LIVRES : Créativité et Cyclothymie

LIVRES : Créativité et Cyclothymie

 

Cyclothymie et Vérité        

jeudi 3 juillet 2008

Intervention sur la créativité artistique et la cyclothymie à Paris V

 

J' ai participé ce matin à une conférence internationale organisée par l'Université de Paris V et Todd Lubart sur l'éducation des enfants surdoués (http://icieworld.net/main/).

Le sujet de mon intervention était : Cyclothymia and artistic creativity in gifted adolescents: Evaluation and potential channelization.

J'ai rappelé brièvement ce que j'ai déjà écrit dans mon livre sur ce sujet :

- La créativité est une interaction entre l'individu, le domaine (musique, science, littérature...) et le "field" (experts, professionnels du domaine, public, critiques).

- La créativité est une défense saine (concept de Storr) contre la dépression, l'anxiété ou l'hostilité

- Chaque intelligence permet une créativité sui generis (concept des MI de Gardner) et donc les tests Wechsler sont incomplets voire dépassés surtout dans le domaine artistique. Le QI classique doit être donc réétudié.

- La cyclothymie, depuis le tempérament jusqu'au trouble, permet un développement hors du commun de la capacité créative si bien entendu les symptômes sont contrôlés et que le domaine soit maîtrisé (10 ans de pratique en général).

- Concernant la "capacity building" des enfants potentiellement créatifs, je propose une liberté dans les horaires (favorables au daydreaming et à la suppression de l'anxiété), ne jamais perdre de vue le sentiment de Flux (flow), une mise en exergue de la construction du caractère et de l'ego avec les dommages collatéraux éventuels qui doivent être assumés par les parents et enseignants, la résilience lentement et progressivement enseignée, la capacité de nourrir intellectuellement et par l'expérience l'enfant durant son "moratoire psychologique" lié souvent à la phase dysthymique de l'enfant cyclothymique ou bipolaire sans que les éducateurs cherchent à modifier le repli temporaire de l'enfant.

J'ai en fait fondé ces quelques théories sur ma lecture des travaux des spécialistes en créativité qui ont étudié l'enfance des individus les plus créatifs du XX et du XIX eme siècle. La persévérance et la résilience de ces personnalités étaient bien sûr hors du commun mais certains enfants surdoués (PAS TOUS ) possèdent naturellement cette résilience et cette force de l'ego (hypomanie + dysthymie).

Pensons à des personnalités et non à des CV : Au lieu de formater les esprits des individus hors du commun, pourquoi ne pas les encourager à penser-par eux-mêmes et à développer leur propres stratégies de défense. Les psychanalystes ont bien compris cela et les psychiatres s'en rendront compte un jour....

Finalement, la créativité se dévoile peu et à peu et naturellement chez l'individu "souffrant" et cela constitue sa défense la plus complexe et la plus bénéfique pour lui et son entourage.

La question n'est pas de donner une éducation spartiate ou hors du commun aux enfants surdoués et cyclothymiques mais d'épouser leur rythmes et désir d'apprendre au lieu d'imposer des méthodes rigides et une vision uniforme de la société comme le fait le système public éducatif en général.
 

lundi 21 avril 2008

Sortie cette semaine de notre livre sur la créativité et la cyclothymie

 
Le livre sur la cyclothymie et la créativité (Robert Laffont-collection Réponses) que j'ai écrit avec Elie Hantouche sort le 28 avril dans les librairies en France. C'est le fruit de trois années de recherches, d'espoirs et de souffrances. C'est aussi le résultat d'une fructueuse rencontre avec le Dr. Hantouche, un des rares médecins psychiatres experts dans le domaine complexe de la cyclothymie en France. Il a tout de suite accepté mon idée de rédiger un manuel sur le lien entre le tempérament cyclothymique et la créativité.

Comme je l'ai expliqué dans l'introduction du livre , ce travail m'a semblé être avant tout une "thérapie" motivée par le besoin de comprendre mon milieu artistique d'origine et moi-même. Je me suis intéressé à la cyclothymie grâce à mes études sur la créativité et non le contraire.

