PETITE ENFANCE

 

 

 

 

petite enfance     - formation pour Infirmier de Secteur Psychiatrique - cours de Mr Giffard -

 

 

PETITE  ENFANCE

 

 

 

Le nourrisson a une vie mentale et somatique très proche du pulsionnel, c’est à dire commandée presque exclusivement par les besoins archaïques. Du monde qui l’entoure et le domine, n’existe que ce dont il a besoin. Tout ce qu’il croit et ressent existe, car il ne fait pas la part du réel et de l’imaginaire.

 

Définition du "ça" : c’est le pôle pulsionnel de la personnalité, la partie la plus chaotique et la plus obscure. C’est entièrement le domaine de l’instinctif, du biologique qui ne connaît ni règle de temps ou d’espace, ni interdit. De ce fait les choses les plus contradictoires peuvent y exister. Le "ça" est régi par le seul principe de plaisir. Deux aspects se distinguent: l’héréditaire (sexualité et agressivité propres à l’espèce) et l’acquis (formes que prendront cette agressivité et cette sexualité). Le ça fait partie des 3 instances de l'appareil psychique: ça, moi et surmoi.

 

Évolution relationnelle durant le stade oral

Ce monde qui baigne le nourrisson s’exprimera à travers le lait, formant ainsi un complexe Mère-Sein-Nourriture. Ce liquide, d’abord extérieur à l’enfant, passe à l’intérieur de son corps. Par cette incorporation, le lait acquiert une grande valeur émotive et l’enfant s’attire ainsi toutes les merveilleuses qualités qu’il lui attribue, autant physiques que mentales. C’est une source de jouissance. Il se sent investi des qualités de ce lait. Le lait est une entité aussi vivante que lui, bienfaisante.

Mais le lait a aussi des qualités destructrices: il se fait attendre quand l’enfant a faim, il provoque des vomissements… Le bébé incorpore ainsi malgré lui ce lait destructeur, qui contient en lui un danger inconnu, menaçant. Un système de défense se met alors en place, c’est le Clivage de l’Objet. Il y a un lait gratifiant et aussi un lait mauvais, persécutant. La tendance naturelle est de s’approprier le "bon" et de rejeter ce qu’on n’aime pas. La personnalité se forme à travers les mécanismes d’introjection et de projection. L’adulte retiendra de ceci la cohabitation de 2 mères: la mère idéale et, en discordance, la mère réelle.

 

Définition de l’Imago : c'est un personnage interne que l’on a fabriqué. Prototype inconscient d’un personnage qui va orienter toutes nos relations par la suite. Ce qu’on pense, ce qu’on ressent d’un individu n’a rien à voir avec la réalité. Ainsi l’Imago de la bonne mère s’exprime dans le personnage de la fée, tandis que l’Imago de la mauvaise mère sera représenté par la sorcière.

 

Vers 2 mois

Premières réactions en présence de l’adulte. Le nourrisson fixe les yeux de la mère pendant la tétée. A travers le regard de sa mère, il se voit lui-même s’y reflétant. Il découvre les sentiments et se les approprie. Le sourire est une réponse (fonction de miroir). Le rythme des tétées va amorcer la notion du temps. Il commence à découvrir son corps, s’oriente d’après la voix humaine.

 

Vers 6 mois

Les sourires sont volontaires. La constitution de l’Autre s’est faite à travers le système Présence-Absence. C’est de l’expérience de la frustration, due à l’attente, que naît l’Objet extérieur: le petit enfant commence à construire ses premières relations.

Parallèlement, cette absence force l’enfant à recréer mentalement un univers de représentations mentales. Cet univers psychique l’aide à patienter jusqu’au retour effectif de la mère. Ainsi, il perçoit l’existence de l’Autre sur un fond d’absence. Ce mécanisme est la fonction symbolique.

Une évolution pathologique se présente si par malheur l’enfant de 6 à 12 mois perd trop souvent (et/ou trop longtemps) sa mère. On observera premièrement chez lui une demande excessive, suivie un ou deux mois plus tard d’un repli puis d’un début de dépression infantile. L'évolution psychique de l'enfant se bloque alors. Apparaît une pathologie -nommée "l'hospitalisme"- qui a été décrite par Spitz chez de très jeunes enfants séparés de leur mère lors d'hospitalisations longues.

