Bipolaire, je vous raconte le suicide de ma soeur bipolaire

 

Bipolaire et suicidaire

24/10/2011

Témoignages

Bipolaire, je vous raconte le suicide de ma soeur bipolaire.
Ma sœur était suicidaire de l’âge de 17 ans jusqu’à sa mort à 41 ans. Morte de sa propre main bien entendu Elle a vécu dans un état suicidaire, cela lui a fait mal en permanence, ça l’avais affaibli, souvent gâché sa vie jour après jour. Alors que le suicide d’un bipolaire (ou toute autre personne) fait mal à son entourage, le suicidé n’en sait plus rien.

Comment a-t-elle fait pour supporter ça pendant 24 ans ? Tout en connaissance de notre souffrance aussi. Minime à côté de sa souffrance mais permanente. Pendant les dix dernières années on redoutait cet appelle là tous les jours. Elle me téléphonait quand elle était pré-suicidaire. J’étais devenue un des derniers maillons responsable de l’empêcher de s’automutiler ou se suicider. Elle appelait nos parents une fois qu’elle avait pris tous ses médicaments ; c’est eux qui devaient appeler les services d’urgence.

Les neveux n’étaient pas informés de son état. On leur mentait par omission et volontairement. Ils savaient qu’elle avait un problème de santé mental peut être même qu’elle était bipolaire mais je ne sait pas si ils savait ce que ça voulait dire. C’était pour les protéger. Ils l’ont été pendant tout ce temps jusqu’à sa mort. Encore là leurs parents se sont demandés si ils devaient dire toute la vérité. Elle s’est noyée. Les noyades arrivent, ils ne sont pas tous des suicides après tout. Ce sont des grands ados, assez grands pour le savoir. Ils l’aimaient. Petits elle jouait avec eux, elle était la marraine de l’ainé. Mon autre sœur a fini par éviter de les envoyer seuls chez elle, toujours pour les protéger. Ils ont fini par dire toute la vérité.

Les funerailes était surréelles. La veille nous nous sommes retrouvés dans un pub. Nous n’avons pas beaucoup parlé d’elle. On était là pour se retrouver. Les tantes venues de loin, ses meilleurs amis dont je faisais connaissance pour la première fois. Nous avons bu et rit, pris des photos souvenirs. C’était étrange.

Le lendemain nous étions installés sur les deux premiers rangs. Je regardais furtivement autour de moi, je ne voulais pas croiser un regard. Je ne connaissais pas ces gens et je n’avais aucune envie de les rencontrer. Mon fiancé m’a entouré, m’a protégé dans la bulle que j’avais autour de moi. J’étais enceinte de cinq mois avec un joli ventre rond. J’imaginais la petite phrase chouchoutée parmi l’assistance, ‘en plus elle est attends un bébé, la pauvre’. ‘One in one out’ elle avait écrit, une qui s’en aille, une qui arrive.

Mon père a lu un poème, ma mère à ses côtés, à la mémoire de sa fille, ma sœur, leur tante. Mon beau frère a lu un hommage à sa belle sœur, les neveux étaient effondrés tout comme lui même et nous tous. L’orchestre de Samba dont elle participait était là, tout en blanc. Ils ont joué de la musique quand le cercueil est arrivé dans la chapelle funéraire, civile bien entendu. Elle considérait sa phase adolescente de croyance comme une erreur de jeunesse, vite désenchantée par les fausse promesses de salue.

Après on s’est retrouvé dans un autre pub. C’était une réunion privée, son ami le patron a fermé au public, mes parents ont mis de l’argent derrière le bar et des casse croutes étaient servis. Il y avait des rires et des larmes mais nous sommes partis avec un sentiment d’apaisement. Elle est morte dans des circonstances honteuses mais nous l’avons envoyé avec la dignité qu’elle méritée, sans rancune et avec de la gaité.

L’enquête avait retardé les funérailles. Elle a pris un mois pendant lequel sa dépouille était à la morgue. Les funérailles sont une étape de deuil, ils permettent aux proches de tourner la première page. Nous avons vécu en limbes pendant ce temps là. Sous le choc de sa mort mais sans la finalité du dernier hommage.

J’ai vécu sans la culpabilité de ne pas avoir fait assez. Je sais que j’ai fait tout ce qui était possible. Je m’étais déjà préparée à sa réussite. Elle me manque mais je ne lui en veux pas. Elle a exercé son veux de 24 ans de ne plus vivre avec cette souffrance. Pour elle c’était terminé. A chacun ses croyances pour l’après, le chapitre de sa vie était definitivement terminé.


Une tentative de suicide qui a duré depuis ses 17 ans jusqu’à ses 41 ans. Une longue tentative de suicide, douloureuse, laide, honteuse mais finalement réussite. Toute sa vie était une tentative de suicide, entrecoupée par des petits morceaux de joie de vivre ou de manie franche. Le bonheur vivotait devant ses yeux jour et nuit des jours des années durant. Quand elle arrivait à le saisir elle finissait par basculer dans la folie - la manie. Puis ce bonheur lui échappait doucement ou explosait dans sa main lui basculant dans la dépression. La tentative de suicide pouvait tranquillement reprendre son cours.


Bipolaire et suicidaire, pourquoi alors ? Pour certains bipolaires c’est une évidence, leurs vies avancent inexorablement vers cette finalité. Son chemin était tout tracé vers cette mort, ce n’était qu’une question de temps. Pourquoi cette bipolaire s’est suicidée ? J’ai envie de renvoyer la question, pourquoi pas ? Pour quelle raison quelqu’un ne se suiciderait pas, et pour quelle raison un bipolaire ne se suiciderait pas ? Il faut savoir que la vie ne les reserve rien de bon, que des ennuies. Tant pis pour les autres, quand la vie est l’enfer sans espoir de mieux il n’y a aucune raison de ne pas se suicider.


18/05/2013
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