Kay Jamison avait ouvert le chemin aux Etats-Unis en évoquant les liens entre la maniaco-dépression et le génie artistique, nous développons avec Elie la thèse du lien entre la cyclothymie et toutes les créativités. Nous sommes passés du lien génie-folie à celui de cyclothymie-créativité.

Nous tentons de répondre à des questions élémentaires mais sans doute importantes quant à la créativité et ses mystères : Qui est créatif? Pourquoi crée-t-on? et comment?

Elie Hantouche propose de même une nouvelle approche dans l'art de soigner la cyclothymie en préservant le plus possible  le "capital créatif" du patient.

C'est donc un travail à quatre mains, un dialogue ou fertlisation croisée (si importante en créativité !) entre un expert et un passionné de la créativité.

J'évoque comment j'ai découvert la cyclothymie grâce à mon enquête qui a duré 6 mois des deux côtés de l'Atlantique et qui s'est finalisé avec ce projet.

Je raconte comment j' ai compris le lien entre l'instabilité cyclothymique et la créativité. Comment la dépression et l'exaltation s'avéraient essentielles dans les grandes réalisations artistiques mais aussi religieuses, politiques ou même scientifiques.

Ce n'est pas un livre militant, ni une sorte de "coming out" (même si peu de gens en France parlent ouvertement de leur cyclothymie ou bipolarité), il s'agissait juste de dire ma vérité, ce à quoi je croyais, de défendre les psychologues et psychiatres qui avaient vu juste, comme Eysenck, Kay Redfield Jamison, Julian Lieb ou Philippe Brenot pour ne citer que les plus récents, en associant créativité et bipolarité ou psychopathologie.

C'est aussi la première fois qu'un livre évoque les aspects positifs de la cyclothymie et en particulier de la cyclothymie, il vise à rompre les tabous associés à ce trouble grâce auquel la créativité existe.

Ce livre souhaite donner ou redonner espoir aux patients ou aux personnes qui souffrent à cause de leur cyclothymie car la créativité est à mon avis le potentiel le plus précieux des cyclothymiques et bipolaires, lequel est souvent mal ou peu exploité.

Enfin, j'ai voulu m'occuper utilement pour les happy few et moi-même pendant une longue période de souffrance à la manière d'un lointain disciple de Robert Burton dans son Anatomie de la Mélancolie...


Sans créativité, une société ne se renouvelle pas, s'endort et s'éteint petit à petit. Combien d'empires ont disparu ainsi !


PS : Pour celles et ceux qui vont lire le livre : Merci de me faire part de vos commentaires, critiques et suggestions en m'envoyant un email à : regisblain@gmail.com !

Présentation du livre par la maison d'édition :
http://www.laffont.fr/site/la_cyclothymie_pour_le_pire_et_pour_le_meilleur_&100&9782221109038.html
 

samedi 19 avril 2008

Créativité et éthique : un couple improbable?

 
Alors que l’intelligence émotionnelle est de plus en plus reconnue (Intelligence personnelle pour Gardner et émotionnelle pour Goleman) et qu’elle demeure un atout inégalable dans l’art de la persuasion, un élargissement de  la notion d’intelligence pour y inclure la connaissance des êtres humains, une intelligence dans le domaine moral est possible. Comme le dit Howard Gardner dans « Intelligence reframed » : comme le caractère, la moralité peut être importante- en fait plus importante que l’intelligence- mais elle ne doit pas être confondue avec l’intelligence? Il estime qu’aucune des personnalités d’exception qu’il a étudié furent des exemples d’intelligence « morale » hormis peut être Gandhi. Picasso, Eliot, Graham, Freud, Stravinsky et même Einstein selon lui ont démontré de l’insensibilité morale dans beaucoup d’aspects de leur vie personnelle tout en s’engageant parfois pour de grandes causes.

