Partie 03 - Enfance

soutenir son regard, regard qui cherchait à croiser mes yeux, pour m'attendrir, pour demander le pardon.

L'homme avait de beaux yeux bleus, cheveux blonds bouclés comme beaucoup de sa nationalité. Il était jeune. Il avait toute la vie devant lui.

Et il s'était retrouvé face à nous, comme nous tous, dans cette guerre qui n'en finissait pas.

Combien de temps allais-je encore attendre, 10 secondes, une minute pour faire ma besogne.

Il fallait en finir, rejoindre mon bataillon qui prenait possession des tranchées.

Soudain l'Allemand se mit à parler.

"Je suis jeune. je n'ai que 20 ans"...

Il s'était prononcé dans un français impeccable, avec un léger accent.. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me parle dans ma langue maternelle.

Je baissais les yeux. Et palpait la ferrure de mon fusil machinalement et reculais de deux pas...

"Je vous en prie" reprit-il, " J'ai ma fiancée qui m'attend, elle n'a que moi. Et nous nous aimons."

Je le regardais dans les yeux. Je n'y vis pas de peur, mais une grande tristesse. Une tristesse qui me gênait.

J'eus envie de lui répondre, mais ma voix s'était étranglée dans ma gorge.. Et qu'aurais-je répondu ? Que cela était ainsi... Que c'était la guerre qui voulait cela.

Je relevais mon arme et pointais celle-ci en direction de sa poitrine, pour viser le cœur.

Puis plaçais mon index sur la détente..

Je regardais l'homme dans les yeux une dernière fois.. Je vis alors une larme couler sur sa joue..

"Vous savez, je l'aime.. Si vous saviez comme je l'aime tant".

Je fus traversé par un courant électrique. Je ne comprenais pas. D'habitude j'aurais déjà fini mon travail. Que penseraient mes tirailleurs s'ils me voyaient ainsi, hésiter..

Oui, je pouvais lui laisser la vie. Mais à quoi cela aurait servi ? Nos bataillons devaient investir les tranchées..

Il devait de toute façon succomber...

Mais je pouvais aussi le laisser là, lui laisser sa chance, un répit, ne plus voir ses yeux qui me perçaient.

Je pressais soudain la détente, et une longue déflagration résonnait dans mon crâne.. Et je vis le torse de l'Allemand se projeter en arrière, dans un soubresaut...

Je regardais ses yeux ouverts, tournés vers le ciel.

La photo avait glissé de sa main..

Les larmes me venaient au yeux..

Oui il était temps que cette guerre finisse.

 

Mon Arrière grand-père envoyait à sa femme une carte postale par jour, et cela pendant une durée de 20 ans environ, et ces cartes postales, qui avaient une valeur inestimable, selon ma grand-mère, à cause des timbres rares et anciens des colonies, avaient été volées pendant un déménagement avec deux poignards hindoux dont les lames étaient empoisonnées par un poison mortel.

Les hommes sont étranges. Ils sont encore plus étranges que les femmes. Les femmes me rassuraient, encore que j'avais vu ce qu'elles pouvaient faire à mon jeune frère ou à moi-même. Je pensais à ma propre mère et à mon enseignante.

Pouvais-je avoir confiance dans les enfants ?

J'observais ceux de mon village de Picardie, et ceux du village voisin, et je constatais que ceux-ci passaient leur temps à se battre. Et les plus grands, armés de fusils, s'amusaient à tirer sur toutes sortes d'animaux, y compris les chats. Et j'adorais les chats. Je n'avais donc pas d'amis. Seulement les arbres, le ciel, les étoiles et les collines.

J'avais depuis peu d'étranges dons qui m'étaient apparus. Je pouvais photographier la réalité devant moi, puis la déplacer en tournant sur moi-même de telle manière que la nouvelle réalité soit remplacée par l'ancienne que je venais de photographier des yeux. Puis je pouvais ensuite transformer cette réalité en une autre réalité, un peu comme le fait un Kaléidoscope. Et faire enchaîner devant moi les yeux ouverts des dizaines d'images que je composais selon mon imagination. On nommera bien plus tard cette forme de mémoire la mémoire iédique, et la faculté de transformer une image en une autre le morphing.

