Emmanuel Kant

 

Emmanuel Kant

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Immanuel Kant
Philosophe Occidental
Époque Moderne

Naissance : 22 avril 1724
(Königsberg)
Décès : 12 février 1804
(Königsberg)
Principaux intérêts : Métaphysique, Morale, Esthétique
Idées remarquables : Criticisme, Limite/Borne, Impératif catégorique, Chose en soi
Influencé par : Wolff, Hutcheson, Empiricus, Thomas d'Aquin, Montaigne, Hume, Descartes, Spinoza, Malebranche, Locke, Leibniz, Berkeley, Rousseau, Newton
A influencé : Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche, Peirce, Husserl, Heidegger, Wittgenstein, Sartre, Habermas, Rawls et beaucoup d'autres

Emmanuel Kant (Immanuel en allemand) est un philosophe allemand. Il est né le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse orientale, et y est mort le 12 février 1804.

Sommaire

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Biographie [modifier]

Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse orientale (actuellement Kaliningrad en Russie) dans un milieu modeste et particulièrement pieux. Il est le quatrième d' une famille de onze enfants, dont le père, d'origine modeste , est artisan sellier. Il fréquente tout d’abord un collège dirigé par un pasteur piétiste puis entame des études universitaires. Il étudie la physique, les sciences naturelles, les mathématiques et la philosophie.

En 1747, la mort de son père l’oblige à interrompre ses études pour s’engager comme précepteur. Dès 1755, il commence à enseigner à l’université de Königsberg, tout d’abord en tant que « Privatdozent » (enseignant payé par ses élèves), puis, à partir de 1770, en tant que professeur titulaire. Kant fut le premier grand philosophe à donner un enseignement universitaire régulier. Ses cours, tout comme ses publications à cette période, sont très diversifiés : mathématiques, logique, géographie, théologie, pédagogie, droit, anthropologie, métaphysique...

On a peu de renseignements précis sur la vie de Kant, sinon qu’il la consacra tout entière à l’étude et à l'enseignement : « Je suis par goût un chercheur », écrit-il, « je ressens toute la soif de connaître et l’avide inquiétude de progresser. »

En 1781 paraît la première édition de la Critique de la raison pure. Cet ouvrage, fruit de onze années de travail, ne rencontre pas le succès espéré par son auteur. Une seconde édition verra le jour en 1787. En 1788 est publiée la Critique de la raison pratique et, en 1790, la Critique de la faculté de juger. Toutes ses autres œuvres majeures (Fondements de la métaphysique des mœurs et Vers la paix perpétuelle entre autres) sont écrites à cette période.

Sa légendaire sédentarité (il ne quitta presque jamais sa ville) ne l’empêcha toutefois pas d’être attentif aux mouvements du monde, comme en témoignent ses nombreuses publications qui traitent de sujets variés et contemporains de son époque. Il recevait également très souvent de nombreux amis à dîner.

Professeur devenu célèbre, même s’il ne fut pas toujours compris de ses contemporains, il meurt en 1804 à Königsberg.

Philosophie [modifier]

Division générale [modifier]

Les trois grandes branches de la philosophie kantienne sont les suivantes : philosophie théorique (développée surtout dans la Critique de la raison pure), philosophie pratique (exposée dans la Critique de la raison pratique'' et les Fondements de la métaphysique des mœurs) et esthétique (dans la Critique de la faculté de juger).

  • La philosophie théorique a pour but de répondre à la question "que puis-je savoir?". Elle ne tente donc pas de connaître un objet particulier (comme la Nature pour la physique ou le vivant pour la biologie) mais de limiter et de déterminer la portée de nos facultés cognitives c’est-à-dire de la raison en langage kantien (cf. le titre Critique de la raison pure).
  • La philosophie pratique a pour objet la question "que dois-je faire?" et elle comporte aussi bien la philosophie morale que la philosophie du droit ou que la philosophie politique. La philosophie pratique s’intéresse aussi à la question "que puis-je espérer?". Elle tente de montrer que même si cela est indémontrable, il faut croire si on ne veut pas saper la morale que l’âme est immortelle et que Dieu va punir et récompenser les hommes en fonction de leur vie sur terre.
  • L’esthétique a pour objet de déterminer la nature et la portée exacte de la faculté de juger, qui est au fondement du jugement esthétique et qui a une fonction médiatrice entre philosophie théorique et pratique.

