La Synchronicité - Encyclopédie Wikipédia

Synchronicité

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Carl Gustav Jung, psychanalyste qui développa de profondes divergences de vues avec Sigmund Freud, proposa de nommer synchronicité l'occurrence simultanée de deux événements qui ne présentaient pas de rapport de causalité, mais dont l'association prenait un sens pour la personne qui les éprouvait. Un exemple que chacun a pu expérimenter est de recevoir un appel téléphonique d'une personne à laquelle on était justement en train de penser. Jung intégra ce concept à sa théorie du fonctionnement psychique. Le concept de synchronicité n'est pas un concept scientifique, et en ce sens, il n'a logiquement pas reçu de validation scientifique.

Sommaire

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Historique du concept [modifier]

C'est un jeune biologiste autrichien du nom de Paul Kammerer qui fut le premier scientifique moderne (avant Jung) à regarder les coïncidences sous un œil non-mécaniste. Dès 1900, et pendant plusieurs années, il note des observations de coïncidences. En 1919, il publie la conclusion de son travail qui décrit l'univers dans lequel on vit comme un « monde mosaïque, qui, malgré de constants mouvements et réarrangements, vise à réunir les choses semblables ».[1].

Jung, aidé du physicien Wolfgang Ernst Pauli, approfondira les travaux de Kammerer, en définissant le concept de synchronicité et en le liant aux processus de l'inconscient. Pauli & Carl Gustav Jung ont dialogué pendant de nombreuses années.[2] Pauli a suivi dans les années trente une cure analytique avec l'un des élèves de Jung, cure dont la série de rêves a été étudiée par Jung lui-même dans Psychologie et Alchimie.

Exemples de relations non-causales [modifier]

Ces exemples ne sont donnés que pour illustrer l'existence de telles relations.

  • Le premier est donné par le professeur Bruno Marchal dans sa thèse Calculabilité, physique et cognition, sans que celui-ci y cite le concept de synchronicité, mais montre un exemple de relation non-causale (malgré les apparences, il est vrai) :
Quand dans un dessin animé un pavé vient frapper une vitre, la vitre dessinée vole (en général) en éclats. Il ne s'agit bien entendu pas là d'une relation causale (le dessin du pavé n'étant en soi pas la cause du bris de la vitre, cette « vitre » n'existant d'ailleurs elle-même qu'en représentation dans notre esprit), pas plus qu'il ne s'agit d'une relation fortuite (hors effet spécial recherché par le scénariste, on serait en effet très étonné de voir la vitre se casser un moment avant ou un moment après l'arrivée du pavé. On a ici une idée assez voisine de la synchronicité.
La formulation exacte de Bruno Marchal est dans cette thèse : "Dans un dessin animé un mouvement (apparent) d'un projectile (apparent) envoyé (apparemment) sur une vitre (apparente) n'est pas la cause de l'éclatement (apparent) de la vitre (apparente)".
  • Un autre exemple de relation non-causale est l'implication en logique. P => Q ne suppose pas de relation de succession entre P et Q, mais que l'on ait toujours soit non-P soit Q.

La synchronicité dans la théorie jungienne [modifier]

Jung a évoqué la synchronicité dès les années 1930, mais ce n'est que tardivement dans son œuvre, dans les années 1940/1950 qu'il va la définir plus précisément en lui consacrant un ouvrage entier. «  Une synchronicité apparaît lorsque notre psychisme se focalise sur une image archétypale dans l'univers extérieur, lequel comme un miroir nous renvoie une sorte de reflet de nos soucis sous la forme d'un événement marqué de symboles afin que nous puissions les utiliser. Nous nous trouvons face à un "hasard" signifiant et créateur.»[1] Carl Gustav Jung illustrait ce concept par le célèbre exemple du scarabée d'or : alors qu'une de ses patientes en analyse lui racontait un de ses rêves et prononcait le mot scarabée d'or , un scarabée d'or s'écrasait sur la vitre de son cabinet, les troublant tous deux. Cette "coïncidence fortuite" allait permettre de relancer la thérapie stagnante de sa patiente...

