La RESPONSABILISATION est -elle POSSIBLE dans l'ADDICTION du BIPOLAIRE ?

 

La RESPONSABILISATION est -elle POSSIBLE dans l'ADDICTION du BIPOLAIRE ?

 

EN TROIS VOLETS :

 

1) Le mécanisme psychologique de l'addiction

2) "Dépossession de soi-même ou recherche d'une plus grande maîtrise, la drogue est un raccourci vers le for intérieur. L'alcoolisme à l'inverse apparaît comme un raccourci pour la communication avec l'autre".

3) ADDICTIONS... À QUI LA FAUTE?


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http://www.boulimie.fr/troubles-de-la-personnalite/le-mecanisme-psychologique-de-laddiction

Le mécanisme psychologique
de l'addiction
 

L'addiction à une substance est-elle une manière éperdue d'essayer de déplacer la dépendance affective sur un objet non humain, afin d'éviter le chaos ?

Jeanne BOYAVAL, (Gestalt-thérapeute diplômée par l'E.P.G. Diplôme universitaire en alcoologie Paris VI, superviseur Didacticien diplômée par le Centre d'Intervention Gestaltiste de Montréal) a écrit un article que nous trouvons passionnant et que avons décidé de vous transcrire en langage non psy pour que vous puissiez vous aussi réfléchir sur le sujet de l'addiction. Merci à Isabelle Thomas pour avoir si bien « traduit » l'article de Jeanne avec des mots qui peuvent être compris par la majorité d'entre nous. Cet article est important parce qu'il explique comment et pourquoi la Gestalt paraît spécifiquement adaptée pour résoudre la problématique des personnes addictives.

Comment naît le mécanisme de dépendance ?
Tout commence bien sûr par la dépendance du nourrisson à sa mère, puisque le nourrisson dépend totalement de la capacité de la mère de répondre ou non à la satisfaction de ses besoins élémentaires.

Peu à peu, la mère va s'absenter par périodes plus ou moins longues, et c'est dans ces premiers moments de « solitude », ce laps de temps, que le bébé va désirer sa présence, intérioriser l'absence, commencer à créer des images mentales , construire une représentation interne de sa mère, et donc, passer du besoin au désir (fantasme, symbolisation).

Dans certains cas, le lien n'a pas pu être intériorisé par le bébé pour différentes raisons (mère trop présente physiquement ou psychiquement intrusive, ne laissant ainsi pas le laps de temps nécessaire à la construction interne de l'imaginaire, ou mère trop brutalement ou précocement absente) ; sa représentation interne ne tient pas , il n'a donc pas de sentiment de sécurité et de confiance a priori ; toute absence de sa mère , et plus tard, de l'autre, est vécue comme une perte, voire un abandon. Le futur addictif, voulant se défendre de cette dépendance, ne pas en souffrir, s'interdira ainsi d'arrimer son propre désir au désir de l'Autre et tentera de se rendre tout à fait indépendant.

Or nous sommes tous dépendants de notre environnement, et c'est en l'acceptant que nous devenons des individus autonomes . Mais chez l'enfant futur addictif, toute absence étant vécue comme une perte, dépendre est trop douloureux. Bergeret dans « Toxicomanie et personnalité » écrit : « Le toxicomane privé de son objet rassurant se comporte comme un enfant qui aurait vu partir sa mère avant d'avoir pu acquérir la notion du temps, donc celle du retour. La mère a beau assurer à l'enfant qu'elle reviendra dans une heure ou dans un jour, le départ seul compte et il est perçu comme définitif en soi, sur la minute. C'est tout de suite que la mère doit revenir (elle ne peut donc pas s'absenter du tout) sinon prend aussitôt naissance une impression de perte définitive, faute de pouvoir intérioriser une image maternelle de façon satisfaisante, de pouvoir conserver en soi cette image sous une forme mentalisée de présence.»

L’adulte toxicomane : une tentative de déplacer la dépendance sur un objet contrôlable, qui vire à l’échec.

Par quel cheminement la personne addictive rejoue-t-elle avec sa drogue la situation inachevée de l’enfance?

