Révolution verte

 

Révolution verte

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La révolution verte est une politique de transformation des agricultures des pays en développement (PED) ou des pays les moins avancés (PMA), fondée principalement sur l'intensification et l'utilisation de variétés de céréales à hauts potentiels de rendements.
Le terme révolution verte désigne le bond technologique réalisé en agriculture au cours de la période 1944-1970, à la suite de progrès scientifiques réalisés durant l'entre-deux-guerres. Elle a été rendue possible par la mise au point de nouvelles variétés à haut rendement, notamment de céréales (blé et riz), grâce à la sélection variétale. L'utilisation des engrais minéraux et des produits phytosanitaires, de la mécanisation, de l'irrigation y ont aussi contribué. Elle a eu pour conséquence un accroissement spectaculaire de la productivité agricole, et a permis d'éviter les famines catastrophiques, qui auraient pu découler de l'augmentation sans précédent de la population mondiale depuis 1950.

Rendements du blé dans les pays en développement, 1950-2004
Rendements du blé dans les pays en développement, 1950-2004

Sommaire

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Histoire [modifier]

Les racines mexicaines [modifier]

On peut dater le lancement de la Révolution Verte de 1943 avec la création de l'Office of Special Studies, né de la collaboration entre la Fondation Rockefeller et l'administration présidentielle de Manuel Ávila Camacho au Mexique. Le prédécesseur de Camacho, Lázaro Cárdenas, était un partisan de la réforme agraire, inscrite dans la Constitution mexicaine de 1917 mais délaissée par ses prédécesseurs jusqu'à son élection en 1934. Il noue, dès son entrée en fonction, une alliance politique avec la paysannerie mexicaine en soutenant la constitution de la Confédération nationale paysanne qui vient se placer dans l'orbite de son parti. Il parvient en six ans à redistribuer plus de 15 millions d'hectares de terres au profit d'environ 750 000 familles paysannes[1].

L'arrivée de Ávila Camacho marque cependant un net changement de cap. Ce dernier est surtout soucieux de rendre l'agriculture mexicaine capable de soutenir l'urbanisation et l'industrialisation croissantes du pays. Il va trouver dans ses voisins américains de solides soutiens à cette nouvelle orientation. Le vice-président états-unien Henry Wallace, qui percevait les ambitions de Camacho comme une opportunité pour l'économie et les intérêts militaires américains, a joué un rôle majeur pour convaincre la Fondation Rockefeller de travailler avec le nouveau gouvernement mexicain[2].

C'est J. George Harrar, plus tard président de la fondation Rockefeller, qui prend la tête de la petite structure que constitue à l'origine l'Office of Special Studies[3]. Il y réunit des généticiens et phytopathologistes américains (Norman Borlaug, Edwin Wellhausen, William Colwell) et mexicains dont les principaux axes de recherche concernent le développement de variétés de maïs et de blé à haut potentiel de rendement ; Borlaug recevra le Prix Nobel en 1970 pour ses travaux sur la culture du blé.

Dans le même temps, le gouvernement mexicain investit massivement dans les infrastructures pour l'irrigation des plaines et plateaux semi-arides, et l'adoption de nouvelles semences de blé se répand, principalement parmi les gros agriculteurs du Nord et du Nord-Est[4]. Pendant toute cette période, un organisme public, le Conusapo, continue de protéger l'agriculture mexicaine des variations du marché mondial.

L'augmentation de la production de blé figure parmi les effets les plus spectaculaires de la révolution verte au Mexique. Si elle était en augmentation constante depuis les années 1920, elle connaît un saut quantitatif important, dû à la fois à l'augmentation des rendements et à celle des surfaces cultivées. Le Mexique est devenu auto-suffisant en blé en 1951 et a commencé l'exportation de cette céréale l'année suivante alors que dans le même temps sa population augmentait fortement[5].

