Mohandas Karamchand Gandhi - Partie 2

La libération et la partition de l'Inde (1945-1947) [modifier]

Article principal : Partition des Indes.
Mohandas Karamchand Gandhi en 1945
Mohandas Karamchand Gandhi en 1945

Nommé le 24 mars 1947 vice-roi et Gouverneur général des Indes, Lord Mountbatten eût la lourde tâche de préparer l'indépendance. Gandhi conseille au Congrès de rejeter les propositions offertes par le British Cabinet Mission en 1946, car il se méfie du regroupement proposé pour les états à majorité musulmane qu'il considère comme un début de partition. Cependant c’est l'une des rares fois où le Congrès rejette son avis (mais pas son autorité), car Nehru et Patel savent que si le Congrès n'approuve pas le plan, le contrôle du gouvernement passerait aux mains de la Ligue musulmane.

Entre 1946 et 1947, plus de 5000 personnes sont tuées dans des violences intercommunautaires. Des millions de gens sont déplacés de force afin d’homogénéiser l’implantation des populations selon leurs croyances. Gandhi est viscéralement opposé aux plans qui sépareraient l'Inde en deux pays différents. Beaucoup de musulmans en Inde vivaient aux côtés d'Hindous ou de Sikhs et étaient en faveur d'une Inde unie. Mais Muhammad Ali Jinnah, le dirigeant de la Ligue musulmane, est très populaire dans les États du Penjab, Sindh, NWFP et Bengale Est.

La partition est approuvée par la direction du Congrès comme le seul moyen d'éviter une guerre civile à grande échelle entre musulmans et hindous. Ils savent que Gandhi rejettera catégoriquement cette partition, et il est impossible pour le Congrès d'avancer sans son accord car la popularité de Gandhi dans le parti et dans toute l'Inde est immense. Les collègues les plus proches de Gandhi ont accepté la partition comme meilleure solution et Sardar Patel entreprend de l'en convaincre. C'est un Gandhi dévasté qui donne son accord pour éviter la guerre civile.

Le jour de l'indépendance, le 15 août 1947, Gandhi ne participe pas aux festivités avec le reste de l'Inde mais reste seul à Calcutta, portant le deuil de la partition et travaillant à l'arrêt des violences. Après l'indépendance, Gandhi se concentre sur l'unité entre hindous et musulmans. Il construit un dialogue avec les dirigeants des deux communautés, travaillant à atténuer les tensions dans le nord de l'Inde et le Bengale.

Malgré la guerre indo-pakistanaise de 1947, il est troublé quand le gouvernement décide de refuser aux pakistanais les 550 millions de roupies prévus dans les négociations de la partition. Des dirigeants comme Sardar Patel craignent que le Pakistan n'utilise l'argent pour financer la guerre contre l'Inde.

Gandhi est aussi choqué quand des demandes sont faites de déporter tous les musulmans au Pakistan, et quand les dirigeants de chaque communauté expriment leur frustration et l’inaptitude à s'entendre entre eux.[28] Il lance son dernier jeûne à Delhi le 13 janvier 1948 à l'âge de 78 ans, demandant que toute violence communautaire cesse définitivement, que le Pakistan et l'Inde garantissent l'égalité dans la sécurité et les droits pour les pratiquants de toutes les religions[29], et que le paiement de 550 millions de roupies soit fait au Pakistan. Gandhi craint que l'instabilité et l'insécurité au Pakistan n’augmente leur colère envers l'Inde, que la violence ne passe la frontière et qu'une guerre civile éclate en Inde à cause de nouvelles tensions.

« La mort serait une glorieuse délivrance pour moi plutôt que d'être le témoin impuissant de la destruction de l'Inde, de l'Hindouisme, du Sikhisme et de l'Islam[30]. »

Après de longs débats passionnés avec ses collègues les plus proches, Gandhi refuse de céder, et le gouvernement doit faire volte face et payer la somme au Pakistan. Les dirigeants de chaque communauté, incluant le Rashtriya Swayamsevak Sangh et le Hindu Mahasabha lui assurent qu'ils renonceront à toute violence et demanderont la paix. Gandhi rompt alors son jeûne en buvant un jus d'orange. [31]

Assassinat (1948) [modifier]

