Mes Débuts en Arts

 

 

Il m'est souvent arrivé de rencontrer une belle femme, ou d'en voir une tout simplement passer, comme la plus part des gens. Je suis alors admirateur, puis captivé par sa beauté et sa personnalité que j'entrevois ou que je crois entrevoir.

Mon désir naturel additionné à celui de ma maniaco-dépression qui me poussait à l'époque de mes 33 ans à désirer toutes les femmes du monde me poussait alors vers elle.

Mais je m'interroge, car j'ai une femme, belle aussi, que j'aime, et il n'est pas vraiment nécessaire de vouloir en approcher une autre.

Dois-je alors céder à la tentation.. ?

Alors je décide de la dévisager, comme pour me tester ou la tester.

Je la dévisage des pieds à la tête, je la dévêtit entièrement, et l'observe dans ses mouvements, dans sa grâce féminine, un peu en retrait pour ne pas me faire remarquer, comme si je dessinais un portrait de nu, traçant ses arabesques et ses milles courbes.., mais assez pour me faire voir, pour lui faire comprendre que je l'observe.

Puis le charme opère régulièrement, et lentement ma pensée s'accélère, et je peux dès lors maintenant capter ses moindres oscillations, ses moindres battements. Son corps se forme dans mon esprit, sa pure réplique, et j'ajoute à chaque seconde ses nouveaux mouvements, pour en faire une représentation intime et fidèle..

Puis ma pensée s'accélère, et je peux peindre ses émotions, pour apprendre son visage. Je l'imagine entrain de me sourire. J'ai la sensation de me fondre en elle, de virevolter avec sa pensée, son âme. Et je glisse en imaginations sans limite...

Mes yeux sont maintenant plantés dans son regard, et je fixe celui-ci pour y lire des mots, traverser sa pensée, et sentir sa sensualité …

Je traverse un état de grâce, et mon regard devient si insistant que son visage se tourne, comme aimanté, et nous croisons nos yeux, et je plonge les miens dans les siens, et son regard s'arrête, figé, ouvert comme une porte immense. Je projette mon désir. Elle est là immobile, comme arrêtée dans le temps, puis elle baisse les yeux par pudeur, puis les relève et affronte à nouveau mon regard, et son corps oscille, elle attend, l'éternité passe, et j'hésite, me tords de doute, me décide à nouveau, et plonge dans ses yeux. Energie inconnue qui traverse ma pensée… Je sais qu'elle est là, offerte, comme un fruit défendu, que nos corps et âmes vont peut-être palpiter...

Puis j'hésite à nouveau, l'éternité passe, elle est là qui m'attend, qui baisse et relève les yeux, comme une offrande.

Je capitule à mon désir, et je m'avance vers elle…

J'aurais voulu la connaître auparavant, depuis toujours, pour lui prendre la main, et l'entraîner au-delà des saisons, comme deux êtres éthérés.

Puis traverser les champs de blé d'or, et nous étendre dans l'herbe des moissons, virevolter dans une danse éperdue, prendre son visage dans les mains, face à face, et lui conter l'histoire des passés et futurs confondus, comme un enfant à un autre..

Je ne sais si tous les hommes sont ainsi ou pourraient l'être, mais je sais qu'à cet instant je suis devenu un chasseur, et que son âme m'échappera, pour n'en garder que le souvenir, le goût amer d'une autre vie qui s'en va...

Mon cœur est déjà pris, par un amour sans fin. Je suis bredouille, j'ai rêvé, à la muse de toujours.

Je fus Casanova, je fus Don Juan, pour nourrir les siècles en vaines chimères…

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Ce n'est pas la quête de l'amour qui me conduit vers les arts. C'est le souvenir ancien d'un autre âge. Celui où je marchais dans les forêts et où je rêvais allongé dans les prairies en regardant les nuages défiler.

Je suis épuisé de résister aux arts. De résister à cette envie furieuse de créer. Que sais-je de la création ? La simple idée de créer me terrorise. La simple idée de peindre me fait fuir.

Je ne sais ce que je vais trouver au bout du chemin des arts.

J'ai peur. Peur de découvrir ce qu'il y a après.

Cet inconnu, c'est moi-même ? Peut-être ? Ou les autres ?.

Cela faisait 25 ans que les enfants du lycée avaient détruit mes deux premiers tableaux et m'avaient roué de coups. J'étais trop en avance sur mon âge. Et puis j'étais gros.

Mon cerveau est maintenant mort et douloureux.

Ma volonté de peindre brisée.

J'ai 33 ans.

C'est avec grande peine que je m'inscris au Centre culturel de Melun. Je décide de m'inscrire à tous les cours : dessin académique, dessin de nu, expression plastique, aquarelle.

