Témoignages de bipolaires

 

 

Témoignages
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 Lucie, 42 ans, dirige une entreprise d’ambulances


Elle a commencé en tant que conductrice d’ambulance dans les années 80, et a rencontré son futur mari qui faisait le même métier qu’elle. Quelques temps après leur mariage éclair, qui eut lieu deux semaines après leur rencontre, ils décidèrent de démissionner et de fonder leur propre entreprise de transport ambulancier. « J’étais alors speed tout le temps », déclare Lucie. «J’avais une pêche d’enfer et je pouvais bosser facilement 80 heures par semaine, voire plus. Je n’arrêtais pas et à certaines périodes, je travaillais jour et nuit pour faire tourner la boîte, ce qui ne me faisait pas peur parce que 2 ou 3 heures de sommeil par nuit me suffisaient largement.
Je me rendais bien compte que je n’étais pas dans mon état normal, parce que j’étais fofolle, complètement impudique et sans gêne avec mes clients, allant même jusqu’à leur faire des propositions sexuelles, moi qui suis d’une nature timide et vieille France ».
L’entreprise faillit alors péricliter lorsque le mari de Lucie s’aperçut que sa jeune épouse sortait la nuit avec certains clients et dilapidait les bénéfices de l’entreprise dans les casinos de la région. Le couple se sépara. Quelques mois plus tard, Lucie connut un état d’épuisement psychique et physique : « J’étais lessivée, je pleurais tout le temps, je me sentais inutile, coupable, me persuadant que j’étais responsable du désastre financier de mon entreprise, que j’allais entraîner la ruine de toute ma famille, qu’il était préférable de mettre fin à mes jours ».
C’est au cours d’une hospitalisation, suite à une tentative de suicide par défenestration, que le diagnostic de trouble bipolaire fut posé, et qu’un traitement stabilisateur de l’humeur fut instauré. « Pour faire plaisir au médecin, je lui disais que je prenais bien mon traitement, mais au fond de moi je me trouvais toutes les excuses pour ne pas le prendre, ce d’autant plus que j’allais alors très bien depuis plusieurs semaines. Quelques semaines sans traitement et sans souci m’avaient confortée dans l’idée que ces cachets ne servaient à rien. C’est tellement facile d’oublier les périodes mouvementées récentes, de mettre tout ça sur le dos du stress ou de la fatigue ».
Malheureusement, quelques semaines plus tard un nouvel épisode dépressif grave survint, avec des idées suicidaires qui la conduisirent à ingérer de la soude caustique. Elle fut sauvée in extremis moyennant 3 opérations délicates, dont une ablation complète de l’œsophage. Après 2 mois d’hospitalisation, Lucie put enfin reprendre sa vie, et cette fois ci, après mûre réflexion, accepta de vivre avec le trouble bipolaire, c’est à dire de mettre tout en œuvre pour minimiser les risques de rechute. Elle accepta de réorganiser sa vie professionnelle, en évitant les surcharges de travail, en suivant des techniques cognitives et comportementales de gestion du stress, et en prenant chaque jour son traitement stabilisateur de l’humeur. Elle est aujourd’hui tout à fait stabilisée depuis de nombreux mois.
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.

 

 François, professeur d’anglais


Il s’est stabilisé récemment sur le plan professionnel car sa vie a été émaillée de nombreux changements d’études, de régions, de concubines. Il est d’ailleurs père de 3 enfants qui ont chacun une mère différente. Le trouble bipolaire a été diagnostiqué et traité très récemment, ce qui a transformé la vie de François. Il comprend enfin pourquoi sa vie a été jusqu’ici si tumultueuse et chaotique. La psychothérapie qu’il a entamée récemment lui convient et l’aide petit à petit à se déculpabiliser, à retrouver confiance en lui. François est devenu un véritable expert de sa maladie, bien décidé à la contrôler plutôt que d’être sous son joug. Il évoque facilement sa maladie avec ses proches et peut enfin ré-analyser avec un certain humour les anecdotes qui ont ponctué ses anciens accès dépressifs ou hypomaniaques. Dernièrement il a établi un contrat moral avec son psychiatre : pouvoir être reçu au plus vite dès les premiers symptômes évocateurs d’une rechute.
C’est dans ce contexte qu’il a téléphoné la veille à son psy, lui signalant qu’il sentait « la pression monter ». Le lendemain, il est reçu comme convenu et explique qu’il ressent les mêmes sensations qu’au cours de ses accès hypomaniaques précédents, c’est à dire une tension intérieure désagréable et difficilement maîtrisable, des « idées qui partent dans tous les sens », une quasi absence de besoin de sommeil. Son médecin lui prescrit alors un traitement sédatif pendant quelques jours, associé à son habituel stabilisateur de l’humeur et à quelques jours d’arrêt de travail et des séances de relaxation. Grâce à cette prise en charge précoce, François se sent à nouveau tout à fait bien en moins de 48 heures. Très vraisemblablement, un nouvel accès hypomaniaque a été évité.
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.