Puis je me mettais aussi à écrire des poèmes après mes voyages dans les prairies et les forêts, ce qui m'était facile car j'avais appris une partie du dictionnaire par cœur. J'avais 6 ans.

Puis je me suis mis à dessiner et à peindre, d'une façon qui me surprenait moi-même par mes résultats.

Ma première peinture fut celle du Titanic entrain de couler. Je m'imaginais les milliers de personnes gesticuler, sombrer dans les eaux glaciales et noires. Ce dessin m'a toujours hanté. Le bateau heurtait un iceberg le 14 Avril au soir et sombrait le 15 Avril au matin. Ces deux dates me seront fatidiques plus tard. Je ne le savais pas encore. Mais j'avais quelque chose en moi qui allait sombrer aussi.

Mais je sais qu'un drame se joue. Un drame humain. Je ne sais pas encore que c'est le mien propre.

Plus tard, j'étais entrain de lire les contes des mille et une nuits, et je choisis de peindre le magicien Aladin. Arrivé à l'école l'instituteur déclare tout haut que ce n'est pas moi qui ait fait le dessin, mais un adulte. Sorti de la classe, je sens un violent coup dans le dos et m'affale sur la place devant l'école. Une dizaine d'enfants se jettent sur moi et me tabassent à terre. L'un d'eux ouvre mon cartable et se saisit de mon dessin, puis le déchire en petits morceaux. Puis il escalade un des deux marronniers de la place et va percher les débris du dessin au creux des branches de l'arbre. Il doit toujours y être. Huée des enfants. Je me retrouve seul, penaud.

Ce traumatisme m'ôte l'envie de peindre et de dessiner jusqu'à l'âge de 12 ans.

Plus tard, je découvre une gravure du 15 siècle dans un livre. On y voit les conquistadores couper les mains et les bras des indiens d'Amérique du Sud qui refusent de travailler. Et il y a un prêtre, qui brandit sa croix. Je suis inquiet.

La civilisation, la mienne, mais quelle est sa nature ?

Que me reste t-il, à part mes arbres, et les étoiles ?

Je n'arrive plus à écrire de poèmes, à dessiner, à me souvenir des noms propres, du mien, de celui des autres. Je ne sais pas qui je suis.

Je n'ai plus confiance ni dans mon père, ni dans ma mère, ni dans les adultes, ni dans les enfants, ni dans la civilisation, et ni dans l'église qui m'interdit le baptême car mes parents ne sont pas mariés.

Je suis seul sur ma planète entre mes arbres et le ciel où je sais tout des astres qui tournoient dans le noir dans un ballet sans fin.

Je suis heureux de voir ce ballet et celui des saisons.

Car je parle aux arbres et aux étoiles qui me répondent.

J'ai 8 ans.

 

 

 

 

 

ENFANTS PERDUS


Enfants perdus,
pétris de regrets et de mots,
sur nos chevaux d'adieux,
nous abîmons nos rêves.

Enfants mourants en hommes,
nous égalons nos pères,
en ces temps qui déchantent,
pour refaire notre vie,

mentir nos promesses
à nous mêmes, crépuscules,
nos silhouettes hantées,
nous trahîmes nos mères,

pour grandir à jamais
dans ce monde d'adultes,
et oublier nos sirènes
dans le noir de la vie.

Les saisons se succèdent aux saisons. L'enseignement que l'on me donne n'a pas d'intérêt. Je chausse mes bottes de sept lieues et je parcours les collines bleutées de l'horizon. Je marche vers la route des nuages en écrivant des poèmes invisibles dans le ciel. Le vent murmure des mots mystérieux. Les portes des maisons abandonnées gémissent à mon passage, et les hirondelles m'attendent perchées sur les fils aériens pour partir vers l'inconnu.

HIRONDELLE

Juste un mot pour te dire, Un au revoir, un adieu,
Tu n'as pas su hirondelle, Choisir ta patrie,
Je pars, hirondelle, Regrets malheureux,
Pour ne pas te dire Ma peine fratrie,

 

 


M'esquiver doucement, Ne pas troubler ton vol,
Pour t'oublier hirondelle, Dont le vol m'éblouit,
Te quitter hirondelle, Ne plus souffrir mon dol,
Et reprendre ma route, Dans les plaines infinies.