Jung postule l'existence d'un "savoir absolu" constitué par un inconscient collectif formé d'archétypes. La synchronicité témoignerait alors d'une résonance entre le psychisme de l'individu et un archétype. Il écrit encore « Les lois de la nature sont des vérités statistiques, c’est-à-dire qu’elles ne sont en quelque sorte pleinement valables que dans le domaine des valeurs macro-physiques. Dans celui de l’infiniment petit, en revanche, la prédiction devient incertaine voire impossible, parce que les très petites grandeurs ne se comportent plus conformément aux lois naturelles connues. » [3]

Favoriser la synchronicité [modifier]

Dans la théorie jungienne, l'apparition de synchronicités peut être favorisée par l'intuition et par les rêves.

L'intuition [modifier]

L'intuition nous permettrait de nous diriger vers des évènements chargés de sens. Sous la gouverne du mental, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus court, le plus efficace, le moins risqué pour cet être, bref le plus logique. Sous la gouverne de l'intuition, le meilleur chemin vers lequel un être tend est le chemin le plus chargé de sens. En suivant son intuition, l'être marche vers la synchronicité. L'intuition peut alors être utilisée de deux façons :

  1. A partir d'une intention. Il faut alors formuler une intention, lâcher prise et écouter son intuition : Le suivi de l'intuition pourrait être une étape subséquente à une autre soit celle de la formulation d'une intention, d'un souhait. Dans bien des cas, cette première étape est souvent inconsciente. Voici un exemple, recensé dans le livre d'Erik Pigani qui illustre ces hypothèses :

    Lise, auteure de chansons, raconte une expérience particulièrement significative. Alors qu’elle était encore étudiante, elle décide d’investir toutes ses économies pour ouvrir un bar à chansons à Québec. Pour l’inauguration, elle aimerait faire venir des journalistes, mais tous lui répondent qu’elle doit créer un événement en faisant parrainer son bar par une personnalité. Le chanteur Félix Leclerc, par exemple. [Ici, elle formule une intention : contacter Félix Leclerc] Alors, elle cherche à contacter celui-ci, en vain. " C’était terrible. J’avais vraiment besoin de sa présence pour l’ouverture, raconte Lise. Sans lui, pas de presse. Mais je ne me suis pas découragée, j’ai eu confiance en la vie, sachant qu’elle apporte souvent des réponses à nos besoins fondamentaux. [Ici, elle lâche prise et s'ouvre] Le soir même, la jeune femme éprouve l’envie de faire un tour en voiture, poursuit Erik Pigani. Pourtant, c’est l’hiver, il fait nuit et froid. Elle roule donc. [Ici, elle suit son intuition]Tout à coup, devant elle une voiture fait une embardée et se fiche dans un banc de neige. Lise s’arrête, le conducteur sort de son véhicule… " et qui croyez-vous se trouvait devant elle? Pour ceux qui ne l’auraient pas deviné, il s’agissait de Félix Leclerc, bien sûr. " Quinze jours plus tard, relate le journaliste, le chanteur faisait l’ouverture du bar de Lise. " Il y a plusieurs exemples comme celui-là.[4]

  2. A partir d'une question : il faut alors poser une question, lâcher prise et écouter son intuition. On peut utiliser le principe de synchronicité également pour obtenir un conseil ou une aide éclairante en posant la question claire et honnête avec l'intention de connaître la réponse, en lâchant prise et en s'ouvrant à son environnement : en écoutant son intuition

Les rêves [modifier]

Selon les analystes jungiens, les rêves sont une matière intéressante.Ils fournissent des images et des scénarios qui peuvent être intéressants à étudier pour tenter de mettre à jour un sens aux messages et aux combinaisons oniriques de notre inconscient. Accorder de l'attention aux rêves, c'est encourager son mental à prêter attention aux détails de son existence, et cela aide à intégrer les messages inconscients à son vécu conscient,[4] et d'être ainsi plus à l'écoute des coïncidences et des synchronicités. C'est un travail de conscientisation.

Développements du concept [modifier]

Dans les sciences [modifier]

Le caractère non-reproductible des exemples de synchronicité fait que le concept n'a pas eu de fécondité particulière dans le domaine scientifique. On ne peut pas le considérer aujourd'hui comme scientifiquement validé.

Psychanalyse [modifier]

Le concept de synchronicité, mis en avant par Jung est utilisé en thérapie par les psychanalystes du courant jungien (psychologie analytique). Les autres écoles de psychanalyse (freudienne, lacannienne, etc.) ne reconnaissent pas de pertinence à ce concept.

