Culpabilité

 

 

Culpabilité (psychanalyse)

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Le sentiment de culpabilité ou culpabilité est une émotion relative à soi et/ou au groupe social (dont la famille) qui repose sur le sentiment — justifié ou non — qu’on porte une responsabilité personnelle dans un événement fâcheux. Il se manifeste souvent par de l’angoisse et/ou une dépression et est fréquent lors d’un deuil comme l’a souligné Sigmund Freud[style à revoir].

 

Sommaire

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La culpabilité dans la théorie freudienne[modifier]

Dette et culpabilité[modifier]

En allemand le même signifiant « Schuld » désigne à la fois la dette et la culpabilité. C'est sans doute ce qui poussa, en partie, Sigmund Freud à approfondir ce lien qui éclate de façon particulièrement manifeste dans le cas célèbre d'une analyse d'un patient obsessionnel connu sous le nom de « l'Homme aux rats » paru en 1909. L'histoire de ce cas montre à quel point la névrose s'articulait de façon inextricable autour d'une dette paternelle que le patient s'ingéniait à la fois à perpétuer et à rembourser.

Freud lui-même, dans une lettre à Wilhelm Fliess faisait référence en ce qui le concernait à une dette ou faute de ce type dont il voit l'origine dans la naissance d'un jeune frère qui naquit peu de temps après lui pour mourir quelques mois plus tard.

Le sentiment « inconscient » de culpabilité[modifier]

Dans l'analyse d'une pièce de l'écrivain norvégien Henrik Ibsen, intitulée Rosmersholm, Freud veut montrer que les actions de l'héroïne, Rebecca, sont induites par une culpabilité liée à trois secrets. Le troisième de ces secrets est l'amour qu'elle porte à un homme dont elle ne sait pas qu'il est son père. Cette pièce que Freud appréciait beaucoup lui donnait une bonne illustration de son affirmation que la culpabilité inconsciente est toujours liée, de près ou de loin, à la situation œdipienne.

Friedrich Nietzsche décrivit un profil psychologique qu'il appela criminels par sentiment de culpabilité. Il signifia alors que certains peuvent, se sentant coupables mais sans savoir pourquoi, commettre un crime dans le seul but de donner une raison à cette culpabilité. La culpabilité n'est pas la conséquence du crime mais, paradoxalement, sa cause même : il s'agit pour le coupable de pouvoir se représenter sa faute.

Schéma culpabilité.png

Freud reprend ce modèle lorsqu'il discute la culpabilité inconsciente, indissociable du surmoi, sévère juge de la personne. Freud précise que le névrosé a bel et bien commis une faute, du moins dans son fantasme. Peut être n'y a-t-il pas eu d'acte mais l'intention à la source des reproches est bien réelle, et la culpabilité n'est guère que retournement sur la personne propre de l'agressivité.

C'est également dans cette culpabilité inconsciente que Freud verrait l'origine de certains échecs de cures psychanalytiques, les patients n'arrivant pas à surmonter un « masochisme moral » qui les poussent à expier indéfiniment une faute inconsciente. En effet, la culpabilité viendrait provoquer le passage à l'acte, et pas l'inverse.

Mais qu'en est-il vraiment de cette culpabilité inconsciente ? Le modèle de l'affect semble en effet impliquer le système préconscient/conscient décrit dans la première topique, puisque le système inconscient est, selon cette approche théorique, siège de quantités pulsionnelles et non d'affects qualitatifs. Freud décide de ne pas trancher ce problème d'un affect inconscient et laisse la question ouverte. Il choisit donc une perspective descriptive, insistant sur l'évidence d'une culpabilité inconnue du Moi et pourtant génératrice de nombreuses démarches. Cette culpabilité inconsciente peut prendre des formes contradictoires : ambition dévorante par volonté de faire mieux que le père ou au contraire échecs répétés dans les entreprises pour, au contraire, épargner le père. De fait, la pratique clinique montre que toute réussite peut être rongée par un sentiment de transgression qui serait alors induite par cette culpabilité de faire mieux que son géniteur.

Culpabilité et mélancolie[modifier]

Dans les années 1915-1917, Freud, dans son ouvrage « Deuil et mélancolie » montre que la psychose mélancolique s'articule autour d'un clivage inconscient chez le même sujet, à l'occasion d'un deuil. Celui-ci tient à la fois la position d'accusateur (qui s'en prend à l'objet d'amour disparu) et celui de l'accusé (qui retourne contre lui-même les reproches induits par cette disparition).

L'instance psychique qui accuse le sujet, Freud l'appelle Surmoi. Il lui donne un rôle particulièrement important dans la vie psychique. Le Surmoi trouve son embryon dans le narcissisme primaire mais il prend sa forme accomplie au moment du complexe d'Œdipe. Il peut alors jouer un rôle stimulant pour le sujet mais il risque également de « s'emballer » et de conduire celui-ci à retourner contre lui-même ses pulsions agressives. Ceci est particulièrement visible dans la névrose obsessionnelle et plus encore dans la mélancolie.

La notion de culpabilité collective[modifier]

La question de la culpabilité collective est également analysée par Freud dans plusieurs de ses textes. Elle apparaît de manière flagrante dans la démarche religieuse et dans les mythes de nombreuses cultures.

La religion se fonde souvent sur le principe d'une faute dont les êtres humains seraient redevables à une instance divine. Dans la religion chrétienne l'apôtre Paul en fait une loi première, la « faute originelle » qui est réactualisée dans cette religion par la mise à mort du fils de Dieu.

Le bouddhisme a une approche légèrement différente. En effet d'un point de vue bouddhiste, il n'y a pas de culpabilité originelle mais un enchaînement de causes et d'effets. L'ignorance de la nature véritable des choses nous pousse à perpétuer notre souffrance et pour s'en libérer, il faut se libérer de notre ignorance.

Religions abrahamiques et culpabilité[modifier]

Le Christianisme, le Judaïsme font le constat de la souffrance de l'humanité, perpétuelle, semblant se répéter sans qu'elle ne puisse cesser. Or si le monde est juste, si Dieu est juste, cette souffrance doit être juste et pouvoir s'expliquer. Mais qu'est-ce qu'une souffrance juste, sinon une punition ? Punition touchant tous les êtres humains, leur réponse est qu'elle est céleste. Choisie par Dieu, pour les humains, cette souffrance est alors une punition ayant pour motif le péché originel, source ultime de tous les maux de l'humanité, péchés et souffrance étant alors nécessairement deux faces d'une même chose. Étant donné l'omniprésence de la souffrance, il se dégage selon cette théologie une culpabilité importante et universelle. La pratique de l'examen de conscience met ensuite à profit cette culpabilité afin d'obtenir un effort de l'individu sur lui-même; les grandes lignes en sont contenues dans l'acte de contrition.

Voir aussi[modifier]

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Bibliographie[modifier]

  • Sigmund Freud, « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle. L’homme aux rats » in Cinq psychanalyses, PUF, Paris, 1967
  • S. Freud, Totem et Tabou, Payot, Paris, 1968
  • S. Freud, Deuil et Mélancolie in Métapsychologie, Gallimard, Paris, 1968
  • S. Freud, Malaise dans la civilisation, PUF, Paris, 1971
  • S. Freud, L’Apport freudien, Bordas, Paris, 1993
  • Leon Grinberg : Culpabilité et Dépression, éd. Les Belles Lettres, 1992, (ISBN 2251334483)
  • M. Arambourou-Melese : "Les Héritiers de Don Juan: déconstruire la transmission coupable" Campagne Première Paris 2009


22/04/2013
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