Monument commémoratif à Delhi, capitale de l'Inde
Monument commémoratif à Delhi, capitale de l'Inde

Le 30 janvier 1948, en chemin vers une réunion de prière, Gandhi est abattu près de Birla House, à New Delhi, par Nathuram Godse, un hindou radical qui a des liens avec le groupe extrémiste Hindu Mahasabha. Godse tenait Gandhi responsable de l'affaiblissement de l'Inde en payant sa dette au Pakistan.[32]

Jawaharlal Nehru s'adresse en ces termes à la nation à la radio :

« Amis et camarades, la lumière a quitté nos vies, l'obscurité est partout, et je ne sais pas trop quoi vous dire et comment vous le raconter. Notre dirigeant bien aimé, Bapu comme nous l'appelions, le père de la nation, n'est plus. Peut être ai-je tort de dire cela ; néanmoins, nous ne le verrons plus comme nous l'avons vu toutes ces années, nous ne pourrons plus lui demander conseil ou consolation, et c'est un coup terrible, pas seulement pour moi, mais pour des millions et des millions dans ce pays. »

Deux millions d’Indiens assistent à ses funérailles.[33]

Le mémorial de Gandhi (ou Samādhi) à Rāj Ghāt à New Delhi, porte l'épitaphe (Devanagari: हे ! राम ou, Rām), qui peut être traduit par "Oh Dieu". Il est largement accepté que ce furent les derniers mots de Gandhi, bien que certains le contestent. [34]

Godse et son complice Narayan Apte sont jugés et condamnés à mort, puis exécutés le 15 novembre 1949.

La pensée de Gandhi [modifier]

Vérité [modifier]

Gandhi a dédié toute sa vie à la découverte de la vérité ou satya. Il essaya de l'atteindre en apprenant de ses propres erreurs et en pratiquant des expériences sur lui-même. C'est notamment le thème de son livre Autobiographie ou mes expériences de vérité.

Gandhi établissait que la plus importante bataille à remporter était vaincre ses propres démons, peurs et insécurités. Il résuma ses croyances quand il dit d'abord "Dieu est vérité". Il changea ensuite cette déclaration en "la vérité est Dieu". Ainsi satya (la vérité) dans la philosophie de Gandhi est "Dieu".

Satyagraha [modifier]

Face à face d'un policier et de Gandhi alors qu'il mène la grève des mineurs indiens en Afrique du Sud, 1913.
Face à face d'un policier et de Gandhi alors qu'il mène la grève des mineurs indiens en Afrique du Sud, 1913.

Le satyagraha ("la force née de la verité et de l'amour ou non violence"[35]) est l'aboutissement de cette vérité contre des lois ou des systèmes injustes au travers d'une lutte non violente. Gandhi considère même le satyagraha supérieur à la désobéissance civile ou à la résistance non-violente car le terme implique de servir une cause juste et devenait de ce fait l'arme des forts et non plus l'arme des faibles.[36] Pour lui cette lutte ne doit engendrer aucune souffrance à l'adversaire, s'il y a souffrance c'est au défenseur de la vérité de la subir:

« La recherche de la vérité ne doit admettre qu'aucune violence ne soit infligée à un adversaire, mais qu'il doit sortir de l'erreur par la patience et la sympathie. Parce que ce qui apparait comme la vérité à l'un peut apparaître comme erreur à l'autre. Et patience signifie auto-souffrance. Donc la doctrine est revendication de la vérité, pas en infligeant des souffrances à son adversaire, mais à soi-même.[37]. »

Non-violence [modifier]

Le concept de non violence (ahimsa) et résistance non violente a une longue histoire dans la pensée religieuse indienne et a eu de nombreuses occurences dans des contextes hindouistes, bouddhistes, jaïnistes et judéo-chrétiens. Gandhi explique cette philosophie et ce mode de vie dans son autobiographie[38].

« Quelle différence cela fait-il aux morts, aux orphelins et aux sans-abris, que la destruction aveugle ait été amenée au nom du totalitarisme ou au nom sacré de la liberté et de la démocratie ? »

« Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer. »

Lettre de Gandhi à Hitler, dans laquelle il le conjure de ne pas déclencher la guerre et d'atteindre ses objectifs par la non-violence, 23 juillet 1939.
Lettre de Gandhi à Hitler, dans laquelle il le conjure de ne pas déclencher la guerre et d'atteindre ses objectifs par la non-violence, 23 juillet 1939.