Enjeux du criticisme [modifier]

La statue de Kant à Kaliningrad
La statue de Kant à Kaliningrad

Les enjeux de la philosophie kantienne sont multiples car Kant a apporté d'importantes contributions tant en théorie de la connaissance, qu'en éthique, en métaphysique ou en philosophie politique.

Sa première grande contribution fut d’avoir fondé la théorie de la connaissance en tant que telle : il en fit une discipline indépendante aussi bien de la métaphysique que de la psychologie.

D’autre part, Kant cherche à développer une éthique philosophique profondément nouvelle qui est le fondement de ce qu’on appelle l’éthique déontologique, axée sur la notion de devoir.

Enfin, il exposa une théorie esthétique qui est le fondement de la réflexion esthétique moderne.

Il existe de façon incontestable un avant et un après Kant dans ces trois domaines. Même si le nombre des philosophes ayant repris ses thèses n’est pas très important (l’Idéalisme allemand par exemple ne reprit que quelques thèses fondamentales de Kant), Kant fonda le cadre moderne de notre pensée dans le domaine esthétique, moral et de la théorie de la connaissance.

La Théorie de la connaissance [modifier]

Article détaillé : Critique de la raison pure.

Kant a écrit la Critique de la raison pure après une lecture de David Hume qui l'a réveillé de « son sommeil dogmatique ». David Hume a, en effet, remis définitivement en cause les fondements de la Métaphysique de Leibniz-Wolff dont Kant lui-même avait été un adepte. Hume est l'un des plus durs critiques de la métaphysique et Kant le rejoindra en bien des points. Si la métaphysique est liée à une théorie de la connaissance, chez Kant, c'est d'abord parce que le mode de connaissance qui y est employé est entièrement a priori, c'est-à-dire que la métaphysique mène ses recherches en dehors de toute expérience. La métaphysique ne dispose pas de "pierre de touche" (élément réactif dans les expériences scientifiques) pour vérifier ses thèses, ce qui revient à dire que, grâce à la logique formelle héritée de la philosophie antique (à savoir Platon surtout), et en prenant cette logique comme le seul critère de validité des thèses métaphysiques, toute métaphysique cohérente est alors dite vraie. Cherchant avant tout la légitimité de ces thèses, Kant, dans un temps, va définir la connaissance comme "a posteriori", soit la connaissance que l'on tire de notre expérience, après avoir rationnellement organisé les différentes expériences entre elles. Néanmoins, Kant dira dans un second temps que l'Homme possède malgré tout des connaissances "a priori", donc hors de l'expérience (il rejoint par là les philosophes idéalistes comme Leibniz ou Platon) : la notion de la causalité .La grande tâche de Kant sera d'abord de se demander si de telles connaissances a priori sont possibles, puis de refonder la métaphysique en lui fixant des bornes, après la crise qu’elle traversa à cause des critiques de Hume.

Kant partira ensuite dans la Critique de la raison pure d’un autre constat : « la métaphysique est un champ de bataille ». Ces mots figurent au début de la préface de la première édition de la Critique de la raison pure. La Raison est en effet déchirée par l’opposition entre scepticisme (Hume par exemple) et dogmatisme (Platon, Leibniz, Wolff) : Le but de Kant est de proposer une alternative. Il faut donc bien voir que Kant prendra toujours très au sérieux la Métaphysique et tentera de lui donner une nouvelle dignité.