Les succès relatifs de la « révolution verte » n'ont pas pour autant signifié la disparition de la malnutrition au Mexique. Le coût des semences et des investissements en matériel, prohibitif pour un grand nombre de paysans, ont conduit à une intensification de l'exode rural[6]. L'industrialisation, fortement mécanisée et donc peu demandeuse en main-d'œuvre, que connaît parallèlement le pays n'a pu absorber une population qui est venue grossir les rangs des bidonvilles. C'est aussi de cette époque que date l'accélération de l'émigration en direction des États-Unis. Cette dernière restera légalement admise jusqu'en 1964[7].

Recherche scientifique et volontarisme politique [modifier]

A l'origine de la révolution verte figure l'idée que la génétique serait le principal facteur déterminant le niveau de production des cultures alimentaires. C'est ce qui a conduit ses promoteurs à porter prioritairement leurs efforts sur la recherche en matière agronomique. Forte de l'expérience mexicaine, perçue comme un succès par la majorité des décideurs politiques impliqués, la fondation Rockefeller s'est ainsi attachée à diffuser l'idée de révolution verte par le biais de l'implantation de nouveaux centres de recherche à travers le monde.

Au Mexique, l'Office of Special Studies est devenu le centre international d'amélioration du maïs et du blé, ou CIMMYT (de l'espagnol Centro internacional de mejoramiento de maiz y trigo) en 1963. En 1960, les fondations Rockefeller et Ford ont conjointement établi l'IRRI (The International rice research institute) aux Philippines, contribuant à répandre l'emploi de variétés à haut rendement en Asie. L'Indonésie, le Pakistan, le Sri Lanka et d'autres pays d'Amérique latine et d'Afrique du Nord ont suivi cette voie.

Plus tard, le Centre international d'agriculture tropicale (CIAT)[8] s'est installé en Colombie, le Centre international de la pomme de terre au Pérou et l'Institut de recherche sur les cultures des régions tropicales semi-arides (ICRISAT) en Inde. Une association internationale, le Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR), fut créée en 1971, sous l'auspice de la Fondation Rockfeller, pour coordonner les efforts des groupes de recherche locaux en matière agricole. Il chapeaute aujourd'hui une quinzaine de centres dans le monde[9].

Les recherches menées par ces organismes se sont concentrées sur la fabrication par hybridation de variétés à haut rendement concernant les trois principales céréales cultivées dans le monde : riz, blé, maïs, délaissant largement, au moins dans un premier temps, des céréales comme le manioc, les millets, le sorgho ou des pseudo-céréales comme le quinoa

L'efficacité des variétés produites par ces centres de recherche est toutefois restée subordonné à la mise en place de systèmes de culture complexes et coûteux. Partout où elle a été menée avec succès, la révolution verte a donc nécessité une politique étatique volontariste qui s'est généralement traduite par :

  • des subventions à l'utilisation des intrants chimiques (pesticides, fertilisants...)
  • un aménagement du territoire en matière de maîtrise de l'eau (irrigation)
  • des subventions à l'achat des semences
  • une protection des prix des matières agricoles[10]

L'expérience indienne [modifier]

Icône de détail Article détaillé : Révolution verte en Inde.

L'Inde est devenu le second pays à expérimenter la révolution verte, à la suite de la collaboration de la Fondation Ford et de l'État indien. La politique mise en œuvre par le ministre de l'agriculture Chidambaram Subramaniam s'est appuyée sur l'incitation à l'utilisation des semences de blé à haut potentiel de rendement du CIMMYT et sur un programme visant à encourager le développement de l'irrigation et d'une recherche agronomique locale. Dès la fin des années 1970, le rendement du riz avait augmenté de 30% permettant à l'Inde de faire face à la croissance de sa population sans subir les famines récurrentes qu'elle avait connues dans les années 1960 et particulièrement celle de 1966 qui fit des milliers de morts. La révolution verte assura des récoltes abondantes dans les États semi désertiques tels le Pendjab. Ce dernier, qui était dans les années 50 un état aride et pauvre, est aujourd'hui l'un des plus riches d'Inde[réf. souhaitée]. La malnutrition reste cependant largement répandue dans l'ensemble du pays[11].

