Porter le •bon• diagnostic, c’est aider le patient

 

 

Porter le •bon• diagnostic, c’est aider le patient

1/01/2008

Témoignages > Information-Psychoéducation-Découverte du diagnostic

 

En 1993, â l’âge de 43 ans, Mme M.  donne naissance par césarienne d’un troisième enfant. Le bébé dort mal, se réveille souvent la nuit, fait des siestes en pointillé. Donc, s’installe un état de fatigue intense qui coâ?ncide avec la crise d’adolescence de la fille aînée, une crise essentiellement dirigée contre la mère.
Au bout d’un an, survenue d’un épisode dépressif au cours duquel Mme M. dit avoir  disjoncté au point de ne plus savoir payer chez un commerçant avec un état d’irritabilité extrême. Donc déprime, mal-être, évidemment antidépresseurs…
Premiers soins au CMP de sa commune ; la relation avec le psychiatre est cordiale mais il n’en sort rien du premier suivi. Suite au décès de ce médecin, Mme M. rencontre un deuxième psychiatre avec laquelle elle n’a aucun atome crochu. Au bout de quelques mois, découragée, elle met elle-même un terme â ces séances.
Six ans plus tard, problèmes de couple et puis rencontre d’un homme, lui-même bipolaire. Pour la première fois, Mme M. se sent émotionnellement comprise au-delâ de tout espoir. La relation ne tarde pas, et pour cause, â basculer dans la destruction réciproque.
Elle commence â vivre, impuissante, des pulsions d’une violence extrême, avec envie de tout casser, de s’en prendre aux autres et de se détruire elle-même. Pour « calmer » ces situations, elle fait des mélanges de benzodiazépines et d’alcool dont le résultat est seulement de retarder les pulsions. Souvent, les réveils étaient pénibles avec un état de confusion totale. L’entourage familial commence â être dépassé, voire dévasté.
Un point culminant est atteint â 52 ans. La fille en rentrant du lycée, trouve la patiente inconsciente dans la cuisine et appelle alors les pompiers qui la conduisent â l’hôpital. L’affaire a été classée comme une TS et Mme M. se trouve transférée en hôpital psychiatrique. La psychiatre (c’est la troisième) commence les soins par des doses massives de calmants sans chercher â comprendre l’état de Mme M. qui se voit poussée par un désir de se sauver de l’hôpital. Elle réussit â se sauver mais comme une « zombifiée » des calmants, elle se fait renverser par une voiture ; donc retour par les mêmes pompiers â l’hôpital, qui inscrit dans le dossier médical, 2ème TS. Et Mme M. s’évade de nouveau.
Les crises hypomaniaques continuent de plus belle. Elle va consulter son médecin généraliste en lui indiquant son sentiment de « s’enfoncer progressivement dans la folie ». Réticente et croyant â une « petite dépression » (et re-antidépresseurs), la généraliste décide de renvoyer Mme M. dans le même hôpital pour bilan. Elle vois alors un jeune psychiatre, totalement déconcerté par les troubles. Bien qu’elle soit accompagnée par sa fille qui a tenu â témoigner le calvaire de l’entourage, ce psychiatre finit par conseiller une thérapie comportementale ou une psychanalyse. Qu’â cela ne tienne, Mme M. commence une série de séances avec un psychothérapeute (un énième), mais qui pratique la PNL.
Rien ne change et en juillet 2005 se produit une crise terrible pendant laquelle Mme M. chasse de la maison sa fille et son compagnon (qui vivaient au domicile de Mme M. depuis 4 ans). Outre cette journée dont elle ne garde aucun souvenir, Mme M. aura un trou de mémoire sur les 10 jours qui vont suivre. Elle sera admise â l’hôpital Ste Anne et rencontre son 5ème psychiatre qui recommande une thérapie familiale.
Effondrée, coupée de ses filles, Mme M. se confie â une amie qui lui conseille son propre médecin généraliste, très compétent. En effet, c’est ce médecin qui enfin trouvera que Mme M. souffre de trouble bipolaire. Ainsi, il l’envoie chez un confrère psychiatre (le 6ième) qui fait instaurer un traitement â base d’antipsychotique. La patiente ressent finalement un « calme olympien » mais au détriment d’une perte totale de sa personnalité. De plus, elle tombe dans une dépression sévère qui sera traitée de nouveau par de fortes doses d’antidépresseurs.
Au bout de quelques mois, Mme M. est de plus en plus découragée ; elle se tourne vers un médecin homéopathe qui l’aidera  en surface avec des remèdes et beaucoup d’écoute (pour la première fois). Mais si les grandes « crises » aient pratiquement disparu, subsiste une irritabilité â fleu de peau qui rebute son entourage ainsi qu’un désir récurrent d’en finir avec la vie.
Dans le but de se rapprocher de sa famille, en sept 2007, elle décide de reprendre son « bâton de pèlerin » et de rechercher le praticien qui pourra enfin la sortir de cet état. Elle change de généraliste et ô miracle, celui qu’elle consulte, l’envoie directement â notre centre (7ième psychiatre !).
Mme M. décrit la première séance : « je rentre chez lui dans la peau de quelqu’un qui a perdu tout estime de lui-même, accusé d’être meurtrier potentiel par ses enfants et son mari. Je découvre quelqu’un de compétent, très au fait de la maladie. Il me décrit â la fois l’enfer que je vis et ce que pense mon entourage. Je me sens vite comprise, en sécurité ; ce spécialiste est humain, plein de compassion. C’est bien la première fois que je rencontre un psychiatre compatissant. Je suis complètement rassurée, car j’ai frappé â la bonne porte. En sortant de ce cabinet, je me dis â moi-même : ce médecin m’a rendu ma dignité ».



08/05/2013
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