 

De 6 à 8 mois

Le visage de la mère est reconnu et privilégié. L’Objet est total, dans toute sa complexité de personne. L’enfant fait la différenciation entre les diverses personnes qui gravitent autour de lui. Tous les visages familiers déclenchent le sourire, les autres font naître méfiance et évitement. Souvent d’ailleurs, l’enfant déçu de ne pas reconnaître la mère dans le visage étranger, se mettra à crier.

 

Huitième mois (et l’angoisse du -)

La relation affective que l'enfant entretient avec les autres, de symbiotique (relatif à un soutien mutuel) devient anaclitique (conscience de ce soutien). Désormais l'enfant sait qu'il a besoin de la mère. Le "Moi" se forme en même temps que se forme l'Objet extérieur, l'un n'existant que par rapport à l'autre. C'est une période très importante de distinction, que ce soit extérieur/intérieur ou Moi/Autre.

 

Création du jouet

C'est un objet transitionnel, qui sera le plus souvent doux, mou, chaud... Cet objet représente la mère, dans son absence comme dans sa présence. C'est à la fois la frustration et la gratification. L'adulte n'abandonne cet objet qu'à la condition d'avoir réussi à diffuser sa fonction dans l'espace qui l'environne, que ce soit à travers les cigarettes, le langage, etc...

 

L'amour maternel

Le nourrisson tend souvent à faire régresser ses parents. Ces deux mots: "amour maternel", viennent de Jean Jacques Rousseau. Avant, et jusqu'au 12ème siècle, les parents avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants. Du 13ème au 18ème, l'enfant n'a aucun statut dans la famille. Les manifestations de cajolerie et de tendresse étaient considérées comme faiblesse et pêché, l'allaitement était ridicule, rendant l'enfant vicieux. Les adultes ont alors recours aux nourrisses chez qui l'enfant reste 5 ou 6 ans, avant de se trouver placé en institution religieuse chez les Sœurs ou les Frères. La médecine infantile était inexistante: on ne peut soigner un client qui ne dit pas de quoi il souffre! Dans la fratrie, l’aîné des garçons avait tous les droits. Les cadets devaient choisir leur carrière dans l’armée ou la religion.

Avec Jean Jacques Rousseau, les choses changent. Vers 1715 on a réglementé la profession de nourrisse. L’état s’est aperçu que l’enfant était une richesse potentielle. Les statuts de la mère et de l’enfant changent (matriarcat mental). Les familles nombreuses sont exemptes d’impôts. Les mariages se font de plus en plus par amour. La mère est devenue génitrice et éducatrice.

 

La fonction maternelle

Les mères ont des compétences naturelles pour communiquer avec le nourrisson. Le bébé est un être social ayant une vie mentale, forçant les parents à communiquer avec lui, à régresser à un mode d’interactions archaïques. Les comportements parentaux sont plus intenses, plus répétés que pour une communication entre adultes, utilisant ici l’expression faciale, la voix, le contact physique… Tout ceci forme des séquences répétitives qui facilitent l’apprentissage du nourrisson: il devient bientôt capable d’anticiper sur la séquence, contrôlant ainsi une petite mais certaine maîtrise sur l’Autre. Le bébé est actif et possède un répertoire de capacités mentales et motrices. Il distingue d’abord le mouvement, s’intéresse à la complexité visuelle ou sonore.

A trois mois il sait rompre l’interaction: il y a coordination occulo-céphalique. Quand l’enfant est tout seul, il se met en état d’inactivité alerte. Toutes les stimulations qui pourront alors survenir seront source de plaisir.

 

Plaisir au stade oral

Réceptivité et appel, faim de stimulations... L’enfant oscille dans des états diversifiés de symbiose, de retrait sur soi, de dépression et d’échange. Il lui faut tous ces états, et de manière équitable. Le stade oral prend fin lorsque le nourrisson est prêt à manger du solide (c'est l'époque du sevrage), étape décidée, car sentie, par la mère.

 


RÉSUMÉ

 

De quels systèmes de régulation dispose l’enfant ?

  • · Régulation externe : rôle tenu par la mère. Elle stimule les zones érogènes de l’enfant ® Rôle d’excitation. Elle a aussi un rôle de protection, de pare-excitation ® rôle de contenant (quand il pleure et que la mère console l’enfant par exemple);
  • · Régulation interne : forces somatiques et psychiques faisant tendre l’organisme vers un but qui sera d’éliminer la tension.

