Parano - Hystérique - Obsessionnel, Skizoide : 4 façons de travailler du chapeau

 

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Parano - Hystérique - Obsessionnel : 3 façons de travailler du chapeau

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Ils ne sont pas fous, mais parfois ils en ont l’air. Car certains traits de leur caractère frôlent le pathologique. Et exaspèrent leur entourage. Qui sont-ils ? Un mari, une collègue. Vous, peut-être. Portraits.

Isabelle Taubes

Pour les psys, la normalité n’existe pas. Ou plutôt, comme l’explique le docteur Christian Spadone, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, " la personnalité normale est constituée de divers traits de personnalité que l’on retrouve dans les pathologies mentales ". Un exemple ? La méfiance. Ce trait de caractère est largement répandu. Nous avons tous, à des degrés divers, peur de " nous faire avoir ", car nous savons que notre semblable n’est pas forcément bien intentionné à notre égard. Mais si nous sommes convaincus d’être uniquement entourés d’ennemis avides de nous nuire, nous quittons la méfiance ordinaire pour basculer dans la paranoïa.
C’est ce passage du " parfois " au " toujours ", de la tendance à la systématicité, qui signe la personnalité pathologique. Les manières de côtoyer l’étrangeté psychique sont nombreuses. Les personnalités les plus fréquentes ? Obsessionnelle, hystérique et paranoïaque. Nous en comptons forcément une dans notre entourage – nous-même ? – qui nous pose problème. Pourquoi une telle conduite ? Comment lui faire face ?

1 Le paranoïaque

" Mon ex-mari a failli me rendre folle, raconte Lilia. A force de l’entendre soupçonner le monde entier de lui vouloir du mal, j’avais fini moi aussi par voir des ennemis partout. Si un voisin descendait les poubelles en même temps que lui, il prétendait que c’était pour le surveiller. Il avait spécialement dans le collimateur notre voisine du dessus, une célibataire qui recevait beaucoup et écoutait de la musique à fond. Il racontait qu’elle le narguait et cherchait à le faire passer pour un pauvre type impuissant et inculte. Pour se venger, il a écrit aux Impôts qu’elle fraudait. Il refusait que mes parents emmènent notre fils en vacances : ma mère, affirmait-il, essayait de le monter contre lui. Un jour, il m’a même accusée de le tromper. Il s’était mis cette idée en tête parce que j’avais décidé de faire un régime. Impossible de le raisonner. Et dire qu’au début j’avais pris cette jalousie maniaque pour de l’amour ! Bien sûr, très tôt, j’avais remarqué qu’il était de nature suspicieuse. Mais c’est le jour où il a été licencié de son travail qu’il a vraiment disjoncté. "
L’explication psy
Suspicion, manie de la persécution, jalousie délirante, goût de la vengeance, tendance à se sentir offensé pour un rien, rigidité intellectuelle, mégalomanie : on reconnaît là les traits caractéristiques de la personnalité paranoïaque. On a longtemps tenté de lui trouver une origine génétique, héréditaire. Mais, aujourd’hui, les explications psychologiques l’emportent. La paranoïa résulterait d’une mauvaise relation précoce à la mère. L’enfant, ne parvenant pas à trouver la juste distance avec elle, la perçoit comme une divinité aussi puissante qu’inquiétante. Méfiance qu’il étendra ensuite à l’ensemble des êtres humains. Pour lui, le monde est peuplé de voleurs, de menteurs, d’êtres indignes de vivre. Et il est tenaillé par le désir de réparer cette injustice, car il est convaincu que son rôle sur Terre est de faire régner l’ordre. Beaucoup de militaires de haut rang sont des paranoïaques. Staline et Hitler l’étaient.