Je découvre un nouveau monde. La plus part des élèves sont des femmes. Il y a peu d'hommes. Je m'imaginais que la plus part des artistes étaient des hommes. Comme le montre l'histoire des arts. La libération des femmes est-elle aussi entrain de révolutionner les arts ?

Je ne m'imagine pas comme artiste. Cela m'est interdit. Ma place n'est pas ici, elle est ailleurs. On ne devient pas artiste à 33 ans.

33 ans, c'était peut-être l'âge de mourir sur la croix, comme le Christ, mais pas celui d'être artiste. Il était trop tard pour moi.

Pourtant, je m'accrochais désespérément. C'était dans mon tempérament.

Avec l'énergie d'un condamné. Mais condamné à quoi ? A l'échec ?

Le premier dessin que je fais est une plaine d'où sortent de terre des corps à moitié ensevelis qui se tordent de douleurs. Vision de l'Enfer. Je ne suis pas vraiment conscient. La prof d'art plastique me regarde avec un air bizarre. Elle doit me prendre pour un cinglé. Elle a peut-être raison.
Mais je comprends que les horreurs que j'ai vécues enfant sont entrain de ressortir sur ma toile ..

Je comprends aussi que les cours que je vais suivre vont porter en grande partie sur l'étude du corps humain, et notamment sur celui de la femme. Nous faisons du dessin de nu entre autre.

Les modèles changent, et je progresse de façon très rapide, au point que je dépasse rapidement tout le monde. Un de mes profs me propose me m'acheter un de mes tableaux. Il insiste. Je ne veux pas.

Et puis viennent les liens affectifs qui lient l'artiste et le modèle de nu féminin …

Cela faisait plusieurs mois que je travaillais maintenant sur la beauté de la femme à travers le dessin de nu. Nous avons tous eu l'occasion de voir un corps nu, le nôtre d'abord, puis celui de son conjoint bien sur, et tous ceux que peuvent montrer la télévision et les magazines.

Mais il ne s'agit pas de voir, en l'occurrence cette fois-ci, mais bien d'étudier, de comprendre ce qui se cache derrière le corps.

Quelle fut ma surprise la première fois quand je vis le corps nu dénudé d'une femme.
Pour la première fois il n'y avait pas en jeu une relation de désir, mais une relation nouvelle, différente, indescriptible ... Une relation presque religieuse. Oui religieuse.

Et quelle fut ma surprise quand après avoir dessiné mon premier nu, je m'apercevais que plus je m'appliquais, et plus je découvrais de nouveaux détails, de nouveaux sens, qui m'entraînaient à nouveau sur des pistes inconnues de moi ..

Je me projetais dans un maelström de sensations étranges, ce qui me fit dépérir de fatigue tant je m'appliquais, dans une sorte de songe éveillé, où je revisitais mes rêves de la nuit…

Après un repos bien mérité, je repris mon rêve : tenter de comprendre l'âme humaine en étudiant son enveloppe, le corps. Je me plongeais dans l'étude des dessins de ceux qui m'avaient précédé pour comprendre la magie par laquelle un corps pouvait prendre vie dans un dessin, jusqu'à se libérer de la page, et devenir une entité propre. Une entité vivante.

Je travaillais avec rage. Mais je n'arrivais pas à dessiner l'âme de mon modèle, qui rend le dessin aussi vivant que le modèle. 

L'occasion d'atteindre cette âme allait arriver, là où je m'y attendais le moins, lors d'une réunion d'artiste, où le modèle vivant n'avait pas pu venir, et où il avait fallu faire à la va vite, et trouver une remplaçante sur le pied de guerre. En l'occurrence, il s'agissait d'une femme de forte taille, et d'une cinquantaine d'année.

Celle-ci se déshabilla et se mit sur la scène, offerte à nos regards inquisiteurs ou curieux. Nous ne la connaissions pas. Elle était d'origine polonaise.

Quelle ne fut pas ma surprise quand l'assistance poussa un murmure désapprobateur, puis fit fuser des phrases moqueuses : " mon dieu qu'elle est laide ", " oh qu'elle est grosse ", " je ne pourrais jamais dessiner une telle horreur ".

Je la regardais, se blottissant contre le mur, le regard tourné vers le sol, probablement meurtrie par ce qu'elle venait d'entendre.. Mais le monde est ainsi, sans complaisance ni pitié. Même chez les artistes.

A ces mots, mon sang se figea, mon cœur se mit à battre à tout rompre, et je dus me retenir pour ne pas exprimer ma réprobation à l'encontre des persifleurs. En effet je me souvenais aussi que les enfants de mon lycée se moquaient de moi car j'étais en surpoids.

