Histoire de la sexologie

Histoire de la sexologie

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L'objectif de cet article est de présenter l'histoire de la sexologie, puis d'en faire une analyse pour comprendre la sexologie contemporaine. (Par exemple, pour montrer les raisons de l'influence encore actuelle de l'œuvre de Krafft-Ebing et de Freud.)

Histoire de la sexologie et du contexte sexologique.

Portail Sexualité & Sexologie

Sommaire

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Des origines au XIXe siècle : les précurseurs [modifier]

Un certain nombre de manuels abordant le sujet de ce qu'on appelle aujourd'hui la sexualité ont été écrits avant le XIXe siècle.

Durant l’Antiquité, des philosophes et des physiciens grecs et romains comme Hippocrate, Platon, Aristote et Galien ont étudié et décrit la reproduction, la contraception, le comportement sexuel humain, les dysfonctions sexuelles et leurs thérapies, l’éducation et l’éthique sexuelle. Néanmoins, ces sujets ont été abordés séparément dans des ouvrages traitant de médecine, de diététique ou de morale.

Il existe quelques manuels anciens qui traitent de ce que l'on pourrait appeler l'éducation à l'érotisme, à la séduction et à l'amour. Comme par exemple l' Ars Amatoria (l’art d’aimer) du poète romain Ovide, qui est un manuel de compréhension de la séduction et de la relation amoureuse, le jardin parfumé pour la récréation de l'âme du cheikh Nefzaoui, qui est un manuel d'érotologie arabe où tout ce qui concerne l'acte sexuel est répertorié. On peut encore citer l' Ananga Ranga ou le Kama Sutra de Vatsyayana. Cependant, aucun de ces ouvrages n'a traité le sexe comme sujet d'un domaine de recherche scientifique ou médicale. Il n’existait pas avant le XIXe siècle d’ouvrage consacré spécifiquement à l'étude de la sexualité.

Le premier ouvrage médical relatif à la sexualité, L'onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation, à été publié en 1758 par Samuel Auguste Tissot (1728-1797), un médecin de réputation européenne. Tissot pensait que la masturbation était à l'origine de diverses maladies, telles la tuberculose, les troubles de la vision ou de l'appareil digestif, et l'impuissance. Il restera influent pendant plus d’un siècle, surtout pour ce qui est de l’éducation sexuelle des adolescents.

Au XIXe siècle, Charles Darwin, naturaliste et biologiste, théorise les premières conceptions modernes de la sexualité. Il supposait que l'instinct sexuel était le moteur de l’évolution des espèces animales, notamment par le choix du partenaire et la sélection des comportements.

Fin XIXe, début XXe siècle : les pionniers [modifier]

C'est au tout début du XXe siècle que les travaux pionniers de la sexologie moderne ont été réalisés. Ils couvrent les principaux champs de la sexologie : la recherche fondamentale, la pathologie, la dimension psychique et l'ethnologie. Ces travaux influence encore aujourd'hui les théories sexologiques contemporaines.

La première étude marquante a été réalisée par Richard von Krafft-Ebing (1840-1902), qui était considéré de son vivant comme un des plus grands psychiatres de l'époque. Son principal ouvrage, Psychopathia Sexualis, publié pour la première fois en 1882, abondamment pourvu de cas cliniques exemplaires et best-seller de la littérature psychiatre, reflétait l'opinion victorienne dominante et diagnostiquait comme maladie toutes les activités sexuelles qui ne permettaient pas la reproduction.

Henry Havelock Ellis (1859-1939) peut être considéré comme le pionnier de la recherche moderne sur la sexualité. Son principal ouvrage, Études de psychologie sexuelle, publié en plusieurs volumes entre 1897 et 1910, a influencé la plupart des théories récentes. C’est un des principaux ouvrages fondateurs de la sexologie scientifique.

Sigmund Freud (1856-1939) a élaboré une théorie globale du psychisme humain, où la sexualité avait une place centrale. Sa théorie psycho-sexuelle supposait que la libido (l’énergie sexuelle) sous-tendait toute activité humaine. Son ouvrage Trois essais sur la théorie de la sexualité, publié en 1905, ainsi que le reste de son œuvre, furent accueillis avec indignation et dérision. Néanmoins, la psychanalyse devint finalement la théorie psychique la plus influente de l'époque, et aujourd’hui encore, elle influence un grand nombre de ceux qui s’intéressent à la sexologie.

