HURLER

 

HURLER

L'alcool suintait de partout, verres défaits, éparses
se chevauchants les uns les autres dans un désordre
anarchique. Un vieux buffet pour meubler l'unique pièce,
au bois assombri par les volets mi-clos.
Une table, deux chaises et les restes d'un lit dans un
coin, contre le mur de la fenêtre.
Je ne me rappelle plus si je me levais du lit ou d'ailleurs,
mais je marchais titubant jusqu'aux battants de la fenêtre,
pour voir ce que le jour m'avait laissé à vivre.
Dehors des vagues passants, allant je ne sais où.
Et les façades des immeubles en face, les toits de Paris.
Quel jour était-on. Je ne savais plus depuis combien
de temps j'étais ici, et ce que j'avais fait...
J'attendais une personne peut-être, oui celle avec
qui je partageais cette modeste pièce..
Elle voulait partir, puis revenir.. Elle était allée
chercher ailleurs ce qu'il n'y avais pas ici.
De la graine de vie. De l'héroine.
Je m'asseyais sur une des chaises, fixant la table
des yeux. Impossible de penser à quelque chose.
Pas de projets à venir. Rien que l'attente.
Je me soulevais avec peine, pour m'approcher à
nouveau de la fenêtre. Regards furtifs derrière
les persiennes. Le jour blafard me brûle les yeux.
Elle est quelque part dehors, dans la ville me dis-je.
Mais cela m'était égal.
Je chancèle, et les murs grisâtres de la pièce
me semblent un étau, et plus encore le dehors
un vague danger..
J'écarquille les yeux, pour tenter de deviner une vie
dans la rue soudain déserte.
Je m'aperçois alors que je ne respire plus.
Même cette sensation m'a quitté.
Je suffoque. Je me met à hurler, sans
pouvoir m'arrêter, à hurler une horreur sans nom..



11/06/2008
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