Pour l’enfant puis l’adolescent qu’elle devient, le désir de l’Autre devient intolérable, car faute d’intériorisation du lien, c’est non pas un désir mais un besoin fusionnel, total, et puisque les êtres humains ne peuvent pas être en permanence « à son chevet », c’est l’expérience du manque et la souffrance d’abandon. Cependant l’être humain qu’il est ne peut vivre qu’en interaction avec son environnement et assujetti aux besoins élémentaires de reconnaissance, d’appartenance, et d’estime. Il est donc forcément dépendant de l’Autre ( lui-même désirant). Dilemme, donc...

Pour résoudre cette équation, le toxicomane va se débrouiller pour trouver le désir et le plaisir dans un objet qui reste totalement contrôlable et à sa merci : ainsi croit-il qu'il n'en dépendra pas puisqu'il le contrôle : l'objet inerte sera la drogue . Contrairement à un être humain, qui pourrait refuser de le voir, lui « échapper », la drogue est toujours « consentante » et à son bon vouloir. Le toxicomane se pense donc auto-suffisant avec son produit. Il tente d échapper à la souffrance de la dépendance affective ; mais rapidement, cette tentative se transforme en reproduction du problème initial: la personne est en manque et se retrouve à dépendre comme elle dépendait de sa mère et souffrir comme quand elle partait….retour au point de départ. Rapidement son produit va devenir un besoin vital au même titre que manger, boire, ou dormir. La dimension du plaisir n'existe plus à ce stade. Seuls persistent le manque et le besoin.

En voulant à tout prix devenir autonome on voit donc que le toxicomane se piège, confondant autonomie et autosuffisance. Mais l'autonomie tient compte et compose avec la réalité de l'environnement : on n'est autonome que par rapport à l'environnement. L'auto-suffisance, elle, est la tentative de composer sans l'environnement. La personne addictive devra donc faire le deuil de l'auto-suffisance pour apprendre à dépendre de son environnement et faire ce chemin de la dépendance à l'autonomie.

Réparer la situation inachevée du premier âge

Pour passer de l'auto-suffisance à l'autonomie via la dépendance, le plus opérationnel sera sans doute une psychothérapie relationnelle avec implication du thérapeute. Ce qui est en jeu étant le lien primaire à la figure maternelle il faudra laisser se déployer le « transfert » thérapeute/patient. Celui-ci permettra en effet de rejouer toutes les émotions et affects, car le patient sera « dedans » , émotionnellement pris, et permettra de réparer le lien , grâce à l'implication du thérapeute dans la relation réelle. On rejouera ainsi ce qui aurait dû se passer au premier âge, à savoir l'intériorisation progressive du lien, ce qui libèrera le patient de sa pathologie de l'attachement.

Le traitement passera donc bien par l'acceptation de l'attachement au thérapeute mais après avoir reconnu que le thérapeute fait se déclencher des affects et des réactions qui « miment » la problématique du patient. La situation inachevée sera complétée lorsque le client réussira à admettre être en lien avec un autre désirant, différent et différencié sans craindre la perte, l'abandon ou l'engloutissement. L'enjeu d'attachement est d'autant plus présent dans le traitement des toxicomanes qu'avec les opiacés le toxicomane a tenté de reproduire spécifiquement les sensations primitives du nourrisson. En effet ces drogues agissent sur les sensations tactiles de froid et de chaud, du plaisir et de la douleur qui sont les qualités sensibles primordiales et présentes dés le début de la vie psychique.

D'ailleurs, le corps est pour la personne addictive sa façon d'être-au-monde : il a remplacé les émotions et affects difficiles à gérer par les sensations qui lui permettent de se sentir exister. Lorsqu'il devient abstinent les sensations sont donc pour lui difficiles à identifier, jusque là il ne les percevait que parce que justement elles étaient conduites à leur paroxysme par le produit ou le manque de produit. Le travail sur l' awareness corporelle (à savoir la prise de conscience, l'appréhension de son propre corps) et la question du toucher sont incontournables. Le travail en régression sera également important à un moment de la thérapie.

Jeanne Boyaval poursuit en soulignant l'importance du cadre de la thérapie (horaires, conditions…) manifestant le fait que l'environnement n'est pas à la disposition ou au « caprice » du patient, ce qui est important dans l'apprentissage par la personne addictive, du sevrage de son mode de fonctionnement fusionnel habituel. Elle note également l'importance du groupe , en tant que microcosme d'apprentissage du « vivre ensemble » qui fait défaut à la personne addictive.

Jeanne Boyaval conclut en répétant que les personnes addictives ont besoin de la présence patiente et indéfectible d'un thérapeute qui s'implique dans la relation pour travailler l'accordage affectif qui a manqué, et ainsi pallier leur incapacité au fantasme et à l'élaboration mentale. La prise en charge ne s'arrête d'ailleurs pas au sevrage d'avec le produit , car il est quasi systématique qu'ayant enfin pu réaliser le deuil de sa relation au produite, et donc fait l'expériece de la vraie séparation, le patient se retrouve dans un état dépressif avec la sensation de vide existentiel et identitaire.

Un long travail de sensibilisation à l'awareness corporelle permettra, lui, de renouer avec les émotions qui ne seront plus masquées par des sensations physiques extrèmes et provoquées. Enfin lorsque le lien avec le thérapeute sera suffisamment solide il sera temps d'accompagner ce client vers les autres et là aussi la Gestalt offre un outil incontournable de cette prise en charge : celui du groupe de thérapie .

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2.2) "Alcool public, drogue privée" (dans L'individu incertain)

"Pourquoi l'alcoolisme est-il un aspect de la consommation de l'alcool, alors qu'usage, abus et dépendance sont encore généralement confondus en matière de drogue ?"
L'hypothèse d'Ehrenberg est qu'il s'agit moins de réalité que de mythologie : l'alcoolisme demeure en France une activité largement publique, alors que la drogue renverrait au privé, et à un privé refusant, se coupant du public. "L'alcool est un moteur de parole, une dynamo de la communication. Il est le support d'une imagerie désordonnée de la sociabilité parce qu'il est à la fois assimilé aux classes populaires et au débit de boisson qui est leur chez-soi. Cette sociabilité s'oppose à celle de l'apéritif bourgeois dans l'espace domestique, définissant ainsi deux manières du bien boire selon l'appartenance sociale ; le mal boire est l'alcool pris chez soi et seul, le bien boire se déroule au café, il désinhibe l'individu et favorise la socialité".
Se référant à De Quincey, Alain Ehrenberg pose une question centrale des drogues : "celle d'une distance minimum à soi sans laquelle on perd contact avec autrui. L'ambivalence des drogues tient à ce qu'elles permettent d'accéder à moindre effort à l'expérience de l'individualité tout en confrontant celui qui en prend aux limites à partir desquelles il est prisonnier du produit". Dans un raccourci saisissant, Alain Ehrenberg résume cette mythologie : "Dépossession de soi-même ou recherche d'une plus grande maîtrise, la drogue est un raccourci vers le for intérieur. L'alcoolisme à l'inverse apparaît comme un raccourci pour la communication avec l'autre".

http://www.philippefabry.eu/fiche.php?livre=8

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ADDICTIONS... À QUI LA FAUTE?

.VENDREDI, 10 OCTOBRE, 2008Jean-françois Briefer
La responsabilité du trouble addictif est un problème complexe qui repose sur une multitude de facteurs. Si on fait un petit panorama des fautifs face à l'addiction, on peut en effet trouver des «responsables» à chacun de ces niveaux de complexité: géopolitique, société, proches, individu, neurotransmetteurs, gènes. Nous limiterons notre propos à trois de ces niveaux: la société, les proches, l'individu.
On peut distinguer trois grands domaines de phénomènes sociaux qui interviennent dans la production d'une addiction, à savoir la précarité, la stigmatisation et les modèles de comportement que secrètent nos sociétés occidentales post-modernes.

- Précarité: la pauvreté, l'exclusion sociale, les soucis financiers et les mauvaises conditions de vie engendrent des souffrances et du stress qui se traduisent par des prises de substances anarchiques afin de soulager ces maux, alors qu'elles ne vont que les aggraver. Les toxiques augmentent donc les facteurs qui amènent à consommer.

Citons, à titre d'exemple, l'alcoolisme du prolétariat dans le contexte de la révolution industrielle. Les journées de travail sont très longues, les logements insalubres, la nourriture déséquilibrée, ce qui engendre la sous-alimentation, le rachitisme et le développement de maladies. Dans ce contexte le manque d'espoir pousse à l'alcoolisme.

Autre exemple, celui de ces jeunes Cambodgiennes qui quittent la campagne pour venir vendre leur virginité à la capitale. Prisonnières de leur patron, elles s'endettent et cherchent un soulagement en consommant le mâ, cette drogue à base d'amphétamines qui leur permet de tenir.