2 L’hystérique

" Christelle est horripilante, se plaint Martine, sa collègue de bureau. œil charbonneux, décolleté jusqu’au nombril, minijupe, elle déambule en tortillant des fesses et feint ensuite de s’étonner que les hommes la reluquent ou lui fassent des propositions “malhonnêtes”. Même quand elle parle boulot avec le chef de service, elle minaude. On discute d’un film ou d’une émission ? Elle a forcément “adoré” ou “détesté”. Toujours dans l’excès. Elle ne rit pas, elle glousse. L’autre jour, elle a eu un problème avec un collègue. Au lieu d’aborder les choses de front, elle geignait comme une gamine : “Tu ne m’aimes pas ? Tu m’en veux ?” Elle monopolise l’attention en racontant ses déboires amoureux. Apparemment, elle s’accroche à quelqu’un qui se moque d’elle. Bizarre pour une fille qui prétend que tous les hommes sont à ses pieds. Etrange aussi sa faculté à toujours se plaindre d’un mal de tête ou de ventre. En même temps, elle peut être très sympa : elle est fine et comprend vite. Et quand il m’arrive une tuile, elle compatit sincèrement. "
L’explication psy
Besoin de séduire, de se montrer, érotisation des relations, théâtralisation des émotions, grande capacité à communiquer et à entrer en empathie, tendance à charger le corps d’exprimer les conflits psychiques : ce sont les traits dominants de la personnalité hystérique. Une façon d’être sous-tendue par une inépuisable demande d’amour. " Regardez-moi, j’ai besoin de vous ! " ne cesse-t-elle de supplier intérieurement. La personnalité hystérique est semblable à l’enfant qui craint d’être privé du lait nourricier et abandonné. Nous portons tous en nous une part d’hystérie. C’est elle qui nous pousse à entrer en relation avec autrui, pour chercher et donner de l’amour. Mais l’hystérie devient pathologique quand elle exprime une impossibilité à renoncer à l’attachement œdipien pour le père. Raison pour laquelle elle concerne les femmes, ou la " part féminine " des hommes. En effet, il est une phase du développement normal où le petit garçon essaie lui aussi de séduire son papa, comme le ferait une femme. La survivance de cette étape, dans l’inconscient, rend compte de la fameuse " féminité " de l’homme.
En cherchant à plaire tous azimuts, l’hystérique aspire inconsciemment à réaliser son fantasme de base : conquérir son père. Un projet voué à l’échec. D’où insatisfaction, plaintes chroniques, accès dépressifs. Pour s’assurer d’être entendu, l’hystérique force le trait et montre bruyamment ses émotions. Mais refoule celles qui le dérangent dans son inconscient. Aussi, son corps va-t-il souvent s’exprimer en lieu et place de sa parole, entraînant migraines ou maux de ventre. Simultanément, elle est souvent une personne énergique, intuitive et pleine d’humour.


 