En appliquant ces principes, Gandhi n'hésita pas à les emmener aux extrêmes de sa logique. En 1940, quand l'invasion des îles britanniques par l'Allemagne nazie semblait imminente, Gandhi donna l'avis suivant au peuple anglais [39]

« J'aimerais que vous déposiez les armes que vous possédez comme étant inutiles pour vous sauver, vous ou l'humanité. Vous inviterez Herr Hitler et Signor Mussolini à prendre ce qu'ils veulent des pays que vous appelez vos possessions... Si ces gentlemen choisissent d'occuper vos foyers, vous les leur laisserez. S'ils ne vous laissent pas partir, vous vous laisserez massacrer, hommes, femmes et enfants, mais vous refuserez de leur prêter allégeance. »

Néanmoins, Gandhi se rendait compte que ce niveau de non violence requérait une foi et un courage incroyable que peu de monde possédait. Il conseillait donc qu'il n'était pas nécessaire que tous restent non-violents, surtout si la non violence était utilisée pour cacher la lâcheté:

« Je crois que s'il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence. [40] »

« Je répétais à chaque réunion l'avertissement qu'à moins qu'ils sentent qu'avec la non-violence ils avaient une force infiniment supérieure à celle qu'ils possédaient avant, ils ne devaient pas appliquer la non violence et reprendre les armes" [41] »

Gandhi pensait que la violence était inefficace et ne pouvait qu'initier une chaîne continue de vengeance. Il disait de la loi du Talion:

« Œil pour œil rend le monde entier aveugle. »

Gandhi puisa une partie de son inspiration dans les écrits de Léon Tolstoï, qui, dans les années 1880 avait vécu une conversion profonde en une forme personnelle d'anarchisme chrétien, ce qui l'avait amené à concevoir un christianisme détaché du matérialisme et non violent. Gandhi avait traduit La Lettre à un Hindou de Tolstoï, écrite en 1908 en réponse à la violence des nationalistes indiens, et tous deux correspondirent jusqu'à la mort de Tolstoï en 1910. Certains pensent que sans Tolstoï, Gandhi n'aurait peut-être jamais été aussi déterminé à mener une action aussi non violente qui fit sa gloire. Tolstoï lui-même s'était inspiré du prophète Baha'i, Baha'U'llah, qui avait prôné la non violence totale, en somme la non résistance. Gandhi sera également un grand admirateur de la foi Baha'ie. L'écrivain français Romain Rolland, connu pour son admiration pour la non violence, a aussi été un ami proche de Gandhi, ils se sont notamment rencontrés en Suisse en 1931. Le message de Baha'U'llah, de Tolstoï, de Gandhi, de Rolland sera repris par de nombreuses personnes comme Martin Luther King, Steve Biko, Nelson Mandela, Aung San Suu Kyi, Ibrahim Rugova.

Végétarisme [modifier]

L'idée du végétarisme est fortement ancrée dans les traditions hindoues et jaîns, et dans sa terre natale du Gujarat la plupart des hindous et sa famille étaient végétariens. Avant de partir étudier pour Londres, Gandhi avait promis à sa mère qu'il ne mangerait pas de viande. Il tint sa promesse et son végétarisme (lacto-végétarisme dans son cas) devint une partie intégrante de sa philosophie de non violence. Il écrivit le livre La base morale du végétarianisme [3] et plusieurs articles sur le sujet, certains furent publiés par la "London Vegetarian Society" [4] dont Gandhi fit partie, et où il se fit de nombreux amis, tel le président Dr. Josiah Oldfield. Ayant lu et admiré les œuvres de Henry Stephens Salt, le jeune Mohandas le rencontra et correspondit longtemps avec le militant végétarien.

Gandhi passa beaucoup de temps à promouvoir le végétarisme pendant et après son séjour à Londres. En plus de la dimension éthique du végétarisme il considérait la dimension économique, étant donné que la viande était (et est toujours) plus chère que les céréales, les légumes et les fruits, et aidait ainsi les Indiens qui avaient de faibles revenus. Il nota dans son autobiographie que le végétarisme était le début de son profond engagement envers le brahmacharya ; sans un contrôle total sur ses besoins alimentaires il n'aurait pas pu réussir le brahmacharya.

