Le désir sexuel au coeur du cerveau

 

 

Le désir sexuel au coeur du cerveau

Par Dr Charlotte Tourmente
    rédigé le 22 mars 2013, mis à jour le 22 mars 2013    

                     

Le désir sexuel, ce phénomène auréolé de tant de mystère, est en passe d'être élucidé. Un chercheur de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le Dr Stoléru fait le point sur ce qui se passe dans le cerveau lors du désir sexuel.

Le désir sexuel au coeur du cerveau                        
Le désir sexuel au coeur du cerveau         

Le désir sexuel, un mécanisme complexe

L’équipe du Dr Stoléru, chercheur à l'Inserm, travaille depuis une quinzaine d'années sur le désir sexuel. Les techniques d'imagerie fonctionnelle, telles que la tomographie à émission de positons puis l'imagerie fonctionnelle, lui ont permis d'étudier sans dommage ce qu'il se passe dans le cerveau de volontaires sains, puis de personnes souffrant de troubles sexuels, comme la baisse de désir ou la pédophilie.

L'étude est "simple" : elle consiste à analyser les réactions physiologiques, autrement dit l'érection, et les réponses cérébrales des hommes pendant qu'ils regardent, dans l'IRM, un stimulus visuel érotique comme des photographies ou des films.

Le but, identifier les régions activées par le désir sexuel… Et peu à peu voit le jour une meilleure compréhension du mécanisme du désir sexuel dans le cerveau humain.

Le désir est un mécanisme complexe qui fait appel à la fois à l'aspect cognitif (intellectuel), aux réactions physiques (érection pour l'homme et lubrification vaginale pour la femme), à l'émotion ou encore à la motivation d'aller vers l'objet de ses désirs sexuels...

Chaque composante est associée à l'activation de zones spécifiques dans le cerveau. L'IRM fonctionnelle a ainsi matérialisé la pulsion que l'on ne peut pas "voir", à l'inverse des modifications cérébrales que l'on observe grâce à l'imagerie.

Différentes zones impliquées

La vue de photos érotiques provoque par exemple l'activation d'une zone située dans le cortex orbito-frontal latéral, situé au dessus de l'œil. Imaginer des gestes érotiques active des zones dans le lobe frontal et l'émotion sexuelle fait appel aux noyaux amygdaliens, classiquement impliqués dans les processus émotionnels.

"Ce qui est particulièrement intéressant, commente le Dr Stoléru, c'est que l'activité de certaines régions, orbito-frontales médiales et temporales, diminue lorsque les gens sont en situation sexuelle. Dans la vie courante, il existe un système qui musèle le désir, qui inhibe l’excitation." Grâce à ces régions, la sexualité est mise en veilleuse. "L'excitation sexuelle relève aussi de la levée d'inhibition, c'est comme un étalon fringant qui sort de l'écurie et qui est bridé par son cavalier", illustre encore le Dr Stoléru.

Vers une meilleure compréhension des troubles sexuels

Si ces régions sont activées en permanence, elles sont responsables d'une diminution ou d'une absence de désir sexuel. A l'inverse, le chercheur explique ainsi qu'après ablation du lobe temporal pour épilepsie non équilibrée par le traitement, des patients ont vu se développer un syndrome de Klüver et Bucy. Un syndrome qui se manifeste par une sexualité libérée. Des singes sur qui l'on a pratiqué une telle intervention développaient une sexualité frénétique avec des comportements de copulation avec des objets ou des bébés singes.

L'équipe du Dr Stoléru s'est penchée sur le cas des pédophiles et autres délinquants sexuels. La vue de photos représentant un enfant entraînerait l'activation des mêmes zones que chez une personne attirée par des adultes.

A la question la pédophilie est-elle une maladie ? Le chercheur répond qu'en tous les cas, elle figure dans les classifications des troubles mentaux, tant celle de l'OMS, appelée CIM-10,  que celle de l'Association Américaine de Psychiatrie, appelée DSM-IV.

Que penser alors de la responsabilité des pédophiles ? "C'est extrêmement complexe : l'observation des réponses fonctionnelles cérébrales ne permet pas de considérer que ces personnes n'ont aucune responsabilité, analyse le Dr Stoléru, mais elle éclaire d'un jour nouveau cette question. L'activation de ces zones n'implique pas le passage à l'acte… et leur inactivation ne signifie pas non plus que la personne passera à l'acte." Il n'est donc pas encore possible de faire la part des choses entre maladie et moralité. L'avenir et les recherches apporteront vaisemblablement une réponse...


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14/04/2013
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