Puberté : quand le désir s’affirme

Puberté : quand le désir s’affirme
La voix qui change, les formes qui se dessinent, sensuelles ou viriles. Garçon ? Fille ? Dans cette période bouleversée qu’est la puberté, comment l’adolescent affirme-t-il son identité sexuelle ? Et comment choisit-il d’aller, ou pas, vers l’autre sexe ?
 
Anne Laure Gannac
 
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«Ça y est, tu es un homme, mon fils ! » Eclats de joie autour du héros de la bar-mitsva. A 13 ans, Samuel vient d’entendre son père lui confirmer ce que son corps lui signifie depuis quelque temps : il est un homme. « Si la période de la puberté est déterminante dans l’affirmation de l’identité sexuelle, c’est d’abord du fait des bouleversements physiques », explique le pédopsychiatre Stéphane Clerget.

Libération d’hormones sexuelles, développement des organes génitaux : le corps de l’ado impose à celui-ci son identité sexuelle avec évidence. Ecarté, donc, le fantasme infantile – et inconscient – selon lequel il pourrait appartenir à l’autre sexe, voire aux deux sexes. Ce qui, rappelle le médecin, peut être vécu plus ou moins bien : « Chez les adolescentes, l’anorexie est parfois une façon de signifier qu’elles refusent ce corps féminin qui s’impose à elles. »

La transformation de l’ado est aussi cérébrale : il devient capable d’analyser son propre désir. Ce n’est pas le cas chez l’enfant. Si, à 4 ans, Paul racontait à qui voulait bien l’entendre qu’il avait deux amoureuses, « Céline et Matthieu », du haut de ses 14 ans, il peut désormais distinguer ses penchants chargés de désir et ses goûts amicaux. Maintenant, il le sait, il le « sent » : ce n’est plus Céline et Matthieu qu’il aime, mais Carine. « Dès que je l’ai vue, à la rentrée, j’ai flashé. J’avais jamais senti ça avant ! »
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Une renaissance du désir
Premiers émois, premiers désirs ? « L’adolescent est tenté de croire que son désir – avec ses préférences sexuelles – naît à ce moment de sa vie à cause des effets physiques qu’il produit sur lui, répond Stéphane Clerget, mais ce désir était là bien avant, sans qu’il en ait conscience. » Dans son excitabilité, dans son envie d’être en présence de l’autre sexe ou du même…

On ne devient donc pas homo ou hétéro à la puberté : « La préférence sexuelle s’est déjà largement mise en place au cours des premières années, et notamment dans la phase œdipienne. Seulement, après un temps de mise entre parenthèses de ce désir pendant la période dite de latence (entre 7 et 12 ans environ), à l’adolescence, une reviviscence de cette étape s’opère, qui accompagne le retour de flamme des pulsions. »

Reste que cette reviviscence donne l’occasion de confirmer ses préférences sexuelles déjà fixées, ou au contraire de les modifier. Cela dépendra de nombreux facteurs, parmi lesquels l’influence familiale et sociale. Martin, 15 ans, raconte : « Mes parents sont tout le temps en train de me charrier : “On ne voit que tes copains, mais tes copines, alors ?” Ça me gonfle ! Et si j’avais pas de copine ?! »
Le poids de l’entourage
Comme l’explique Stéphane Clerget, « parce qu’il n’est plus regardé comme un enfant mais comme un potentiel amoureux, l’ado est incité à adhérer au modèle d’homme ou de femme qu’on lui impose socialement de suivre ». Ce qui, d’après lui, explique que la grande majorité des ados se disent et se montrent hétéros, sans que tous en soient intimement persuadés. « Aujourd’hui, plus un garçon va vers les filles, plus il “est un homme”. » Selon le pédopsychiatre, cette récente tendance sociétale influence largement le choix des ados.

« La tendresse entre garçons est beaucoup moins bien vécue qu’il y a peu, encore. Il y a une crainte du désir entre eux. Du coup, c’est la loi du tout ou rien : on passe tout de suite aux “choses sérieuses” plutôt que de s’autoriser à tester un peu son désir, sans que cela soit forcément irréversible. » Ou, au contraire, on refoule son désir, et mal parfois, au risque d’adopter des comportements homophobes ou de voir resurgir son désir plus tard, plus violemment…
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L’importance des premières expériences
Outre l’environnement culturel et social, les premières expériences participent au renforcement de l’identité sexuelle et du désir. Sophie, 13 ans et une allure de garçon manqué, éclate de rire lorsqu’on lui demande si elle se sent davantage fille ou garçon : « Fille, bien sûr, j’ai même un petit copain ! »

La rencontre hétérosexuelle lui permet d’affirmer sa propre sexualité. Mais comme l’explique Stéphane Clerget, « pour un ado, vivre une expérience homosexuelle peut aussi être une façon de confirmer son identité ; un garçon peut y chercher le moyen de se détacher d’une présence maternelle – et féminine en général – vécue comme trop menaçante ; une fille, chercher à se protéger d’une masculinité sentie comme violente ».