Psychothérapies transpersonnelles [modifier]

Le courant de la psychologie transpersonnelle, né dans les années 1970 en Californie, proche des préoccupations du courant New Age originel, est marqué par l' influence importante de Jung et attache une grande importance à la synchronicité.

Littérature et paranormal [modifier]

La synchronicité suscite un certain intérêt dans le courant qui aborde souvent le thème des pouvoirs "psi" : télépathie, les prémonitions, médiumnité, etc. Le best-seller de James Redfield "La Prophétie des Andes" et ses nombreuses suites est basé entièrement sur l'hypothèse que les synchronicités et les coincidences ouvrent de nouvelles voies spirituelles et représentent un éclairage de la destinée. Il en va de même pour le roman L'Alchimiste, de Paulo Coelho. L'observation des synchronicités est une pratique qui est devenue commune ces dernières années à un certain nombre de personnes qui sont sur un chemin ou une voie spirituelle de conscientisation et mettent l'accent sur l'attention dans la vie quotidienne.

Domaine artistique [modifier]

En 1983, le groupe de rock The Police a sorti un album intitulé Synchronicity; dont la chanson éponyme disait : "Effect without a cause / Sub-atomic laws / scientific pause / Synchronicity"

Critiques du concept [modifier]

Causalité vs. acausalité [modifier]

La causalité fait partie des lois naturelles connues, or, la synchronicité est, par définition, acausale. Son existence réelle est donc mise en doute, du moins selon une vision uniquement déterministe du monde.

L'astro-physicien Hubert Reeves qualifie de "risquée" l'exploration de l'acausalité puisqu'un « événement est dit acausal jusqu’à ce qu’on ait découvert sa cause. C’est-à-dire son appartenance au monde des causes et des effets. » Il conclut alors: « L’histoire des sciences c’est, en définitive, la liste des relations causales découvertes successivement entre des objets apparemment sans relation. »[5] La question de savoir s'il existe des variables cachées pouvant expliquer une causalité en mécanique quantique est détaillée dans l'article Inégalités de Bell.

La synchronicité, objet pseudo-scientifique [modifier]

Article détaillé : Pseudo-science.

Le concept de synchronicité n'est pas, au sens de Popper, réfutable, au même titre d'ailleurs que la psychanalyse elle-même (cf critique épistémologique de la psychanalyse). Même si une théorie ou un concept pseudo-scientifique n'est pas nécessairement faux, cette question entâche sérieusement la netteté du concept.

Le concept de synchronicité couvre une large partie des critères permettant de caractériser une pseudo-science, notamment :

  • Un protocole expérimental invalide : il ne s'agit pas d'émettre une hypothèse puis de la vérifier, en prédisant un évènement, puis en vérifiant s'il est apparu ou non. Il s'agit ici de choisir parmi un vaste ensemble de coïncidences acausales (dont certaines se sont produites) un résultat intéressant. Il est alors facile de valider la théorie mais c'est un biais expérimental.
  • L'impossibilité de réfuter la théorie : ce point découle directement du précédent. Il n'est pas possible de dire que cette théorie est fausse puisqu'elle n'est pas assez cadrée expérimentalement.
  • Le choix d'une théorie arbitraire face à une explication simple : le rasoir d'Ockham (aussi nommé principe de parcimonie), heuristique féconde en épistémologie, invite à préférer les explications simples, lorsque c'est possible sans introduire d'entités non indispensables. C'est le cas ici si le phénomène peut s'expliquer simplement à partir des connaissances statistiques actuelles (loi des séries, par exemple : les probabilités nous indiquent qu'une "main parfaite" au bridge doit sortir de temps en temps.

Il semble difficile de prétendre justifier la synchronicité par le paradoxe EPR, celui-ci concernant des objets très petits et la synchronicité des objets macroscopiques.

Un mauvais usage de la statistique [modifier]

Un évènement statistiquement improbable n'a, par définition, que très peu de chances de se produire. Mais si on analyse une large quantité d'évènements improbables, il y a toutes les chances qu'il puisse s'en produire un (dans la mesure où la quantité d'évènements est inversement proportionnelle à la probabilité de chaque évènement). Les coïncidences acausales sont elles aussi fortement improbables, mais en raison même de la variété et de la quantité de ces coïncidences, la probabilité que l'une d'elle au moins se produise est très forte. Par extension, il est fortement improbable que jamais n'apparaissent une de ces coïncidences[6].

