Le Casanova de Fellini

Le Casanova de Fellini

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Le Casanova de Fellini est un film italien de Federico Fellini sorti en 1976.

Il est inspiré du personnage de Giacomo Casanova.

Librement inspiré des Mémoires de Casanova, le projet de Fellini est de retourner négativement l'image du grand séducteur italien. Les obsessions sexuelles felliniennes ne se reconnaissent pas dans un personnage perçu explicitement par le réalisateur comme puéril, égoïste, etc. Ce film nous raconte une partie réinventée de la vie de Casanova, celle très précisément qui va de son emprisonnement dans la prison des Plombs à son extrême vieillesse en Allemagne, terre d'exil mal aimée, c'est-à-dire la vie de Casanova exilé de Venise. En effet, seule la scène avec la nonne n'appartient pas à une forme d'exil et les quelques frasques vénitiennes n'y sont proposées en flash basck que comme souvenirs régressifs d'un prisonnier. Après l'évasion de la prison des Plombs, Casanova se sait condamné à quitter la ville de Vénus et à courir l'Europe, dans un parcours qui va de la France adorée à l'Allemagne conspuée. On peut partager le film en deux temps importants. le premier temps italien-français tourne en dérision le héros, mais dans des aventures qui toutes conservent un charme. Pour avoir rencontré une aventurière qui lui ressemblait et qui, projection féminine de lui-même, l'a rendu amoureux sans espoir de retour, Casanova sombre dans un profond désespoir que la voix off résout en une ellipse narrative de trois ans. Le second temps très sombre du film est caractérisé par Londres, la Suisse, quelques coins d'Allemagne et dans une moindre mesure un festin à la Trimalcion dans Rome. Ce second mouvement du film marque la décrépitude irrémédiable du personnage et son enfoncement dans la vacuité morale, existentielle et sexuelle au bout d'un parcours qui aura multiplié les rencontres érotiques originales: nonne, vieille comtesse d'Urfé à honorer, géante qui lui échappera au bout du songe, bossue, marionnette en bois, etc. Si les saynètes régressives du début ont encore pour le public un aspect jubilatoire, le film prend progressivement une teinte glauque oppressante que le spectateur est bien obligé de prendre en charge avec la décadence du héros vieillissant. Si on peut observer les spectateurs dans une salle de cinéma, on constatera que, malgré les rires du début, certains quittent la salle avant la fin du film, d'autres marquent leur mépris oralement, et d'autres repartent silencieux et traumatisés. Pour quelques privilégiés, le film est de part en part un enchantement. Le film est féerique d'un bout à l'autre, mais sur un mode satirique et ludique très fin que le public n'attend pas et accepte mal en cours de route. Il s'agit d'une figuration des forces de l'imaginaire mais sur un plan volontairement déceptif. Des articulations symboliques et narratives très précises montrent ce fait. Le film s'ouvre sur une fête en l'honneur de Vénus dans la ville de Vénuse. Elle se fonde sur la célébration d'une image fantasmatique de la tête géante de Vénus scupltée qui sort de l'eau à moitié tête et sombre à nouveau. Cette catastrophe est révélatrice de la faillite fantasmatique dont les Mémoires de Casanova sont le point focal critique et l'image fait écho à une figuration antérieure dans Roma-Fellini, lorsque les travaux du métro permettent de découvrir une villa romaine vieille de 2000 ans aux fresques somptueuses, mais vouées à disparaître rapidement et irrémédiablement à cause de l'air qui s'engouffre dans ce monde englouti. Or, à la fin du film, le Casanova veilli et aigri se rêve à Venise, voyant fuir toutes ses conquêtes, moqué par sa mère et le pape, puis condamné à son maigre amour avec une marionnette en bois. La lagune est gelée, et en marchant sur la glace, Casanova entrevoit la tête enfouie de la Vénus prisonnière de l'implacable et vieux hiver. Cette structure d'appel du film est renforcée par une autre correspondance centrale. Au cours de ses aventures, Casanova n'a pas facilement surmonté la rencontre de son alter ego féminin. il devient impuissant et cherche à se suicider dans la Tamise aux eaux tourbillonnantes. La vision d'une géante, de la démesure fantasmatique du personnage donc, le ranime à nouveau, et en pénétrant dans une baleine scultpée par des forains il retrouve progressivement le sens de sa virilité, malgré quelques déboires avec la géante elle-même. A cela s'ajoute le fait que la scène inaugurale de la nonne est encadrée par les traversées d'aller et retour par Casanova d'une mer formée artificiellement de sacs poubelles qui se gonflent et se dégonflent. Le procédé a déjà été utilisé concernant l'évanouissement du Rex dans Amarcord. Il s'agit là d'une structure symbolique essentielle au cinéma fellinien. Le rêve fédérateur est un monstre tapageur éphémère, dérisoire et parfois malsain (le Rex dans Amarcord ou le bulletin pour la "Patrie avant tout" dans Roma-Fellini). Sur un autre plan, les inconséquences du personnage sont abondamment soulignés par des processus de mise en abîme plus ou moins discrets, mais d'une efficacité dramatique remarquable. On appréciera tout particulièrement le basculement entre la représentation bouffonne de l'insecte fécondant la fleur dont Casanova méprise l'obscénité irrévérencieuse envers la gent féminine et son émoi labyrinthique lorsque l'aventurière joue du violon en impeccable et bien éduquée soliste de couvent le même thème musical. Le repérage de telles structures négatives est primordial à la compréhension narrative du film et sans doute au plaisir que nous pouvons éprouver à le voir. On appréciera les nombreux jeux ironiques. Par exemple, Casanova souligne son génie à s'être échappé de la prison des Plombs, mais il ne nous dit pas comment il s'est évadé, comme si cela ne pouvait être dit, et nous le voyons s'enfuir par les toits sur la pointe des pieds, insolemment vaniteux. A Dresde, aguiché par une bossue, Casanova demande à réserver la meilleure chambre et l'enchaînement de séquence nous le fait découvrir dans une espèce de placard géant où se déroule l'orgie. On apprécie également la démesure ironique des orgues du Wurtemberg, les musiciens grimpant sur d'immenses échelles et escabeaux pour en jouer tout en hauteur, l'image du surplomb des orgues dans l'église étant le seul contrepoint réaliste à une telle scène de débauche. Une telle mise à contribution de la structure narrative du Casanova de Fellini devrait faire sentir au public désireux de voir le film que nous sommes face à un cinéma visionnaire puissant et pertinent dans sa réalisation d'ensemble. La musique de Nina Rota y est également d'une richesse et suggestivité exceptionnelles. A suivre.

Fiche technique [modifier]


Distribution [modifier]

Voir aussi [modifier]




28/08/2007
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