L’Asie du Sud-Est [modifier]

L’Asie du Sud-Est est la région du monde où la production céréalière s'est accrue le plus rapidement dans les années 1970 et 1980[12]. Des pays comme l'Indonésie et les Philippines, considérés comme structurellement déficitaires, sont quasiment devenus autosuffisants en l'espace de quelques décennies ; le Vietnam est devenu en peu de temps le troisième exportateur mondial de sucre alors qu'il ne possédait que quelques champs de cannes dix ans auparavant.

Dans la majorité des pays de la région, la révolution verte s'est traduite par une augmentation sensible des rendements, et non par un accroissement massif des surfaces exploitées[13]. L'emploi des variétés mises au point par l'IRRI explique en grande partie cet accroissement des rendements. Cependant, leur adoption par les paysans locaux n'a pas garanti à elle seule ces performances. Pour être pleinement efficaces, ces variétés ont nécessité une modification complète des systèmes de production agricole : drainage, fertilisation minérale, traitement chimique… Seule la mise en place par les États de cette région de projets de développement spécifiques ont permis une augmentation substantielle de la production agricole.

L'intervention étatique, secondée financièrement par l'appui d'organisations internationales (Banque mondiale, Banque asiatique pour le développement…), fut donc une condition importante du succès de la révolution verte. Les politiques de subvention à l'achat des intrants (notamment aux Philippines et en Indonésie…) furent indispensables pour l'accès de ses produits aux agriculteurs[14]. Le maintien d'une protection des prix des variations du marché international a aussi profité au développement du secteur en garantissant un revenu régulier aux agriculteurs confrontés à de lourds investissements.

La révolution verte a, comme ailleurs, provoqué d'importants effets sociaux. À l'inverse du Mexique, elle ne s'est cependant pas traduite par une explosion de l'exode rural. Comme en Inde ou au Pakistan, la mécanisation a par exemple permis d'accélérer la préparation des sols, autorisant plusieurs cycles de récolte par an et une intensification de la culture, fortement consommatrice de main-d'œuvre.

Seule la Thaïlande fait exception à la règle[15], en grande partie à cause de surfaces cultivables bien plus étendues que ses voisins. En ce qui concerne le riz, l'emploi des variétés sélectionnées par l'IRRI n'y dépasse pas 25% des semences utilisées et se limite aux régions où la maîtrise de l'eau est la plus aisée. La mécanisation s'est traduite par une élévation de la surface cultivée qui n'est pas nécessairement corrélée à une hausse des rendements à l'hectare. Les systèmes de culture restent très majoritairement extensifs sur des exploitations dont la taille moyenne, située entre trois et cinq hectares, est sensiblement plus élevée que chez ses voisins. La Thaïlande s'est principalement appuyée sur cet avantage de taille pour devenir le premier exportateur mondial de riz[16].

Les expériences africaines [modifier]

Après l'Asie du sud est, l'Afrique du Sud a entamé une révolution verte partielle sans vraiment faire exploser la production agricole du pays[réf. nécessaire].


L’effet sur la sécurité alimentaire [modifier]

Les effets de la révolution verte sur la sécurité alimentaire des pays qui l'ont mise en œuvre n'ont pas été mécaniques et sont difficiles à appréhender. Il est généralement admis que la révolution verte a permis de faire face à une augmentation importante de la population dans les pays concernés et ainsi d'éviter des vagues de famines chroniques. La population mondiale a en effet augmenté de près de 4 milliards depuis le début de la révolution verte. Malgré cette croissance spectaculaire de la population, un habitant des Tiers Mondes bénéficie en moyenne d'un apport calorique 25% plus important qu'avant sa mise en œuvre[17]. Sans doute la situation pointée par l'Organisation des Nations unies qui comptabilisent 850 millions de personnes souffrant de malnutrition dans le monde serait-elle encore plus grave sans cette augmentation de la production agricole.

