuitement. Tél. jour : 01 42 40 20 42. Tél. nuit : 01 44 52 03 34.
 

 



29/04/2013
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