Trouble Bipolaire chez le Jeune

 

Dépression et troubles bipolaires
Sommaire


 Rôle de l’enfance


L’enfance a un rôle important dans l’évolution des troubles bipolaires, notamment les premières relations affectives vécues dès la naissance avec les parents ainsi que les frères et sœurs. Les traumatismes, le stress ressentis pendant l’enfance ou l’adolescence peuvent fragiliser, surtout si la personne est vulnérable sur le plan génétique.
 
Plus d’un tiers des adultes touchés par les troubles bipolaires évoquent avoir ressenti ce trouble dès l’enfance ou l’adolescence. Avec le recul, il apparaît que les parents d’une personne diagnostiquée « bipolaire » ont ressenti quelques difficultés dès le plus jeune âge de leur enfant : un bébé nerveux et agité, un enfant très émotif et sensible avec des troubles du sommeil importants, et en grandissant une hyperactivité et une anxiété forte…
L’enfant a conscience de son agitation et en souffre, il peut piquer de violentes colères sans pouvoir se contrôler et, peu de temps après avoir des regrets sincères.


 L’état dépressif


Un enfant ou un adolescent dépressif n’exprimera pas sa tristesse de la même façon qu’un adulte. L’enfant utilisera un autre langage comme de l’agressivité, de l’irritabilité et des somations : maux de ventre, de tête, etc.

On parle de dépression chez un jeune lorsque les symptômes sont forts et intenses et interfèrent avec son développement et son fonctionnement global. 


Symptômes spécifiques de dépression les plus fréquents chez l’enfant et l’adolescent
(d’après N.D. Ryan) :

  • moins de tristesse de l’humeur que chez l’adulte, voire aucune tristesse,
  • hypersomnie (excès de sommeil),
  • prise de poids,
  • repli social,
  • irritabilité, troubles de conduites, conduites antisociales,
  • anxiété,
  • plaintes somatiques,
  • sentiment de vide et d’ennui.


 L’état maniaque


L’état maniaque ne se révèle pas par une euphorie comme cela peut être le cas chez l’adulte. L'enfant ou l'adolescent va faire preuve d’agressivité mêlée à une agitation excessive.

Il va devenir mythomane, adopter des conduites à risques parfois extravagantes pouvant entraîner la nécessité d’une hospitalisation. Un jeune connu comme « poli », « calme » peut alors apparaître comme « quelqu’un d’autre ».

Chez un adolescent ou un jeune adulte, les états maniaques et dépressifs sont beaucoup plus brefs que chez l’adulte. Ils peuvent ne durer qu’une seule journée mais ont tendance à être beaucoup plus fréquents. 


Symptômes spécifiques d’accès hypomaniaque ou maniaque chez l’enfant et l’adolescent (d’après B. Geller) :

  • accès brutaux de colère, accès de rage irrépressible, « tempêtes affectives »,
  • excès de familiarité, langage grossier ou hypersexualité en net contraste avec la personnalité antérieure du jeune,
  • conduite d’hypersexualisation, activités masturbatoires en public,
  • problèmes de discipline scolaire, excès de familiarité et interruptions répétées des enseignants,
  • déficit de l’attention, hyperactivité, passage d’une activité inachevée à l’autre,
  • sentiment de toute puissance, de grandeur pouvant entraîner des conduites dangereuses,
  • conduites antisociales, vols, le jeune s’estime « au dessus des lois ».


 Un diagnostic plus long


Le délai de diagnostic est parfois très long.

La fluctuation de l’humeur chez un jeune étant beaucoup moins franche que chez l’adulte, les premiers symptômes ne sont pas clairement visibles.

Il est  à noter que beaucoup de jeunes diagnostiqués comme hyperactifs manifestent en fait les symptômes des troubles bipolaires.


 Témoignages


Ariane, 19 ans, étudiante


Tout a commencé il y a quatre ans. Quand ma fille Ariane, dix-neuf ans à l’époque, est rentrée de cours, je l’ai trouvée bizarre. Habituellement peu bavarde, elle parlait sans arrêt et me racontait qu’elle avait des projets particuliers pour son avenir, en refusant de m’en dire d’avantage. Elle m’a affirmé que son professeur d’espagnol avait porté une tenue spéciale, un tailleur noir destiné à lui « faire comprendre quelque chose ». Ariane parcourait les pièces de l’appartement en riant. Comme je lui demandais pourquoi elle était si agitée, elle m’a insultée, est allée dans sa chambre, m’a claqué la porte au nez et a mis la musique à pleine puissance. Je voyais bien qu’Ariane n’était pas dans son état normal mais j’ignorais de quoi il s’agissait. J’ai poussé timidement la porte de sa chambre pour lui demander de baisser le volume de la musique. Ariane dansait en criant devant la fenêtre grande ouverte. Des voisins la regardaient. Cela a duré une heure.
J’ai appelé mon mari et lui ai raconté ce qui se passait. Il m’a répondu de ne pas m’inquiéter. J’ai rétorqué : « Il y a quelque chose. » En voyant Ariane, mon mari a essayé de la calmer. Sans succès. Elle est restée dans sa chambre et a refusé de dîner.

Mon mari et moi avons violemment discuté. Il persistait à nier qu’il pouvait y avoir un problème, évoquait seulement l’adolescence et une crise de nervosité passagère. Je lui ai dit que j’allais appeler notre médecin généraliste et il m’a jeté un regard ironique. J’ai quand même décrit l’état d’Ariane à notre médecin. Il s’est déplacé et sa réponse a été très ferme : nous devions la conduire immédiatement dans un service de psychiatrie pour une évaluation.
Ariane a refusé en hurlant qu’elle se sentait en pleine forme et que nous étions complètement fous. Nous avons fini par lui dire : « Il est presque minuit, tu n’arrives pas à dormir, il faut consulter l’hôpital. »Le psychiatre de garde l’a fait hospitaliser. Elle avait un accès de manie. J’entendais ce terme (au sens médical) pour la première fois. Nous n’avons pas pu la voir pendant une semaine…
Témoignage tiré du Miroir de Janus, de Sami-Paul Tawil, éditions Pocket.



01/12/2007
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