Matthieu Ricard a écrit un excellent livre avec son père Jean-François Revel sur le bouddhisme. Il raconte sa conversion et la philosophie du Dalaï Lama dans « Le Moine et le Philosophe » où il confesse « Oui j’ai rencontré Igor Stravinsky et d’autres grands musiciens. J’ai donc eu la chance de côtoyer nombre de ceux qui suscitent l’admiration en Occident, et de pouvoir me faire une idée, de me demander : Est-ce que c’est à cela que j’aspire ? Est-ce que je veux devenir comme eux ? J’avais le sentiment de rester sur ma faim, car en dépit de mon admiration, je ne pouvais manquer de constater que le génie manifesté par ces hommes, dans un domaine particulier, ne s’accompagnait pas des perfections humaines les plus simples, comme l’altruisme, la bonté, la sincérité ». 

Ces qualités humaines sont-elles incompatibles avec la créativité ?

Peut-on être créatif sans se contempler soi-même ? il y a inévitablement un côté obscur qui se traduit par l’égoïsme et souvent une mégalomanie et une paranoïa bien désagréables, mais apparemment nécessaire à la créativité.

Les psychologues ont noté que l’égocentrisme (différent de l’égoïsme) déclinait chez les êtres humains mais non chez les individus créatifs. De même, Jean Piaget explique que, chez les enfants, « l’égocentrisme sensori-moteur est progressivement réduit ». En effet, transformer une idée originale sous une forme compréhensible requiert un « fort ego ».

Howard Gardner constatait que l’assurance dont les créateurs faisaient preuve se rapprochait d’une forme d’égoïsme, d’égocentrisme et de narcissisme. Ils sont absorbés par leurs projets et il n’est pas rare que la poursuite de leurs objectifs les amène à agir au détriment d’autres individus.

Selon le psychologue Eysenck, un tel mélange de faculté créatrice et d’insensibilité pourrait avoir un fondement génétique. Le narcissisme par exemple de Kafka ou de Martha Graham a eu pour conséquence qu’ils n’ont pas voulu s’engager sentimentalement à un moment précis de leur vie  pour ne pas enrayer leur capacité créative. L’ambiguïté des sentiments de l’artiste est bien reflétée dans le film américain sorti cette année « Capote ». Le désir de gloire, l’égocentrisme, voire la manipulation mais aussi peut être la compassion et l’amour de l’autre – spirituel ou physique - et l’hypersensibilité, se mélangent chez la même personne créative.

Nous avons un document intéressant concernant la personnalité de Picasso, c’est le livre publié en 2002 par Marina Picasso qui s’intitule « Picasso, mon grand-père ». Elle a donné une interview au quotidien de Barcelone, La Vanguardia, le 14 février 2002 avec le titre suivant : « On ne peut pas être un génie et quelqu’un de bien (« buena persona »). "Un génie cruel qui a détruit beaucoup de vies ; Mon grand-père mourut seul, avec une cour de courtisans ; Un génie artistique mais aussi une personne cruelle qui ne savait pas être aimé ni aimer" (…). "Toutes les femmes furent finalement des matériaux pour son art ; Parce que le grand artiste consacre tout son temps et son énergie à son art, et tout c’est « tout » : il ne reste rien pour les personnes qui l’entourent"....

Le filmd’Agnès Jaoui en 2004, « Comme une image » est remarquable et si vrai, elle raconte l’histoire de Lolita Cassard, vingt ans qui souffre, car son père Etienne Cassard ne s’intéresse pas beaucoup à elle et en général « regarde peu les autres, parce qu'il se regarde beaucoup lui-même » comme le dit le synopsis.


Dans un de ses derniers livres sur les intelligences multiples, « Intelligence Reframed », Howard Gardner estime qu’aucune des personnalités d’exception qu’il a étudié furent des exemples d’intelligence « morale » hormis peut être Gandhi. Picasso, Eliot, Graham, Freud, Stravinsky et même Einstein selon lui ont démontré de l’insensibilité morale dans beaucoup d’aspects de leur vie personnelle tout en s’engageant parfois pour de grandes causes.