D’autres philosophes avaient évidemment déjà constaté la crise de la Métaphysique tel Hume qui le premier avait rejeté la métaphysique dogmatique du XVIIe siècle et dont les critiques annoncent de manière très précise les remarques de Kant[1]. Mais aucun n’avait tenté, comme Kant, de réconcilier les critiques et les "adeptes" de la Métaphysique. C’est même une des grandes caractéristiques de la pensée kantienne qu’elle tenta toujours de réconcilier des tendances philosophiques opposées à la base. Et d'après Heidegger, (Kant et le problème de la métaphysique), Kant est le premier qui ne se contente pas de rejeter la Métaphysique traditionnelle mais qui comprend son travail philosophique comme une refondation de la Métaphysique. L’œuvre kantienne ne serait, à partir de la Critique de la raison pure rien d’autre que la tentative de refonder la Métaphysique.

Origine des erreurs de la Métaphysique [modifier]

L’intérêt de la philosophie de Kant provient sans doute du fait qu’il veut comprendre l’origine des erreurs de la Métaphysique. Un siècle avant Nietzsche (et dans un cadre relativement différent il est vrai), Kant entreprend une généalogie de la métaphysique.

Les difficultés rencontrées par la raison sont dues à sa nature : la raison éprouve en elle-même le désir de connaître des objets se trouvant en-dehors de l’expérience, à savoir Dieu, la liberté et l’âme[2]. C'est un désir inévitable par lequel elle engendre elle-même des antinomies et des sophismes métaphysiques. Elle se pose des questions qui dépassent sa portée et auxquelles elle ne peut pas répondre. La raison s'imagine en effet qu'elle peut connaître des objets transcendant l'expérience, ce que Kant appelle des noumènes, des entités purement intelligibles, suprasensibles. Or, elle ne peut en réalité connaître que des objets sensibles, donnés dans l'espace et le temps, c'est-à-dire des phénomènes.

Pourtant, selon Kant, rien ne peut supprimer ce mouvement d'illusion en sa racine : on peut en prendre conscience pour s'en préserver autant que possible et la philosophie doit tenter de limiter et corriger les erreurs de la raison. Mais on ne peut les détruire sans détruire la raison elle-même.

Solution à la crise de la Métaphysique [modifier]

Limiter les prétentions de la raison : telle est dans le fond la solution que veut apporter Kant à la crise de la Métaphysique. Il faut que la raison apprenne que certaines questions dépassent ses capacités.

Cette limitation n’est possible que par une critique complète de la raison par elle-même. Il faut entreprendre une critique de la raison par la raison : voilà le sens véritable du titre Critique de la raison pure. Le terme de critique quant à lui renvoie au mot grec krinein. Krinein signifie originellement juger une affaire, juger au sens juridique. La raison organisera donc un procès de ses propres prétentions à connaître des objets situés par delà l’expérience. La Critique de la raison pure est un tribunal qui devra limiter les prétentions de la raison.


  • la tendance qui pousse la raison à connaître les phénomènes, tendance empiriste ;
  • la tendance par laquelle la raison s'élève au-dessus des objets empiriques, tendance dogmatique.

Renversement critique [modifier]

Article détaillé : criticisme.

Quelle sera la méthode exacte de Kant pour permettre une refondation de la métaphysique ? Kant est très clair à ce sujet : il faut effectuer une révolution dans notre conception du savoir. C’est un bouleversement épistémologique qui sera nécessaire pour transformer et donner de nouvelles bases à la Métaphysique. En quoi consiste-elle ? Il s’agit de la célèbre révolution copernicienne.

Pour Kant, les connaissances scientifiques (et il pense par là à la physique et aux mathématiques du XVIIIe siècle) sont en partie le résultat de l’activité cognitive du sujet. En d’autres termes, les connaissances mathématiques et physiques sont rendues possibles par le sujet connaissant. Elles ne sont donc pas le fruit d’une simple observation dans laquelle le sujet serait passif. Et quand Kant dit: « c’est le sujet connaissant qui constitue les objets », il entend par là le fait que le sujet constitue les objets de la connaissance (les équations ou des expérimentations par exemple) et non pas des objets matériels comme des chaises, des tables etc.

La révolution copernicienne s’appelle ainsi car Copernic est le premier à avoir montré que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non le contraire. De la même façon, Kant veut nous faire comprendre que le vrai « centre » de la connaissance est le sujet et non une réalité par rapport à laquelle nous serions passifs. Ce n'est donc plus l'objet qui oblige le sujet à se conformer à ses règles, c'est le sujet qui donne les siennes à l'objet pour le connaître[3].

Kant espère livrer avec la révolution copernicienne une explication satisfaisante de la nature de la connaissance scientifique : il veut livrer un paradigme épistémologique décrivant de manière correcte l’essence du savoir scientifique.

Cette nouvelle explication doit permettre de sortir la métaphysique de sa crise en lui livrant un modèle juste de ce qui constitue la connaissance scientifique. La révolution copernicienne a donc une fonction bien précise par rapport au projet général de refondation de la Métaphysique, elle en est la clé.

Dépassement de la Métaphysique [modifier]

Le résultat le plus important de la révolution copernicienne est qu’elle limite les prétentions de la raison. Le sujet transcendantal constitue certes le cadre formel de la connaissance, mais toute science empirique doit reposer également sur l’expérience. Le savoir humain empirique ne peut donc pas dépasser l’expérience. Une métaphysique ne peut être qu'une connaissance qui ne prend en compte que ce qui est formel dans la connaissance. Elle garde ainsi son statut de science a priori, mais elle ne peut rien nous apprendre sur l'objet concret de l'expérience. Dans les limites de l’expérience, des rapports de cause-effet peuvent être sûrs et certains, parce que le concept de causalité provient de la raison humaine et est donc a priori. Kant rejette par là les critiques des empiristes comme Hume contre la science, et par la même occasion il détruit l'idée que l'Homme peut atteindre une connaissance absolue des choses : on ne peut connaître du monde que ce que notre entendement nous permet d'en comprendre "nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes". De là découle la différence entre ce que Kant appelle "noumène" (la chose en-soi, inconnaissable) et "phénomène" (la chose telle que je la vois par mes capacités cognitives et qui seule est objet de science).

La morale : tel est l’unique usage de la Métaphysique. C’est une idée que Kant défendra toujours malgré les modifications qu’il a pu apporter à sa philosophie. Les trois concepts fondamentaux de la Métaphysique sont l’âme, la liberté et Dieu. Or, la démonstration de l’existence de ces objets est impossible pour nous car notre connaissance est limitée par l’expérience. Mais, en même temps, il est impossible de montrer qu’ils n’existent pas. Kant défend donc un agnosticisme métaphysique : on peut en réalité ni rejeter ni approuver ses affirmations.

Mais Kant est également d’avis que la morale est impossible sans les concepts de Dieu et de l’âme (ce n’est que dans la Critique de la raison pratique et dans la « dialectique » de la raison pratique qu’il affirmera que la liberté est un des fondements de la morale).

Son raisonnement est relativement simple. Dans le monde que nous connaissons, l'homme méchant peut être heureux et l'homme bon malheureux. Le risque est alors que celui qui agit moralement désespère d'agir moralement. Pour agir moralement, il faut donc que je postule que Dieu existe, qu'il punit ou récompense de façon proportionnelle dans l'au-delà. Je dois donc postuler en outre que mon âme est immortelle.

Philosophie pratique [modifier]

Article détaillé : Critique de la raison pratique.

La philosophie pratique de Kant est exposée principalement dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et dans la Critique de la raison pratique. Elle est une reprise des thèses finales de la Critique de la raison pure mais elle infléchit sensiblement les thèses kantiennes surtout en ce qui concerne la fonction de la liberté dans la morale.

L’articulation entre la philosophie théorique et la philosophie pratique est la suivante. Le seul usage légitime des concepts de la Métaphysique est un usage dans le cadre de la morale. Dans la Critique de la raison pure Kant ne fait qu’évoquer cette idée sans lui donner toute l’importance qu’elle mérite. Il va combler cette lacune avec la Critique de la raison pratique. Mais dans cet ouvrage, il va montrer que le devoir moral est par essence inconditionnel (c’est le célèbre impératif catégorique déjà présenté dans Fondements de la métaphysique des mœurs ) et qu’il est impensable sans les concepts de liberté, de Dieu et d’immortalité de l’âme.