Je vois et sens chaque empreinte vivante où je m'inscris sous l'astre solaire qui joue avec la lune. Je m'agenouille dans la rosée de l'herbe verte et lève les bras au ciel dans le parfum des fleurs d'été, en implorant des forces invisibles.

Je sais maintenant que mon monde est compté. Qu'il va mourir. Que mon âme va s'éteindre.

Les pluies d'automne versent sur mon crâne des tombereaux d'eau. Le vent emporte les feuilles des arbres dans une danse désordonnée. Les arbres se couvrent de leur parures rouges et jaunes une dernière fois.

 

ORAGE

Souffle dans les arbres, lumières obliques,
Contraste du noir, soleil cyclique,
Fond de l'air vibrant, feuilles tourbillonnant,
L'automne prépare ses orages aux horizons tonnant.

L'eau salvatrice ira mouiller nos sens,
Rues désertes et balayées de vents,
Routes argentées luisantes de pluies
Nous irons sur le bas côté, ivres réjouis.

Le tonnerre fera trembler les champs
Et les bourrasques feront danser les blés
Sous les lumières des foudres dorées
Trempés, nous irons par les eaux chantant.

Puis nous verrons au loin les arcs-en-ciel,
Balayant le ciel de leurs arches couleurs
Dans cet orage mourant aux odeurs de miel,
Marcher dans les prés aux étranges senteurs.

Je dois quitter mon école et ma maison pour rejoindre le lycée de Soissons pour rentrer en 6 ème scolaire.

Je n'ai rien demandé à personne. Je ne veux pas d'autre maison que la mienne. Je n'ai d'autre maison que les collines, mon ciel comme toit et les arbres comme compagnons.

Ne pouvant plus écrire de poèmes, j'en trace l'essentiel dans le ciel, pour les réaliser bien plus tard, à l'âge de 45 ans, quand une maladie mentale qui me frappe va s'aggraver.

 

LA MAISON SANS FENETRE

J'habite une maison sans tour ni fenêtre,
où la lune brille au fait des passions,
où le jour se lève en réchauffant ma peau
dans la rosée du tapis des herbes folles,

J'habite une maison sans tour ni fenêtre,
où la raison n'a pas court ni avenir
où les rêves restent en écharpe
et les rideaux les voiles d'un navire,

J'habite une maison sans tour ni fenêtre,
où les nuages traversent l'espace
pour peindre les paupières entre ouvertes,
où les étages sont perchés sur le ciel.

C'est mon père qui doit me conduire bientôt au lycée une fois par semaine car je vais être interne au lycée de Soissons.

Mon père est chasseur. C'est même un grand chasseur.

A chaque fois qu'il revient de ses longues tournées, où il vend des engrais aux cultivateurs de la Picardie et d'autres régions, il ramène toujours un véritable butin de faisans, lièvres, perdreaux et oiseaux de toutes sortes. Les animaux bien que morts, sont superbes à voir, et c'est ma mère qui les plume et les prépare en cuisine.

Le gibier agrémente entre ses retours de chasse une cuisine simple faite de poulets, de frites et de pâtes.

Nous n'avons pas à nous plaindre, de nombreux enfants des villages n'ont pas un ordinaire aussi riche que le nôtre.

Les jours de fêtes, et notamment à Noël, nous avons de superbes jouets. Et quand mon père n'a pas l'argent pour nous acheter ces jouets, ma mère nous emmène aux galeries Lafayette à Paris, et nous vole les jouets en les dissimulant sous son manteau, sans que nous nous en apercevions.

De ce fait, nous sommes jalousés par les autres enfants. Je leur dis souvent qu'ils n'ont pas de jouets car ils ne croient plus au père Noël. J'y croirais jusqu'à l'âge de 8 ans.

Quand je m'apercevrais du stratagème, j'accorderais le pardon à mes parents. Ils m'avaient fait rêver. