Crise et conflit

 

Crise et conflit

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Introduction [modifier]

Au plus simple et au plus court, les crises et conflits sont proches. La langue commune ordinaire, en contraste aux langues savante et technique, et les constructions théoriques les confondent et les fusionnent. Le problème ou la question est:

  • Pourquoi certaines crises donnent lieu à des déflagrations conflictuelles? Quelles sont les différences et les similarités entre la crise et le conflit?

Il y a des crises apparemment anodines ou dérisoires qui évoluent en lourd conflit, tandis que d’autres, à l’enjeu considérable, demeurent à l’état de crise sans issue conflictuelle. En tout cas, c’est une réflexion que peut faire toute personne qui observe et s'interroge sur les relations familiales internationales et sociales.

En tout cas, c’est une observation et une réflexion que peut faire toute personne qui médite sur la contingence des faits historiques, sociaux et des événements familiaux et familiers, que les crises les plus graves sont loin d’être celles qui provoquent les plus graves conflits. Graves ou anodines, les crises sont évaluées a posteriori sur la gravité du conflit, souvent dans l’ignorance de la relation entre la crise et le conflit. Lorsque les violences du conflit arrivent à détruire les configurations physique et sociale, alors, c'est la relation entre crise et catastrophe.

Les crises et les deux conflits mondiaux [modifier]

Il y a eu durant la vingtaine d’années qui ont précédé la Première Guerre Mondiale de nombreux assassinats d’hommes politiques importants, mais seul l’assassinat de l’héritier du trône des Habsbourg à Sarajevo a précipité le Monde dans la déflagration. Ni l’entrée des troupes allemandes dans la zone démilitarisée en 1936, ni l’occupation de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie n’ont abouti à la guerre, mais la brève crise qui a précédé l’attaque allemande sur la Pologne. On séquestre, on et on assassine de nos jours les ambassadeurs, pour ainsi impunément, alors qu’au siècle dernier, le seul fait d’insulter un représentant du corps diplomatique suffisait à déclencher un conflit.

  • Comment expliquer ces différences dans le comportement au cours du développement de la crise?

En dehors de la notion de crise, on expliquerait par la dichotomie entre cause profonde et prétexte superficiel, c’est-à-dire une justification, dans l’après-coup, d’une intention non seulement hostile, mais belliqueuse. C’est une justification qui a l’avantage d’être simple, banale, mais peu satisfaisante et de faible utilité. Dans la perspective de la crise, sera retenu l’aspect de l’hostilité.

LA VOLONTÉ D’HOSTILITÉ. Les uns pensent que ce n'est la nature de la crise qui importe, mais la volonté des parties antagonistes. Toute perturbation, même réduite, peut servir d’occasion à un ennemi décidé d’en découdre. D’autres insistent sur la différence entre les sensibilités et les mentalités propres à chaque époque où certaines sont plus chatouilleuses ou plus nerveuses que d’autres et transforment en situation "belligène" des actions qu’en d’autres temps qu’on considère avec plus de patience, de flegme et de distance. "Si vis pacem, pars à Berlin", les crises de Berlin, depuis 1945, ont déclenché aucun conflit armé, tout au plus quelques escarmouches, sans les tonnerres de l’artillerie lourde, du blocus de 1947 au mur de 1961, le calme est désespérant à Berlin, alors que les Incidents du Golfe du Tonkin, au début des années 60, ont fait partir autant d’explosif chimique que durant toute la Seconde Guerre Mondiale, avec la Résolution du golfe du Tonkin qui a permis d'étendre la Guerre du Viet Nam.

Ainsi, une époque dominée par une fièvre nationale serait davantage disposée qu’une autre à convertir la moindre crise en conflit vengeur. L’hypothèse des sensibilités et des mentalités propres à chaque époque s’avère insuffisante, car Berlin et l’intensification des interventions militaires étatsuniennes au Viêt Nam se trouvaient sous la présidence de John Fitzgerald Kennedy. D’autres, encore, estiment qu’une puissance hégémonique ou impérialiste ne saurait maintenir sa suprématie qu’à la condition d’intervenir rapidement, de manière conflictuelle qui risque de mettre en question son prestige, comme, peut-être la Guerre en Afghanistan et la Guerre en Irak menées par les États-Unis à l’aube du XXIe siècle.

D’autres, enfin, remarquent que la multiplication des crises dans une société freine les capacités conflictuelles. Ce sont des sociétés en crise répétitive qui possèdent des dispositifs nécessaires pour bloquer les velléités belliqueuses, tandis que là où les crises sont rares, chacune devient presque immédiatement source d’un conflit possible.

Ces interprétations, certes, ne sont pas à écarter, encore qu’elles n’aient qu’un signification et une pertinence historiques et circonstancielles pour être de portée générale. En 1914, par exemple, aucun pays ne voulait, franchement, la guerre et, pourtant, ils y sont tous précipités avec la fleur au fusil et la chanson à la bouche. On ne saurait, non plus, placer sous la même rubrique la "politique des canonnières" et celle exerçait par l’ancienne l’Union soviétique et les États-Unis contraints, parfois, d’accepter de véritables affronts sans réagir. On pourrait multiplier d’autres exemples en relations internationales, en relations industrielles, en relations conjugales et familiales qui confirment la validité limitée de ces interprétations.

Certes, toute crise, en général, est porteuse de conflits, mais une crise aussi profonde et fondamentale des esprits que celle provoquée par la science, à la suite de Copernic et de Galilée, n’a pas été suivie directement d’aucun conflit. Si nous voulons donner un élément de réponse à la question de départ (pourquoi certaines crises donnent lieu à des déflagrations conflictuelles ?), il semble nécessaire de chercher une interprétation plus globale d’une approche écosystémique, en procédant par comparaison, afin de déterminer, par une conception en profondeur, d ‘éventuelles constantes qui caractérisent la presque totalité. Des passages d’une crise au conflit. En d’autres termes, par la production divergente (scanning) et la production convergente (digging), des interfaces entre la crise et le conflit peuvent se révéler.

Ce travail des productions peut être mis à profit dans les thérapies systémiques familiales dans la résolution des crises et conflits.

La crise [modifier]

La notion de crise est liée aux altérations et aux ruptures que peut provoquer le changement. Elle est donc aussi liée au développement même de la vie, tant sous l’aspect biologique que sous ses aspects psychologique et sociologique, que dans la mesure où sa conservation dépend d’une perpétuelle création dont les effets peuvent être continus ou discontinus. Il faut, cependant, éviter de valoriser d’emblée le changement, que ce soit de façon positive pour le considérer comme étant toujours salutaire ( au sens de l’évolutionnisme philosophique ou de la Théorie du Progrès) ou de façon négative, en le considérant comme funeste (au sens où toute crise serait une manifestation pathologique) ,. Tout changement n’est pas source de crise, par exemple lorsqu’il se développe de manière régulière et presque imperceptible, comme le renouvellement cellulaire du corps humain, en exemple illustratif. Il y a, en général, crise à la suite de l’apparition d’une modification soudaine et inattendue qui dérange le déroulement ordinaire, le plus souvent suscitant un état de déséquilibre, d’incertitude et d’inquiétude.

L’altération crisogène ne peut être que de deux sortes : ou bien elle est le résultat de l’intervention d’un facteur extérieur et "allogène" dans le développement même, sous l’effet d’accumulation "endogène" qui, une fois dépassé un certain seuil, crée un état de rupture. La "Révolution française" qui a été une grande crise, aurait pu être évitée par des réformes progressives et appropriées à temps. Cette accumulation peut être celle d’usures et de défaillances reportées ou, au contraire, de profusions et de prodigalités. Il arrive aussi que la crise manifeste le décalage entre l’accélération de certains aspects du développement et le retard d’autres. Il y a césure dans le rythme du changement. Ces éléments "objectifs" s’accompagne généralement d’un autre obstacle qui contribue particulièrement à accroître la crise. Il s’agit de la difficulté "subjective" de discerner les moments (entendus à la fois comme instants et rapports de forces) critiques, donc, de faire le choix convenable et de prendre la décision adéquate.

Considérée du point de vue sociologique, la crise est une situation collective caractérisée par des contradictions et des ruptures, une situation grosse de tensions et de désaccords qui rendent les individus et les groupes hésitants sur la ligne de conduite à suivre, parce que les règles et les institutions ordinaires restent en retrait ou sont même, parfois, déphasées par rapport aux possibilités nouvelles qu’offrent les intérêts et les idées qui surgissent sur la justesse et l’efficacité des nouvelles voies. C’est la crise de mai 1968 en France et dans le monde occidental. La crise est une situation d’anomie où l’individu et la collectivité ne savent plus à quelles règles de conduite se référer

Cette conception appelle quatre commentaires

- L’étendue d’une crise est variable, suivant qu’elle n’affecte directement qu’une activité déterminée ou bien toutes les activités en même temps.

- Ce qui provoque la césure crisogène dans le changement est l’innovation déréglante et déstabilisante. Si la nouveauté n’est qu’un renouvellement qui rafraîchit et revivifie des comportements habituels, elle donne rarement lieu à une crise. Le transistor qui a remplacé la lampe miniature n’a pas donné lieu à une crise. Par contre, la microinformatique et la télématique ont donné la mondialisation ou globalisation dans l’intensification et la diversification des échanges de toutes sortes.

- Même soudaine, l’innovation ne se prolonge pas en crise, si elle est immédiatement utile du point de vue des commodités des usagers. Pas plus que l’apparition de la machine à vapeur a entraîner directement de crise, l’avion et la voiture automobile non plus et n’en ont occasionné. Seule l’accumulation accélérée d’innovations techniques de toutes sortes, en tant qu’elle modifie le style de vie et altère les valeurs reconnues jusqu’alors, ébranle à la longue les esprits.

- Au fond, une crise naît essentiellement des difficultés de prévision. Les sociétés agraires étaient relativement épargnées par les crises principalement d’origine externe des désastres naturels. En effet, le paysan et l’artisan étaient en mesure de prévoir avec confiance le déroulement de leur vie, ainsi que celle de leurs enfants et petits-enfants, puisque les conditions d’existence retaient pratiquement les mêmes, d’où stabilité et sécurité.

Cette observation vaut pour les autres aspects de la vie , et pas seulement pour la profession qui sert d’exemple illustratif d’un phénomène plus général

Le conflit [modifier]

On entend par conflit, au sens profond ou authentique du terme, l’affrontement de deux ou plusieurs volontés individuelles ou collectives qui manifestent les unes à l’égard des autres une intention hostile et une volonté d’agression, à cause d’un droit à retrouver ou à maintenir. Ces volontés essaient de briser la résistance de l’autre, éventuellement par le recours à la violence. Cette conception ne tient pas, évidemment, compte du sens figuré ou métaphorique du terme, par exemple, comme celui de conflit de devoirs", "conflit d’horaires" et "conflits d’intérêts", etc. Elle ne tient pas compte aussi de vagues rivalités, des compétitions, des désaccords et antagonismes qui ne donne lieu à un heurt.

Le conflit signifie donc le heurt entre des volontés. À l’origine, ce terme signifiait, donc, un affrontement de deux forces qui s’éprouvent. On ne parlera pas de conflit à propos à propos du heurt d’une pierre, mais uniquement, en cas de la présence de deux volontés animées par une intention hostile, au moins, de la part de l’une d’elle. Tout conflit tend donc à réduire tous les rapports à ceux entre ami et ennemi. Cependant la simple disposition agressive n’est pas, en elle-même, un conflit. Il peut avoir agressivité sans conflit, par exemple, au cours d’une compétition sportive. Ce n’est que lorsque l’agressivité devienne malveillante qu’elle peut dégénérer en conflit. Il est à souligner la différence entre "dynamisme" et "agressivité" sur la base de l’intention hostile.

L’objet du conflit est, en général, un droit mis en question, par exemple, au cours d’une crise, soit qu’il soit lésé, méconnu ou bafoué " Le conflit occasionné par une violence purement gratuite est rare. La plupart du temps, les protagonistes défendent un droit sur l’espace (parcelle de champ chez les paysans, territoire à organiser politiquement, dans le cas d’une guerre d’indépendance, libre accès, etc.), un droit à de meilleures conditions de vie et à des rapports plus justes, etc. À l’espace physique et le droit, il faut souligner la valeur symbolique donnée par le système de représentation en usage. C’est ce qui a été nommé précédemment de "sensibilités" et "mentalités" propres à chaque époque.

C’est précisément parce que le droit soit au cœur du conflit qu’il puisse aussi fournir la solution, sinon celle-ci resterait précaire, comme plaquée de l’extérieur, Cette solution est, soit de concéder le droit réclamé, soit de modifier l’importance qui lui est accordée par apprentissage et par réaménagement du contexte ou "recadrage" dans lequel la même situation apparaît avec de nouvelles significations et de nouvelles valeurs sous ce nouvel éclairage. C’est une des techniques utilisées aussi dans les thérapies systémiques familiales.

La situation évolue si les autres solutions apparaissent comme inopérantes ou ne respectent pas certaines limites tolérables, qu’il s’agisse d’arbitrage, de médiation, de la négociation, etc. D’ailleurs, tant que dure le conflit, les adversaires cessent de faire valoir leurs droits, tout en ressassant les torts de l’autre. Un conflit s’achève ou bien par le triomphe de l’une des parties qui impose ses droits à l’autre, ou bien par la reconnaissance mutuelle des droits respectifs, soit par à la suite d’une décision de justice, soit en vertu d’un accord mutuel à l’épuisement des protagonistes.

Pour parvenir à ses fins, l’homme du conflit met en jeu des forces humaines, matérielles et psychologiques qu’il a à sa disposition et qu’il contrôle. Ce qui signifie qu’il peut mener la lutte jusqu’à l’anéantissement de l’autre. Aussi, ne saurait-on confondre conflit avec compétition ludique. Le jeu est défini par des règles imposées à l’avance, car elles l’instituent. Ainsi, peut-on répéter un jeu autant de fois qu’on le désire. De plus, l’activité ludique se déroule dans un champ clos, sa durée est fixée ainsi que le nombre de participants, les critères qui après un certain déterminé désigne le vainqueur. Tout est réglementé. C’était la "guerre en dentelles".

Pour canaliser les débordements de violence du conflit, la guerre est un état de droit où la force du droit a préséance le droit de la force du conflit à l’état pur qui est d’une autre nature, bien qu’il puisse comporter des éléments ludiques. Sa durée dépend de la capacité de résistance des combattants. Il crée sans cesse ses propres normes au cours de l’escalade à l’extrême, indéfinie, qui épuise les ressources de l’adversaire, de sorte que le triomphe de l’un est dans l’épuisement de l’autre. À la rigueur, n’importe quel moyen peut servir, à condition qu’il soit efficace dans le rapport coût/performance. Le conflit est une épreuve de violences qui tente de démanteler un rapport de forces donné, ainsi que le droit le consacre, en vue d’instaurer un autre rapport que le triomphe sanctifiera juridiquement. C’est la guerre conçue à la manière de Clausewitz, comme l’usage illimité de la force brute.

À la lumière de ces considérations qui montrent que la notion de conflit n’appartienne pas, conceptuellement, à celle de la crise qui est un signe de désordre, de trouble et non d’une hostilité. Ainsi considérée, une crise peut se développer sans jamais donner lieu à un conflit, car ce qui caractérise, conceptuellement, une crise n’est pas la rivalité entre les personnes, ni même une compétition à propos d’objets, ni, en général, la lutte, mais le désarroi des esprits, une anomie psychologique et sociale, déroutés par des options contradictoires, dans les paradoxes et double contrainte, soumis à des exigences divergentes et contraints de se décider dans l’hésitation et l’incohérence.

La crise, finalement, traduit et exprime une carence de l’autorité, qu’il s’agisse de l’autorité des valeurs, de celle d’un système économique, d’une doctrine religieuse ou d’un régime politique. Autrement dit, toute crise est une crise d’autorité, s’il est vrai que la présence d’une hiérarchie, d’une différenciation, est sécurisante. Le désir mimétique de René Girard déclenche la crise par indifférenciation dans des imitations, crise résolue par le sacrifice de la victime émissaire pour ramener la paix sociale, dans la violence et le sacré.