Ma propre analyse suit celle de Gardner même si on peut expliquer certains comportements par l’incompréhension de sa propre souffrance ou la self-thérapie par la soif de pouvoir et de domination de l'autre...

Marx estimait que le commerce était par essence une activité malhonnête mais rien n'empêche un marchand honnête (à la quaker par exemple) de dégager des bénéfices minimes uniquement pour s'octroyer un juste salaire. C'est le cas pour tous les métiers.

Etre éthique, c'est juste respecter l'autre.

Vauvenargues disait : "On doit se consoler de n’avoir pas les grands talents, comme on se console de n’avoir pas les grandes places : on peut être au-dessus de l’un et de l’autre par le cœur"
 

mercredi 2 avril 2008

Quelle différence existe-t-il entre la cyclothymie et les autres formes classiques de bipolarité ?

 
La semaine dernière Lucile m'a posé la question suivante :

Quelle différence existe-t-il entre le trouble cyclothymique et les autres formes classiques de bipolarité ?

J'ai essayé de répondre de manière succinte en reprenant les éléments de réponse du Dr. Hantouche :

Reprenant les travaux des pionniers de la psychiatrie allemande, Gaston Deny et son élève Pierre Kahn évoquent la cyclothymie comme une constitution psychique spéciale, un « déséquilibre de la sensibilité émotive ». C'est donc un tempérament à l'origine très instable (contrairement au BP I) qui provoque des oscillations répétées de l'humeur. C'est un tempérament hautement excitable qui est constitué de trois pôles : dépression-hyperthymie et irritabilité (état-mixte).


Chez les BP I, les accès maniaques sont périodiques souvent influencés par les saisons et il existe des intervalles libres ou périodes de normalité. Les états mixtes sont rares et le lithium traite avec efficacité le trouble. Les cyclothymiques ont des variations constantes sans intervalles libres : Pierre Kahn comparait ces variations avec celles des vagues, plus ou moins grandes mais toujours présentes. Un certain nombre de cyclothymiques ont des variations d'humeurs très rapides, ils peuvent dans la même journée ou sur 48 ou 72 heures passer de la dysthymie (dépression légère), à la colère ou irritabilité (état mixte) et ensuite à l'hyperthymie. Les anti-convulsivants traitent efficacement le trouble cyclothymique.


En raison du fait de l'atténuation des symptômes, beaucoup de personnes cyclothymiques ne consultent jamais ce qui ne signifient pas qu'ils ne souffrent pas.

La plupart des cliniciens ne diagnostiquent jamais la cyclothymie car les épisodes de dépression légère ou d' hypomanie ne leur semblent pas être des critères de bipolarité (BPI ou II avec des épisodes plus francs). En effet, le déséquilibre émotif n'est pas visible aux yeux des médecins non informés, la cyclothymie devient un « shadow syndrome ».


A noter que de nombreuses études récentes montrent le lien entre la cyclothymie et les cas de suicides.


La cyclothymie contrairement à la BP I est souvent confondue avec des troubles de la personnalité (narcissique ou histrionique),  le trouble « borderline » ou de la « névrose ». Aux Etats-Unis, un nouveau terme confus et fourre-tout a été inventé : « Bipolar Spectrum Disorder ».


En terme de sociabilité, les cyclothymique sont souvent catalogués comme des : névrosés, bizarres, lunatiques, excentriques, extravagants, originaux, caractériels, manipulateurs.

Mais ils sont moins stignatisés car on ne leur pose pas l'étiquette « bipolaire ». Cependant, l'hypercontrôle, l'impulsivité, les comorbidités tels que boulimie, anorexie, addictions souvent occultés par le cyclothymique s'avèrent plus destructrices pour l'individu et son entourage. De manière générale, une personne bipolaire de type I ou II bien soignée s'en sortira mieux qu'un cyclothymique (dans le « trouble » et non par tempérament)  qui ignore sa condition ou comment la traiter.
 

dimanche 30 mars 2008

Les cyclothymiques victimes de la dictature du bonheur?

