Psychanalyse - Partie 2

Méthode d'exploration du psychisme [modifier]

La psychanalyse n'est pas qu'un ensemble théorique, une métapsychologie, c'est également une méthode d'exploration du psychisme humain. Cette méthode peut être appliquée afin d'étudier des œuvres d'art, des philosophies, etc. L'exploration du psychisme elle, se fait par diverses techniques :

  • L'interprétation des rêves qui sont, selon Freud, « la voie royale à la connaissance de l'inconscient ». L'analyse du rêve permet de découvrir les mécanismes de symbolisation du psychisme.
  • L'analyse des actes du quotidien :
    • Les lapsus, les oublis, les négligences : ces actes manqués traduisent un conflit psychique qui met en jeu une tendance consciente et une autre, pré-consciente ou inconsciente, qui vient troubler le déroulement normal de la première. L'observation de ces tendances contradictoires permet de rendre vraisemblable l'hypothèse de l'inconscient.

Principe du déterminisme psychique [modifier]

L'hypnose qu'utilisaient Joseph Breuer et Jean-Martin Charcot est une méthode qui ne put satisfaire Freud qu'un temps, ne convenant pas à tous les patients et n'allant pas de pair avec un travail au long terme sur le transfert. Pour la remplacer, Sigmund Freud utilisera un principe qu'il attribue à Jung, principe suivant lequel une idée qui se présente à l'esprit ne peut être arbitraire et doit donc avoir un antécédent déterminé. Dans les Cinq leçons sur la psychanalyse, il précise ainsi sa pensée :

« Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. » 

Le rêve n'est donc pas le théâtre d'images hallucinatoires dépourvues de sens, le lapsus n'est pas un simple accident sans conséquence, pas plus qu'une idée ne traverse l'esprit sans raison apparente. L'idée subit une déformation plus ou moins forte avant de parvenir à la conscience, mais conserve toujours, selon l'hypothèse, une certaine "ressemblance" avec ce dont elle est la manifestation. Tous ces phénomènes peuvent donc faire l'objet d'une méthode d'interprétation qui révèle l'existence de tendances non-conscientes, refoulées par l'individu. Sans doute faut-il voir dans l'affirmation de ce principe le souci de Freud de hisser la psychanalyse au rang de science. « On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse », proteste-t-il en 1915 (in Métapsychologie. Mais le principe du déterminisme, qui est le requisit de toute science expérimentale, est bien la « foi » du psychanalyste : pas plus dans le monde psychique que dans le monde physique, un phénomène ne peut se produire sans cause.

« Bien plus : il fait souvent appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique. (op. cit) » 

Interprétation du rêve [modifier]

Article détaillé : Interprétation des rêves.

Pour Freud, tout acte psychique a un sens ; le rêve doit donc posséder un sens susceptible d'interprétation. La méthode d'interprétation sera une transposition de la méthode pour le traitement des troubles psychiques, car, selon lui, il y a des analogies entre ces dernières et la vie onirique. Comme dans un symptôme, la conscience perçoit des idées qui lui sont étrangères et dont elle ignore l'origine. La méthode sera fondée sur le même principe de déterminisme psychique : le patient énonçant librement une suite d'idées se rapportant à son rêve doit pouvoir s'en faire lui-même l'interprète.

La thèse de Freud sur le rêve est que celui-ci est la réalisation d'un désir. Le rêve de l'adulte est en ce sens identique au rêve de l'enfant, mais il est déformé par les nombreux interdits qui résultent de l'éducation et de la culture.

Le rêve est composé du contenu manifeste et du contenu latent. Le travail du rêve est celui des mécanismes psychiques qui déforment le contenu latent ; le travail d'analyse consiste à interpréter le contenu manifeste pour retrouver le sens caché. Cette interprétation passe donc par le travail d'analyse du rêve.

Types de rêves [modifier]

Dans sa première théorisation Freud distinguait trois types de rêves suivant la relation des contenus :

  • rêves simples et non voilés, c'est-à-dire que contenus manifeste et latent sont identiques : rêves d'enfants, réalisation de désirs (rêve de confort) ;
  • rêves cohérents mais en apparence immotivés ;
  • rêves incohérents, absurdes ; ce sont souvent les rêves les plus longs.

