Psychopathologie et variations de QI

 

 

 

Psychopathologie et variations de QI

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Si l’on considère que le potentiel est latent et demande à être développé ou simplement utilisé, existe-t-il un risque que le diagnostic ne soit pas posé en raison d’un QI inférieur au seuil de 130 qui serait lié à un intellect laissé en friche plusieurs années (chez l’adulte surtout) ?

Arielle Adda

A mon avis, il y aura toujours des signes, plus ou moins évidents, du don intellectuel, mais il faut savoir les reconnaître ; je pense que le fonctionnement intellectuel reste fidèle à lui-même, les connaissances font partie d’un autre domaine ; je suis toujours admirative de la logique et de la clarté d’esprit d’adultes doués, mais ayant mené une existence chaotique, avec prise de drogues par exemple ; à long terme, évidemment, alcool et drogue ont tout de même des effets dévastateurs.

Clotilde Beylouneh

Oui c’est une situation qui peut arriver.

Deux leçons à tirer de ce constat :

  1. l’importance de ne pas laisser un potentiel en friche. Je dirais même que cette situation ne serait pas si grave si le potentiel se contentait de se tarir. Mais cette friche a son cortège de mal-être : frustration, regrets, agressivité, sentiment de gâchis, rancœur … !

  2. Au moment du test, la nécessité de s’adresser à un psychologue spécialisé. Comme le disait le fameux BINET : « Malgré sa grande apparence de précision, le chiffre n’est qu’un résultat brut dont on ne peut se servir qu’après avoir établi, non seulement sa signification, mais encore son interprétation. On ne peut comparer cette méthode de mesure à une bascule de gare. » En l’occurrence, le psychologue étudiera en détail le profil des résultats et le croisera avec les données d’un entretien approfondi, voire avec d’autres tests. S’il s’agit d’un adulte, il est d’autant plus important de s’adresser à un spécialiste, car c’est par une analyse approfondie du profil qu’on arrivera à déduire ce qu’il en était probablement avant.

Perrine Vandamme

Le QIV est en partie lié à la réussite académique et au niveau socio-culturel atteint, il peut en effet être biaisé en cas d’inhibition durant la scolarité (inhibition dépressive ou « névrotique »). De plus, il est intéressant de voir que pour certains (cf le Todd Lubart), un QI à 125 est du HPI si on est issu d’un milieu défavorisé, et qu’on est pas HPI avec un QI à 130 si on vient d’une famille favorisée. Mais il me semble personnellement que le QIP est plus fiable que le QIV dans ces cas là. Et que ce n’est pas tant l’intellect laissé en friche que la capacité ou non à utiliser son intelligence lors de la passation du test qui jouent, d’où les risques de biais par des facteurs psychologiques ou des séquelles de troubles dans les apprentissages.

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Quels sont les facteurs pouvant induire des variations de QI chez l’enfant et chez l’adulte ?

Arielle Adda

Surtout la dépression, c’est même parfois le seul signe manifeste chez un enfant ; sinon tout ce qui est drogue, alcool, et certains médicaments qui ralentissent le fonctionnement cérébral, avec un retour à la santé si on les arrête ; je ne pense pas que se soit aussi assuré quand il s’agit de drogues.

Perrine Vandamme

Chez l’enfant, on retrouve les dys-… lexie, calculie, les troubles du repérage spatio-visuel, le TDAH et troubles de l’attention isolés, l’anxiété de performance par exemple. Chez l’adulte, nous serons plutôt face à une anxiété, un état dépressif (qui provoque trouble de l’attention et de la mémoire immédiate, un ralentissement psycho-moteur), de la fatigue, un surmenage, et des ingérences émotionnelles diverses… Tout ce qui ne permettra pas de passer le test dans des conditions optimales va jouer…

adulte-surdoue.org

La douance peut-elle être considérée comme un facteur de risque pour le développement de pathologies psychiques? Comment démêler ce qui relève de la douance et ce qui est lié plutôt à des troubles psychologiques voire psychiatriques (voir critères du DSM IV par exemple) ? Quel est le diagnostic différentiel? Quelles sont les confusions et imbrications possibles ou fréquentes ?

Arielle Adda

Il y en a des quantités, les personnes douées sont hypersensibles et leurs réactions sont souvent amplifiées, exagérées, surprenantes donc à première vue et illico assimilées à une pathologie. Pour les enfants l’exemple le plus frappant serait la phobie scolaire, ou soit disant telle, et pour les adolescents et les adultes la « dépression » qui a de multiples causes justifiant pleinement cette baisse de l’humeur. Le nombre de troubles bipolaires détectés chez les personnes douées va croissant, ce qui est plus que suspect. Le besoin de mettre dans une catégorie ce qu’on ne comprend pas très bien est parfois délétère.

Clotilde Beylouneh

Ce diagnostic différentiel – si tant est qu’on puisse parler de diagnostic – devra justement être opéré par le professionnel. La douance n’est pas associée en elle-même à tel ou tel trouble psychique, mais il existe des modalités spécifiques de rapport au monde, dont certaines peuvent provoquer des troubles, lorsque la douance n’est pas prise en compte. De même, ces modalités doivent être comprises par le psychologue, qui aurait tôt fait sinon de les assimiler à des symptômes. A l’inverse, il existe un danger qui consiste à se référer à un Q.I. très élevé, voire à une conviction non validée d’être surdoué, pour masquer l’existence d’un véritable trouble psychique. En effet, les surdoués n’ont pas le monopole de la souffrance ou du sentiment d’être différent. Pour cela aussi, le bilan psychologique spécialisé est nécessaire.

Perrine Vandamme

Bonne question… D’où le travail que je mène actuellement ! Un risque anxieux, un risque de dépression d’épuisement, un risque d’inhibition ou addictif pour faire écran aux sur-stimulations ?

Il y aurait une étude sur le risque plus important de devenir bipolaire si on est HPI. Mais toujours pas retrouvée ! Le HPI fait à mon avis seulement caisse de résonance des troubles psychiatriques , avec des tableaux plus marqués, parfois franchement inquiétants à première vue, mais d’évolution bien plus favorable, à condition de tenir compte de la donnée HPI. Si on passe à côté, on risque des prises en charges non optimales, l’escalades thérapeutiques, une succession d’échecs.

La question du diagnostic différentiel se pose à mon avis pour les patients un peu trop rapidement qualifiés de « bipolaires » type II (« hypomaniaques » de base, avec des décompensations dépressives), parce qu’ils sont hyperdynamiques et toujours en mouvement, et qu’ils font des épisodes dépressifs d’épuisement.   



06/06/2013
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