Faut-il être amoureuse pour faire l'amour?

 

Faut-il être amoureuse pour faire l'amour?

Par Ann-Frances Paradis, M.A.

Voilà une question tout à fait actuelle en ces temps de remise en question constante du couple. Du sens du devoir de nos grands-mères à notre quête de l'accomplissement sexuel, quel chemin avons-nous fait!

Faire l'amour... par devoir
Nos grands-mères, pense-t-on généralement, faisaient l'amour par devoir. Il est vrai que plusieurs d'entre elles subissaient des pénétrations vite faites, dans le noir, sans trop de tendresse ni de caresses, parce «qu'empêcher la famille», c'était un péché. De plus, elles devaient combler les désirs de leurs partenaires, sinon ceux-ci se seraient vus justifiés d'aller «voir ailleurs»: la faute aurait incombé à la femme non consentante. Au mieux, elles ont connu le plaisir à la fin de la trentaine, alors qu'il se manifeste plus rapidement. Les tabous et la rigidité des moeurs de l'époque en empêchaient cependant plus d'une de l'avouer.

C'est de tout ça qu'était constitué le bagage sexuel que nos mères ont reçu et qu'à leur tour, elles nous ont transmis. Malgré tout, certaines femmes ont appris à surmonter leur gêne, elles ont osé et ont voulu exprimer leur sexualité. Par contre, les autres ont conservé leurs inhibitions, il y a sans cesse une voix en elles qui leur dit: «Tu ne dois pas, le sexe, ce n'est pas bien...»

Faire l'amour... par amour
La société industrielle a suscité l'apparition du «couple-cellule», le couple centré sur lui-même qui prend ses distances de la famille et de la religion, et dans lequel les deux partenaires sont tout l'un pour l'autre. Des notions de partage, de complicité, d'intimité, de tendresse, de communication et de romantisme sont apparues. Dans un tel contexte, on s'attend à ce que notre partenaire comble tous nos besoins et vice-versa. Chez les adeptes du «sexe-amour», on ne se livre à des activités d'ordre sexuel qu'avec ceux qu'on aime d'amour. On y voit là l'occasion de se rapprocher de l'autre et il n'est pas question de faire l'amour si on n'a rien partagé d'autre que le café du matin, encore moins si on ne s'est pas réconciliés après une dispute. Faire l'amour perdrait alors tout son sens...

Autant le «sexe-amour» peut être stimulant et enrichissant, autant il recèle de pièges. Ainsi, la vieille notion du «devoir» peut refaire surface: il faut faire plaisir à l'autre à tout prix, il faut absolument atteindre l'orgasme et lui prouver qu'il est un bon amant ou encore, il faut répondre à tous ses besoins sexuels parce qu'on ne veut pas le perdre en le poussant à aller voir ailleurs!
1. Faire l'amour par devoir
2. Faire l'amour par plaisir

Faire l'amour... par plaisir
Il y a toujours eu et il y aura toujours des femmes qui aiment le sexe pour le sexe. Elles aiment faire l'amour pour le plaisir qu'il leur procure et pour la détente qui s'ensuit.

On a souvent eu tendance à les appeler «femmes faciles», mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte qu'il y a une part d'envie dans notre sévérité à leur égard. Ah! séduire, se laisser aller, goûter! Ce que les adeptes du sexe-plaisir veulent partager avec l'autre, c'est le jeu, c'est la découverte du corps et des sensations qu'il peut procurer, c'est le plaisir pour le plaisir. La communication physique suffit et c'est la seule qui est recherchée. L'amour? Pas nécessaire! On «baise», on ne fait pas l'amour.

Dans un tel contexte, seule la dimension du plaisir compte. L'instabilité et la non-implication émotive en rebutent cependant plus d'une. C'est ce qui fait qu'un nouveau modèle est en train d'émerger où nombre de femmes seules acceptent maintenant que la sexualité puisse se vivre avec quelqu'un qu'elles aiment bien sans que l'Amour avec un grand A soit présent. Elles arrivent à se laisser aller, à découvrir d'autres dimensions de partage, elles défient la loi du «tout ou rien». Elles s'engagent moins émotivement aussi. Certaines sont à l'aise dans ce système et tiennent à le perpétuer. Mais la majorité des femmes y adhèrent en attendant de trouver l'Amour. Il n'en reste pas moins qu'elles apprennent ainsi à exprimer leur sexualité et à mesurer l'importance de la relation sexuelle pour un couple.

Et vous?
Si on prend la peine de s'observer, on se rend compte qu'il y a peu de ces trois comportements dans notre approche de la relation sexuelle. Il nous arrive de céder parce qu'il nous est difficile de toujours refuser, comme le veut le «sexe-devoir». D'autre part, beaucoup de femmes veulent compter aux yeux de leur partenaire et vivre ce «sexe-amour» où intimité et romantisme sont présents. Enfin, le «sexe-plaisir» nous apprend que le plaisir sexuel c'est bon en soi, c'est bon pour soi. On s'abandonne alors davantage.

Faut-il être amoureux pour faire l'amour? Pour certaines, la question ne se posera jamais; pour quelques-unes, elle ne se pose pas, elles passent aux actes, et pour d'autres, la réponse est «oui», comme un cri du coeur.

Et votre réponse, quelle est-elle?

Ann-Frances Paradis, M.A.
Sexologue clinicienne et psychothérapeute
Thérapeute conjugale et familiale
Membre de l'Association des sexologues

Association des sexologues du Québec
Téléphone : (514) 270-9289
1. Faire l'amour par devoir
2. Faire l'amour par plaisir

 



16/04/2008
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