La loi morale [modifier]

Nous nous limiterons ici à une description générale de la pensée morale de Kant qui est définie avant tout dans la Critique de la raison pratique et dans le Fondements de la métaphysique des mœurs.

L’action morale est telle qu’elle est catégorique selon Kant. Cela signifie qu’elle ne vise pas d’autres fins qu’elle-même. On agit moralement uniquement pour agir moralement et non pas par recherche d’un quelconque intérêt personnel. Un impératif catégorique se distingue par exemple d’un impératif hypothétique qui indique les moyens à utiliser pour atteindre une fin. Par exemple « si tu veux t’enrichir, tu dois moins dépenser que ce que tu gagnes » est un impératif hypothétique car il indique le procédé adéquat pour atteindre un but. Si je dépense moins que ce je gagne je ne fais pas cela par amour de l’épargne mais dans le but de m’enrichir. L'impératif catégorique lui prend la forme d'une injonction:

« Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen. »[4]

Contrairement aux impératifs hypothétiques, cet impératif est unique et oblige inconditionnellement. Si j’agis selon ce principe ce n’est pas pour atteindre une fin particulière mais uniquement par volonté de suivre ce principe. L’action morale pour Kant est en outre universellement bonne c’est-à-dire bonne en toute circonstance et pas uniquement pour une personne précise ou dans une situation particulière. Le critère fondamental pour savoir si une action est moralement bonne est même le fait qu’on puisse universaliser sa maxime. D’où la célèbre formule :

« Agis selon la maxime qui peut en même temps se transformer en loi universelle »[5]

Il ne s'agit en fait que d'une nouvelle formulation de l'impératif catégorique, dont Kant propose aussi une troisième formulation :

« Agis selon des maximes qui puissent en même temps se prendre elles-mêmes pour objet comme lois universelles de la nature. »[6]

À partir de la Critique de la raison pratique Kant est d’avis que la liberté telle qu’il l’avait définie dans la Critique de la raison pure est le fondement (transcendantal) de la loi morale. Si je ne suis pas libre c’est-à-dire capable d’agir en-dehors de toute motivation comme l’intérêt personnel ou le désir, l’action morale est impossible. Un agent incapable d’agir par lui-même serait toujours guidé par ses désirs ou par la recherche de l’intérêt. Il serait incapable de suivre un impératif catégorique. C'est la problématique de l'autonomie : l'agent moral doit être autonome, il ne doit pas être aliéné par sa dimension sensible (ou animale) et doit tenter de suivre sa dimension rationnelle où il découvre les principes de la moralité.

Les postulats de la raison pratique [modifier]

Ils sont au nombre de trois et ils ont été établis dans la Dialectique de la Critique de la raison pure :

  • La liberté (postulat cosmologique);
  • l'immortalité de l'âme (postulat psychologique);
  • l'existence de Dieu(postulat théologique).

Selon Kant, ces trois concepts sont des postulats. En effet il est impossible de démontrer positivement leur existence. La Critique de la raison pure avait ainsi conclu à la possibilité de la liberté humaine sans pouvoir véritablement la fonder. La Critique de la raison pratique, en analysant le fait de la présence de la loi morale, met en évidence la nécessité de poser la liberté pour expliquer l'impératif catégorique. Il s'agit là du premier postulat.

Les deux autres postulats de la raison pratique doivent aussi être posés afin de permettre la mise en œuvre de l'impératif catégorique. Mais dans le monde que nous connaissons, l'homme méchant peut être heureux et l'homme bon malheureux. Il n'y a donc, dans ce monde, aucun rapport entre le bonheur et la vertu. Le risque est alors celui du désespoir ou de la vanité de l'action morale. Pour agir moralement, il faut donc que je pense qu'il existe un auteur moral du monde - Dieu - et que mon âme est immortelle : cela signifie qu'un jour le bonheur et la vertu seront réunis, et mon action morale aura donc contribué au Souverain Bien et sera reconnue comme telle.