Mais la précarité n'est pas seulement dans le passé ou dans un ailleurs. Rappelons qu'elle reste importante chez nous, avec un demi-million de pauvres en Suisse. Par ailleurs, plusieurs études établissent une corrélation entre le niveau de pauvreté et le risque addictif.

- Stigmatisation: la stigmatisation est un mécanisme d'exclusion sociale qui agit par ségrégation d'un groupe de personnes jugées négativement socialement. Elle est généralement sous-tendue par des stéréotypes, tel que celui du drogué menteur, arnaqueur, peu fiable.

La stigmatisation se fait particulièrement sentir pour l'usager de drogues dont le comportement a été fortement criminalisé dès l'apparition du phénomène vers la fin des années 1960 et trop facilement assimilé aux trafiquants.

La criminalisation des drogues peut entraîner l'usager de drogues dures vers une désocialisation qui va être aggravée par les incarcérations. La petite délinquance s'amplifie et la distance face à la société se creuse, amenant l'usager de drogues à se réfugier dans le monde de la drogue.

Vers la fin des années 1980, apparaît le Sida et la stigmatisation des usagers de drogues autour de la délinquance se double de la dimension maladie. Il y a aggravation de la stigmatisation des usagers de drogues IV (par voie intraveineuse, ndlr.). D'où les campagnes de déstigmatisation autour du ruban rouge, symbole international de la lutte contre le sida et de la solidarité avec les personnes touchées, débutées en 1988.

- Modèles de comportement: notre société véhicule des modèles de comportement de type addictif. On l'observe à travers trois tendances majeures: le culte de la performance, l'hyperconsommation et la destruction de l'environnement.

Le culte de la performance est généré par une société de plus en plus exigeante: exigences d'adaptation face aux évolutions technologiques extrêmement rapides, exigences de capacité de changement et d'innovation pour rester compétitif dans un monde économique néo-libéral qui vise la qualité, l'amélioration constante et l'excellence qui va de paire avec le dépassement de soi. Sur la scène du sport, le dopage est omniprésent: stéroïdes anabolisants, créatine, EPO (hormone de croissance), etc. Souvenons-nous de la sprinteuse américaine Marion Jones qui avait reconnu l'usage de stéroïdes pendant sa préparation aux JO de Sydney et qui a dû rendre cinq médailles. Dans le domaine sexuel, la performance est de plus en plus recherchée également puisque les gens prennent du Viagra plus souvent comme un stimulant sexuel que comme un médicament pour soigner l'impuissance. Autant d'exemples de médicaments détournés de leur usage thérapeutique à des fins de confort ou de performance, comme les amphétamines, par exemple, pour augmenter les performances intellectuelles.

Une autre tendance sociétale favorisant des comportements addictifs est l'hyperconsommation. Des gadgets électroniques aux voyages, la société nous promet le paradis sur terre grâce aux biens qu'elle met à disposition. Les centres commerciaux ont remplacé l'Eglise. La consommation effrénée devient un remède contre l'angoisse. On fait une consommation excessive de biens éphémères, gadgets électroniques, téléphones portables, lecteur MP3, ordinateurs qui deviennent désuets après quelques mois. Consommer est devenu un divertissement où l'on retrouve la composante du plaisir, aspect central de l'addiction.

Enfin, un lien peut être établi entre comportement addictif et destruction de l'environnement: on considère habituellement le comportement addictif comme la manifestation d'une tendance autodestructrice de l'individu. A cet égard, Freud a proposé le concept de pulsion de mort, opposé à la pulsion de vie, pour expliquer l'incapacité de certains patients à abandonner leurs symptômes. Or cette destructivité des ressources vitales propre aux addictions présente des similitudes avec l'attitude de l'homme face à la nature, soit une attitude de mépris vis-à-vis de ses ressources environnementales. Comme pour l'addiction, il y a une centration sur les bénéfices à court terme. Finalement, en détruisant la nature, l'homme s'autodétruit tout comme dans l'addiction. Dans les deux situations, le phénomène est involontaire. L'attitude suicidaire de l'homme occidental face à la nature ne va pas sans évoquer une dimension addictive au niveau d'une quête effrénée du toujours plus et du refus des limites. Dans une certaine mesure, l'homme, comme le toxicomane, peut être comparé à un funambule, il marche et joue sur une crête, celle qui sépare la vie de la mort.