Mécanismes du rêve [modifier]

Freud distingue plusieurs mécanismes psychiques :

  • La dramatisation : la production du rêve se situe dans un contexte narratif (histoire, fable, mythologie) ou transformation d'une pensée en situation ;
  • La figuration : tout rêve est une expression métaphorique (imagée), sous forme de sensations visuelles accompagnées d'affects ou sous forme de rébus ;
  • La condensation : le rêve représente par un seul élément du contenu manifeste une multiplicité d'éléments (image, représentation...) du contenu latent. Inversement, un seul élément du contenu latent peut être représenté par plusieurs éléments du contenu manifeste. C'est un travail de « compression » dont Freud dit qu'il est différent d'un simple résumé. Par exemple, une personne peut tout à coup revêtir l'apparence d'une autre et prendre le caractère d'une troisième ;
  • Le déplacement : procédé par lequel un trait secondaire ou un détail insignifiant dans le récit acquiert dans l'interprétation une valeur centrale. Il n'y a pas de correspondance entre l'intensité psychique d'un élément donné du contenu manifeste et celle des éléments du contenu latent auquel il est associé.

Psychopathologie de la vie quotidienne [modifier]

Freud en vient, en 1905, à appliquer le principe du déterminisme psychique afin d'expliquer les comportements les plus habituels. À partir de la maladie, à partir des théories que lui inspirèrent la névrose, Freud analyse les comportements qui relèvent du commun : l'analyse va du pathologique vers le normal.

Si le rêve est un processus particulier réservé à une partie du vécu seulement, la psychopathologie de la vie quotidienne affirme le « pouvoir » d'interprétation de la psychanalyse quant à la vie de tous les jours. Les erreurs de langage, les oublis, les mots d'esprit deviennent des révélateurs de tendances psychiques inconscientes chez tout un chacun.

Le livre que Freud publie en 1905 ne vaut cependant que comme application du modèle théorique de la psychanalyse afin d'interpréter, car si ce modèle sera remanié bien des fois - il l'est encore - , les premiers modèles psychanalytiques de l'esprit humain apparaissent dès avant 1900.

Concepts de la psychanalyse [modifier]

Article détaillé : Métapsychologie.

La psychanalyse est une interprétation de certains actes humains en termes psychologiques – qui en restitue le sens. Certaines actions sont perçues comme « involontaires », et pourtant ne sont pas des réflexes dont certains proviennent bien d'un ordre du cerveau : ce sont par exemple les lapsus, les actes manqués, ou les symptômes sans cause physique (hystérie, à distinguer des maladies psychosomatiques). Ces apparentes erreurs, ces symptômes, actes manqués, qui sont d'une certaine manière des actes réussis puisqu'ils sont un compromis qui révèlent le conflit sous-jacent ou qui sont la satisfaction d'un désir. Ainsi le rêve, qui permet au dormeur de se voir réalisant ses souhaits et qui peut continuer de dormir sans être réveillé par une frustration.

Croisement des deux topiques freudienne.
Croisement des deux topiques freudienne.

La psychanalyse modélise l'appareil psychique par des « topiques », qui indiquent des « lieux », non pas au sens propre, mais des systèmes structurés qui s'articulent entre eux selon une dynamique. Freud a défini un grand nombre de concepts « métapsychologiques » pour parvenir à décrire cet appareil psychique que nous savons complexe et dont nous n'avons encore que des aperçus partiels.

Dès 1895, Freud élabore une première topique : celle qui distingue le conscient, le préconscient (autrement dit, la mémoire accessible), et l'inconscient, comprenant notamment les souvenirs refoulés, inaccessibles.

En 1920, pour résoudre de nombreuses questions qui émergent dans les cures, Freud crée une seconde topique : elle distingue le Ça, pôle pulsionnel inconscient de la personnalité, le Moi et le Surmoi. Le Moi doit assurer une adaptation à la réalité, là où le Ça ne se préoccupe pas des contraintes extérieures. Mais, le Moi est aussi le responsable de nombreuses « défenses » pathologiques. Le Surmoi est l'intériorisation de l'interdit parental - Freud voyait l'émergence du Surmoi comme tardive, mais des psychanalystes comme Melanie Klein ont pensé le Surmoi comme existant très précocement chez l'enfant. Le Surmoi se constitue comme le pôle de l'autoagression, l'autocritique.