 Camille, 43 ans sculptrice


« Ce sont des périodes de crises, d'abattement ou d'énervement, que je ne vois pas venir. Ca me tombe dessus, comme un mécanisme qui se déclencherait sans prévenir, et que je ne suis pas capable de dominer par la volonté ! Car je subis totalement. Je n’ai rien demandé à personne, je suis obligée de faire avec et je sais que mon angoisse durera autant que moi ! J’avance pour mon mari et mes enfants mais personnellement, je ne sais pas ce que je fous sur cette terre.
Pendant mes insomnies, je suis très angoissée, sois désespérée avec des idées suicidaires. La journée, je suis irascible, tout prend des proportions dramatiques et je peux piquer des colères terribles.
Mon mari repère dès le matin, dit-il, mes humeurs par des phrases-clignotants, mais c’est difficile pour lui, pour le couple… et pour moi. S’y ajoute en plus la culpabilité ! »
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.
 
 
Il est important de savoir faire la différence entre une « baisse de morale » et une véritable dépression, car les conséquences peuvent être lourdes. Les proches ont un rôle prépondérant à jouer.

 Thomas, 39 ans, après son 4è épisode maniaque


« Après-coup, je peux me dire que je l’ai échappé belle. Au cours de mes accès, je perds non seulement le contrôle de mes actes mais, surtout, je ne mesure plus le danger et je prends alors des risques démesurés. Par exemple, juste avant mon hospitalisation, je me sentais invincible, immortel, et je m‘amusais à rouler à 180 km/h sur l’autoroute, vitres ouvertes, en hurlant et en fermant les yeux le plus longtemps possible. (…)  La veille, je me suis saoulé dans une boite de nuit après deux nuits blanches consécutives et j’ai repris ma voiture alors que je ne tenais plus debout. (…) J’ai failli frapper un type qui se proposait de me raccompagner chez moi, et je me souviens l’avoir insulté en clamant haut et fort que j’étais indestructible. Aujourd’hui, j’ai peur de moi, j’en ai des sueurs froides en y repensant. Je ne veux plus jamais revivre ça. »
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.

 Cathy, 26 ans, secrétaire


« Je suis secrétaire médicale dans un cabinet de groupe en privé. Ce jour là j’étais hyper énervée, ressentant une énorme tension nerveuse à l’intérieur de moi sans pouvoir l’évacuer : je bouillonnais à l’intérieur tout en étant très speed, avec un sentiment très bizarre d’empathie, d’être profondément en phase avec tout l’univers, les personnes qui m’entouraient. Je ne supportais pas de rester en place, j’avais trop chaud et j’ai commencé à me déshabiller et à me retrouver en sous-vêtements devant les patients de la salle d’attente, moi qui suis d’un naturel si pudique, prétextant qu’il faisait beaucoup trop chaud et invitant les patients à faire de même. Une personne m’a interpellé et m’a demandé de me rhabiller. C’est alors que j’ai fondu en larmes, et que j’ai ressenti en moi une profonde dépression avec une envie de mourir, mêlée de honte. J’ai frappé violement cette personne avec le téléphone et je me suis jetée par la fenêtre ».
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.

 André, 63 ans, ancien cheminot à la retraite


André a reçu le diagnostic de trouble bipolaire il y a 3 ans. Il semble que sa maladie se soit révélée sur le tard, mais deux épisodes dépressifs avaient déjà été diagnostiqués et soignés vers la quarantaine. Quelques semaines après son départ à la retraite, André, qui jusqu’ici était considéré comme un homme calme et tranquille, grand-père affectueux, s’est mis en tête de construire un train avec un toit de cristal qui abriterait les plus belles œuvres d’art du monde… « Je suis choqué du fait que les plus belles œuvres d’art du monde ne sont réservées qu’à la nomenklatura parisienne. Je vais prendre ses œuvres et les offrir à la vue du peuple dans toutes les gares et je parcourrais le monde avec mon train musée ! ». Cet accès caractérisé par un délire mégalomaniaque ne reste pas qu’une idée puisque très vite, André hypothéqua sa maison, vendit sa voiture pour une bouchée de pain et fit de nombreux chèques sans provision afin de débuter la construction du train-musée…
L’histoire finit bien puisqu’il accepta d’être accompagné par son épouse en consultation psychiatrique, fut aussitôt hospitalisé, et bénéficia d’un traitement adapté qui fut rapidement efficace. Depuis quelques jours, André est pris de fous rires à table qu’il refuse d’expliquer. Il est d’humeur joviale, semble être à nouveau rempli de projets puisqu’il s’affaire, passe divers coups de fils vers des cabinets d’architecte,… Situation qui rappelle rapidement à son épouse l’épisode maniaque antérieur.
« Chéri, je pense que tu présentes à nouveau des symptômes qui me rappelle ton accès maniaque.
- Tu crois ?
- Pour moi ça ne fait pas de doute : tu te rappelles ce que nous avions convenu ensemble ?
- Oui, oui : que nous allions revoir ensemble mon psy. On lui téléphone maintenant ?
- Non, non André, il est presque minuit, je pense que ça peut attendre demain matin.
- Je pense que tu as raison ma chérie : c’est vrai que je me sens très énervé en moi, je suis très tendu à l’intérieur, il faut que je lui en parle ».
André fut reçu dès le lendemain après-midi par son psychiatre, qui diagnostiqua le début d’un accès hypomaniaque et révisa immédiatement le traitement. André retrouva rapidement son état d’humeur habituel : tout revint dans l’ordre grâce à l’intervention précoce et au « contrat » préalable passé entre André et son épouse.
Témoignage tiré de l'ouvrage des Dr Frédéric Kochman, Dr Albert Meynard, Les troubles bipolaires, Sanofis Aventis.

 Ariane, 19 ans, étudiante


Tout a commencé il y a quatre ans. Quand ma fille Ariane, dix-neuf ans à l’époque, est rentrée de cours, je l’ai trouvée bizarre. Habituellement peu bavarde, elle parlait sans arrêt et me racontait qu’elle avait des projets particuliers pour son avenir, en refusant de m’en dire d’avantage. Elle m’a affirmé que son professeur d’espagnol avait porté une tenue spéciale, un tailleur noir destiné à lui « faire comprendre quelque chose ». Ariane parcourait les pièces de l’appartement en riant. Comme je lui demandais pourquoi elle était si agitée, elle m’a insultée, est allée dans sa chambre, m’a claqué la porte au nez et a mis la musique à pleine puissance. Je voyais bien qu’Ariane n’était pas dans son état normal mais j’ignorais de quoi il s’agissait. J’ai poussé timidement la porte de sa chambre pour lui demander de baisser le volume de la musique. Ariane dansait en criant devant la fenêtre grande ouverte. Des voisins la regardaient. Cela a duré une heure.
J’ai appelé mon mari et lui ai raconté ce qui se passait. Il m’a répondu de ne pas m’inquiéter. J’ai rétorqué : « Il y a quelque chose. » En voyant Ariane, mon mari a essayé de la calmer. Sans succès. Elle est restée dans sa chambre et a refusé de dîner.

Mon mari et moi avons violemment discuté. Il persistait à nier qu’il pouvait y avoir un problème, évoquait seulement l’adolescence et une crise de nervosité passagère. Je lui ai dit que j’allais appeler notre médecin généraliste et il m’a jeté un regard ironique. J’ai quand même décrit l’état d’Ariane à notre médecin. Il s’est déplacé et sa réponse a été très ferme : nous devions la conduire immédiatement dans un service de psychiatrie pour une évaluation.
Ariane a refusé en hurlant qu’elle se sentait en pleine forme et que nous étions complètement fous. Nous avons fini par lui dire : « Il est presque minuit, tu n’arrives pas à dormir, il faut consulter l’hôpital. »Le psychiatre de garde l’a fait hospitaliser. Elle avait un accès de manie. J’entendais ce terme (au sens médical) pour la première fois. Nous n’avons pas pu la voir pendant une semaine…
Témoignage tiré du Miroir de Janus, de Sami-Paul Tawil, éditions Pocket.



29/04/2013
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