Un tel raisonnement s'appuie sur un raisonnement néo-malthusienne qui était omniprésent au sein des fondations promotrices de la révolution verte comme l'atteste la déclaration de Norman Borlaug lors de la réception de son prix Nobel : « nous sommes confrontés à deux forces opposées, le pouvoir de la science sur le niveau de la production alimentaire et le pouvoir de reproduction de l'être humain »[18].

Les liens entre le niveau de la production agricole et l'alimentation des populations n'est cependant pas direct. Les travaux d'Amartya Sen ont ainsi montré que les grandes famines historiquement répertoriées n'ont pas été causées par une baisse de la production alimentaire mais par des dynamiques politiques, socio-économiques et un échec de l'action publique qui ont engendré des inégalités dans la redistribution de la nourriture[19]. Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, estime pour sa part que le niveau actuel de production de nourriture dans le monde est suffisant pour nourrir l'ensemble de la population mondiale et qu'il faut chercher dans la « répartition aberrante des richesses » [20] la cause de la persistance d'un haut niveau de malnutrition. L'exemple indien est éclairant sur ce point : suite à la révolution verte, le pays est devenu légèrement exportateur de céréales en un peu moins d'une décennie. L'accroissement des disponibilités alimentaires n'empêchait cependant pas en 2000 300 millions d’Indiens de continuer à souffrir de la faim, du seul fait de la faiblesse de leurs revenus[21].

Les auteurs qui dénoncent les conséquences négative de la révolution verte en termes de sécurité alimentaire pointent en particulier le passage d'une agriculture vivrière à une agriculture tournée vers l'exportation ou la nourriture animale[22]. Dans certaines régions d'Inde, la révolution verte a ainsi substitué la culture du blé, qui n'entre pas directement dans le régime alimentaire des paysans, à celle des légumes secs. De même, les intrants chimiques, largement utilisés dans la mise en œuvre des nouveaux systèmes de production agricole, ont indirectement affectés l'alimentation des catégories de populations les plus fragiles. Les pesticides employés dans la production du riz en Inde ont ainsi éliminé le poisson et certaines plantes sauvages du régime alimentaire des paysans indiens[23].

Les effets sociaux de la révolution verte [modifier]

L’impact politique [modifier]

Pour un grand nombre d'observateurs, l'objectif initial des promoteurs de la révolution verte relevait de préoccupations géopolitiques liés à la guerre froide : il s'agissait de nourrir la population des pays du Tiers Monde afin de maintenir la paix sociale et de diminuer les risques d'une révolution communiste. Le journaliste d'investigation Mark Dowie s'appuie sur des documents internes des deux grandes Fondation impliquées pour souligner que la préoccupation de la Fondation Ford semblait supérieure dans ce domaine à celle de la Fondation Rockefeller[24].

La révolution verte a eu pour effet d'affaiblir les mouvements socialistes dans de nombreux pays. En Inde, au Mexique, et aux Philippines, ses solutions, présentées comme essentiellement technologiques, se sont substituées aux réformes agraires, dont les objectifs n'étaient pas limités à des préoccupations concernant le niveau de la production. Ainsi, le choix politique qui a constitué à privilégier une option essentiellement technique, a eu des effets sociaux très importants en stoppant dans de nombreux pays le mouvement redistributif[25].

Les impacts socio-économiques [modifier]

La transition d'une agriculture traditionnelle vers le modèle prôné par la révolution verte, nécessitant de lourds investissements, a conduit au développement du crédit rural, facteur de fragilisation financière pour de nombreux petits agriculteurs. Au Mexique, les dettes contractées par ces derniers les ont contraints à vendre les terres qu'ils avaient reçues lors des réformes agraires, impulsant une dynamique de re-concentration de la terre[26].

De manière générale, la révolution verte a prioritairement profité aux agriculteurs qui possédaient de grandes exploitations et un accès au crédit. Certaines régions ont, pour des raisons climatiques, géographiques ou politiques, adoptées plus aisément les principes de la révolution verte. En Inde, elle n'a ainsi été mise en œuvre qu'au nord-est et dans quelques enclaves du sud. La révolution verte a donc souvent conduit à une accentuation des disparités sociales, économiques et régionales et dans certains pays à une accélération de l'exode rural.

