MAYA (tentative de suicide et responsabilité professionnelle)

 

 

MAYA (tentative de suicide et responsabilité professionnelle)

                               
    

Réponse à: MAYA (tentative de suicide et responsabilité professionnelle)

      Surnom: MAYA
      Pays: Québec
      Âge: 29
      Sexe: féminin

Je suis dans un état dépressif important et majeur depuis maintenant 3 mois. J'ai immédiatement été suivie par un médecin et un psychologue, sans pour autant voir d'amélioration dans mon état, malgré la prise d'antidépresseur. Il y a une semaine 1/2, j'ai fait une tentative de suicide. Ma question est la suivante: J avais parlé de mes intentions à mon psychologue de façon précise en lui mentionnant de quelle façon je procéderais, mais sans lui dire quand, car je ne le savais pas moi-même. Il n'a rien fait pour intervenir, rien du tout. Deux jours plus tard, je passais à l'acte.

Avait-il le droit de ne faire aucun geste pour m'aider?

Chère Maya.

Votre question est très délicate et vous ne donnez pas beaucoup de renseignements pour permettre de répondre très adéquatement. La réponse sera donc forcément un peu théorique.

Tout d abord, il est important de dire que si, d une manière ou d une autre, vous pensez avoir été l objet d une faute professionnelle de la part d un psychologue, vous avez tout à fait le droit de contacter l Ordre des psychologues du Québec afin de leur faire part de votre version des faits. L Ordre a comme mandat de protéger la population et les gens que vous contacterez se feront un devoir d examiner attentivement les faits.

Venons-en maintenant à votre situation.

En matière de suicide, les protocoles d interventions sont relativement bien établis. Un des aspects de ces protocoles est ce qu on nomme l évaluation de l urgence. Dans cette évaluation, on prend en compte là où en est rendue la planification du suicide : où, quand, comment. Dans votre récit, vous mentionniez que vous aviez le moyen mais ne saviez pas vous-mêmes quand vous alliez passer à l acte. Dans ces circonstances, le psychologue ne pouvait pas faire grand chose. Un psychologue est tenu de briser la confidentialité si la vie de sa cliente est menacée mais tenu à la confidentialité autrement. Dans votre cas, il est fort possible que votre psychologue ait jugé que puisque votre planification n était pas complète, il pouvait se permettre d attendre au prochain rendez-vous. En revanche, il aurait en principe dû faire une entente avec vous selon laquelle vous vous engagiez à prendre contact avec lui ou des services d urgence si vous sentiez votre situation s aggraver. Vous ne mentionnez pas dans votre question s il a fait ce genre d entente ou pas. Dans l affirmative, il vous appartenait alors de respecter cette entente et il était tout à fait fondé de penser que vous la respecteriez.

Du coup, cela soulève une question importante, celle de la responsabilité de la personne aidée. Chacun est en effet responsable de sa propre vie et il est impossible, bien souvent et hélas, de sauver quelqu'un malgré lui. Lorsqu une personne prend un engagement avec son psychologue de le contacter si les idées suicidaires deviennent plus fortes et qu il ne le fait pas, c est un choix qu il a fait, qui lui appartient et dont il est responsable. Le psychologue ne peut agir malgré vous que s il sait clairement que vous allez passer à l acte au cours des heures qui suivent.

Lorsque, dans des moments difficiles comme une dépression majeure, on se retrouve à utiliser des services de santé multiples   médecin et psychologue, par exemple - , on peut avoir l impression que ces services prennent notre vie en charge. Cela est faux. Nous sommes toujours responsables de notre vie. Il est possible que votre psychologue soit responsable d une faute envers vous comme il est possible que non (ainsi qu il a été mentionné au début, les renseignements sont insuffisants pour répondre clairement à votre question). Par contre, peu importe sa responsabilité, il ne peut pas être responsable de votre tentative de suicide. C est une responsabilité que vous avez à assumer vous-mêmes.

Dans votre cas, votre psychologue, pour vous aider, aurait pu contacter votre médecin et tenter d obtenir une ordonnance de cour afin de vous faire admettre de force à l hôpital. En faisant cela, il brisait la confidentialité à laquelle il est tenu et risquait de briser le lien thérapeutique que vous avez avec lui. Pour faire cela, il fallait qu il soit convaincu que le risque que vous vous suicidiez dans les prochains jours soit extrêmement grand. Visiblement, il n était pas convaincu de cela. À raison ou à tort? À moins d avoir toutes les données du problème, il est difficile d'y répondre.

Cependant, vous semblez dire qu en deux jours, vous êtes passé de « je ne sais pas quand » à « c est maintenant ». Il est bien possible que vous présentiez un danger pour vous-mêmes. Si tel est le cas, pourquoi attendre qu un professionnel réagisse? Je vous suggérerais de demander vous-même votre admission à l hôpital afin de vous protéger et de vous permettre de passer à travers ces moments difficiles.

Une dépression majeure est un temps où l estime de soi est à son plus bas et où l énergie manque pour accomplir beaucoup de choses. Vous semblez attendre une prise en charge importante de la part des professionnels qui vous suivent. Il est possible que la prise en charge dont vous avez besoin soit trop importante pour des services externes. Il serait alors sage d envisager l hospitalisation, ne serait-ce que le temps que vous puissiez retrouver un certain pouvoir sur votre vie.

Jean Rochette Psychologue



04/05/2013
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