Philosophie du droit [modifier]

La philosophie du droit est une des branches de la philosophie pratique. Même une action « juridique », c’est-à-dire conforme à la morale, n’est pas motivée par la recherche de la morale. Elle est « hétéronome » comme dit Kant. La philosophie kantienne sur ce sujet s'expose dans la Doctrine du droit, première partie de Métaphysique des mœurs.

Philosophie politique [modifier]

La philosophie politique de Kant est elle-même une branche de la philosophie pratique.

De nombreuses dissertations et certains passages de ses grands ouvrages ont permis de dégager une pensée politique kantienne bien particulière, malgré le fait qu'elle soit peu éloignée du courant des Lumières françaises de l'époque.

Pour Kant, l'homme doit se réaliser en tant qu'individu rationnel dans la société, et doit assurer le plein épanouissement de chacun.

Dans son essai Qu'est-ce que les Lumières ?, Kant fait l'apologie de la liberté d'expression en tant que nécessité au progrès humain.

Théorie du jugement [modifier]

Article détaillé : Critique de la faculté de juger.

La philosophie esthétique de Kant est exposée dans la Critique de la faculté de juger. Ce troisième opus critique a pour thème la faculté de juger comme point d’articulation de la raison théorique et de la raison pratique. Kant veut achever par là l'édifice de la métaphysique qu’il veut refonder depuis la Critique de la raison pure.

Le jugement esthétique [modifier]

Le but de Kant n'est pas de proposer des normes du beau, mais d'expliquer pourquoi une chose est belle, et en quoi consiste un jugement de goût. Le beau serait un produit du sens esthétique. En ce sens, ce qui est beau, ce n'est pas un objet, mais sa représentation. Kant en donne les définitions suivante :

  • L'universalité sans concept : « Est beau ce qui plaît universellement sans concept ». Le beau est un intermédiaire entre la sensibilité et l'entendement : ce n'est pas un concept définissable par notre seul entendement.
  • Une finalité sans fin : Le beau n'est pas l'utile, il n'a donc pas de fin extérieur. Il a néanmoins un fin interne (harmonie).
  • Un plaisir désintéressé : Le beau ne se confond pas avec l'agréable, qui relève pour sa part d'une perception strictement personnelle : « Quand je dis que le vin des Canaries est agréable, je souffre volontiers qu'on me reprenne et qu'on me rappelle que je dois dire seulement qu'il est agréable à moi. » alors que pour l'exemple d'un jugement sur la beauté d'une chose, il explique : « je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, et je parle de la beauté comme si c'était une qualité des choses »[7] Si le beau apporte plaisir et satisfaction, c'est de manière désintéressée.

Kant distingue deux types de beau : la beauté libre et la beauté adhérente.

  • Le sublime : Pour Kant, le sublime se distingue du beau en ce qu'il dépasse notre entendement.

« L'art ne veut pas la représentation d'une belle chose mais la belle représentation d'une chose. » On retrouve ici la place qu'occupe chez Kant la faculté de juger, et l'interprétation de l'esthétisme se fait par une appréciation variable d'un individu à l'autre.

Le jugement téléologique [modifier]

Article détaillé : Téléologie.

La téléologie est l'étude des causes finales (du grec ancien telos, la finalité, et logos, le discours logique, scientifique). C’est une idée « positiviste » prévoyant une fin heureuse des temps, qui se prolonge et s'enrichit tout naturellement avec le Christianisme et l’Islam à travers l'image de la fin du monde, l’Apocalypse. Selon l'optique téléologique, l’humanité évolue vers un point de perfection.


Postérité [modifier]

L’influence de Kant concerne approximativement trois groupes de philosophes :

Bibliographie [modifier]

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02/05/2008
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