Ils sont sortis de leur souffrance autrement

 

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Ils sont sortis de leur souffrance autrement

Plutôt que d’aller vers une thérapie, ils ont choisi les chemins de traverse. Sport, écriture, travail associatif, religion ou peinture, c’est à l’écart des cabinets de psys qu’ils ont trouvé le remède à leur souffrance. Témoignages.

Anne-Laure Gannac

Comment surmonter la mort de son enfant ? survivre à l’enfer de la drogue ? résoudre un profond mal de vivre ? Pour beaucoup d’entre nous, la réponse se trouve chez les thérapeutes. Les hommes et les femmes que nous avons rencontrés ont choisi d’autres voies – associative, spirituelle, artistique… –, autant de chemins empruntés par hasard ou par passion. Certes, plusieurs d’entre eux reconnaissent les limites de leurs choix – un baume qui soulage la douleur sans guérir pour autant la blessure. Un remède sans doute insuffisant pour les personnes convaincues que l’on ne vient à bout de ses maux qu’en s’attaquant à leurs racines. Mais pour Bruno, Andrea, Jérôme, Nadine et Maryse, aller mieux c’est déjà beaucoup.

Bruno : Les arts martiaux m’ont sauvé de la drogue

Bruno, 41 ans, professeur de qi gong : « Les arts martiaux m’ont sauvé de la drogue »

Après une enfance difficile, Bruno a sombré dans la violence, la drogue et l’alcool. A 20 ans, il a découvert les arts martiaux. Le choc. Aujourd’hui père de famille, il forme des professionnels de qi gong.

« Vers 20 ans, j’ai eu un comme un flash. Je me suis soudain senti pollué, sale. Pour moi, faire une thérapie était tout à fait inconcevable. J’ai alors arrêté la drogue et l’alcool d’un seul coup. Et je me suis mis au sport : course à pied, boxe… Je devais exorciser toute la violence que j’avais en moi. Mais très vite, cela ne m’a plus suffi. J’avais besoin d’explorer mes dimensions “intérieures” et spirituelles : je me suis donc tourné vers les arts martiaux traditionnels.

Ils m’ont d’abord “nettoyé” et renforcé physiquement. A travers les exercices psychomoteurs, j’ai pu ensuite redessiner les contours de mon corps… Dans le même temps, je construisais mon identité. Dans la rue, tout est stratégie de fuite. Dans l’art martial, c’est le contraire. On vous apprend à vous confronter à vos faiblesses et à les transformer en forces. Pas de fuite possible. Les arts martiaux m’ont sauvé de la drogue, ils m’ont redonné confiance en moi.

Aujourd’hui, après des années d’approfondissement des valeurs philosophiques du qi gong, j’ai trouvé un réel épanouissement personnel. Le qi gong ne se pratique pas seulement quelques heures par semaine. C’est un mode de vie. Mais si, un jour, je sens que cette discipline ne me suffit plus pour avancer, j’aurai recours à d’autres méthodes, et pourquoi pas thérapeutiques. »

Andrea : Aucun psy n’aurait pu m’apporter autant de bonheur que l’écriture

Andrea, 45 ans, écrivain : « Aucun psy n’aurait pu m’apporter autant de bonheur que l’écriture »

Depuis son premier roman, “La Bostonienne” (Le Masque, 1991), Andrea H. Japp, toxicologue, s’est imposée comme l’une des grandes plumes du polar féminin. Ses personnages récurrents, Gloria Parker-Simmons et Julia Palmer, souffrent de troubles alimentaires.

« L’écriture offre à l’écrivain l’illusion de croire qu’il peut mettre ses propres souffrances et souvenirs dans ses personnages, tout en restant lui-même voilé. C’est un leurre.
Vers 18-20 ans, j’étais anorexique. Gloria, l’un de mes personnages, l’est aussi. Ce n’est pas un hasard si j’ai commencé par ce thème. Je traversais alors une période inverse de boulimie. Ce face-à-face a été très douloureux… Il y a un moment où vos personnages vous conduisent vers une zone où vous ne souhaitiez pas aller. Jamais, avant d’écrire, je n’aurais pensé que le fait d’avoir pesé quarante kilos trouvait son origine dans mon enfance. J’étais une petite fille brillante, bien élevée, obéissante… Et puis, cela m’a insupportée au point de me dire un jour : “Je vous emmerde et j’arrête de manger pour vous le montrer.”

Cela, je l’ai compris grâce à Gloria. Je suis certaine qu’aucun psy n’aurait pu m’apporter autant de bonheur que l’écriture. Que votre livre ait été reçu par des milliers de lecteurs s’identifiant à vos personnages et vous en remerciant, c’est un moment de plénitude inégalable. Oui, c’est surtout dans cette période de “l’après” que l’écriture comme thérapie prend tout son sens. »

Dernier roman paru : “De l’autre, le chasseur” (LGF, 2003).

Jérôme : Dieu m’a libéré du poids de mes souffrances

Jérôme, 37 ans, responsable de l’Organisation pour le financement de projets d’évangélisation (OFPE) : « Dieu m’a libéré du poids de mes souffrances »

Jérôme Mulsant (1) a grandi dans une famille bourgeoise sans problème. Jusqu’au suicide de son frère, en 1978. Parvenu à l’âge adulte, ses fantômes resurgissent du passé. Il trouve refuge dans la prière.

