Pensée unique

Pensée unique

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L'expression « pensée unique » est une formule rhétorique généralement utilisée dans le monde politico-médiatique français pour accuser de conformisme les idées considérées comme majoritaires en France et dans l'Europe communautaire, surtout dans le dernier quart du XXe siècle.

Elle vise à dénoncer :

  • pour les uns ce qu'ils considèrent comme une domination idéologique qui promeut certains choix de société, présentés comme seuls légitimes, concernant l'économie, l'intégration européenne, la libéralisation des mœurs, l'immigration, etc.
  • pour les autres ce qu'ils voient comme la permanence d'un esprit étatique, collectiviste, centralisateur et nationaliste promu comme seule voie respectable de servir l'intérêt général et devant primer les libertés et responsabilités individuelles et l'ouverture sur le monde.

Des groupes ayant chacun une pensée déterminée peuvent s'accuser mutuellement d'avoir une "pensée unique". Il s'agit alors en fait d'une pensée de groupe.

L'expression est attribuée au journaliste Ignacio Ramonet, dans un éditorial de 1995 du Monde diplomatique[1]. Le terme évoquait alors et tournait en dérision le consensus national et européen en faveur de la monnaie unique[2]. L'expression a connu un certain succès, passant du rang de simple gimmick journalistique, puis de slogan politique caricatural, à celui de mème ou de sujet polémique et provoquant. Elle possède en effet un avantage rhétorique commode qui consiste à renverser la charge de la preuve : au lieu d'avoir à développer une vision cohérente et de convaincre qu'elle peut être mise en œuvre de manière réaliste, on accuse l'adversaire d'être incapable de penser à une alternative à sa solution actuelle. De ce fait, il n'existe plus aujourd'hui "une seule" pensée unique mais plusieurs. Gustave Parking dit même dans une boutade : « Tout le monde est d'accord pour critiquer la pensée unique.»[3] Ce paradoxe apparent s'explique par le fait que la pensée unique désigne alors la pensée d'un groupe de personnes.

Ainsi :

Sommaire

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Le concept de pensée unique sociale-démocrate venu de la Droite [modifier]

Selon la droite française, la « pensée unique », serait un consensus "anti-libéral" défendu par les intellectuels et les médias de gauche. La charge viserait principalement l'État-providence, ou l'idée selon laquelle une entité supérieure et dirigiste serait mieux placée que les individus pour décider de ce qui leur est souhaitable, et que le protectionnisme et les subventions sont des politiques nécessaires pour le bien commun. Au niveau Européen, la droite condamnerait surtout la prédominance d'un consensus social-démocrate, qui se manifesterait surtout de part le caractère centralisateur, planificateur et dirigiste des institutions Européennes.

Est également dénoncée une "dictature intellectuelle" de gauche (ou encore le "prêt-à-penser") sur des questions sociales et morales, dont l'égalitarisme, l'assistanat, l'immigration, le système éducatif, la famille, les mœurs. La droite dénonce régulièrement l'héritage intellectuel de Mai 68, qui selon elle aurait figé un "politiquement-correct" de gauche.

Dans une interview donnée au journal Libération, Nicolas Sarkozy accusa les journalistes de complaisance envers la pensée unique et a pointé le black-out imposé sur les problèmes réels posés par l'immigration ou l'insécurité urbaine, ce qui ferait le jeu de l'extrémisme :

« Vous, vous pouvez vous complaire dans des alliances avec le parti communiste, avec l'extrême gauche, donner la parole à tous les extrémistes de la création. Ça, c'est bien, puisque c'est la pensée unique ! On ne peut plus rien dire dans notre pays sans qu'immédiatement on soit accusé d'arrière-pensées nauséabondes ! C'est la pensée unique qui est intolérable. Et je pense que c'est vous qui êtes coupés des réalités et de l'aspiration des gens. En interdisant aux républicains de parler librement, vous faites en vérité le lit du Front national. »

