Les cyclothymiques ont une vie amoureuse remplie de souffrance et de difficultés

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Dis-moi lʼamour

1/12/2011

Bipo / Cyclo > Bipolarité adulte > Amour, sexe, couple

Les cyclothymiques ont une vie amoureuse remplie de souffrance et de difficultés. Pourquoi aimer est-il si dur ?

Dis-moi comment tu aimes, je te dirai qui tu es ; ou l’inverse, dis-moi qui tu es, je te dirais comment tu aimes !
Il est impossible de penser que la vie amoureuse soit indépendante du tempérament. La majorité des patientes (essentiellement du sexe féminin) présente leurs premiers épisodes dépressifs entre l’âge de 16 à 20 ans suite à des ruptures amoureuses. Une rupture signifie pour une cyclothymique : la sensibilité excessive au rejet, une remise en question de leur estime de soi, avec un impact négatif dans tous les domaines relationnels voir même professionnel.

Hyper réactivité – intensité – double polarité et instabilité caractérisent le tempérament de base des cyclothymiques – donc pas étonnant que leur vie amoureuse soit compliquée, tourmentée et source de souffrance.

En effet, une personne cyclothymique est une passionnée de l’amour.
L’intensité émotionnelle détermine la force de ses sentiments amoureux. Elle se sent heureuse et excitée lorsque elle fait quelque chose pour rendre l’autre heureux. En même temps, elle ressentirait un profond désespoir si l’autre ne réagit pas ou si le moindre indice de rupture. Souvent la personne cyclothymique ressent l’incapacité de contrôler ses pensées envers l’autre au point que ces pensées amoureuses deviennent obsessionnelles. Cette passion touche le désir mental, relationnel et physique avec un appétit infini d’affection et de contact sexuel. Certaines patientes cyclothymiques se plaignent de tomber carrément dans l’addiction sexuelle envers la personne aimée.

Une personne cyclothymique est hyper-réactive et sensible.

Le degré de la réactivité émotionnelle dicte les interactions dans la vie quotidienne du couple ; L’excès de réactivité est synonyme de tensions, d’un climat peu paisible – la moindre contrainte ou le moindre stress déclenche des réactions brutales. Un conjoint cyclothymique aura tendance à souffrir soit en silence et rester passif vis-à-vis de l’autre conjoint (en cas où il est peu intense avec une émotivité à dominance négative) soit de façon bruyante (en cas d’une émotivité positive et extravertie).
C’est pour cela, on dit que « manquer de cœur » peut être vraiment une chance ! L’ego est une construction si fragile – quand la réactivité émotionnelle est forte, on a du mal à créer pour l’amour un « espace de non-ego » - comme on est étranger à soi et à l’autre, on est en constante écoute et en recherche permanente de comprendre l’autre et de se comprendre.

Personne ne peut échapper à la négativité : peur, menace, rejet, jalousie, paresse, colère, bêtise… ; Mais quand on est plus sensible que les autres face à la négativité, il serait difficile de s’ouvrir et de l’accepter. La plupart du temps, les hyper-réactifs appliquent la « négation de la négativité » en refusant de l’éprouver ou d’en faire l’épreuve.

Oscillations entre émotivité positive et négative

C’est une signature de la vie émotionnelle des cyclothymiques. Quand les émotions négatives dominent, la personne est en proie à des croyances « personne ne m’aime ; je ne mérite pas son amour ; à qui ça sert d’aimer, ça va finir comme d’habitude par une rupture ; qui peut vivre avec une personne négative comme moi… ».

Ces personnes acceptent leur négativité mais refusent qu’elle soit acceptée par une autre personne – comme si elle était du domaine privé et sacré – interdite aux autres – comme si ça fait honte – ces personnes aiment aimer mais sont déstabilisées quand elles sont aimées ! Le fait d’être aimé devient insoutenable, comme si leur monde, jusque là solide, va s’écrouler comme un château de cartes.

En revanche, quand les émotions positives dominent, tout devient plus facile, la confiance en soi est au plus haut et l’aisance relationnelle est assurée.

C’est le mélange de l’intensité passionnelle, la réactivité émotionnelle excessive et surtout l’instabilité et la circularité entre les émotions positives et négatives, qui va générer un problème profond de l’estime de soi qui représente un handicap dans la vie amoureuse. En effet, la majorité de nos patients cyclothymiques ont souffert de la sensibilité au rejet, de la dépendance affective, et surtout de l’inconstance de leurs émotions.

En intégrant leur tempérament dans les schémas de vie, on constate qu’ils sont souvent piégés par des scénarios qui oscillent entre :

  • " déconnexion" (scénarios d’abandon – instabilité) et « sur-connexion » (scénarios de dépendance – incompétence)
  • « perfectionnisme » (sacrifice de soi + idéaux exigeants) et « manque d’autodiscipline @@d’autocontrôle - impulsivité »

Mais le vrai handicap émotionnel réside dans la répétition de ces schémas opposés - ce qui explique les paradoxes et les complexités de la vie amoureuse des cyclothymiques, au point de paraître au regard d’un clinicien ou psychologue non averti, comme une personne « borderline ».

A la recherche de la stabilité

La stabilité est probablement le garant d’un amour durable ; en fait, son opposée, l’instabilité induit des complications liées aux cycles continuels des hauts et des bas qui touchent l’attachement à l’autre et l’expression de l’amour à l’autre (cycles d’amour et de haine ; d’intérêt – désintérêt ; d’activité excessive à l’inertie et l’apathie…)
Sans stabilité, aucun amour durable n’est possible – en effet, le manque de stabilité est synonyme de manque d’estime de soi, de dépression profonde, donc des ingrédients fondamentaux pour la recette de l’amour durable.

Les cyclothymiques ont besoin de comprendre cette complexité du style émotionnel pour accepter le fait flagrant que « ça ne marche pas » et ensuite pouvoir introduire des aménagements dans leurs scénarios – Même si on a l’impression que tout est presque écrit dès le début et que ce style fait partie de la nature profonde des cyclothymiques, l’important est de savoir qu’on peut agir sur ce style en respectant le fond et l’authenticité – tout en travaillant sur la connaissance de soi – l’acceptation de soi – la réduction des excès futiles (là les psychotropes thymorégulateurs peuvent apporter une aide précieuse) et l’introduction de nouveautés dans les scénarios de vie.



30/04/2013
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