« Une femme, des enfants, un bon travail, une éducation religieuse… Après une adolescence difficile, je menais une vie que je croyais sans problème. En 1993, j’ai découvert un livre sur la mystique Marthe Robin. Tout à coup, je me suis vu tel que j’étais, un homme imbu de lui-même, autoritaire, égoïste, arrogant, mais s’affichant sans complexe à la messe. Cette image de moi m’a été insupportable. J’ai quitté mon travail et entamé une démarche spirituelle. Les prières, les confessions, l’eucharistie…, j’ai compris que les blessures de mon passé ne s’étaient pas refermées. Les images de la période qui a suivi le suicide de mon frère ont refait surface. J’avais 12 ans et j’accumulais les mensonges, les vols…

Et moi qui croyais en avoir fini avec tout cela. En fait, il me restait la culpabilité, la honte… J’ai eu besoin de revisiter mon passé. Un prêtre m’a accompagné dans ma démarche. Je n’ai jamais pensé à m’adresser à un psy parce que, pour moi, les dimensions psychologique et spirituelle sont indissociables. Par la confession, on donne ses souffrances à Dieu pour qu’il nous libère de leur poids. Oui, il m’a libéré de la culpabilité, qui m’avait empêché de vivre pendant tant d’années. »

1- Auteur de “Du royaume du fric au royaume des Cieux” (Presses de la Renaissance, 2003).

Nadine : Mon association me maintient la tête hors de l’eau

Nadine, 52 ans, directrice de l’Association Marilou : « Mon association me maintient la tête hors de l’eau »

1er janvier 2002, Marilou, 9 ans, est tuée sur le coup, renversée par une voiture. Au volant, un jeune sous l’emprise du cannabis. Ses parents ont créé l’Association Marilou pour les routes de la vie (1). L’objectif : offrir un soutien aux familles des victimes de la route.

« “Comment vais-je vivre sans elle ?” Après l’accident, je n’avais que cette question en tête. Et aucune réponse. Aller voir un psy ? Pour quoi faire ? Je suis moi-même psychologue. Et cela ne me servait à rien. Une mère ne peut pas se “soigner” de la mort de son enfant. Il me fallait trouver une raison de survivre, redonner un sens à ma vie. Et exprimer ma révolte : devant un accident qui n’aurait jamais dû exister ; quand j’ai su que le cannabis n’était pas une circonstance aggravante dans les accidents de la route ; en apprenant que le meurtrier de Marilou était condamné à neuf mois de prison.

Symboliquement, je devais continuer à m’occuper d’elle. Je voulais que tout le monde sache qu’elle était une enfant heureuse et merveilleuse. Tout cela, j’ai pu le réaliser lorsque nous avons créé notre association. Et le 23 janvier dernier, quand la proposition de loi sanctionnant la prise de cannabis au volant a été adoptée et dédiée par le ministre de la Justice à Marilou, j’ai eu la sensation d’une victoire. Comme si sa mort devenait moins absurde. Et puis, en aidant des familles de victimes, je me sens plus forte. Oui, il n’y a que l’association qui puisse m’aider à me maintenir la tête hors de l’eau. »

1- BP 23, 60240 Chaumont-en-Vexin. www.association-marilu.org

Maryse : La peinture m’a permis de me réaliser

Maryse, 63 ans, artiste peintre : « La peinture m’a permis de me réaliser »

Longtemps, Maryse a eu pour seule préoccupation son foyer. Il y a quinze ans, alors qu’elle vit seule avec son mari au Sénégal, son couple traverse une grave crise. Elle rencontre alors une artiste peintre.

« J’étais alors dans un mal-être profond. J’abordais la cinquantaine, mes enfants étaient partis, je vivais à l’étranger auprès d’un mari pris par le démon de midi. Un jour, dans une expo, je rencontre une artiste exceptionnelle, une femme russe et bouddhiste. Quand elle m’a proposé de suivre ses ateliers, j’ai accepté sans hésiter. Elle m’a permis de me libérer de mes problèmes en me faisant découvrir une dimension artistique et spirituelle.

Dans l’art, comme en thérapie d’ailleurs, c’est pareil. Il faut du temps pour améliorer sa technique et retrouver une certaine paix avec soi. Ces cinq années passées aux cours de cette artiste ont été une période de “gestation”. J’ai progressé. Artistiquement, mais pas seulement. Pour la première fois, je faisais quelque chose pour moi et par moi-même. La confiance en moi est progressivement revenue. J’ai alors quitté son atelier, pour trouver mon propre style. Je souhaitais que mon mari entende ma souffrance, qu’il réalise le mal qu’il m’avait fait. Mon couple s’est-il reconstruit grâce à cela ? En tout cas, il a évolué. Mon mari porte un autre regard sur moi ; plus je progresse, plus il est attentif… et fier.

Quant à moi, j’ai pris un véritable recul : la priorité réside désormais dans ma peinture et ce que j’entreprends pour moi. Bien entendu, mes enfants et mon mari sont la trame essentielle de ma vie. Je ne me connais peut-être pas aussi bien que si j’avais fait une thérapie classique, mais la peinture m’a permis de me réaliser. Et c’est le plus important. »



04/06/2013
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