Chère amie, merci de me lire et de me comprendre

 

 

Chère amie, merci de me lire et de me comprendre

1/01/2009

Témoignages > Information-Psychoéducation-Découverte du diagnostic

 

Chère Amie,

La parole n’a jamais été mon fort aussi je t’écris. Une requête pour commencer : que tu veuilles bien lire cette lettre seule. Merci

Depuis mes 20 ans, je ressens continuellement un malaise diffus. Pour te donner une idée, c’est une sorte de syndrome prémenstruel qui durerait 30 jours au lieu de 2 sans douleurs pelviennes. A cela s’ajoutent des épisodes aigus - mes dépressions, ma TS - et quelques autres symptômes.
Comme tu le sais, des proches de ma famille sont bipolaires. J’ai donc décidé d’aller consulter le Dr H.. Au terme de la consultation avec la psychologue (pour le bilan clinique), il apparaît que je suis également bipolaire, plus précisément cyclothymique. Je précise tout de suite que ce diagnostic m’a beaucoup soulagée après le choc initial.

Ces sept dernières années ont été un cauchemar. Pas tout le temps, pas complètement mais quand même. J’ai réussi â mener mes études â terme, â maintenir ma situation financière et les liens avec ma famille et mes amis. Ma situation mentale s’est dégradée au cours de ces années bien que j’arrive â maîtriser çâ et lâ quelques-uns de mes comportements. Les 6 derniers mois constituent  une exception sur laquelle je reviendrai.

Je commence par les stages avec le système d’un mois  sur 2. Durant mon stage, je me cantonnais â mon travail d’externe, je ne parlais â l’interne que concernant des questions professionnelles, repoussais toute volonté de faire plus ample connaissance – alors même que j’en appréciais beaucoup certains. Je ne me liais pas avec mes co-externes, les visites étaient une torture (beaucoup de monde, mon esprit tellement lent qu’il me fallait un temps interminable pour saisir des notions simples). Ma mémoire était détériorée également. Au terme de ce mois où je m’étais montrée revêche, renfermée, mutique voire idiote ou coincée, venait le mois de cours ou de BU. Autant te dire que je n’y suis jamais allée. Je restais au lit 3 semaines sur 4, épuisée dans une torpeur totale 18 h par jour. Je ne me levais que le dimanche pour aller déjeuner chez mes parents. Tu penses bien que la préparation de l’ENC m’est passée bien au-dessus. Et pourtant j’ai résisté â mes parents qui me poussaient â arrêter la Médecine.

Les soirées, WE ou vacances entre amis étaient éprouvants la plupart du temps. Je n’avais rien â dire, je me sentais déplacée et glacée intérieurement. Cela s’était amélioré ces dernières années en petit comité. Pour les autres (avec bcp de monde ou avec des gens que je connaissais peu) je me sentais mal et en ai donc décliné un certain nombre. Mais c’est un cercle vicieux : plus j’avais souffert â une soirée, plus je craignais la suivante. Je tiens â dire que ce malaise ne venait d’aucun de vous. Vous avez été patients, accepté mes humeurs changeantes, mon manque d’entrain sans jamais me faire de reproche. Je reste persuadée que sans vous je n’aurais jamais obtenu mon année : vous prépariez l’internat, il y en avait toujours un ou deux â la BU. Cela m’a cadré.

Il y a eu des épisodes plus aigus, mes deux dépressions majeures. La première en 2001, on ne se connaissait pas. La deuxième â l’été 2005 pour laquelle j’avais reçu du Déroxat. J’ai fait un virage maniaque, je m’en suis rendu compte et mise au lit. J’ai eu quelques jours de déréalisation bien cognée. Le dernier épisode correspond â ma TS en mai 2007. Les examens approchaient, je n’avais pas travaillé de l’année et pourtant je restais dans mon lit. Mon frère déprimait  â l’époque. J’étais minée par ma torpeur et son état. Alors j’ai craqué. A ce sujet, je voudrais te remercier d’être  venue me chercher en réa et m’excuser de t’avoir infligé cette épreuve, surtout â ce moment de ton internat. Merci de l’avoir gardé pour toi. C’est un  souvenir pénible.

Ces 6 derniers mois ont été différents. En stage, j’ai réussi â m’intégrer dans un groupe et â aller travailler â la BU. Mon esprit était moins lent, mais mes lacunes étaient telles… J’attribue cette amélioration au fait que je suis retournée vivre  chez mes parents de février â juin. Ils m’ont cadré et soutenu ; mon groupe de travail était large et peu exigeant notamment en matière de conversation. De plus nous pensions â l’internat. Nous allions â la BU, en stage  ensemble, il n’y avait pas de rupture de contact d’un mois sur l’autre. Après le concours et les vacances, je suis rentrée pour débuter le stage d’été. J’arrivais â me maintenir sans relation comme d’habitude. Par contre j’ai décroché socialement ; Comme je vous vois moins ces derniers temps, je suis moins habituée â vous et il est donc dur pour moi de vous voir malgré les liens profonds qui nous unissent.

A ce stade tu dois halluciner. Moi aussi, j’ai consulté des psychiatres/psychologues  â de nombreuses reprises ces dernières années. A chaque fois  mon malaise était abordé par le petit de la lorgnette : les pb en stage, relationnels, etc. J’ai cessé. J’avais l’impression d’être l’hystérique, on me l’a même fait sentir.

Je t’écris tout cela pour que tu comprennes ce qui a pu te sembler bizarre - blessant dans mon attitude. Pardonne-moi si c’est le cas. Je le fais avec toi car tu as affronté un certain nombre d’épreuves â mes côtés. Je t’ai toujours beaucoup appréciée, malgré nos points de vue souvent radicalement opposés. L’autre raison est que je voudrais savoir comment tu m’as perçue ces dernières années. C’est en discutant avec ma soeur que je me suis rendu compte de toutes mes bizarreries ; et en rediscutant avec elle, j’ai décidé de consulter.

Je termine en te disant â nouveau â quel point ce diagnostic est un soulagement pour moi. Il retire la culpabilité que je traîne depuis des années de tout rater, le sentiment de ne jamais être moi-même, pire d’être devenue ce que j’ai toujours détesté. L’internat est difficile et sans temps mort : je me serais effondrée. Et puis ce n’est pas une vie que de devoir rester au contact étroit de sa famille en évitant toute relation sociale et sentimentale afin de maintenir un niveau d’énergie suffisant pour travailler (avec un rendement très moyen). J’avais même  renoncé â l’idée de me marier et d’avoir des enfants. Cela aurait été un crève-coeur.

Merci. Je t’embrasse.



08/05/2013
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