La bipolarisation et le conflit [modifier]

Comme la crise n’évolue pas d’elle-même vers le conflit, c’est à l’intervention de la volonté délibérée ou non des agents de la crise qu’il faut imputer le passage à l’état conflictuel. Le moment cardinal concerne l’apparition ou l’introduction préméditée de l’intention hostile qui a pour effet de bipolariser les relations par l’opposition entre ami et ennemi. Le conflit apparaît, dans ces conditions, comme une solution de la crise, par différenciation, ou du moins, comme un moyen pour y mettre fin, car un fixant sur un ennemi, il réintroduit une certitude, une assurance, celle d’une idée et d’hommes à combattre qu’il rend responsables de la situation équivoque. Alors, le sacrifice de la victime émissaire fait l’économie du déferlement de violences d’un conflit.

Dès qu’intervient la bipolarisation par division des groupes en amis et ennemis, la crise change totalement d’aspect, elle cesse presque d’être encore une crise, puisque avec la désignation de l’ennemi, les incertitudes et l’instabilité qui la caractérisent disparaissent. Cette disparition peut se faire aussi par la désignation des coupables imaginaires les plus évidents par leur statut et apparence et les plus faibles, de préférence, pour éviter un conflit sanglant avec des ennemis coriaces.

Nous voici en mesure de répondre à la question initiale "Pourquoi certaines crises donnent lieu à des déflagrations conflictuelles? Quelles sont les différences et les similarités entre la crise et le conflit?" Si certaines crises donnent lieu à des conflits et non pas d’autres, c’est parce que dans le premier cas est apparue l’intention hostile qui introduit la bipolarisation en ami/ennemi, indispensable à toute volonté de se battre.

La bipolarisation peut être délibérée de la part des groupes qui, par tactique, suscitent artificiellement une crise qu’ils font évoluer vers un conflit, afin d’en tirer des avantages. On peut trouver de nombreux exemples sous la République de Weimar allemande, des années 20-30, pour la résistible montée du Chancelier Hitler.

Le tiers inclus [modifier]

On peut faire la contre-épreuve des conceptions précédentes. Si le tiers médiateur, observateur et témoin parvient à maintenir ses droits ou manifester sa force, la crise ne peut évoluer vers le conflit. La présence du tiers, faisant obstacle ou échec à l’éventuelle bipolarisation. Demandons à l’histoire contemporaine les illustrations de la Théorie des jeux de John von Neumann.

L’occupation de la zone démilitarisée par Hitler en 1936 a été à l’origine d’une crise profonde en relations internationales. Cette crise n’a évolué vers le conflit que dans des conditions bien déterminées en 1939. En effet, la crise excluait le conflit tant que l’Angleterre restait décidée à jouer le rôle de tiers, avec lequel, il fallait compter de part et d’autre (Accord naval germano-britannique, médiation de Lord Runciman, voyages de Chamberlain en Allemagne, etc.). La guerre éclate dès que les Anglais ont renoncé à jouer le rôle du tiers, en rejoignant l’un des deux camps, virtuellement ennemis. Dès lors, on se trouvait devant la situation polémogène classique par bipolarisation. La guerre devenait d’autant inévitable que l’un des ennemis virtuels avait réussi à neutraliser l’autre tiers possible, l’Union soviétique en signant avec Staline un "prétendu" pacte de non-agression.

Il y aurait beaucoup à dire à dire sur la place du tiers, à commencer par le fait que la relation sociologique ait pour fondement numérique le chiffre "3". Le tiers remplit dans la société des fonctions diverses, aussi bien irénogènes pacificatrices que polémogènes belliqueuses. Il peut être l’arbitre, le médiateur, l’intermédiaire, le juge, la condition d’objectivité, l’instigateur de troubles le troisième larron, le diviseur, etc. En général, les sociétés stables font une place essentielle au tiers, par exemple le système féodal sous le couvert des trois ordres et le système commercial chinois par l’intermédiaire du "comprador", qui est le trans-acteur de toute négoce, l’agent commercial. Enfin, il y a le tiers de Montesquieu et le tiers état, le tiers de toute démocratie parlementaire des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. L’introduction du Tiers état a déclenché la crise de la révolution française de 1789 et déstabilisé l’ordre de l’Ancien Régime.