3 L’obsessionnel

" Quand j’ai rencontré Emmanuel, il était chargé de mission dans un organisme s’occupant d’handicapés, se souvient Anne-Laure. Mais, rapidement, je me suis aperçue qu’il s’intéressait moins aux gens qu’aux théories et statistiques. Il menait une existence rigide et ritualisée. Lever à 7 h 15, puis café au lait avec deux tartines de rillettes. Je devais boire et manger comme lui (j’avais interdiction de toucher à ses casseroles). Le temps passé dans la salle de bains était chronométré : quinze minutes, pas plus, sinon c’est du temps perdu. Surtout, il était radin. Il pouvait me sermonner parce que j’avais entamé une savonnette neuve, alors que le rogaton qui restait pouvait encore servir. Une fois prêt, il se regardait longuement dans la glace, guettant la moindre imperfection : un faux pli, un cheveu mal peigné, une poussière. Il ne sortait jamais sans verrouiller la porte à triple tour. Le soir, il refusait toute sortie. Trop coûteux ! 20 heures : journal télévisé. 20 h 30 : dîner (avec, été comme hiver, poireaux vinaigrette en entrée). 23 h 30 : extinction des feux. Si, par miracle, nous dînions au restaurant, il terrorisait le personnel et mettait une heure à choisir son plat. Avec mes amis, il affichait un air hautain et ne cachait pas son mépris pour leur “ignorance” : “Tu n’as pas vu ce film ? ! Mais il faut absolument y aller, mon ami le professeur Duchmurtz l’a trouvé exceptionnel !” Il me reprochait sans cesse d’être trop expansive, passionnée. Forcément, lui jugeait le monde de haut et d’un œil froid. Comment ai-je pu aimer un monstre pareil ? Mystère. "
L’explication psy
Rigidité intellectuelle, obsession du détail, avarice, froideur, goût du rituel, peur de choisir, de s’impliquer : un tableau typique de la personnalité obsessionnelle. Elle s’élabore dans la petite enfance, au moment de l’apprentissage de la propreté. Le futur obsessionnel, c’est l’enfant qui refuse de lâcher ses selles quand sa mère l’installe sur le pot, afin de conserver le contrôle de la situation. Pour lui, c’est " quand je veux, où je veux ". Son avarice – économique et affective –, sa manie du détail, son angoisse face au choix sont autant de témoignages de sa peur de lâcher – de l’argent, de l’amour, un petit rien – et de se laisser aller. En fait, son besoin de maîtrise dissimule une grande anxiété liée à la crainte de mal faire. Ce type de personnalité concerne majoritairement les hommes : elle témoigne de la difficulté du petit garçon à se détacher de sa maman. Si l’obsessionnel est obsédé, c’est moins par le sexe que par la " culpabilité ". Selon les psychanalystes, l’obsessionnel " paie " pour une faute imaginaire : son désir inconscient de tuer son père, obstacle entre sa mère et lui. Pour masquer ce désir, il se compose un personnage de bon fils obéissant, de citoyen respectueux de la loi et de l’ordre, prêt à voler au secours de la veuve et l’orphelin. En réalité, son fantasme – qu’il peut mettre en acte quand il perd pied – est de transgresser la loi et de piétiner ses semblables.

" Hystérie, paranoïa ou obsessionnalité, on ignore ce qui décide de l’organisation mentale de chacun, souligne Christian Spadone. Nous n’avons que des hypothèses : la relation précoce à la mère, ou au père, ou aux deux, a été défectueuse, la mère était dépressive, ou pas assez aimante ; le père pas suffisamment présent. " Il est également possible que l’individu ait fantasmé une mère indifférente ou un père abusif. En fait, l’univers de la santé psychique reste très opaque. La théorie ou la molécule capable de prévenir – voire guérir – les plaies de l’âme n’a pas encore été découverte

PERSONNALITE :

Peuvent-ils changer ?
Cela dépend d’eux et de leur entourage. Si on ne perçoit pas que leur conduite est dictée par une fragilité intérieure, si on leur ordonne d’en changer, ils renforceront leurs défenses.
Il faut les aider à comprendre qu’ils vont mal, sans leur faire la morale ni s’instituer " psychologue ", mais en établissant les limites de l’insupportable : " Là, tu vas trop loin, tu piétines mon espace vital. " C’est en posant, sans agressivité, ses propres besoins, qu’on a le plus de chance de donner à l’autre le désir d’évoluer. Mais il faut rester patient et accepter qu’il ne sera jamais parfait. Car on ne peut pas changer radicalement la personnalité de base

Sommaire

INTERNET :

Refuge du schizoïde
Moins fréquente, la personnalité schizoïde. En grec, schizo signifie " je suis coupé ". Le schizoïde – à ne pas confondre avec le " schizophrène ", malade mental coupé de la réalité – est d’abord coupé de ses émotions. Résultat : il communique difficilement, déteste se confier et aime s’isoler. On ne sait jamais comment l’atteindre. Moins il est en contact, physiquement, avec le monde concret, plus il est à l’aise. Internet est une bénédiction : seul face à l’écran, le schizoïde parvient à extérioriser ses pensées. Il peut communiquer avec ses – rares – amis de façon lapidaire, sur un ton informatif, émotionnellement neutre. Tout petits, les futurs schizoïdes éprouvent des difficultés à s’attacher à leur mère : ils la jugent imprévisible et inquiétante. En grandissant, ils étendent ce jugement au reste de l’humanité et se réfugient dans l’imaginaire.



25/05/2013
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