Je pris avec brusquerie mes crayons et ma feuille, puis fixais la pauvre femme qui continuait à se tordre pendant des minutes interminables. Jusqu'à une sorte de vertige. Une porte semblait s'ouvrir en moi. Des comètes traversaient ma pensée. Sensation étrange. La femme semblait entrer en moi. Son enveloppe s'était déplacée.

Puis je dessinais de manière saccadée, sans presque regarder ma feuille, hypnotisé par le modèle, avec une rage folle, en proie à une extase..

Quand je finis le dessin, il s'était passé une éternité. J'avais pourtant fini avant les autres. J'étais dans un état inquiet, puis je pris la peine de regarder mon dessin. Je ne voulais pas le croire. Cela ne semblait pas être mon dessin mais celui d'un autre.

Puis ne bougeant pas, ma voisine fut intriguée, et regarda par dessus mon épaule, puis poussa un cri " non.. ce n'est pas possible, venez voir, venez voir toutes, c'est incroyable!.. " Puis les autres s'approchaient, et c'était un concert d'exclamations.. J'étais figé, comme terrorisé .

Le modèle s'approcha intrigué, et je lui tendis le dessin pour qu'elle le vit.

Elle poussa un petit cri de surprise. Puis planta un regard étrange dans les miens. J'étais fier pour elle. Plus personne ne pourrait lui dire qu'elle était laide. Elle pouvait être satisfaite. Etrangement j'avais bien reproduit son obésité sur ma feuille de dessin, mais celle-ci paraissait extraordinairement belle.

Puis je lui dit " gardez le dessin, je l'ai fait pour vous. Il est à vous ".

Elle me fixa encore dans les yeux. J'y vis une relation étrange. Elle alla doucement se remettre à sa place, pour une autre pause, son dessin à la main.

J'avais dû sortir de quelque part pour aller chercher sa beauté intérieure..
Mais où avais-je été ?

J'étudiais donc la femme le jour lors de mes cours artistiques, puis je montais aussitôt les cours finis avec ma voiture sur Paris, et déambulait pendant des heures sur les boulevards pour trouver la ou les prostituées avec qui j'allais finir les études de la journée.

Ma maniaco-dépression m'avait surexcité pendant les cours de la journée, et il me fallait maintenant avoir les plus belles femmes de Paris pour les admirer longuement nues, dans des chambres d'hôtels obscures. Souvent je leur demandais de discuter, pour connaître leur parcours. Il arrivait que certaines me proposent de devenir leur petit ami. La plus part me racontaient une enfance difficile, de la violence, la drogue, les maquereaux.

Il y avait la beauté de ces corps, car je leur demandais de prendre des poses pour moi.

Puis je rentrais chez moi rejoindre ma femme, comme s'il ne s'était rien passé.

L'un des modèles de nu en école me proposait de coucher avec elle. C'était la plus belle de toutes. Ma muse en dessin. Je refusais et elle me répondait que je le regretterais un jour. Elle avait 20 ans, était belle et sa blondeur lui donnait l'aspect d'un ange. Et c'est vrai, lorsqu'elle partit vivre au Canada, je regrettais au fond de ne pas l'avoir écouté. Mais je n'aimais pas tromper ma femme avec les quelles j'aurais pu avoir des sentiments.

Pourtant je me considérais comme fini, comme fichu sur le plan artistique. Je resterais sans doute un petit dessinateur.

La fin de l'année se terminait curieusement. Je me rendais compte que plus le temps passait, et plus j'attirais les modèles de nus à l'école de dessin, sans vraiment comprendre pourquoi. Je me demandais si je ne mêlais pas le désir à l'art trop fortement. Ce qui pourrait expliquer que je n'étais pas satisfait de moi.

Ma maladie me faisait souffrir un martyr. J'étais très dépendant des femmes. De mes désirs. Et les femmes sentaient intuitivement mon penchant vers elles.

J'allais faire du dessin de nu pendant dix ans. Puis j'arrêtais quand je tombais très malade.
Puis la plus part de mes dessins furent volés.

Il me reste les souvenirs.
Les souvenirs de femmes si belles à dessiner.

Maintenant que tout s'est écroulé autour de moi, je souhaiterais revenir aux arts.
Mais je trouve toujours une bonne raison pour remettre au lendemain.
Pourtant on m'avait interdit de peindre dans mon enfance.
Les enfants détruisaient mes tableaux.

Alors pourquoi ne pas en profiter maintenant que je suis libre ?

 

 

 

 



07/08/2007
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