Définir la pulsion

Elle se manifeste par le fantasme. On distingue :

  • · Sa source : organique et somatique;
  • · Son but : éliminer la tension;
  • · L’objet : interne ou externe, partiel ou total.

La relation d’objet au stade oral

Symbiotique    ®    8ème   mois    ®    Anaclitique

Communication et inter-communication durant la première année

L’enfant n’est pas passif. Il retient, au moyen du regard, des mouvements, l’attention de la mère.

Nature de la vie fantasmatique de l’enfant

Elle est avant tout de nature orale, avec le mécanisme d’incorporation, s’appropriant les qualités du lait et ses défauts. Le bébé interprète ainsi la relation cause/effet. Fantasmes de bien-être après le plaisir du bain, le repas…


 

Stade anal

 

Conditions d’émergence

 

Loi céphalo-caudale :  elle permet la maturation de la tête à la queue, c’est à dire entre autre le redressement de la tête, l’assise, la marche. Cette loi permettra l’éducation sphinctérienne une fois la marche acquise. Il y a donc d'abord développement moteur, puis organique.

 

Aspect éducatif :  l’exigence de propreté vient de la mère. Elle déplace l’intérêt de l’enfant de la bouche vers le rectum. Il est nécessaire que ces deux aspects (loi céphalo-caudale/éducation) interviennent dans cet ordre pour qu’émerge chez l’enfant le stade anal. La mère déplace chez lui le champ de gratification, amenant l’enfant à s’intéresser à l’anus comme zone érogène.

 

Définition de la saleté

La saleté dépend d’un système codé suivant (et relativement à) l’individu, le lieu… etc. Elle est ainsi le sous-produit d’un ordre, d’un triage, plus culturel que naturel. L’enfant ne connaît pas cette sélection. C’est la mère qui lui transmettra l’attitude à adopter vis-à-vis des saletés, et qui lui indiquera où elles sont.

 

Primauté de la zone anale

C’est une zone de passage, de communication entre l’intérieur (le corps de l’enfant) et l’extérieur. La source pulsionnelle sera l’anus et, par extension, tout l’intérieur du corps (tandis que l’oralité valorisait l’extérieur en tant que surface). L’objet de plaisir de l’enfant sera le boudin fécal.

 

Le boudin fécal :

  • c’est un excitant de la zone érogène;

  • c’est une partie du corps, vivante et valorisée;

  • c’est enfin une monnaie d’échange.

Désormais l’enfant maîtrise son corps, et l’aspect volontaire est très important. L’enfant se rend compte qu’il y a quelque chose qui veut sortir. Il se rend compte qu’il est possible d’empêcher cette sortie: naissance du plaisir de rétention.

Puis il se rend compte qu’il devient agréable de laisser sortir: naissance du plaisir d’expulsion.

Liée à ce plaisir, il y a l’impression de perdre chaque fois une partie de son corps. Cela lui donne l’angoisse de perdre quelque chose d’important, qui touche à l’intégrité de son corps (c’est à cette période que l’enfant démonte, et regarde à l’intérieur des jouets). L’enfant n’a aucune répugnance pour son produit: il l’explore activement, le montre… etc. C’est la mère qui transmettra sa répugnance. Le bébé acquiert la notion de saleté, et donc de propreté: il devient "propre" car il sait ce qui est "sale".

 

Relation d’Objet au stade anal

Relation ambivalente (agressivité/don). L’objet fécal prendra une signification selon l’objet maternel. L’enfant est aimé de l’intérieur. Son corps contient quelque chose de bon, un trésor qu’il pourra échanger contre l’amour de la mère. C’est une récompense que de faire ses excréments quand et où la mère le veut: expérience où le Moi de l’enfant s’affirme. Il aura besoin de tester de temps en temps sa toute-puissance en désobéissant à la mère. Elle demande, il dit "non !".

La mère considère les matières fécales en objet de dégoût. L’enfant doit refouler ses possibilités de plaisir: l’anal devient symbole du défendu, de l’interdit. L’enfant sent quelque chose de mauvais à l’intérieur de son corps ®  Angoisse de sa part. Il a l’impression de détenir un poison. S’il se retient exagérément, il joue avec le danger, et le plaisir qu’il peut éprouver augmentera avec la peur. La rétention est vécue comme une opposition à la mère et l’expulsion comme une projection d’agressivité vis-à-vis d’elle. Les matières fécales, trop bonnes pour être données, seront gardées longtemps. Ces attitudes se retrouveront par la suite dans la vie de l’adulte, à travers les comportements d’avarice, de don, ou de prodigalité. L’enfant s’identifie à son boudin fécal. Investissement d’amour et/ou d’agressivité.  