Enfin, bien qu'un peu plus tardivement, l'anthropologue Bronislaw Malinowski (1884-1942) a réalisé les premières études des mœurs sexuelles dans des sociétés non occidentales, qui ont révélés d’autres traditions culturelles en matière de sexualité. Ses travaux ont été publiés dans les ouvrages La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives (1927) et La Vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie (1929).

La période des deux guerres mondiales : les fondateurs [modifier]

La période entre les deux guerres mondiales voit se développer les fondations des premières institutions spécifiques à la sexologie.

Richard Richter (1909) invente et pose les premiers stérilets (dispositifs contraceptifs intra-utérins). la Ligue nationale pour le contrôle des naissances est fondée en 1914.

C’est à cette période qu’apparaît pour la première fois le terme sexologie dans le titre de l’ouvrage de Sirius de Massilie La sexologie, prédiction du sexe des enfants avant la naissance (1912).

Magnus Hirschfeld fonde le premier institut de sexologie à Berlin en 1919, publie le premier périodique de sexologie, Jahrbuch für sexual Zwischenstufe, et publie les premières statistiques sur le comportement sexuel humain. Il demandait l'égalité sexuelle entre les hommes et les femmes, la libération du mariage de la "tyrannie" de l'Eglise et de l'État, et la tolérance envers les homosexuels, ce qui créa un scandale.

En 1926 est organisé à Berlin le premier International congress for sex research. La première réunion de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, créée par Havelock Ellis et Magnus Hirschfeld, à lieu à Copenhague en 1928. L'objectif est d'obtenir l’égalité sociale et juridique des sexes, le droit à la contraception et à l’éducation sexuelle. En 1931 est fondée à Paris L’Association d’études sexologiques. C'est la première utilisation du terme sexologie dans son sens actuel.

Dans les années 1930 sont fondées par Wilhelm Reich (1897-1957) la Société socialiste d'information et de recherche sexuelles et l' Association allemande pour une politique sexuelle prolétarienne. Reich militait pour un changement radical des mœurs sexuelles (La Révolution sexuelle, 1936), afin de lutter contre le rôle de la famille coercitive et la répression de la sexualité, facteurs inhibiteurs et pathogènes (l' Analyse caractérielle, 1933).

Le philosophe anglais Bertrand Russell publie Marriage and morals. Il revendique une éducation sexuelle de qualité, le droit à une vie sexuelle avant le mariage et le droit au divorce.

C'est le début de la sexologie en tant que science, même si elle n’a pas encore de méthode ni d’expérience. Les mentalités évoluent et d'avantage de publications abordent le sujet de la sexualité.

L'après guerre : les scientifiques [modifier]

Après la Seconde Guerre mondiale, sont réalisées les premières grandes études sur la sexualité avec des méthodes scientifiques. Alfred Kinsey et Masters et Johnson sont les auteurs des recherches qui sont encore aujourd'hui considérées comme des références en sexologie.

La première grande recherche scientifique contemporaine sur la sexualité humaine est due à Alfred Kinsey (1894-1956) et ses collègues. Ils ont décrit et analysé, après interview de plusieurs milliers de personnes, le comportement sexuel des Américains dans la période des années 1940 et 1950. Ces résultats ont été publiés dans deux principaux ouvrages, Le comportement sexuel de l'Homme (1948), et Le comportement sexuel de la femme (1953). Ces publications ont provoqué un scandale à l'époque en révélant la grande fréquence de la masturbation, des rapports sexuels préconjugaux et des expériences homosexuelles dans la population générale. L' Institute for Sex Research, fondé par Kinsey en 1947, est à ce jour le seul institut de recherche spécialisé dans l'étude de la sexualité humaine.

L’écrivain Henry Miller milite contre le puritanisme ambiant et devient l’instigateur de la révolution sexuelle avec Le monde du sexe (1940) et plus tard sa trilogie Sexus (1949), Plexus (1952) et Nexus (1959).