 



Il est assez rare de tomber en France sur des ouvrages profonds, simples et enrichissants dans le domaine de la psychologie, de la psychiatrie ou de la psychanalyse. Le petit livre du Dr Gérard Tixier et de la journaliste Anne Lamy est un grand chef d'oeuvre à mon avis. Ils développent les thèses de Peter Kramer dans "Listening to Prozac" sur les normes sociétales du néo-capitalisme hyperthymique et expliquent en quoi la déprime (pas la dépression) contribue à l'accomplissement de l'individu.

Ils défendent presque exactement mes positions sur la contribution de la dysthymie et surtout la nécessité d'être vrai avec soi même et surtout d'accepter ses failles et ses limites.

Ce livre qui est d'un grand optimisme met en exergue ce qu'on a découvert de soi grâce à la déprime :

- une vulnérabilité féconde, qui va au-delà des larmes et cherche à remonter à leur source

- une capacité à s'écouter, malgré le brouhaha

- une limite insoupçonnée qui nous enchante, quand on découvre comment on fonctionne

- un accès à une part d'inconnu en soi qui nous bouleverse, en ayant réveillé des émotions qu'on avait muselées

- une sorte de reconciliation intérieure comme si l'on était plus proche de soi

- un rapport aux autres plus vrai, plus en accord avec qui l'on est. Le dévoilement d'une vérité.

- La souffrance, nécessaire pour se rapprocher de soi et donc pour s'ouvrir à l'autre.

Les auteurs concluent en défendant "le droit à la déprime, cet îlot intérieur encore préservé dans le tumulte de ce monde dévasté par la consommation à outrance et avide de contrôler chimiquement nos esprits, considérant comme malade tout individu qui se singularise et fait sécession, se retire du monde pour tenter de dissoudre sa propre fausseté et d'y voir plus clair en lui".

Il me semble qu'on ne guérit pas d'un tempérament mais on se sent renforcé et plus digne en osant la Vérité.


Freud avait rédigé le texte  Deuil et Mélancolie en 1915 où l'on pouvait lire ;  « le travail intérieur du patient mélancolique, si proche de celui du créateur, et qui lui fait « saisir la vérité avec plus d’acuité que d’autres personnes qui ne sont pas mélancoliques ». Freud pense qu’il pourrait bien, selon nous, s’être passablement approché de la connaissance de soi, et la seule question que nous posions, c’est de savoir pourquoi l’on doit commencer par tomber malade pour avoir accès à une telle vérité ».

Daniel Goleman dans son ouvrage sur l'intelligence émotionnelle (1995) affirmait de même : " Il y a beaucoup à dire sur la contribution constructive de la souffrance à la vie spirituelle et à la créativité : la souffrance trempe l’âme" et Sénèque dans la Providence :« L’épreuve est nécessaire à la connaissance de soi. A force d’endurer la souffrance, on en vient à la mépriser »

Goethe (cité par Sandblom) exprime la même chose « Notre souffrance nous apprend à partager la misère de nous autres êtres humains , de nous identifier à eux».

Et enfin Erik Erikson à propos de Luther, "certains grands hommes  élèvent leur souffrance individuelle au  niveau universel » et cherchent pour tous la solution de ce qu’ils n’ont pas pu « résoudre pour eux-mêmes ».


Je dois avouer être surpris par des personnes cyclothymiques qui ont fait souvent le choix du "bonheur" en pariant sur la fuite et le deni de leur tempérament. Je ne les critique pas mais ne sont elles pas elles aussi victimes de la "dictature du bonheur" ?

Elles savent ou suspectent que leurs choix de partenaires (souvent dépressifs ou hyperthymiques) sont "thérapeutiques" et non en accord avec leur nature.

Je reconnais qu'avec le temps suite à mes réflexions sur la maladie, l'humeur et la société, je me rapproche des thèses du calvinisme pharmacologique tout en faisant attention à ne pas imposer mes propres idées et émotions. La liberté dans ce domaine doit être totale.