 

Clivage : 2 sentiments opposés vis à vis d’un même objet, et apparaissant alternativement.

Ambivalence : coexistence de 2 sentiments opposés vis à vis d’un même objet, apparaissant entremêlés à la conscience.

 

L’enfant, en passant du clivage à l’ambivalence, marque son passage à une affection plus mature. Cette ambivalence va s’étendre à toutes les autres relations, comme : activité/passivité; pouvoir/subir; obéir/désobéir; posséder/être vidé; sadisme/masochisme.

Notons à ce niveau un stade bi-sexuel : actif dans l’expulsion et passif dans la rétention.  

 

Autonomie du Moi

Moi : c'est la partie de la personnalité en contact avec la réalité extérieure et construite grâce aux gratifications successives. Elle est issue du ça qui se confronte à la réalité.

Désormais l’enfant décide, dispense son bon-vouloir, dirige son corps. L’estime de soi dépend de l’estime des autres pour soi: si la mère insiste trop sur la socialisation, l’enfant aura l’impression de subir, de ne pas décider pour (et par) lui-même, d’avoir un Moi dévalorisé. Si la mère insiste surtout sur le plaisir, l’enfant aura l’impression qu’avant de faire quelque chose pour quelqu’un d’autre, il le fait pour lui. Il décide de sa vie, de son plaisir, affirme son Moi. Son autonomie n’est pas diminuée si de son propre chef il décide de faire plaisir à la personne qu’il aime.

 

Autonomie corporelle : maîtrise des sphincters.

Autonomie relationnelle : choisir de faire plaisir.

 

Naissance de la notion d’échange (monnaie d’échange)

(et naissance de la notion de représentant)

La monnaie d’échange est ici représentée par le boudin fécal qui va médiatiser la relation entre l’enfant et son entourage. Il échange son bon-vouloir contre l’approbation de la mère. Ce sera l’approche d’une autre façon de vivre. Par ce biais, l’enfant manipulera le mot. Émergence du "non" qui lui sert à s’affirmer. Il met ainsi la mère à distance. D’agressé, il devient agresseur. Il inaugure la communication sémantique, évitant les passages à l’acte. Besoin de jouer.

 

Le jeu :   il est mis au service de son affectivité. L’enfant jouera toutes les situations où il est dominé. Avec l’eau, le sable, la pâte à modeler, il retrouvera son vécu du stade anal: remplissage et vidage de flacons… etc. C’est aussi l’époque des animaux martyrs: jeux de sadisme à l’encontre des plus petits, des insectes… La fonction du jeu est très importante au niveau de l’apprentissage. Le plaisir qui lui est lié est un plaisir de maîtrise.

 

Stade phallique (vers 4 ans)

Jusque-là le père était vécu comme une mère auxiliaire. L’enfant va découvrir que le père a en fait une fonction bien particulière. Il apparaît menaçant, car inconnu, représentant une menace potentielle. L’enfant se rapproche de la mère. Il vient de se rendre compte que le père intéresse beaucoup la mère, et quelque fois malgré ses revendications d’enfant ® Attitude de colère et d’admiration pour ce personnage qui accapare la mère. L’enfant vient de juxtaposer la fonction parentale du père vis-à-vis de lui, avec la fonction d’amant vis-à-vis de la mère. C’est un partage difficile que celui qui lui est demandé. L’enfant se trouve plongé dans sa première solitude d’humain. Au stade phallique, l'enfant se replie vers lui-même.

 

Découverte du corps :   l’enfant se focalise sur un point très important de son corps, ses organes génitaux. Déplacement entre érotisme anal et érotisme urétral. L’enfant découvre que certaines personnes ont un pénis et d’autres n’en ont pas. Il y a donc ainsi ceux qui en ont, et ceux qui n’en ont pas. Toutes les grandes personnes doivent avoir un pénis. Il pose beaucoup de questions sur la procréation, la grossesse, la sexualité, les relations de couple entre les parents… Faute de comprendre les réponses, il y répondra à sa manière. Il ne peut pas admettre ce qui ne correspond pas à sa croyance fondamentale. La fécondation est reliée pour lui à ce qu’il connaît déjà, comme l’ingestion d’aliments, le baiser… Pour certains enfants, il suffit d’exhiber ses organes génitaux pour avoir un bébé. La naissance est anale, ou par l’ombilic. Ils élaborent aussi le fantasme de la "scène primitive". L’enfant peut avoir été témoin d’un coït des parents, ou seulement imaginer ce qu’il peut se passer quand il est exclus (arrivé à l’age adulte on retrouve ce ressenti quand, à entendre chuchoter 2 personnes connues, on s’imagine être exclus et persécuté).