Un marché mondial [modifier]

La révolution verte a marqué une étape décisive dans la constitution d'un marché agronomique mondialisé. Des groupes de recherche internationaux, souvent financés par les fondations d'entreprises multinationales (Rockefeller, Ford), en ont été à l'origine. L'émergence de ces nouveaux marchés dans le domaine des semences, des engrais ou des pesticides ont principalement profité à des entreprises agro-pharmaceutiques basées aux États-Unis. Exxon a par exemple largement profité du succès de la révolution verte aux Philippines en y installant un vaste réseau de distribution pour y vendre des semences, des engrais ou des pesticides[27].

La révolution verte est le modèle de développement le plus efficace à moyen terme dans le Tiers-Monde. L'Inde en est l'exemple le plus connu et évident : en effet, elle a multiplié par 10 sa production de blé, et par 3 sa production de riz. Mais la révolution verte connaît aussi des limites : les productions demandent beaucoup d'eau, d'engrais, de pesticides (d'éléments chimiques en général), ce qui entraîne des sols moins fertiles, et très pollués. Elle a entraîné un usage excessif de pesticides et un appauvrissement de nombreux sols

Cette révolution a de nombreux effets non agricoles. Elle a causé de profonds changements culturels : exode rural massif, déperdition du savoir traditionnel agricole. Elle a par ailleurs été accusée de contribuer à réduire la biodiversité et de mettre les agriculteurs sous dépendance de l'industrie agro-pharmaceutique.

Les impacts environnementaux [modifier]

L’augmentation du coût énergétique de la production [modifier]

La révolution verte a engendré une hausse de l'énergie nécessaire au processus productif[28]. Plus d'un tiers des énergies fossiles consommées par l'agriculture est utilisée par la seule synthèse des engrais. La dépendance accrue de l'agriculture à l'égard des fertilisants chimiques, des pesticides et des herbicides est aussi indirectement une dépendance à l'égard du pétrole[29]. Les promoteurs de la théorie du pic pétrolier craignent que le déclin futur de la production d'énergie fossile conduise à une chute de la production agricole[30] et une hausse importante du prix des produits d'alimentation.

La gestion de l’eau [modifier]

L'irrigation, qui s'est largement développée suite à la révolution verte, a été à l'origine d'importants problèmes de salinisation, d'hydromorphie permanente (waterlogging) et de remontée des nappes phréatiques[31]. La salinisation croissante ne peut être évitée qu'en pratiquant un drainage intense, lui-même est extrêmement consommateur en eau.

Les pesticides [modifier]

La révolution verte s'est accompagné d'une augmentation de l'utilisation des pesticides. L'usage des organochlorés, un groupe de pesticides qui comprend le DDT et le dieldrin, s'est répandu à cette occasion, bien que ces substances soient difficilement assimilées par l'environnement et s'accumulent dans la chaîne alimentaire.
Les problèmes engendrés par l'usage de pesticides sont l'empoisonnement des terres, la contamination de l'eau (notamment par les nitrates) et l’apparition de souches de moustiques résistantes aux pesticides, la diminution de l'efficacité des programmes anti-paludisme utilisant du DDT[32]. En Asie du Sud, on estime par exemple que seulement 60% des nitrates épandus sur les parcelles sont aujourd'hui effectivement utilisées par les plantes, le reste contribuant à polluer les nappes phréatiques.[33].

La biodiversité [modifier]

En se concentrant sur un petit nombre de variétés, la révolution a induit une perte de biodiversité agricole, notamment dans les cultivars locaux. Certaines propriétés génétiques contenues depuis des centaines d'années dans certaines variétés de céréales étaient menacées de disparaître ; cette homogénéisation de la production alimentaire a nourri des craintes sur les capacités de résistance à l'apparition des nouveaux agents pathogènes. Pour répondre à ces préoccupations, des banques de semences, à l'image de l'Institut international de ressources phytogénétiques (International plant genetic resources institute, IPGRI) devenu le Bioversity International, ont été constituées[34].