Richard Feynman cite un moment où il eut un pressentiment que sa grand-mère venait de mourir. À ce moment, le téléphone sonne, et c'était un appel de ses parents. Il s'enquiert immédiatement de la santé de sa grand-mère : il se trouve que celle-ci se portait très bien. Or qui pense à compter le nombre de coïncidences non réalisées ?

Des coïncidences non-espérées [modifier]

  • Dans le cadre de la synchronicité, le biais est double puisque les évènements improbables ne sont pas attendus. Il ne s'agit pas d'attendre un évènement donné mais un signe. La fiabilité du résultat ne dépend donc que de l'interprétation de l'expérimentateur, ce qui n'est pas admissible dans un cadre scientifique. De plus, il ne s'agit plus d'attendre un évènement fortement improbable, mais bien de tirer un évènement qui s'est produit (une coïncidence dans le cas de la synchronicité) et de constater qu'il était en effet tout à fait improbable. L'ensemble des coïncidences admissibles et acausales est extrement large face à la probabilité de chaque coïncidence. Il est donc très probable qu'un de ces évènements se produise.

Si vous allez voir un nombre gigantesque d'endroits et considérez comme une preuve tout ce sur quoi vous tombez, vous êtes sûr de découvrir du sens là ou il n'y en a pas.

-- John Ruscio[7]

  • En psychologie, le processus tendant à considérer comme des choix personnels dictés par une attitude rationnelle ce qui est souvent le résultat de concours de circonstances s'appelle la rationalisation. Le processus de reconnaître des symboles ou des motifs dans des données aléatoires ou sans sens particulier s'appelle apophénie.
  • Umberto Eco a raillé cette propension à la recherche de coïncidences dans un de ses romans :

Il ouvrit tout grands et théâtralement les battants, nous invita à venir voir et nous montra, au loin, à l’angle de la ruelle et des avenues, un petit kiosque de bois où se vendaient probablement les billets de la loterie de Merano. « Messieurs, dit-il, je vous invite à aller mesurer ce kiosque. Vous verrez que la longueur de l’éventaire est de 149 centimètres, c’est-à-dire un cent-milliardième de la distance Terre-Soleil. La hauteur postérieure divisée par la largeur de l’ouverture fait 176 : 56 = 3,14. La hauteur antérieure est de 19 décimètres, c’est-à-dire égale au nombre d’années du cycle lunaire grec. La somme des hauteurs des deux arêtes antérieures et des deux arêtes postérieures fait 190 x 2 + 176 x 2 = 732, qui est la date de la victoire de Poitiers. L’épaisseur de l’éventaire est de 3,10 centimètres et la largeur de l’encadrement de l’ouverture de 8,8 centimètres. En remplaçant les nombres entiers par la lettre alphabétique correspondante, nous aurons C10H8, qui est la formule de la naphtaline. .

-- Umberto Eco[8]

  • Une illustration intéressante phénomène probabiliste surprenant pour la psychologie humaine est donnée par le paradoxe des anniversaires.


Bibliographie [modifier]

  • "L'univers informé : La quête de la science pour comprendre le champ de la cohérence universelle" de Lynne McTaggart, Annie Ollivier 2006

Notes et références [modifier]

  1. ab La synchronicité selon Jung, http://www.alliancespirite.org/dossier-4.html.
  2. Correspondance 1932-1958. Albin Michel, 2000.
  3. Carl Gustav Jung, Synchronicité et Paracelsica, Éd. Albin Michel, 1988.
  4. ab Erik Pigani," Provoquer des hasards heureux, c’est possible! ", Psychologies, septembre 1999.
  5. Hubert Reeves, " Incursion dans le monde acausal "La Synchronicité, l’Âme et la Science, Éd. Poiesis, Diff. Payot, 1984.
  6. Broch & Charpak réservent une partie de leur livre pour détailler ce point, en commentant une photographie réalisée par l'un d'entre eux, photographie troublante puisque faisant apparaître un phénomène tout à fait improbable. Lire Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants !, Odile Jacob, Sciences, 2002.
  7. John Ruscio. The Perils of Post-Hockery, Skeptical Inquirer, November/December 1998 in [1]
  8. Umberto Eco. Le pendule de Foucault

Liens externes [modifier]



08/08/2007
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