Femme bipolaire : Mère et fille cyclothymiques

 

 

Mère et fille cyclothymiques

1/01/2008

Témoignages > Femmes bipolaires

Ma fille, 13 ans, me dit qu’elle pense être bipolaire comme moi
Je m’adresse à vous car je touche le fond en ce moment et ça ne s’arrange pas.(suite du témoignage déni folle ni possédée")

J’ai omis de vous dire lors de nos dernières consultations que mes rapports avec ma fille qui a 13 ans, sont désastreux. Je n’arrive pas du tout à gérer son comportement odieux, ces remarques incessantes. Que je lui pourri la vie, qu’elle en a marre de moi, que les autres maman sont comme si ou comme ça. Ces notes sont catastrophiques alors qu’elle a toujours été plutôt bonne élève, elle a sans cesse des problèmes avec ces "amies", ces professeurs, d’ailleurs je suis régulièrement convoquée car elle répond à ces professeurs, elle "négocie" avec eux apparemment, elle n’en fait qu’a sa tête. Elle parle aux adultes comme si elle était elle-même adulte.

C’est incroyable. Maintenant elle me dit qu’elle pense être bipolaire comme moi, qu’elle a lu quelques pages de votre lire et qu’elle se sent concernée. Cela m’étonne car elle a l’air plutôt joyeuse la plupart du temps, surtout quand elle obtient ce qu’elle veut de moi. Elle me dit qu’elle se cache pour pleurer à l’école mais qu’elle ne veut pas que les autres le voit donc elle met un sourire sur son visage et fait comme si de rien. Et aussi qu’elle a l’impression que personne ne l’aime alors qu’au fond, elle sait très bien qu’elle est aimée ; mais c’est ce qu’elle ressent. Avant-hier, je l’ai "corrigé" car elle a été plus qu’insolente avec moi, elle m’a littéralement éjectée de sa chambre et a commencé à préparer ces affaires pour partir. Elle dit qu’elle ne me supporte pas.

Vous savez, je ne peux pas mentir, j’ai pensé à la mort une bonne centaine de fois. Je me suis ratée plusieurs fois, et c’est vrai que je crois en Dieu et que j’ai peur, par moments, de me retrouver en enfer. Mais j’ai tellement l’impression que l’enfer est ici-bas ! Pourtant je sais qu’il y a bien pire que moi et que je devrais être heureuse de ce que j’ai mais ce n’est pas le cas. Je souffre tellement au plus profond de moi. Je suis un "cas social" depuis au moins mes 11 ans, un fardeau pour mes parents et mes soeurs qui se sentent impuissants. Mon père pense que je suis possédée par des démons et je commence à penser la même chose.

Toutes les fois que j’ai tenté à ma vie, on me fait culpabiliser comme quoi ma famille va être triste, qu’il n’y a pas pire pour des parents que de voir leur enfant se suicider, que ce serait égoïste de ma part car ma fille n’a déjà pas son père, que je ne peux pas l’abonner. Mais moi je me dis que c’est un mal pour un bien. Mon ami est revenu à la maison après plusieurs semaines d’absences car je lui manque, mais rien ne change. Il veut faire l’amour, ce qui est plus que normal, mais ça me dégoûte, je ne veux même pas qu’il m’approche. Un bisou sur la bouche me demande beaucoup d’efforts donc c’est rebelotte. Il me fait culpabiliser de son mal-être. De ne pas être à la hauteur. Donc je suis un échec en tant "qu’enfant" pour mes parents, en tant que soeur, pour ma fille, pour mon amoureux. Au travail aussi. Je suis un échec dans tous les domaines. Un fardeau, un souci permanent pour mes proches. C’est insupportable ! Je me dit que si je pars ils seront sûrement triste mais qu’au moins ce sera un soucis en moins pour eux.

Je suis un mauvais exemple pour ma fille, je le reconnais. Je suis toujours négative, triste. Elle se plaint tout le temps, me dit que je suis plus comme avant, que c’est ennuyant d’être avec moi. Que je suis méchante, que je m’énerve tous le temps. Que je suis trop stricte. Et j’ai cette douleur en moi qui me ronge.

Après notre dernière consultation, mon copain est rentré ce soir là et il a un peu haussé le ton; ça m’a rendu folle. Il m’expliquait que je le rendais malheureux. Le fait de savoir que je peux rendre les gens que j’aime malheureux m’exaspère â un point. J’ai couru dans la salle de bain et j’ai voulu me jeter par la fenêtre. Il m’a rattrapé juste à temps. J’habite au 6ème étage et j’étais juste au rebord de la fenêtre. Mon copain a commencé à pleurer. Lui qui est si macho, je me suis sentie très mal d’avoir fait ça devant lui.

Je ne sais plus quoi penser, quoi faire. Je vois le mal partout, j’ai l’impression que tous le monde m’en veux, que je suis le mal en personne. Et qu’il faut que je mette fin à cette souffrance car je me pourri la vie et je pourri la vie d’autrui.

Depuis dimanche je prépare mon scénario. C’est mon anniversaire le 15 mars et je me dis que je vais me tuer avant d’atteindre mes 30 ans. Hier soir j’ai rassembler tous les papiers nécessaires pour ma fille, je fais le tri dans mes affaires, aujourd’hui j’ai rendez-vous à ma banque car j’ai un lourd crédit, je dois me renseigner pour savoir quels seront les conséquences si je devais "partir". Je ne veux pas en plus laisser des problèmes derrière moi. Et je pense qu’a ça. Comment je vais me tuer cette fois ci et ne pas me rater; et ça cogite ça cogite dans ma tête ; je ne pense qu’a ça. J’ai fait ma première tentative de suicide quand j’avais 17 ans. Je me souviens avoir ouvert les yeux à l’hôpital et avoir pleurer quand j’ai vu ma soeur à mon chevet. Mes premières paroles étaient "I can’t believe I’m still here". Ce n’étais pas un appel au secours. Je voulais vraiment mourir.

Je me suis accrochée toutes ses années pour ma fille, mais maintenant que je l’ai aussi perdue, qu’elle me déteste même, pourquoi continuer ainsi ?

J’aurai tellement souhaité que vous soyez magicien, que vous puissiez m’enlever cette douleur atroce, cette tristesse, cette culpabilité, ces sentiments de haine.

Je ne sais même pas si vous allez lire ce mail et je me demande même pourquoi je vous l’envoie. J’ai besoin de m’extérioriser. J’ai l’impression que personne ne comprend. Comprenez-vous, vous ?

Je ne peux pas me tourner vers personne pour parler car tous le monde en a marre de mes problèmes. Tous les jours il y a un nouveau problème ; je pense que ça ne s’arrêtera jamais. Mais j’ai tellement besoin de parler, qu’on me comprenne.


08/05/2013
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