Brahmacharya [modifier]

Le brahmacharya (pureté spirituelle et pratique) est largement associé avec le célibat et l'ascétisme. Gandhi voyait le brahmacharya comme un moyen de se rapprocher de Dieu et comme la pierre de fondation de sa réalisation personnelle.

Dans son autobiographie, il raconte sa lutte contre ses besoins sexuels et les accès de jalousie envers sa femme Kasturba. Il sentait comme une obligation personnelle de rester abstinent afin qu'il puisse apprendre à aimer plutôt qu'à rechercher le plaisir. Pour Gandhi, brahmacharya signifiait "contrôle des sens en pensée, en mots et en actions." [42]

Simplicité [modifier]

Gandhi filant avec un chapeau de Noakhali, à Birla House, New Delhi, novembre 1947, peu avant son assassinat.
Gandhi filant avec un chapeau de Noakhali, à Birla House, New Delhi, novembre 1947, peu avant son assassinat.

Gandhi croyait sincèrement qu'une personne impliquée dans le service social devait mener une vie simple qui l'amènerait au brahmacharya. Cette simplicité commença par le renoncement au style de vie occidental qu'il menait en Afrique du Sud. Il appela cela "se réduire soi-même à zéro"; "vivre simplement pour que tous puissent simplement vivre" tel était ses valeurs, son mode de vie, ce qui voulait dire abandonner toute dépense superflue, mener une vie simple et laver ses propres vêtements. [43] En une occasion il renvoya les cadeaux offerts par les indigènes pour son aide à la communauté. [44]

Gandhi passait un jour de chaque semaine en silence. Il croyait que s'abstenir de parler lui amenait la paix intérieure. Ceci venait des principes hindous du mauna (Sanskrit: मौन - silence) et shanti (paix). Ces jours-là il communiquait avec les autres en écrivant sur un papier.

Pendant 3 ans et demi, à l'âge de 37 ans, Gandhi refusa de lire les journaux, clamant que les nouvelles tumultueuses du monde lui causaient plus de confusion que son propre trouble intérieur.

Revenant en Inde après son séjour en Afrique du Sud, il abandonna le port de vêtements occidentaux, qu'il associait à la richesse et au succès. Il s'habilla pour être accepté par les plus pauvres en Inde, et il promut l'utilisation de vêtements tissés à la maison (khadi). Gandhi et ses partisans fabriquaient donc les vêtements qu'ils portaient et encourageaient les autres à faire de même afin d'atteindre économiquement l'économie britannique qui détenaient les filatures industrielles. Le rouet fut bientôt incorporé au drapeau du parti du congrès indien.

Gandhi porta le dhoti (équivalent masculin du sari) tout le reste de sa vie en signe de simplicité.

Foi [modifier]

Pendant une prière à Mumbaï, Septembre 1944.
Pendant une prière à Mumbaï, Septembre 1944.

Gandhi était né hindouiste et pratiqua l'hindouisme toute sa vie, qui inspira la plupart de ses principes. Comme hindouiste commun, il croyait à l'égalité de toutes les religions et refusait de se convertir à une autre foi.

C'était un théologien avide et il lut beaucoup sur toutes les grandes religions. Il dit sur sa religion:

« L'hindouisme tel que je le connais satisfait complètement mon âme, remplit mon être entier... Quand le doute m'assaille, quand le découragement me regarde en face, quand je ne vois plus aucune lueur d'espoir à l'horizon, je me tourne vers la Bhagavad Gita, et je trouve un vers pour me consoler; et je commence à sourire immédiatement au milieu d'un écrasant chagrin. Ma vie a été remplie de tragédies et si elles n'ont pas laissé d'effet indélébile sur moi, je le dois aux enseignements de la Bhagavad Gita. »

Gandhi écrivit un commentaire sur la Bhagavad Gita en Gujarati.[45]

Gandhi croyait que le cœur de toutes les religions était la vérité et l'amour (compassion, non violence et éthique de réciprocité). Il critiquait l'hypocrisie, les mauvaises pratiques et les dogmes de toutes les religions et fut un réformateur social infatigable. Ses commentaires sur les différentes religions furent:

« Ainsi, si je ne pourrais pas accepter le christianisme comme parfait ou comme la plus grande des religions, je ne pourrais pas non plus considérer l'hindouisme comme tel. Les défauts de l'hindouisme me sont bien visibles. Si l'intouchabilité pouvait être une partie de l'hindouisme, ce serait une partie pourrie ou une excroissance. Je ne pourrais pas comprendre la "raison d'être"[46] d'une multitude de sectes ou de castes. Quel serait le sens de dire que les Vedas sont des textes sacrés inspiré par Dieu ? S'ils ont été inspiré par Dieu, pourquoi pas la Bible ou le Coran également ? Mes amis chrétiens ont été aussi entreprenants pour me convertir que mes amis musulmans. Abdullah Sheth m'a continuellement incité à étudier l'Islam, et évidemment avait toujours quelque chose à dire concernant sa beauté.[47] »

« Dès que nous perdons la base morale, nous cessons d'être religieux. Il n'y a pas de choses telle qu'une religion effaçant la moralité. L'homme donc, ne peut être menteur, cruel ou dépravé et clamer qu'il a Dieu de son côté »

« Les paroles de Mahomet sont un trésor de sagesse, pas seulement pour les musulmans mais pour l'humanité entière. »

Gandhi et Kasturba visitant Rabindranath Tagore à Shantiniketan en 1940.
Gandhi et Kasturba visitant Rabindranath Tagore à Shantiniketan en 1940.

Plus tard dans sa vie, quand on lui demandait s'il était hindouiste, il répondit:

« Oui je le suis. Je suis aussi un chrétien, un musulman, un bouddhiste et un juif. »

En dépit de leur profond respect mutuel, Gandhi et Rabindranath Tagore furent impliqués dans des débats prolongés à plusieurs reprises. Ces débats illustraient les différences philosophiques entre les deux plus célèbres Indiens de ce temps. Le 15 janvier 1934, un tremblement de terre toucha le Bihar et causa de nombreuses victimes et dégâts. Gandhi maintint que cela était dû au péché commis par les castes hindoues supérieures de ne pas laisser les intouchables accéder à leurs temples (Gandhi s'était consacré à améliorer les conditions de vie des intouchables, les appelant Harijans, le peuple de Krishna). Tagore s'opposa diamétralement au point de vue de Gandhi, soutenant qu'un tremblement de terre pouvait être seulement créé par des forces naturelles, pas des raisons morales, aussi répugnante que puisse être la pratique de l'intouchabilité.

Synthèse [modifier]

Pour Gandhi, la foi, la vérité et la non violence étaient un tout indissociable et trahir un aspect de cet ensemble était trahir son idéal tout entier.

« C’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C’est comme si vous disiez qu’en plantant des mauvaises herbes on peut récolter des roses. [48] »

Le parcourt qui menait à la vérité était long et remplit d'embûches, mais pour Gandhi, la justice devait toujours triompher:

« Quand je désespère, je me souviens qu'à travers toute l'histoire, les chemins de la vérité et de l'amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela.[49]  »

Et comme il le notait lui-même non sans humour, maintenir cet idéal était même pour ses amis "l’œuvre d’un fou".[50]

Héritage [modifier]

Hommages [modifier]

Dans le monde [modifier]

Timbre allemand de Gandhi
Timbre allemand de Gandhi

L'anniversaire de Gandhi, déjà fête nationale en Inde, est devenu Journée internationale de la non-violence par un vote à l'unanimité de l'Assemblée générale des Nations unies le 15 juin 2007. [51]

Time Magazine a nommé Gandhi la Personnalité de l'année en 1930 et Gandhi fut 2ème derrière Albert Einstein comme Personnalité du siècle en 1999. Le magazine a désigné le Dalai Lama, Lech Wałęsa, Dr. Martin Luther King, Jr., Cesar Chavez, Aung San Suu Kyi, Benigno Aquino, Jr., Desmond Tutu, et Nelson Mandela comme enfants de Gandhi et héritiers spirituels de la non violence. [52]

Le 30 janvier de chaque année, anniversaire de la mort du Mahatma Gandhi, on pratique la Journée Scolaire de la Non-violence et de la Paix (DENIP), fondée en Espagne en 1964.

