« Plus on frôle la mort, plus on a de séquelles »

 

 

« Plus on frôle la mort, plus on a de séquelles »

 

 

mardi 20 avril 2010  


    
      
      

      

    
 
  
 
 

Entretien

 

 

Le Dr Yves Bescond, psychiatre de l'hôpital Mazurelle, est responsable de la cellule psychologique mise en place pour les sinistrés de L'Aiguillon et la Faute-sur-mer.

Pour vous, l'annonce des « zones noires » amorce-t-elle une nouvelle étape dans votre travail ?

C'est vrai qu'on est passé à autre chose. Les premiers jours, on avait des gens dans un état de stress, avec un sentiment de fatalité. Ils avaient tout perdu, subissaient ce qui se passait. Cette phase a été émotionnellement difficile à vivre. Puis, il y a eu la phase de nettoyage dans les maisons. Certains se sont effondrés devant l'ampleur des dégâts constatés. Aujourd'hui, on observe plusieurs types de réactions. Même si c'est difficile, certains gèrent et ont compris qu'ils ne reviendraient jamais. D'autres vont se confronter à un état dépressif. D'autres, encore, s'organisent en association. C'est une façon de se reconstruire, en entrant un peu « en résistance ». Mais ça ne veut pas dire qu'ils ne connaîtront pas de difficultés...

Y a-t-il encore un frein de la population pour venir consulter ?

La cellule psychologique est proche des deux autres cellules, consacrées au relogement et à l'indemnisation. Du coup, ça passe mieux pour les gens. Ils viennent se renseigner pour un logement et, finalement, se rapprochent de la nôtre. Cette approche a été intéressante.

Près de deux mois après, le traumatisme de la tempête est-il encore présent ?

Plus ils ont frôlé la mort et plus les séquelles sont importantes. On constate, aussi, un autre phénomène : celui du « syndrome du survivant ». Certains ont honte d'avoir survécu et pas le voisin. Pour cette raison, beaucoup de gens connaissent un stress post-traumatique. Ils ne viennent pas consulter en se disant qu'il y a pire ailleurs. Après un événement psychotraumatique, on estime qu'entre 10 et 20 % de la population va développer un stress post-traumatique. Les gens ne viennent pas en parlercomme ça.

Pour les démolitions, on a parlé d'un nouveau deuil...

Il faut faire du cas par cas. On ne vit pas les choses de la même manière, entre une population sédentaire, qui vit et travaille ici, et la population retraitée, qui a déjà vécu un déracinement pour venir passer leur retraite au bord de mer. Il faut aussi distinguer la population qui loue et vient essentiellement en saison. Certains ont pu vivre un deuil en perdant des proches ce week-end-là. Ils ont aussi perdu du mobilier, une maison qui peut être familiale, avec les pertes de souvenirs que ça engendre.

Existe-t-il des risques plus graves ?

Nous sommes en présence d'un stress psycho traumatique qui peut-être invalidant. Il y a des risques d'addiction, avec bien entendu des risques de conduite suicidaire. Il n'est pas exclu que l'on voit aussi apparaître des pathologies physiques somatiques, comme l'hypertension, et des risques cardio vasculaires. Je rappelle qu'on a déjà eu des infarctus les premiers jours, directement liés au stress.

 

    Recueilli parJonas POUCLET


06/05/2013
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