Dépression: influences d'un gène et de l'environnement difficiles à déterminer

 

 

Dépression: influences d'un gène et de l'environnement difficiles à déterminer

 

 

                               
       
Une analyse qui remet en question les résultats d'une  importante et influente étude de 2003 qui associait un gène agissant sur les niveaux de sérotonine (un neurotransmetteur impliqué dans l'humeur) au risque de  dépression, suscite le débat dans le domaine de la recherche génétique en santé mentale. 

L'étude de 2003, menée par Avshalom Caspi et Terrie Moffitt de l'Université Duke, montrait que ce gène (le 5-HTTLPR) influençait à lui seul le risque de développer une dépression en réaction à des situations stressantes telles qu'un divorce, une perte d'emploi ou  d'autres échecs sérieux.    


  
    
                    Elle avait été réalisée avec 847 participants suivis depuis l'âge de 3 ans. Entre les âges de 21 et 26 ans, ceux qui  avaient vécu plusieurs événements stressants et qui portaient une ou deux copies d'une version du gène du transporteur  de la sérotonine avaient plus de risque de dépression. Cette  publication avait suscité l'enthousiasme parmi les chercheurs qui n'avaient jusqu'alors pu établir aucun lien entre des gènes et des troubles psychiatriques.

La nouvelle analyse, réalisée par Neil Risch de l'Université de Californie à San Francisco et ses collègues, porte sur 14 études impliquant 14250  participants. Certaines de ces études confirmaient l'influence du gène et d'autres non. Mais l'analyse des résultats combinés ne montre aucun effet du gène. Le risque de dépression augmenterait plutôt avec le nombre d'événements stressants indépendamment du gène. 

L'analyse, publiée dans le Journal of the American Medical Association, montre qu'étudier l'interaction entre  les facteurs génétiques et environnementaux est beaucoup plus difficile que ce que les scientifiques croyaient il  y a quelques années, résume le New York Times, et elle suscite un débat sur la direction que devrait  prendre ce domaine de recherche, dans le contexte, également, où la génétique de maladies comme le trouble bipolaire et la  schizophrénie reste insaisissable.  

Selon Rischs, les études individuelles manquent de puissance statistique pour détecter correctement les  interactions entre des gènes et l'environnement parce les effets sur  les maladies mentales sont modestes. Des études statistiquement rigoureuses nécessiteraient des dizaines de milliers de  participants, à son avis. 

Les auteurs de l'étude de 2003 sont plutôt d'avis que les nouvelles analyses soulignent le besoin, non pas  d'échantillons avec des nombres beaucoup plus élevés de participants, mais plutôt de recherches de meilleure  qualité. La nouvelle analyse a donné plus de poids mathématique aux études avec un large échantillon, notent-ils.  Mais ces études mesuraient les événements stressants et les symptômes de dépression au téléphone ou avec des  questionnaires plutôt que dans des interviews rigoureux. Avec ces mesures de faibles qualités, il n'est pas  surprenant qu'elles n'aient pas obtenu de résultats positifs, disent-ils.  

Dans les six années passées, ajoutent-ils, plusieurs études ont montré que les gens qui ont la version courte du  gène du transporteur de la sérotonine présentaient des réponses cérébrales, hormonales et mentales particulièrement prononcées à des situations  stressantes de laboratoire. Ces études n'étaient pas inclues dans les nouvelles analyses (et ne pouvaient l'être étant données les différences de méthodologie). 

  À suivre.

Psychomédia avec sources:
ScienceNews
New York Times


06/05/2013
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