 

 

Les 4 fantasmes originaires

Fantasme de la scène primitive;

Fantasme de séduction;

Fantasme de castration;

Fantasme d’abandon.

 

 

Souvent, dans le fantasme de la scène primitive, l’enfant s’identifie à l’un des partenaires. Soit le "passif", soit "l’actif". Il l’interprète souvent comme une scène agressive de laquelle résulte pour lui un fantasme d’abandon énorme. Période de cauchemars, de besoin d’affection de la part de la mère… C’est à cette période qu’il demande à dormir dans le lit parental.

 

Naissance du voyeurisme, visuel et auditif. Il recherche les différences anatomiques, il aime montrer son corps et se promener tout nu. Besoin de savoir, il cherche un objet précieux, inaccessible. Ce sont les prémices de la curiosité intellectuelle. L’enfant reste dans un registre très narcissique. Il investit le pénis de plusieurs qualités, entre autres celle de toute puissance. Avec l’importance qu’il accorde au pénis, survient la peur de le perdre, l’angoisse de castration (de même qu’il a eu peur de perdre la mère, puis les excréments, à ce stade il craint la perte de son pénis). Il n’y a aucune possibilité d’égalité entre les adultes et l’enfant. Il ne peut y avoir qu’un renversement de rôle, et appropriation des attributs supposés spécifiques à l’adulte (par ex : il met les chaussures de papa, le collier de maman… etc.). Quand l’enfant aura grandi, les parents seront devenus petits à leur tour. Pour l’enfant, la castration est un manque imaginaire, une angoisse d’incomplétude. Cela concerne aussi bien le garçon que la petite fille. L’enfant se demande si l’adulte peut manquer aussi de quelque chose, s’il est vraiment aussi complet que l’enfant l’imagine.

 

L’angoisse de castration se focalise sur le père, celui-là même qui le rivalise auprès de la mère, celui qui "force" la mère à le délaisser (quand le père réel est inexistant, le rôle paternel est tenu par tout ce qui sépare la mère de l’enfant, que ce soient le travail dans la journée, un membre de la famille… etc.). La figure paternelle va récupérer à son compte toutes les anciennes frustrations vécues par l’enfant.

On nomme "angoisse de castration" le phénomène transitoire, bénéfique et structurant.

Le "complexe de castration" est la fixation inconsciente de cette angoisse, future source de souffrances et d’auto-punitions.

 

 

Le garçon

Il se sait détenteur du pénis. Cela lui permet de se valoriser, en l'exhibant pour se réassurer. Il s'identifie à son pénis et a très peur de la castration paternelle. Pour lutter contre cette castration, il pourra d'abord refuser psychiquement la réalité: "c'est pas vrai que les filles n'en ont pas; on ne le voit pas mais c'est à l'intérieur". Il pourra aussi penser que le pénis poussera chez les personnes qui n'en ont pas: "il n'y a pas de différences entre les petites filles et les petits garçons". Il pourra enfin voir le manque de pénis comme une punition: "c'est ceux qui le méritent bien qui n'en ont pas".

Le petit garçon résorbera le conflit par l'identification au père.

 

 

La fille

Elle sait qu'elle n'en a pas. Mais elle pourra aussi se persuader qu'il suffit d'attendre et qu'il poussera. Revendications phalliques: "je veux faire comme les garçons, je veux grimper aux arbres...". Elle commence ensuite à accepter son manque, mais contre un avantage: possibilité d'avoir des enfants. Elle demandera cet enfant au père (ce dernier est considéré comme séducteur). L'enfant est l'équivalent du pénis, celui-là même qui ressortira dans la tête de la future mère, comme enfant imaginaire qu'elle demande à son propre père: il faut que le deuil ait eu lieu à la naissance pour qu'elle reconnaisse le vrai père (son mari) comme père de l'enfant.