Qui la diffuserait? [modifier]

  • Principalement la gauche, les centrales syndicales, les associations, une certaine fraction de la droite et surtout la plupart des médias, ceux directement sous contrôle de l'État (chaînes de radio et de télévision publiques), ou qui reçoivent des subventions (agences de presse comme l'AFP, presse d'information), mais aussi les groupes privés qui ont investi dans la communication et qui sont, de fait, liés à l'État : Bouygues (TF1), Vivendi (Canal +), Lagardère, c'est-à-dire Matra, Hachette, Philipacchi, Europe 1, (M6 et Canal Satellite), Suez-Générale des eaux (TPS), etc. Le système scolaire et universitaire public, dont la majorité du corps enseignant se réclamerait de la gauche, serait un vecteur de diffusion de "l'idéologie officielle".
  • L'École nationale d'administration (ENA) est elle aussi largement visée : un grand nombre de ministres de droite comme de gauche, beaucoup de dirigeants des plus grosses entreprises, ainsi que la plupart des hauts fonctionnaires en étant issus. Les libéraux et les fédéralistes ont précédé les critiques de la gauche envers cette institution, qu'ils considèrent jacobine, élitiste et saint simonienne.

Le concept de pensée unique libérale venu de la Gauche [modifier]

L'accusation concerne l'idée selon laquelle le "modèle libéral" initié par Ronald Reagan et Margaret Thatcher serait l'exemple à suivre pour l'Europe et la France. There Is No Alternative fut la phrase qu'a employée Margaret Thatcher dans les années 1980 à propos de sa politique de libre-échange mondial (ce qui lui valut le surnom de Tina, par ses détracteurs). Il s'agissait en parallèle de supprimer l'intervention de l'État dans l'économie.

Les acteurs politiques et économiques s'inscrivant dans des politiques concertées au niveau international et que les altermondialistes réfutent, telles que le Pacte de stabilité ou le consensus de Washington, seraient ainsi des partisans de la pensée unique. À noter que les altermondialistes accusent aussi Libération de répandre la pensée unique, libérale cette fois.

Qui la diffuserait ? [modifier]

  • Cette pensée serait propagée par plusieurs vecteurs puissants en France, notamment les médias, certaines organisations patronales (MEDEF), ainsi que par les grandes institutions internationales, comme le FMI ou l'OMC.

Brève conclusion [modifier]

Il semble évident que la pensée unique n'est pas un terme proprement défini. Il sert davantage dans un discours polémique à taxer ses adversaires de fermeture d'esprit, en se disant, de fait, plus ouvert aux autres solutions. Néanmoins, dans chaque camp, l'idée de la pensée unique repose sur des bases bien stables et défendables. Ainsi, à gauche, on dénonce la prépondérance du système libéral (aux États-Unis et en Europe), en cherchant un système viable organisé autrement, qui éviterait certaines vicissitudes du système libéral. En revanche, chez les libéraux, la remise en cause de la pensée unique déclare vouloir se détacher de considérations partisanes schématiques (gauche-droite) en montrant que le système libéral proprement dit s'est à peine appliqué en France au cours des trente dernières années, quel que soit le gouvernement au pouvoir. Les libéraux montrent en exemple la gauche britannique (Labour Party de Tony Blair), qui a à peine retouché le système libéral mis en place par Margaret Thatcher.

Voir aussi [modifier]

Notes [modifier]

  1. La pensée unique Éditorial de Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique en 1995
  2. Dans l'article Passage en force pour la monnaie unique (1996, Monde Diplomatique), Bernard Cassen établit par exemple un parallèle entre la monnaie unique, et les politiques associées au Pacte de stabilité, « pur produit de la pensée unique », présentées comme nécessaires pour y parvenir.
  3. Gustave Parking - Le retour des joies sauvages, 2001

Sources [modifier]

Articles connexes [modifier]



27/08/2007
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