Mais le moteur qui dynamise tout cet appareil, c'est la pulsion, comme l'affirmera Lacan en reprenant à la lettre le mot de Freud Trieb (pulsion), fautivement traduit dans les premières traductions par instinct. Retenons qu'elle naît dans le Ça, pur désir sans intégration à la personnalité et sans considération pratique, et qu'elle sera intégrée, remaniée, par le Moi. Sous la pression du Surmoi, le Moi refoulera éventuellement cette pulsion, la rendant inconsciente et névrotique.

La pulsion a plusieurs formes : pulsion d'autoconservation – comme la faim –, pulsion sexuelle – pouvant être sublimée, ou pouvant passer de voir à être vu, etc. – et pulsion de mort, cette tendance à l'auto-annihilation que la Première Guerre mondiale révéla à Freud.

La thèse de l'inconscient [modifier]

Articles détaillés : Sexualité infantile et Complexe d'Œdipe.

Il existe un inconscient psychologique; Une pensée et volonté cachés et différentes des pensées et volontés conscientes.

Dans Cinq leçons sur la psychanalyse, Freud formule l'hypothèse que l'hystérie (ou névrose de transfert) est le résultat de l'impossibilité pour une personne de refouler entièrement un désir insupportable qui se présente à la conscience et qui produit un substitut, appelé symptôme, conservant les affects de malaise liés au désir rejeté de la conscience.

Or, ce refoulement pose deux questions décisives pour l'interprétation psychanalytique :

  • Quelle est la nature de ces désirs qui sont rejetés hors de la conscience ?
  • Quelle est la nature de ce refoulement, comment opère-t-il ?

Origine et nature des pulsions [modifier]

Article détaillé : Pulsion.

Le rêve permettrait donc de mettre à jour les mécanismes psychiques qui traduisent un contenu latent en contenu manifeste pour la conscience ; contenu manifeste fruit du travail du rêve, c'est-à-dire le compromis entre désir et interdit. Ces mécanismes supposent que le psychisme est excité par des stimuli divers, dont la source est corporelle mais dont la représentation est psychique : c'est la pulsion. Dans Les Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud explique que c'est un concept limite se trouvant entre le psychique et le somatique. Justement, comment une pulsion existe psychiquement ?

En fait, une pulsion est représentée par une représentation et par un affect, ce qu'on appelle respectivement le représentant-représentation et le représentant-affect. L'essentiel des théories freudiennes de la pulsion est développé dans Pulsions et destins des pulsions.

Dans ce texte nous devons retenir que la pulsion se définit selon quatre modalités :

  • La source : D'où vient l'excitation corporelle ? De quelle partie du corps ?
  • La poussée : La pulsion crée une tension constante elle est toujours, quoiqu'il arrive, active ;
  • Le but : Le but de la pulsion est d'atteindre la satisfaction, ensuite le mode de satisfaction varie ;
  • L'objet : C'est ce par quoi la pulsion va atteindre son but.

De plus, la pulsion a quatre destins :

  • Le retournement en son contraire : par exemple l'amour se transforme en haine ;
  • Le retour contre le moi propre : ce qui est rejeté à l'extérieur revient vers le moi du sujet ;
  • Le refoulement : la représentation (représentant-représentation) associée à la pulsion devient inconsciente ;
  • La sublimation : le dépassement du symptôme dans une demande qui peut être satisfaite.

Psychopathologie psychanalytique [modifier]

Article détaillé : Psychopathologie psychanalytique.

La psychopathologie psychanalytique a évolué dans le temps : de son vivant, Freud a eu recours à de nombreux remaniements ; après lui, de nombreux débats envisagent les pathologies sous des angles différents.

Certains repères sont cependant constants. La psychopathologie qui suit ne saurait satisfaire l'ensemble des analystes, mais éclaire simplement les grandes catégories généralement considérées. Freud opposait déjà névrose, psychose et perversion. On distingue également des pathologies frontières entre névrose et psychose.

