Les détenus souffrant de troubles psychiatriques sont insuffisamment pris en charge

 

 

Les détenus souffrant de troubles psychiatriques sont insuffisamment pris en charge. Pour certains, les choses s'aggravent en prison. : Ouest-France


C'est ce que craint un psychiatre brestois intervenant en maison d'arrêt. De plus en plus de détenus souffrent de troubles, mais peu sont détectés et pris en charge.
Entretien
Le Dr Michel Schmouchkovitch, chef de service à l'hôpital psychiatrique de Brest, intervient à la maison d'arrêt.

Vous affirmez que nombre de détenus souffrent de problèmes psychiatriques lourds mais ne sont pas détectés ?
Sur une population carcérale de 400 détenus à Brest, environ 10 %, soit une quarantaine de personnes, sont des psychotiques dont beaucoup ont tendance à se replier sur eux-mêmes quand ils ne sont pas envahis par un délire ou des hallucinations. S'ils sont incarcérés pour un crime ou pour d'autres faits très graves, il y a une expertise. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Certains détenus ne font pas parler d'eux et l'on découvre souvent par hasard qu'ils souffrent de troubles importants.

Vous avez des exemples ?

Un détenu vu en consultation pour un renouvellement de son allocation d'adulte handicapé. Il était incarcéré pour vol. Pendant la consultation, il m'a confié qu'il entendait la voix de son ex-amie qui s'était suicidée. Ou un autre, condamné à trois mois ferme, pour vol de carburant. Il refusait les prélèvements ADN mais ne disait pas pourquoi. En fait, il a un délire sur sa filiation. C'est sa mère qui nous l'a appris par lettre. Ces détenus, avec des pathologies peu bruyantes, il est important de les dépister pour débuter ou poursuivre une prise en charge médicale.

Quels sont les risques ?

Le risque de récidive est important, d'autant qu'un passage à l'acte mineur peut annoncer des conduites bien plus graves. Ils entrent dans une sorte de spirale. Ils ne sont pas suffisamment pris en charge, et, pour certains, les troubles psychotiques s'aggravent car la prison est un milieu hostile. Je ne dis pas que leur place est nécessairement à l'hôpital. Il faut une sanction à ces délits. Mais il ne faudrait pas que la tendance à responsabiliser les malades mentaux se traduise par une privation de soins du fait de leur incarcération. Il y a là un vrai problème de santé publique.

Quels sont les moyens dont vous disposez en prison ?

C'est la misère ! Nous n'avons qu'un mi-temps de médecin psychiatre. À la maison d'arrêt, environ 150 détenus ont un traitement avec des psychotropes, que ce soient pour une dépression, de l'angoisse liée à l'enfermement, les problèmes de toxicomanie. Je crains que l'on aille vers un asile psychiatrique en prison. La création à Rennes, l'an prochain, d'une unité hospitalière spécialement aménagée, une UHSA, offrira 40 places (1). C'est une bonne chose, mais c'est très peu pour une région pénitentiaire qui comprend la Bretagne, les Pays de la Loire et la Basse-Normandie.

Recueilli par Yannick GUÉRIN.



09/05/2013
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