 

 

 

 

Histoire d'Oedipe

 

 

Laïos est roi de Thèbes. Marié à Jocaste, il a un enfant: Oedipe. Les oracles annoncent que cet enfant, quand il aura grandi, tuera son père et épousera sa mère. Évidemment, Laïos n'est pas d'accord et décide de tuer l'enfant. Il confie cela à un guerrier qui, au lieu de le tuer, va le perdre dans la forêt. Un couple de bergers le recueille et l'élève. A la puberté, il va à la ville de Thèbes, sans savoir qui il est. Il rencontre un vieillard qui, pour ne lui avoir pas laissé le passage, le combat. Oedipe le tue. A l'entrée de la ville, il rencontre le sphinx femelle défenseur de la cité, et la terrorisant complètement: elle a l'habitude de poser des énigmes aux habitants qui ne doivent la vie sauve qu'à une bonne réponse. Jusque-là personne n'a pu répondre à ses énigmes. Le sphinx pose la devinette suivante à Oedipe: "quel est l'animal qui marche à 4 pattes le matin, à 2 pattes à midi et à 3 pattes le soir?" Oedipe trouve la réponse (l'Homme) et rentre en héros à Thèbes. La ville lui propose de monter sur le trône, car la place est libre. Il épouse Jocaste, en a des enfants et durant 15 ans vit le bonheur. Puis la peste ravage la ville, qui demande pourquoi à l'oracle: "la peste est la punition des Dieux vis à vis d'un parricide et d'un inceste". Oedipe découvre qu'il s'agit de lui: il a tué son père, ce vieillard devant qui il ne s'était pas écarté, et, en montant sur le trône, a épousé sa mère, la veuve de ce vieillard. Il se crève les yeux de désespoir, Jocaste se pend. Antigone sa fille l'accompagne hors de la ville qui l'a chassé.

 

 

Oedipe du  garçon (3 à 5 ans)

Il reste attaché à son premier objet d'amour, la mère, mais cet attachement n'est pas entier. Il est ambivalent. Il veut la séduire.

Hostilité envers la mère qui lui a demandé beaucoup (aux divers stades) contre peu en échange estime t'il.

Rivalité envers le père, jalousie de sa puissance, de ses droits. Il y mêle l'amour, l'attachement. Cette affection, ajoutée à la crainte de la castration fait qu'il devient un "Oedipe inversé" où, paradoxalement, il a des phases durant lesquelles il séduit le père et rejette la mère. L'enfant s'identifie aussi à la mère et au père (impressions de "complicité" entre hommes). Position homosexuelle. Être en bons termes avec le père atténue indéniablement la peur de castration. C'est l'identification au père qui va permettre au garçon de sortir de l'Oedipe.

Il y a donc d'abord désir Oedipien, tempéré par la menace fantasmatique de castration. Surgit alors l'angoisse, surmontée grâce à l'identification, résolution puis fin de l'Oedipe.

 

 

Oedipe de la fille

Au contraire chez elle c'est l'angoisse de castration qui la fait entrer dans l'Oedipe. Il y a changement d'objet d'amour. L'ambivalence de la fille vis à vis de la mère est plus accentuée que celle du garçon vis à vis du père (plus tard, les rapports entre femmes seront toujours plus compliqués, tandis que ceux entre hommes seront plus simples). L'agressivité de la fille vis à vis de la mère s'est élaborée au cours des expériences de sevrage, permettant plus facilement l'Oedipe inversé. Phénomènes plus compliqués, plus forts. Sentiments très mitigés vis à vis de la mère, présence de culpabilité. L'Oedipe traîne plus longtemps car il n'y a aucune menace extérieure pour l'obliger à arrêter la séduction vers le père. Elle renoncera par identification à la mère, lui permettant enfin d'habiter sa personnalité féminine. L'enfant Oedipien (enfant imaginaire) est un fantasme qui restera très longtemps chez la femme.

 

Nota : on appelle angoisse de castration tout ce qui est de l'ordre du manque.

 

 

La fonction symbolique de l'Oedipe

 

Le désir :  se différencie du 'besoin' en ce qu'il n'est jamais véritablement assouvi. On ne sait d'ailleurs jamais comment y répondre. L'enfant désire être "tout" pour sa mère: il cherchera quel peut être le manque de la mère pour le combler. Son désir est d'être le désir de la mère. Ce manque fondamental est, au niveau symbolique, le phallus. Désir originaire: fusionner avec la mère.