Il y a le tiers de Girard dans le désir mimétique, le tiers de Freud et de Karl Marx dans une mésostructure médiatrice d’une infrastructure à une superstructure. Le tiers est à la fois pacificateur irénogène et déstabilisateur.

Lorsque une crise conduit à un conflit qui peut déboucher sur une "catastrophe" de la déstructuration totale . C'est, alors, la relation entre crise et catastrophe. On trouve de nombreux exemples sur le plans bio-médical et psychologique et en relations internationales de cette relation entre crise et conflit ert crise et catastrophe.

Conclusion [modifier]

Dans les interactions sociales, l’inclusion du tiers provoque une crise et son exclusion développe la crise en conflit. Cette proposition laconique appelle quelques commentaires sur la transition de la crise au conflit qui conjugue, en général, les circonstances et la volonté des acteurs. Il y a cependant lieu d’insister sur deux points.

- Tout d’abord la transformation d’une crise en conflit opère une sélection parmi les circonstances, les paradoxes et les contradictions qui nourrissent la crise. En règle générale, le conflit ne couvre pas toute la crise, il en intègre seulement certains éléments et aspects en négligeant les autres. Ce n’est pas dans son ensemble qu’une crise devienne conflictuelle, mais partiellement. Par conséquent, crise et conflit n’ont pas la même dimension. Car donner à la rivalité l’intensité capable de mobiliser les énergies, le conflit sélectionne les paradoxes et contradictions qui se laissent le plus facilement polariser en oppositions binaires dévoilées dans la Théorie des contextes et il se désintéresse des circonstances. Cette limitation permet de mieux contrôler la situation, condition indispensable de l’efficacité dans la lutte contre le développement d’une crise en conflit.

- Un conflit transforme presque toujours une crise en une affaire politique, crise esthétique de l’iconoclastie ou Iconoclasme au VII-IX siècle à Byzance, crise religieuse de la Réforme luthérienne.

Voir aussi [modifier]

Les rapports entre les concepts de Crise et de Conflit dans l'optique qui est présentée ici, ont été énoncés en premier lieu dans une étude des fondements conceptuels dûe à José Rodrigues dos Santos, (Professeur á Académie Militaire de Lisbonne et Université d'Évora, Portugal), présentée, sous un titre identique, à l'Ecole d'Eté "Semantics On the Web", Universitá degli Studi, San Marino, août 2000. Elle a été intégrée, en novembre 2001, dans le rapport final de la recherche financée par la Direction Génerale l'Armement (DGA) du Ministère de la Défense français, intitulé "Crise, Conflit, transaction". Ces documents, non publiés, sont disponibles auprès de la DGA. Celle-ci a également soutenu, par la suite, les travaux de J. Marguin, ici mentionnés.

Liens externes [modifier]

Références bibliographiques [modifier]

  • Thanh H. Vuong, “Théorie des contextes et relations internationales: départ de la première Guerre d’Indochine", dans Études Internationales, Vol. XVII, No. 3, pp, 571-597, septembre 1986
  • Thanh H. Vuong, "colonisations du Viêt Nam et colonialisme vietnamien", dans Études Internationales, Vol. XVIII, No. 3 pp. 546-571, septembre 1987.
  • Thanh H. Vuong, "Stratégies technico-commerciales asiatiques", dans Études Internationales, Vol. XXII, No.3, pp. 551-575, septembre 1991.
  • Thanh H. Vuong & Jorge Virchez, "Communauté Économique de l’Asie Pacifique. Essai d’anthropolgie économique et de géographie politique", Presses Inter Universitaires, Cap Rouge, QC, 2004.
  • Anthony Wilden, "Système et structure. Essais sur la communication et l'échange", Boréal Express, Montréal, 1983.
  • Anthony Wilden, “The Rules are no Game. The Strategy of Communication”, Routledge & Kegan Paul, London & New York, 1987.
  • Anthony Wilden, “Man and Woman, War and Peace. The Strategist’s Companion”, Routledge & Kegan Paul, London & New York, 1987


02/05/2008
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