Dans le livre que nous publions avec Elie Hantouche le 28 avril prochain, nous expliquons pourquoi la dépression légère ou déprime ou dysthymie est une partie intégrante du processus créatif.

Il y a du Kafka chez beaucoup de cyclothymiques, cette absurdité et cette anxiété qui confèrent souvent aux réalisations géniales ou aux ambiances inquiétantes.

Kafka comme Hardy, Bellow, Goethe ou Shakespeare, a le mieux décrit la cyclothymie, notamment dans son journal entre 1910 et 1923 . Le 21 juillet 1913 il écrivit :

"Don't despair, not even the fact that you don't despair. Just when everything seems over with, new forces come marching up, and precisely that means that you are alive. And if they don't then everything is over here, once and for all".
 

jeudi 27 mars 2008

Cyclothymie et bipolarité, des outils pour déconsidérer l'adversaire politique?

 

J'ai lu avec un certain malaise le commentaire de Pascal Bruckner dans le Paris Match de cette semaine. Il critique, et c'est son droit le plus absolu, la politique de M. Sarkozy mais il commence son article ("Match de la semaine" : La République est-elle menacée?) en assenant son argument : " Nicolas Sarkozy est sans doute maniaco-dépressif". Il estimerait donc que cette condition est à l'origine de "son illusion de toute-puissance" laquelle "bute aujourd'hui sur une impuissance" et que le Président "se disperse en sujets à côté de la plaque".

Une réflexion me vient à l'esprit quand Lluis Bassets de El Pais titre : "Nicolas Sarkozy ce grand malade" ou que le site Desirs d'Avenir du Parti socialiste de Lacanau (http://desirdavenirlacanau.over-blog.net/article-15881003.html) titre sur son blog : "Gouvernement Sarkozy : entre cyclothymie et schizophrénie" en qualifiant le gouvernement actuel de "monarchie cyclothymico-schizophrénique..." : Même si M. Sarkozy s'est attiré des inimitiés tenaces ce n'est pas un motif suffisant pour utiliser des qualificatifs empruntés au champ lexical de la maladie ou de la pathologie.

Je trouve assez malsain d'utiliser des mots comme "malade", "maniaco-dépression", "schizophrénie", "cyclothymie" dans le dessein de critiquer un président ou un gouvernement même si ces termes sont rentrés dans le vocabulaire courant.


Le psychiatre de Harvard, John Gartner dans son livre "The Hypomanic Edge"
(http://www.amazon.com/Hypomanic-Edge-Between-Craziness-Success/dp/0743243447/ref=pd_bbs_sr_1?ie=UTF8&s=books&qid=1204543576&sr=1-1) rappelle avec justesse que les Etats-Unis ont été bâti par des hommes fondateurs "hypomaniaques" souvent bipolaires, énergiques, originaux, créatifs et perséverants tels que Penn, Winthrop, Hamilton ou Carnegie. Plus proche de nous, des présidents américains comme Roosevelt qui travaillait la nuit ou l'hyperactif et talentueux Bill Clinton ne sont pas éloignés de ces personnalités hyperthymiques dont parle Gartner et dont Nicolas Sarkozy fait peut-être partie. Doit-on alors considérer que toutes ces personnes sont des malades, des maniaco-dépressifs ? Cela n'a pas de sens mais quand on parle de tempérament hyperthymique ou cyclothymique, les choses deviennent plus claires car la maladie est improductive alors que le tempérament renvoie à une constitution psychique qui n'évolue guère contrairement à la personnalité. L'homme est donc la somme de l'inné et de l'acquis et chaque tempérament à ses propres caractéristiques et la société a besoin de TOUS les tempéraments.

Gartner cite des études où il appert que les taux de bipolarité sont plus élevées dans les pays d'immigration comme le Canada, la Nouvelle Zélande ou les Etats-Unis que dans les pays comme la France ou le Japon. Il est évident qu'il y a un lien entre hyperthymie et immigration. Qui est prêt à tout quitter pour risquer l'aventure de l'immigration?