 

Cas pathologique :  si la mère répond entièrement à cette demande, il devient objet de la mère. Il ne sera jamais sujet. C'est l'entrée dans la psychose.

 

 

La Loi du Père :   le père sera ici le médiateur. Il interviendra comme privateur, séparant l'enfant de la mère. Il interdit à l'enfant de fusionner avec la mère ("Tu ne coucheras pas avec ta mère!", c'est l'interdit de l'inceste) et retient la mère de s'approprier son enfant. Cet interdit s'appelle "la Loi du Père". Pour que ceci s'effectue, il faut que la fonction du père soit reconnue par la mère, puis par l'enfant. La place de séparateur doit donc exister déjà dans l'esprit de la mère. Le père pourra être tyrannique, soumis, volage ou fidèle, il faudra néanmoins que la mère le reconnaisse comme séparateur (et non comme géniteur). Cette fonction paternelle doit exister dans l'esprit de la mère dés le début. L'enfant lui, ne la découvrira qu'au moment de l'Oedipe.

 

L'enfant passe du statut de celui-qui-est le phallus de la mère à celui-qui-veut-l'avoir. Il renonce ainsi à son désir: c'est une castration symbolique. Son désir véritable va être repoussé dans l'inconscient par refoulement originaire. Il assume ici un sacrifice. Cet interdit va libérer l'enfant, car désormais séparé de la mère, il pourra disposer de lui-même. Il va s'orienter vers l'avenir et s'engager dans la quête d'objets affectifs de plus en plus éloignés de l'objet initial.

Par l'interdit, l'enfant entre dans la culture. Il devient sociétaire. Il s'incère dans une structure familiale. Il ne peut y avoir coïncidence entre les liens d'alliance et de parenté. Cette loi de limitation préserve la famille, assure les générations contre la compétition continuelle et oblige l'individu à aller chercher ailleurs ses relations. C'est une loi de communication et d'ouverture du clan. L'enfant vit, au moment de l'Oedipe, une puberté psychologique fondamentale pour la conservation de l'ordre culturel. Il passe d'une histoire individuelle à une histoire collective, car il connaît sa juste position dans la société, ses droits et ses limites.

 

 

 

 Réel                     

Imaginaire                      

 Symbolique                     

Papa          géniteur

 Père          autorité

(toute          puissance)                                

 Fonction          séparatrice                                

Pénis

Phallus          imaginaire

(attribut          de toute puissance)

 Phallus          symbolique                                

Castration

(ablation          des gonades)

Fantasmes          d'absence ou de

mutilation de l'organe sexuel

Sacrifice,          renoncement

Besoin

Demande          affective

Désir

Privation

Frustration

Manque

 

 

 

Fonctions du conflit Oedipien

 

 

  • · 1/ L'enfant passe d'une relation d'objet duelle à une relation d'objet triangulaire. C'est la relation adulte génitale par excellence.

 

  • · 2/ Par l'interdit du parricide et l'interdit de l'inceste, l'enfant passe de la nature à la culture. Il est soumis à la loi commune sociale, loi d'échange et d'interdiction.

 

  • · 3/ Il accède à la différence des sexes grâce à l'identification au parent du même sexe que lui. L'identification se fait sur les plans morphologique et psychique. Il reconnaît par la  même occasion l'Autre comme différent.  

 

  • · 4/ Une partie de la personnalité de l'enfant va assumer cet interdit et cette identification. C'est le Surmoi, héritier de l'Oedipe. C'est l'intériorisation des interdits et des exigences parentales et sociales, censeur du futur adulte. Une fois formé, le Surmoi va remplacer les parents dans la vie sociale. Il rentrera continuellement en conflit avec les pulsions, et entraînera la culpabilité.

 

  • · 5/ Émergence de l'idéal du Moi : c'est un modèle idéalisé auquel le sujet cherche à se conformer, résultat de l'identification aux parents idéalisés. C'est une instance très narcissique, substitut de la toute puissance de l'enfant (de "je peux tout" à "je voudrais tout pouvoir"). Le Moi se compare à un idéal, permettant à chacun de se dépasser.

 

 

 

Liens utiles:

Intervention orale de Mme Huguet, novembre 1984.

Écrit, complété, mis à jour par Mr D. Giffard

pour le site "Psychiatrie Infirmière" : 

http://psychiatriinfirmiere.free.fr/,

références et contact e-mail.

M.        Klein:"psychose        et

phase        infantile dépressive"

 

 

 

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27/04/2013
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