Idem chez des jeunes au physique androgyne, qui peuvent avoir besoin de trouver dans un partenaire du même sexe la confirmation de leur propre identité sexuelle. Puis, comme l’explique le pédopsychiatre, « l’adolescence est une période où la distinction entre le désir d’avoir et celui d’être n’est pas simple. On peut chercher, en possédant ou en étant possédé par l’autre du même sexe, ce que l’on aimerait être ou ce que l’on craint d’avoir perdu en sortant de l’enfance ».

Sébastien, 38 ans, a vécu sa première histoire d’amour avec un garçon : « J’avais 14 ans, un visage de poupon, on me prenait souvent pour une fille. Lui avait 16 ans et un vrai physique d’homme. Même si je ne suis pas homo, je ne regrette pas cette histoire : elle m’a donné le goût de la virilité. De ma virilité. »
En évolution permanente
Pour Stéphane Clerget, « c’est un leurre de croire qu’au sortir de l’adolescence, le choix de l’objet sexuel est déterminé. A l’instar de nos goûts alimentaires ou culturels, nos penchants sexuels évoluent au fil de la vie ».

Grossesse, paternité, décès d’un parent… Un bouleversement du désir peut se révéler progressivement ou brutalement. Stéphane Clerget cite ainsi le cas d’un garçon qui aurait refoulé son hétérosexualité pour se libérer d’une angoisse incestueuse avec sa mère. « La mort de celle-ci peut le dégager de cette peur et lui permettre de se penser, aussi, en tant qu’hétérosexuel. » Qu’il choisisse ensuite de le devenir ou non. « Notre carte des préférences sexuelles, celle qui s’écrit dans l’enfance et qui s’affirme plus ouvertement à la puberté, n’est jamais à l’abri de remaniements », conclut le pédopsychiatre.


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TEMOIGNAGES :
Sandra, 15 ans
« Mon côté féminin ? Mes cheveux et les jolis dessous, mais je ne montrerai jamais mes formes dans la rue. C’est mon côté garçon manqué, celui que je préfère. Les garçons m’attirent, même si je suis capable de plus d’amour pour une fille. La chanteuse Avril Lavigne par exemple, je ne pense qu’à elle. »

Antoine, 19 ans
« Là où je me sens le plus différent des filles, c’est dans les sujets de conversation et dans la façon de s’amuser entre mecs. Entre filles, le ton est souvent plus sérieux. J’aime les filles, c’est comme ça. Puis ça me paraît plus logique : la féminité, c’est ce que je n’ai pas ! »

Mathilde, 15 ans
« J’ai peut-être un look un peu équivoque aujourd’hui, mais je me sens très “fille”. Par exemple, je réfléchis et je parle beaucoup avant d’agir, alors que les garçons, ils foncent. C’est pour ça qu’ils me plaisent. Et aussi parce qu’ils protègent, ils sont solides, ils font attention à moi… »

Morgan, 18 ans
« Je ne me sens pas et ne veux pas me sentir “homme”. Mais chez les autres, il n’y a que ça qui m’attire. Après deux ans passés avec ma copine, j’ai définitivement choisi les garçons. Pourquoi ? C’est physique, j’aime le corps d’un homme, ses muscles, sa force. Mais pas chez moi, non ! »

Léa, 14 ans
« Un truc de fille qui me plaît vraiment, c’est d’être entre copines pour discuter de tout. Ça me fait vachement de bien. A mon âge, les garçons sont gamins. Mais quand même, ce que je préfère le plus, ce sont les garçons de 16-17 ans. Enfin, un en particulier… »

Samuel, 15 ans
« Ce qui fait que je me sens “garçon” ? Je ne supporte pas d’être inactif ! Les filles me semblent plus passives. Elles m’attirent parce qu’elles sont douces et ont de belles formes. Les muscles des garçons, c’est effrayant ! Les garçons me dégoûtent un peu, parce que souvent ils ne sont pas très soignés. »
A LIRE :
Comment devient-on homo ou hétéro de Stéphane Clerget.
Données historiques et sociologiques, synthèse des recherches neurobiologiques et psychanalytiques, témoignages…, une analyse très complète des origines de nos préférences sexuelles (JC Lattès, 2006).


21/09/2007
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