Rejoignant le Pr. Gartner, Kay Redfield Jamison a détaillé les côtés positifs de l'hyperthymie, source de passion et d'une certaine créativité, dans son excellent ouvrage : Exuberance http://www.amazon.com/Exuberance-Passion-Kay-Redfield-Jamison/dp/037540144X. Jamison dit que l'exubérance est: " an abounding, ebullient, effervescent emotion" en racontant que Theodore Roosevelt (autre malade peut être) était "incapable d'étre indifférent".

Etre bipolaire, cyclothymique ou schizophrène peuvent être juste une condition, un tempérament, parfois une maladie mais pas un défaut en soi.

De plus, sans l'alternance des humeurs (hyperthymie pour la production et dysthymie pour la sélection ou insight) ou hyperthymie -presque- constante, il n'y aurait pas de découvertes, d'art,de littérature, de révolutions ni finalement, et c'est plus grave, de créativité. Un pays où la créativité est étouffée est condamné à se scléroser.

Le Pr. Marc Louis Bourgeois dans son excellent livre intitulé "Manie et Dépression" (édition Odile Jacob, 2007) écrit avec raison que les cas des personnages célèbres  dont on suppose qu'ils ont souffert de troubles bipolaires sont "en réalité incertains". Il ajoute qu'"ils relèvent sans doute du spectre bipolaire élargi" donc de la cyclothymie. Il cite le cas connu et dramatique du roi de France Charles VI, "le fol" (1368-1422) qui souffrait tout comme son petit-fils, Henri VI de maniaco-dépression. En 1920, Paul Deschanel, président éphémère (moins de sept mois) de la III eme république, assez original, présentait des traits cyclothymiques assez évidents et étant conscient de sa fragilité psychique, il demissiona rapidement.

Il me semble que la bonne ou mauvaise gestion d'un pays n'a rien à voir avec une prétendue maladie d'un chef d'Etat à moins que celle-ci soit manifeste et mette en danger le gouvernabilité d'un pays.

Un président américain, maniaco-dépressif avéré de génie s'appelait Abraham Lincoln et selon certains se dépression (le fameux Black Dog de Churchill) était devenu un atout : http://www.amazon.com/Lincolns-Melancholy-Depression-Challenged-President/dp/0618773444. Son illustre prédécesseur non moins prestigieux, Thomas Jefferson, était vraisemblablement cyclothymique.

Ces deux "malades" ont été à mon avis les deux plus grands présidents des Etats-Unis.

La réflexion que l'on devrait se faire est de savoir ce que l'on vise lorsqu'on parle de "malade", de "maniaco-dépressif" . S'agit-il de trouver une explication à certains comportements ou réactions ou plus simplement de discréditer voire de nuire à la personne?
 

lundi 24 décembre 2007

Héroïsme et tempérament cyclothymique ?

 


Leopardi né en 1798 et mort en 1837 (Zibaldone , 280) lequel  a souffert toute sa vie de bipolarité, introduit une notion essentielle, celle du courage et d'aller contre sa nature de manière héroïque :

"Le tempérament héroïque peut se rencontrer dans un corps faible, mais sa mise en acte est difficile, et ne va pas sans grand efforts ni résistance, comme si elle était contre nature. Ainsi pouvons nous voir nombre de gens qui, par tempérament, ne sont rien moins que des héros, accomplir bien souvent des actions héroïques et vice-versa.(...)"

Alors que les cyclothymiques sont "faibles et instables" (classification de Cloninger) tout leur mérite consiste à être fort et stable en trouvant un équilibre, le leur.

Ce qui nous sort de notre condition nous anoblit à chaque fois que nous avons le sentiment d'avoir lutté pour une juste cause. De même quelle fierté obtenons-nous si nous accomplissons des actes qui ne nécessitent aucun effort ?

Notre "héroïsme" reste bien sûr toujours limité par des facteurs environnementaux et biologiques.


02/05/2013
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