Repenser la bipolarité : tout est au sujet de Kraepelin ? oui mais !

 

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Repenser la bipolarité : tout est au sujet de Kraepelin ? oui mais !

1/01/2008
Auteur : Dr Hantouche

Bipo / Cyclo > Bipolarité adulte > Concepts / Classification

Faut-il repenser actuellement la bipolarité ?
Les classifications actuelles (surtout le DSM-IV et la CIM-10) n’ont-elles pas montré leurs limites pour capter l’ensemble de la maladie bipolaire ? les travaux déjà réalisés ne sont-ils pas suffisants ?
Mon constat est le suivant :
  • la maladie bipolaire est clairement sous-diagnostiquée et la réalité pratique nous le montre tous les jours ; j’ai tenté de donner les raisons qui expliquent cette réalité, mais force est de s’interroger sur un changement éventuel de cette réalité. Cette réalité n’est pas fatale comme certains veulent le faire croire ou pire faire croire l’inverse en prétextant que la bipolarité est à la mode et qu’elle est reconnue à tort
  • des experts tentent de changer cette fatalité ; ils proposent des classifications récentes, mais qui sont, à mon goût, globalement soit complexes soit déroutantes pour les profanes en matière des troubles de l’humeur. Le point en commun de ces classifications est d’améliorer le dépistage de la bipolarité, même si cela passe par un changement du terme "bipolaire" (exemple le projet "spectre de l’humeur" ou Mood Spectrum prôné par Cassano et Frank) et le résultat nous paraît désastreux et confusionnel plus qu’autre chose.
Toute maladie complexe exige des classifications.
Tout dépend où l’on fixe le curseur ; exemple du diabète où le curseur est placé à une glycémie à jeune de 1,1 g/L !

Dans la bipolarité, on ne sait pas si on est face à une seule maladie avec des gradients de sévérité ou à des maladies distinctes mais qui partagent des facteurs en commun (légitimant leur appartenance à un seul label : la bipolarité).

En l’absence de tests ou d’examens de confirmation, on a recours à 2 types d’indices :
  • Indices "spécifiques" dont la présence suggère la présence d’une affection donnée, comme
Lʼhypomanie (quels critères ? symptôme cardinal ? durée de l’épisode ?),
Les hauts et les bas de la cyclothymie (quelle définition ? quel instrument ? score seuil ?),
Lʼhistoire familiale de bipolarité (laquelle ? quels informateurs ? qui sera inclus ?),
Le degré de récurrence dépressive (à partir de quel nombre d’épisodes : 3 ou plus, 5, 10 ?),
L’âge de début du trouble (début de quoi ? des épisodes, des soins, des symptômes spécifiques)

Tant de questions qui sont légitimes et surtout nécessaires dans la pratique. Et on comprend pourquoi le DSM-IV a adopté des critères rigides afin d’être au moins clair et spécifique. Cependant les cliniciens savent que cette clarté spécifique ne capte que 10 à 20% des bipolaires et donc attendent des chercheurs et des décideurs (conférences d’experts, de consensus ) des classifications et des critères plus ou moins précis, plus complets, et applicables dans leur pratique.
  • Indices d’interférence ou de "trouble" qui permettent de retenir le fait que le sujet est atteint ou pas (souffrance, détresse, impact sur le fonctionnement) ; mais là aussi comment faire ? il y a des études qui ont révélé que la qualité de vie de certains bipolaires était meilleure que les dépressifs, les dysthymiques voire même les sujets contrôles. Il y a des bipolaires qui sont brillants, créatifs, entrepreneurs, découvreurs.  Faut-il tenir compte de ces éléments ? Est-ce que les notions de succès, de célébrité ou de génie sont-elles incompatibles avec celle du trouble psychiatrique ? Je pense que non et mon dernier livre a défendu les liens privilégiés entre la cyclothymie et la créativité (1) . Je sais ce n’est pas le cas pour la majorité des patients bipolaires.
On s’imagine bien que la porte est ouverte à toutes les possibilités et les configurations possibles. Selon le Professeur Angst, il convient d’être le plus modeste possible quand on fait des recherches cliniques et épidémiologiques dans ce domaine. Il a l’habitude de dire "ce que j’ai appris c’est de rester ouvert et attentif aux données ; ne retenez pas grande chose de ce que je vous raconte maintenant, car ça pourrait changer demain" !

Les experts ne chôment pas sur ce point. Chacun apporte ses données, ses études, son opinion et sa philosophie au sujet de la bipolarité. Comme le domaine de la bipolarité est assez large, il y a de la place pour tout le monde, pour les classifications, les hypothèses.

Ce que je vais tenter de faire dans des posts futurs est de revoir les tendances actuelles dans le domaine des classifications proposées par les "grands" experts de la bipolarité (2) et finir par une classification qui est développée par lʼEBF (comité d’experts européens). Je sais que ce n’est pas une tâche facile mais qui vaut la peine.

(1) La Cyclothymie pour le Pire et pour le Meilleur. Robert Laffont, avril 2008
(2) cf post  "Spectre Bipolaire selon Hagop Akiskal"


30/04/2013
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