La névrose [modifier]

La névrose est la pathologie du conflit psychique, qu'il s'agisse de doute ou de culpabilité, d'angoisses etc. Sa particularité réside dans le refoulement qui est la conséquence du conflit psychique et des symptômes qui s'ensuivent.

La psychanalyse en explique l'émergence du fait de l'impossibilité de satisfaire une pulsion dans la réalité. La pathologie apparaît alors comme un compromis : le symptôme. La guérison emprunte selon Freud trois voies :

  • suppression de la maladie par la réflexion : le malade fait face et surmonte sa faiblesse, rejette ce qui est le résultat d'une période infantile du moi ;
  • les pulsions retrouvent leur voie normale de développement;
  • la sublimation, qui pour Freud serait la meilleure voie, permet à la personne d'investir l'énergie libidinale et/ou agressive dans des activités à contenus non sexuels ou non agressifs. C'est aussi un des quatre destins pulsionnels.

Plusieurs névroses sont distinguées :

Pour Freud, il est clair que le travail de culture implique des renoncements qui parfois amène à des névroses ou autres troubles psychiques. C'est l'impossibilité de ce renoncement qui conduit à la névrose ou à d'autres "solutions" (délire, retrait psychique, perversion, etc.). La pulsion sexuelle (libido) ne peut faire l'objet ni d'un interdit absolu ni d'une satisfaction totale. Le compromis névrotique est une voie de dégagement mais il peut induire une énorme souffrance et c'est ce qui conduit quelqu'un à souhaiter et à entreprendre un traitement psychanalytique.

La psychose [modifier]

Par opposition à la névrose, les symptômes de la psychose ne sont pas tant conséquence du refoulement que de son échec. Chez le psychotique domine un conflit entre les exigences pulsionnelles et la réalité, dans lequel le mécanisme de défense de projection occupe la place centrale.

Plusieurs psychoses sont distinguées et les recherches sont toujours en cours :

Certains psychanalystes s'intéressent à des mécanismes psychotiques en dehors de la psychose, tels que la projection, l'identification projective, les facteurs schizoïdes de la personnalité.

Cas limites [modifier]

Ce terme n'a pas été utilisé par Freud. Les "cas limites", à la frontière, ne relèvent ni de la simple névrose, ni de la psychose ni encore de la perversion. Il s'agit là d'une catégorie descriptive, puisqu'aucune étiologie commune ne permettrait de rendre compte des problématiques fort différentes que supposent les différents états limites. Le trouble de la personnalité borderline se comprend donc comme métaphore.

La notion d'état limite est cependant par elle-même critiquée.

S'il est impossible de rendre compte de l'ensemble des évolutions de la psychopathologie freudienne (et post-freudienne), certaines maladies mentales relevant d'un état limite semblent trouver un certain consensus.

Perversion [modifier]

Article détaillé : Perversion.

La perversion est corollaire de la notion de sexualité infantile et de ses évolutions. Selon la formule célèbre, « L'enfant est un pervers polymorphe » - dans le sens ou la pulsion se satisfait aux plaisirs d'organes, indépendamment du but et de l'objet. Ceci est à différencier d'une perversion structurée d'adulte où le plaisir d'organe et ses conditions priment sur la génitalité. La perversion prend cependant un autre sens en psychanalyse, puisqu'elle en vient, à partir de la sexualité, à désigner une structure, une réalité psychique particulière. Cette perversion s'oppose à la névrose, puisque le refoulement de la motion sexuelle n'a pas lieu. Mais cette structure n'est pas non plus la psychose, puisque il n'y a pas construction d'une nouvelle réalité.

Freud, à partir de l'étude du fétichisme sexuel, en vient à décrire la perversion comme « solution » face à l'angoisse de castration, donc comme mécanisme de défense face à une angoisse de type névrotique. Cette solution est le clivage : une partie de la personnalité reconnaît la castration, l'autre la dénie, ces mécanismes (le clivage et le déni) appartenant aux solutions psychotiques. Ce modèle de la perversion en fait donc une structure à part, et à part entière.



11/08/2007
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