Les opinions divergent concernant les effets de la révolution verte sur la biodiversité sauvage. Certains avancent qu'en accroissant les rendements, la révolution verte a prévenu une expansion excessive sur des terres non cultivées. La révolution verte s'est cependant souvent accompagnée d'une nette augmentation des surfaces cultivées. L'utilisation des intrants chimiques a aussi fortement perturbé l'équilibre des écosystèmes locaux.

La communauté internationale a clairement reconnu les impacts négatifs de l'expansion et de l'intensification de l'agriculture à travers la signature de la déclaration de Rio, signée en 1992 par 189 pays. Un de ses volets, la Convention sur la diversité biologique, a généré de nombreux plans d'action nationaux de préservation de la biodiversité.

Les alternatives à la révolution verte [modifier]

Le début des années 1990 s'est caractérisé par une montée en puissance des thématiques environnementales concernant les conséquences de la révolution verte. Ces critiques, souvent menées au sein même de la communauté des chercheurs, ont abouti à l'apparition de différents concepts parmi lesquels on peut citer l' « evergreen revolution » promue en Inde par M.S. Swaminathan, l'agriculture raisonnée en France[35], l' « écoagriculture » de l'UINC (Union internationale pour la conservation de la nature) ou encore l' « agroécologie » proposée par le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Ce dernier s'est également fait le promoteur du concept plus large de « révolution doublement verte » qu'avait avancé le CGIAR, le principal organisme de coordonation de la révolution verte[36]. Pour ses défenseurs, il « consiste à passer d’une logique de développement agricole fondée sur la maîtrise des milieux à une autre, fondée sur la connivence avec les écosystèmes »[37]. La révolution doublement verte entend à ce titre ajouter « aux objectifs de la révolution verte ceux du maintien de la diversité biologique et de la résilience des écosystèmes »[38]. Elle cherche notamment à trouver des solutions aux limites rencontrées par la révolution verte dans les milieux mal pourvus en réserve d'eaux ou à faible densité de population.

Voir aussi [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Voir Marc Dufumier, Agricultures et paysanneries des Tiers Mondes, éditions Karthala, Paris, 2004.
  2. Wright 2005. pp. 171-173.
  3. Voir Karin Matchett, « Scientific Agriculture Across Borders : The Rockefeller Foundation and Collaboration between Mexico and the U.S. in Corn Breeding » [1].
  4. C'est dans ces régions, où les exploitations étaient historiquement les plus vastes et les risques climatiques moins élevés, que ce sont concentrés.
  5. En 1901, le Mexique comptait 13,6 millions d'habitants. Ce chiffre était de 103,3 en 2005. Voir la démographie du Mexique.
  6. La population active agricole représentait 70 % de la population active totale en 1930 ; elle n'en constituait plus de 50% en 1965. Osorio, 1975.
  7. Jorge Durant, « 100 Years of Mexican Migration Policies », mars 2004.
  8. Site officiel du CIAT [2]
  9. Une carte localisant les différents centres de recherche du CGIAR [3]
  10. Sur l'ensemble de ces points, voir Marc Dufumier, Agricultures et paysanneries des Tiers Monde, éditions Karthala, Paris, 2004, en particulier pp. 521 et s.
  11. Voir Jaffrelot (dir.), L'Inde contemporaine de 1950 à nos jours, Fayard, Paris, 1996.
  12. voir Pingali, Hossain, Gerpacio, Asian rice bowls. The returning crisis, New York : IRRI-CAB International, 1997.
  13. Souvent ces régions sont à ce sujet, comme certaines îles indonésiennes, contraintes par la taille des terres exploitables et la forte densité de la population. Voir Barker Randolph, Herdt Robert W., Rose Beth. The rice economy of Asia. Ressources for the future, Washington DC : Johns Hopkins University Press, 1985.


11/06/2008
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