Gandhi a été nominé en 1937, 1938, 1939, 1947 et 1948 au Prix Nobel de la paix, mais sans jamais l'obtenir. Le comité regrettera publiquement que le prix ne lui ait jamais été accordé. Le président du comité dira, au cours de la remise du prix au Dalaï lama en 1989, que le prix est remis en partie à la mémoire du Mahatma Gandhi[53]. Aucune spéculation n'émana du comité quant à la non remise du prix à Gandhi.

En 1937, Ole Colbjørnsen, député du parlement norvégien, propose le nom de Gandhi à la candidature. La motivation pour cette nomination est rédigée par les membres de la branche norvégienne des « Amis de l'Inde ». Un examinateur du comité, le professeur Jacob Worm-Müller, émet un avis négatif : « He is a freedom fighter and a dictator, an idealist and a nationalist. He is frequently a Christ, but then, suddenly, an ordinary politician. » (traduction libre : Il est un combattant de la liberté et un dictateur, un idéaliste et un nationaliste. Il est souvent un Christ, puis, soudain, un politicien ordinaire). Par ailleurs, plusieurs membres du mouvement pacifiste international étaient de ses critiques, lui reprochant par exemple d'avoir feint d'ignorer que son mouvement de non-violence devait nécessairement déboucher sur des actions violentes et du terrorisme, comme par exemple au cours de l'épisode où la foule de Chauri Chaura tua plusieurs policiers britanniques et mit le feu au commissariat de police. On lui reprocha aussi son manque d'universalité lorsqu'il ne défendît que les ressortissants indiens d'Afrique du Sud. Le comité Nobel prit en compte ces critiques et ne lui attribue pas le prix cette année. Les deux années suivantes, Ole Colbjørnsen repropose Gandhi, sans plus de succès.

Il possède aussi un buste en sa mémoire dans la ville de Québec, au Canada.

En Inde [modifier]

Gandhi est célébré comme Père de la Nation et son anniversaire le 2 octobre est une fête nationale.

Le Gouvernement Indien accorde chaque année le Mahatma Gandhi Peace Prize à des personnalités ou des citoyens qui se sont distingués. Nelson Mandela, a été un des célèbres non Indien à le recevoir.

Depuis 1996, le gouvernement imprime sur tous les billets de banque le portrait de Gandhi, ce qui est considéré paradoxal par certains compte tenu des opinions négatives de Gandhi sur l'accumulation des richesses et le pouvoir de l'argent.

A New Delhi, le Birla Bhavan (où Birla House), où Gandhi a été assassiné est devenu ouvert au public depuis 1973 et est connu comme le Gandhi Smriti (Souvenir de Gandhi). Il préserve la pièce où le Mahatma Gandhi vécu les quatre derniers mois de sa vie et une colonne de pierre symbolisant son martyr marque l'endroit exact où il a été abattu.

Partisans et influence [modifier]

Gandhi rencontre Romain Rolland à Villeneuve, Suisse, 1931.
Gandhi rencontre Romain Rolland à Villeneuve, Suisse, 1931.

Gandhi influença d'importants dirigeants et mouvements politiques. Aux États-Unis, Martin Luther King s'est référé spécialement à Gandhi dans sa lutte pour les droits civiques, et de l'inspiration qu'il lui a apporté pour ses propres théories sur la non violence. [54] Le militant anti-apartheid et ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, dit lui aussi avoir été inspiré par Gandhi.[55] Il y a aussi des personnalités comme Khan Abdul Ghaffar Khan [56], Steve Biko, et Aung San Suu Kyi.[57]

Plusieurs personnes et organisations ont dédié leur vie à répandre ses idées. Madeleine Slade, fille d'un amiral britannique, décida de tout quitter pour vivre en Inde avec Gandhi. En Europe, Romain Rolland fut le premier à le faire connaître, avec son livre Mahatma Gandhi. Lanza del Vasto alla en Inde in 1936 dans le but de vivre avec Gandhi, puis décida plus tard de revenir en Europe pour propager la philosophie de Gandhi. Lanza finalement a fondé les Communautés de l'Arche en 1948 sur le modèle des ashrams de Gandhi. C'est un disciple de Gandhi, Vinoba Bhave, qui entreprit quelques années plus tard, d'approfondir et d'étendre le processus d'émancipation non violente du peuple indien.