- La faute aux parents: Le fonctionnement familial peut être un facteur de protection ou à l'inverse d'aggravation vis-à-vis des addictions. Une récente enquête épidémiologique sur l'usage de produits psycho-actifs (cannabis, alcool et tabac) chez 18 500 adolescents de quinze ans, a mis en évidence l'importance cruciale du lien éducatif familial. Lorsque les parents ne savent pas où se trouvent leurs enfants le samedi soir – ce qui est le cas pour 40% des garçons et 25% des filles – le risque de consommation d'alcool est multiplié par trois et même par cinq pour le cannabis. Par ailleurs, plus les parents ont un niveau d'études élevé, moins ils jouent leur rôle au niveau de ce «contrôle parental». Cette étude ne fait que préciser une donnée déjà bien établie, à savoir que la faiblesse tant du soutien que du contrôle parental constitue un facteur de risque d'abus de toxiques.

- La faute aux copains: la pression du groupe des pairs est le facteur prédictif de consommation le plus puissant à l'adolescence. Le groupe véhicule des définitions et des attitudes positives quant à l'usage de drogues. Les obstacles moraux qui réfrènent l'usage sont ainsi écartés. Quand on sait que la moitié de l'alcoolisme français serait un alcoolisme d'entraînement, porté par la vie sociale, l'étude suivante sur le rôle des proches dans un autre type d'addiction, l'obésité, prend tout son sens. Il s'agit d'une étude longitudinale de l'interconnexion du réseau social avec 12 000 personnes, portant sur la période de 1971 à 2003. La question était de comprendre comment l'obésité s'est répandue au cours des trente dernières années et de s'intéresser à l'entourage proche d'une personne qui prend du poids. Les types de liens suivants ont été évalués: voisinage, amitié, mariage et familiaux. L'obésité (de même que la minceur) se répand à travers le réseau social par contagion sociale et l'effet le plus important n'intervient pas entre personnes partageant les mêmes gènes ou vivant dans le même ménage, mais entre celles unies par des liens d'amitié et quelle que soit la distance géographique qui les sépare! Cette étude nous montre une fois de plus l'importance du lien interpersonnel dans les comportements addictifs.

Les causes de la maladie addictive chez un individu sont multifactorielles: on peut mettre en vrac une probable vulnérabilité génétique, bien que rien de précis n'ait été trouvé. On peut signaler également l'impact de la réponse du cerveau à la consommation de substance avec le fait que tous les consommateurs récréatifs ne deviendront pas addicts. Les co-morbidités psychiatriques, à savoir les troubles psychiques comme l'anxiété, la dépression, l'impulsivité, sont également un facteur de fragilisation face à la création d'une addiction. Ces éléments permettent sans doute de déculpabiliser la personne car elle n'est pas responsable de son addiction. Le risque serait de la rendre passive face à son trouble.

En effet, il y a une réalité incontournable: c'est que si l'installation d'une addiction est la faute à «pas de chance», la prise en compte de ce problème, sa gestion et les changements que l'individu va imprimer à sa façon d'agir et de voir le monde sont indubitablement de son choix. Et, comme chacun l'a expérimenté, le choix est une question souvent ardue, parfois douloureuse.

En conclusion, on pourrait dire que la question de la faute est surtout présente lorsqu'on veut décrire le phénomène de l'addiction, d'où il vient, à quoi il est dû. L'addiction est complexe, la «faute» est largement partagée par plusieurs protagonistes qui sont en vrac, la société, les proches, les conditions de vie, les gènes, le cerveau, et d'autres encore. Au niveau individuel, la question de la faute est encombrante, même si elle taraude la plupart des personnes souffrant d'addiction. Elle bloque la capacité de prendre du recul, d'observer son ou ses comportements et, surtout, de voir comment mieux faire avec, à l'aide de qui et dans quel environnement. Une des voies d'issue à cet enfermement est la voie de la responsabilité qui, seule, peut permettre de décider du changement qui va le mieux convenir à la personne en tenant compte de toutes les données présentes. I

* Respectivement psychologue et médecin adjointe du service d'addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève.

«Les addictions...la faute à qui?» était le thème de la quatrième et dernière conférence-débat du cycle grand public «Coup de projecteur sur les addictions» organisé par le service d'addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Cette rencontre s'est déroulée à l'auditoire Louis-Jeantet, à Genève, le 23 septembre 2008.

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07/07/2011
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