Partie 04 - Enfance

n'avaient-ils pas le culte des forces de la nature ? Ce même culte que je vouais à la nature sans le savoir ?

Je savais que j'allais devoir abandonner ce monde qui me fascinait pour rejoindre le lycée de Soissons et poursuivre mes études comme interne dans l'internat de la pension. J'avais 9 ans.

L'arrivée au Lycée de Soissons le premier jour me tord le ventre. Les enfants sont d'une brutalité inouïe, gesticulent et crient dans la cour en attendant l'arrivée des professeurs.

J'ais l'impression d'être dans une gigantesque basse cour où nous attendons tous de savoir à quelle sauce nous allons être assaisonnés.

On allait nous gaver comme on gave les oies de connaissances absurdes, et de raisonnements qui n'en sont pas.

Le lycée est d'un modèle architectural ancien ; les salles de cours sont meublées de vieux bureaux en chêne agrémentés d'encriers blancs, et les parquets en bois se déforment sous le pas des élèves en gémissant. L'odeur agréable de la cire imprègne les salles de cours.

La grande cour de récréation entourée d'arbres est aux centre des différents bâtiments du lycée. Les professeurs ont vraiment des têtes de professeurs. Ils ont un visage grave, antipathique, et trop sérieux pour la circonstance. Le professeur de mathématiques est comme toujours le plus antipathique. Il me fera penser au dictateur Franco par la suite, quand il se met à discourir sur ses équations mathématiques.

Mais j'ai un rôle à tenir. Mon grand-père jésuite a fait ses études dans ce lycée. Mon demi-frère aussi a été reçu comme lycéen dans le lycée. Le lycée garde d'ailleurs toujours ses attaches avec les jésuites. On y voit des prêtres qui enseignent et qui déambulent dans les couloirs.

Les dortoirs sont immenses, et contiennent chacun au moins une quarantaine de lits. Une chambre sans toit se trouve au milieu de l'immense salle où dort le pion qui surveille le dortoir. Les réveils le matin se font au son d'une cloche électrique violente qui nous tire brusquement du réveil. Les ablutions dans les lavabos se font à l'eau froide. Il n'y a pas d'eau chaude, ni de salles de bains et de douches.

Le petit déjeuner s'effectue dans le sous-sol avec un café amer, du pain à moitié rassis, un morceau de beurre, de la confiture et des sachets de miel en plastique mou.

Je resterais inconnu du professeur de gymnastique. Je sèche le premier cours et celui-ci n'a donc pas mon nom quand il relève les présents. Je serais inconnu de celui-ci pendant les deux ans de mon séjour dans le lycée. Je déteste le sport collectif que je trouve barbare, et redoute les sports de salle où on vous fait travailler sur des appareils qui n'ont aucune utilité. J'étais pourtant à l'époque un spécialiste pour grimper aux arbres, et pour aller cueillir leurs fruits jusqu'à l'extrémité de leurs branches les plus hautes.

Ma mère bourre ma valise à chaque retour de week-end de chocolateries et de friandises. Ma valise est quotidiennement pillée des inconnus. Puis je place mes trésors dans mon casier que je ferme à clef. On me vole ma clef que je récupère. Puis les enfants me menacent alors pour que je distribue mes friandises. Je propose au plus grand de ma classe une partie de mes friandises pour que celui-ci me protège. Je n'ai alors plus de problèmes. Plus personne n'ose m'ennuyer.

Je commence à apprendre les règles des enfants qui sont basées sur l'envie, le vol, la menace et l'extorsion. Il n'y a pas de juge pour les enfants qui sont au collège. S'il n'y avait pas la justice de la République, les rapports entre les adultes seraient semblables à la loi des enfants. C'est la loi du plus fort. Et je commence à le découvrir.

C'est le règne animal.

Le monde végétal que j'aime tant a disparu.

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07/08/2007
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