Gandhi a eu de très nombreux admirateurs, outre ceux qui ont prôné la non-violence, on peut citer la photographe Margaret Bourke-White, le général George Marshall. Le musicien britannique, John Lennon, se référait aussi à Gandhi quand il parlait de la non violence.[58] En 2007, l'ancien vice-président américain et écologiste Al Gore, révéla l'influence que Gandhi avait eu sur lui.[59] Le physicien Albert Einstein disait à propos de Gandhi:

« Les générations à venir auront peine à croire qu'un tel homme ait existé en chair et en os sur cette terre ».

Critiques [modifier]

Les Dalits et notamment Bhimrao Ramji Ambedkar, ont critiqué la position de Gandhi comme étant « paternaliste », notamment en les appelant harijan, enfants de Dieu. Ambedkar reprochait à Gandhi de ne pas s'attaquer à la racine du problème, le système des castes dans son ensemble selon lui.

L'auteur controversé Koenraad Elst, résume dans un livre[60] certaines critiques selon lui formulées encore aujourd'hui contre Gandhi par une partie non négligeable de l'opinion indienne. En substance :

  • Gandhi n'utilisait l'agitation non violente que contre des gens avec qui il partageait certains principes moraux, c'est-à-dire les hindous et les britanniques libéraux. Envers les musulmans, il ne procédait pas par action non violente mais par concessions et démissions, sans jamais négocier une contrepartie équitable. Il trompait ainsi les attentes de ses électeurs hindous et ne parvenait d'ailleurs qu'à rendre les musulmans plus arrogants. Incapable de tirer la leçon des effets en retour de la réalité politique, il persévéra dans ces concessions alors qu'elles ne causaient visiblement pas un rapprochement entre hindous et musulmans.
  • Des facteurs, internes et externes, autres que l'action non-violente de Gandhi ont contribué à la libération de l'Inde. Parmi les facteurs externes, il faut mentionner les pressions anticoloniales exercées par les États-Unis et l'Union Soviétique sur la Grande-Bretagne. [61]

Écrits [modifier]

Gandhi écrivant à Birla House, Mumbai, Août 1942.
Gandhi écrivant à Birla House, Mumbai, Août 1942.

Gandhi a été un auteur prolifique. Pendant des décennies, il a été le rédacteur principal de plusieurs journaux, des hebdomadaires ou mensuels, dont Harijan en gujarati, en hindi et en anglais ; Indian Opinion, un hebdomadaire en anglais, lorsqu'il était en Afrique du Sud, et Young India, un hebdomadaire en anglais, et Navajivan, un mensuel en gujarati, après son retour en Inde. Navajivan fut aussi publié plus tard en hindi[62]. Il écrivait aussi quotidiennement de nombreuses lettres à des personnalités et des journaux pour défendre sa cause.

Gandhi a aussi écrit plusieurs livres, dont son autobiographie, Une autobiographie ou mes expériences avec la vérité, Satyagraha en Afrique du Sud[63] à propos de la campagne pour les droits des Indiens dans ce pays, Hind Swaraj or Indian Home Rule[64], un pamphlet politique, et une paraphrase en gujarati du livre de John Ruskin Unto This Last.[65] Ce dernier essai peut être considéré comme son programme économique. Il a aussi écrit de nombreux articles sur le végétarisme, les régimes alimentaires et la santé, la religion, les réformes sociales, etc. Gandhi écrivait habituellement en gujarati, mais il révisait lui-même la traduction de ses livres en hindi et en anglais.

Les œuvres complètes de Gandhi ont été publiées par le gouvernement indien sous le nom The Collected Works of Mahatma Gandhi[66] dans les années 1960. Ses écrits font environ 50 000 pages publiées dans un total de 100 volumes. En 2000, une édition remaniée de ses œuvres complètes a déclenché une vive controverse, les partisans de Gandhi accusant le gouvernement de modifications pour des raisons politiques.[67]

Œuvres [modifier]

  • Autobiographie ou mes expériences de vérité, Presses Universitaires de France, 2003. (ISBN 2-130536387)
  • The Collected Works of Mahatma Gandhi. New Delhi: Publications Division, Ministry of Information and Broadcasting, Govt. of India, 1994.
  • Lettres à l'ashram, Albin Michel, 1948. (ISBN 2-226037


28/08/2007
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