Doit-on jeter ses anxiolytiques et ses hypnotiques ?

 

Doit-on jeter ses anxiolytiques et ses hypnotiques ?

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http://www.psychologies.com/Bien-etre/Sante/Maladies/Interviews/Doit-on-jeter-ses-tranquillisantsutm_source=psychologies&utm_medium=newsletter&utm_campaign=newsletter_03-octobre-2011

Lexomil, Xanax, Valium, Temesta… Des noms extrêmement familiers pour bon nombre de Français, puisque nous détenons ce triste record de consommer cinq à dix fois plus d’anxiolytiques/hypnotiques que nos voisins européens. Alors devons-nous avoir peur de cette nouvelle étude épidémiologique qui révèle des liens entre benzodiazépines et le développement d’un Alzheimer ? « Oui » répond le psychiatre Patrick Lemoine, auteur de La détox, c’est la santé. Mais comment arrêter quand on en est devenu dépendant ? En douceur et accompagné, explique-t-il.

Entretien du magazine Psycholgies avec le psychiatre Patrick Lemoine .

Ceux qui consomment des anxiolytiques ou hypnotiques doivent-ils avoir peur aujourd’hui des résultats de cette enquête épidémiologique ?

 

Patrick Lemoine : Oui. Et ils auront raison d’avoir peur. Cela fait des années que nous nous battons, moi et d’autres professionnels de la psy, contre l’augmentation excessive et presque automatique de prescriptions et que nous dénonçons les effets dévastateurs des benzodiazépines. Le gouvernement avait quand même édicté, par l’intermédiaire de l’AFSSAPS (l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé), des règles de prescription : pas plus 12 semaines pour les anxiolytiques, pas plus de deux semaines pour les hypnotiques et les médicaments luttant contre l’insomnie. Cette règle existe mais elle n’est pas appliquée. Ce qui est grave : car si ces médicaments peuvent s'avérer efficaces sur une courte durée, ils entraînent une forte dépendance quand ils sont consommés sur de longues, voire très longues périodes. Donc, même si cela doit créer la panique, je suis très content que cette étude fasse grand bruit.

Au delà de la peur, comment doivent réagir les consommateurs ? Jeter leur boîte de tranquillisants dès ce soir ?

Non, car il est très difficile d’arrêter. Il faut donc respecter les différentes étapes du sevrage. Pour ma part, je préconise de diminuer d’un quart de comprimé toutes les trois semaines. Donc, si vous prenez une barrette de Lexomil depuis des années, et bien essayez de n’en prendre que trois-quarts de cette barrette ce soir. Et diminuez à nouveau d’un quart dans trois semaines. Mais attention, tout ceci doit se faire en concertation avec son médecin.

Et il ne suffit pas de diminuer ses prescriptions. Il est aussi important de trouver une alternative thérapeutique ?

Bien sûr. Cette dépendance aux médicaments, c’est un peu comme la cigarette. On continue d’en prendre pour éviter les effets du sevrage. Il existe bon nombre de techniques et de produits qui donnent de très bons résultats. Encore faut-il que les médecins les connaissent et les maîtrisent.

Deuxième axe : les thérapies. Que ce soit les psychothérapies de soutien, la relaxation, les thérapies comportementales et cognitives, il y a d’autres façons de soigner l’angoisse et l’anxiété. Les personnes qui souffrent d’insomnie par exemple, se voient souvent prescrire des somnifères ou des anxiolytiques. Or, les troubles du sommeil ne sont pas une maladie mais un symptôme. Il est donc important de rechercher la cause du symptôme et pas de simplement chercher à l’éradiquer sans en connaître la raison. Autre exemple, pour les patients sujets à l’anxiété, il existe aussi bon nombre de techniques naturelles qui apportent beaucoup de réconfort : des thérapies de gestion des émotions ou des astuces toutes simples comme respirer dans un sac en papier lors d’une attaque de panique. Mais ce sont plutôt des médicaments qui sont prescrits.

Vous mettez donc en cause les médecins ?

Tant que la France continuera de faire confiance à une médecine de chimie, tant que ne seront pas remboursées les autres techniques curatives, psychothérapies ou médecines douces, et surtout tant que les médecins ne sont formés, on continuera d’être les champions de la consommation de pilules. Aujourd’hui, les médecins ne sont pas astreints à une formation médicale continue, comme c’est le cas dans tous les autres pays. Tant qu’il n’y aura pas ça, les médecins continueront d’être formés par les laboratoires seulement. Et cette médecine toute chimique française est une catastrophe.

Article issu du site Psychologies.com

 



13/05/2013
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