Le prisme fluctuant et déformant de mes pensées bipolaires

 

 

Le prisme fluctuant et déformant de mes pensées bipolaires

 

31/10/2010

Témoignages > Se soigner

Jʼérige chacun de mes problèmes en petits drames dont les effets conjugués engendrent une angoisse quasi permanente.
Un effort de synthèse mʼa conduit au constat que jʼérige chacun de mes problèmes en petits drames dont les effets conjugués engendrent une angoisse quasi permanente. Je peux quand même faire preuve de lucidité dans ces moments et relativiser leur gravité. Mais cette prise de conscience ne sʼaccompagne pas de lʼapaisement logique de se savoir en sécurité. "La peur dont je souffre et qui se déploie de façon dévorante nʼest quʼune construction de mon esprit, une exagération dʼappréhensions qui, en elles-mêmes, ne sont pas de nature à générer "normalement" un tel stress." Ca relève du bon sens improductif.

Certes, on ne peut pas dire que jʼai été gâté par la nature. Disons que jʼai pas mal de "défauts" qui me font transgresser un certain ordre, lui même composé de divers codes et normes censés structurer les rapports des gens de façon à peu près cohérente. Ouf !  Jusquʼici tout va bien, seulement je crois que je développe une trop grande sensibilité à la prise  quʼexerce cet ordre sur moi. Ainsi les sentiments dʼécart, de marginalité quʼon peut ressentir à déroger à certaines règles se trouvent considérablement amplifiés parfois dans la démesure chez moi.

Succinctement :
  • mon homosexualité et le calvaire de sa dissimulation face à un environnement social hostile,
  • des  problèmes identitaires: sentiment dʼune occidentalité inconciliable à ma culture dʼorigine maghrébine dont je ne peux me défaire,
  • ma solitude (même si je fais lʼeffort de mʼentourer) face à la tyrannie du lien social,
  • mes études sous lʼempire dʼune exigence vitale de réussite...
Toutes ces tensions, non dépourvues de liens entre elles, tendent à se  manifester, dans les moments critiques par de la frustration, par une angoisse circonstanciée et incontrôlable et, corrélativement, par un défaut de légitimité à paraître, un mal-être qui rend ma présence avec les autres inconfortable, impropre.
A supposer que tous les facteurs possibles de dévalorisation que jʼai cités plus hauts soient écartés par la raison, lʼapaisement logique qui devrait en découler ne survient  pas, tant je serais sensible aux codes de conduite que jʼai pu, à tort sous lʼempire dʼun trouble potentiel ou à raison, identifier et au jugement réprobateurs quʼon pourrait me porter suite à leur transgression. Ces  défauts me conduisent généralement vers des sentiments de faute, dʼindignité, dʼinfériorité, ou de pathétique.

Une cause surplombant peut être toutes celles précitées: le souci dʼune réputation irréprochable qui fait je mʼimpose une certaine image de pureté que le moindre événement susceptible de lʼentacher prend la tournure dʼun drame insurmontable et ces tensions procèdent de lʼécart entre mes insuffisance et cette norme, on qui ne va pas dans le sens de cette exigence de pureté.

Et si justement ces tensions nʼétaient en fait que des symptômes, et que le fondement de ces problèmes existentiels résiderait dans une propension abusive à dramatiser les difficultés ?
Cʼest là que je me rend compte de la dimension possiblement pathologique de mon état, changeant au gré des circonstances; dans une "bonne" période, tous ces problèmes se ressentent minorés et donc les lire me donne presque lʼimpression de leur être étranger; à lʼinverse, sous lʼempire dʼune pression "morbide", ces problèmes ressurgissent, sʼenchâssent dans des scénarios sans fin à mʼen faire perdre la tête.

Sur lʼéventualité dʼun trouble bipolaire, même minime, mon état dʼesprit tendrait habituellement vers le pôle négatif.
Il est pourtant de rares moments où une prise de conscience de la relativité de mes problèmes est en adéquation avec un réel calme, et dans lesquels je vais jusquʼà me demander pourquoi de telles futilités mʼont mis dans un état aussi lamentable. Ces rares instants me font entrevoir toutes les perspectives qui me sont ouvertes et qui ne sauraient plus  être contrariées par des peurs absurdes. Prendre la parole posément, entreprendre des projets, mʼaffranchir du regard des autres qui, en réalité, sont moins affectés par mon comportement que je puis lʼimaginer. En somme, des moments de légèreté qui me rattachent à la vie et toutes ses potentialités.

Mais cet état dʼesprit positif est bien trop limité dans le temps. Il se présente  souvent le soir et disparaît au réveil. Lʼeuphorie et lʼaudace de la veille laissent place à la sensation désagréable dʼune vie cloisonnée quʼil faudra fuir ou subir. Lʼexaltation des projets à réaliser se heurte au doute, mué bientôt en inhibition, ce qui me complaît dans la fatigue et lʼapathie quand je devrais  agir. Sans doute est-il plus commode de se projeter dans une vie idéalement heureuse et productive à des moments où lʼon est certain de ne pas agir, de ne pas faire face à la vie immédiatement ? avant le sommeil par exemple. Le retour à la réalité, au monde est forcément plus dégrisant.

Les phases positives sont rares mais marquantes :  je ressens un apaisement tellement inhabituel quʼil en est presque troublant. Cʼest comme si les tensions ordinaires de mon corps se dénouaient. Je le sens plus souple, moins lourd et mes gestes moins heurtés. Mes pensées noires perdent de leur acuité et je me sens plus capable pour lʼavenir. Je sens que je peux faire tout un tas dʼactivités et avec un enthousiasme et une agitation qui mʼont toujours fait défaut, que je constate chez dʼautres jeunes, et qui me font prendre toute la mesure du gâchis de ma jeunesse peureuse et apathique.

Dans les phases plus "exaltées", je me projette dans des situations grandioses; je me vois dans des débats dʼidées de très haut niveau, face à des personnalités marquantes,  défendant mes arguments "que je pense avec minutie" avec une répartie et un talent oratoire exceptionnels ;  de là sʼenchainent des péripéties qui vont crescendo vers une sorte de gloire qui impressionne le monde et mes pairs, tant je brûle de leur reconnaissance.
Cet état coïncide souvent avec  une envie presque frénétique de lire et accroître mes connaissances, de faire du sport et réaliser les efforts pour améliorer mon apparence et mon environnement; efforts dont la seule pensée me décourage  en période "normale".
La pression diminue et au coucher, jʼai lʼespoir  que cet état dʼapaisement se maintiendra.

Mais le lendemain, le sentiment général dʼinconfort reparaît et la survenance de lʼétat inverse paraît tout aussi improbable que lorsque la veille, je me disais que je ne pouvais plus  aller  mal.
Dès lors,  il suffit quʼun évènement pressant et  perçu négativement survienne, comportement hostile, risque dʼun jugement négatif, perspective noire, pour que le côté le plus instable précédemment décrit ne se manifeste. Sa pression incoercible, et la honte quʼil mʼinspire mʼinclinent vers lʼévitement voire me pousse à la fuite.
Je me dégoute. Cette logique dʼévitement liée au sentiment de ne pas être légitime à paraître, à ériger ma personnalité au niveau de ceux qui mʼintimident découle elle même dʼune logique de dévalorisation.
Un traitement sur le fond est-il suffisant quand il sʼagirait aussi dʼagir contre le prisme fluctuant qui me fait sur-interpréter les choses qui mʼarrivent ? Une solution pour tendre vers un moyen terme.


02/05/2013
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