Le mouvement féministe, alors en plein essor, est marquée par quatre publications qui réhabilitent la femme et son sexe dans un univers masculin, teinté de misogynie : The psychology of women (1945) de Helen Deutch, Le deuxième sexe (1949) de Simone de Beauvoir, La sexualité de la femme (1951) de Marie Bonaparte et Le complexe de Diane (1951) de Françoise d'Eaubonne.

La pilule contraceptive découverte en 1956 par J. Roch et G. Pincus est autorisée et mise à la disposition de la population en 1960.

La première étude scientifique sur la physiologie sexuelle est due à William Masters (1915-2001) et à Virginia Johnson (1925- ). Ils ont étudié en laboratoire les réactions physiologiques aux stimulations sexuelles de plusieurs centaines de personnes, et décrit les quatre phases des réactions sexuelles : la phase d'excitation, la phase en plateau, l'orgasme et la résolution. Leurs résultats ont été publiés dans l'ouvrage Les réactions sexuelles (1966).

De la révolution sexuelle à nos jours : la sexologie contemporaine [modifier]

La révolution sexuelle des années 1960-1970 et son climat libéral ont permis la multiplication des études, le développement institutionnel de la sexologie, et la prise en compte de l'importance de la sexualité dans la vie quotidienne.

En 1972, paraît le Rapport sur le comportement sexuel des Français du Dr. Pierre Simon.

Dès 1970 à Genève, sous la responsabilité du Doyen William Geisendorf, Georges Abraham et Willy Pasini mettent en place le premier enseignement universitaire structuré de sexologie clinique qui deviendra Diplôme universitaire. Par la suite, des enseignements universitaires essaimeront à travers toute l’Europe. Ils publient en 1974 Introduction à la sexologie médicale.

Cette même année a lieu le Symposium International de l’Organisation mondiale de la santé à Genève qui réunit des sexologues et des experts en santé publique pour traiter de l’enseignement et des thérapies sexuelles. La notion de santé sexuelle y est définie et une proposition est faite pour que la sexologie devienne une discipline autonome.

L'historien Vern Bullough, dans son ouvrage Sexual Variance in Society and History (1976), a initié l'étude de la sexualité dans une perspective historique.

De nombreuses études cliniques et thérapeutiques sont réalisées et consignées dans le Handbook of sexology de John Money et J. Musaph (1977) et le Handbook of sex therapy de Lo Piccolo (1978). L’année suivante paraît Homosexuality in perspective de Masters et Johnson et l’ouvrage d’Helen Kaplan, Disorders of sexual desire (Les troubles du désir sexuel).

En 1978 est fondée à Rome la World Association for Sexology (WAS) pour assurer l’organisation de congrès sexologiques mondiaux.

En 1981, sont découverts les premiers cas de Sida à Los Angeles, San Francisco et New York. Cette [[maladie sexuellement transmissible|| aura d'importantes répercussions sur les comportements sexuels et la recherche en sexologie.

The European Federation of Sexology (EFS) est fondée en 1990 à Genève sous l’impulsion du professeur Willy Pasini. Cet organisme qui rassemble une cinquantaine de sociétés scientifiques, cherche à coordonner leurs activités, à encourager la recherche et à promouvoir les enseignements dans la perspective de la construction européenne. Genève se révèle être un des moteurs principaux de la sexologie européenne.

Le médicament Viagra est commercialisé en 1998 et promet de révolutionner la sexualité des 50 à 80% d’hommes qui souffrent de troubles de l’érection.

Néanmoins, malgré tous ces progrès, la sexologie traverse actuellement une période particulière, marquée par le retour d'un certain conservatisme et d'une volonté de limiter la recherche, l'information et l'éducation sexuelle.

Par ailleurs, la sexualité n'est plus perçue aujourd'hui de la même manière qu'à l'époque de la révolution sexuelle, comme étant une activité épanouissante et source de bonheur, mais plutôt comme une source potentielle de pathologies (MST, SIDA ...) et de violences (Harcèlement, Agressions sexuelles ...).

Voir également [modifier]

Références [modifier]

  • Histoire de la sexologie, Fonds Universitaire Maurice Chalumeau, 2005
  • Philippe Brenot (directeur), Dictionnaire de la sexualité humaine, L'Esprit du Temps, 2004


31/08/2007
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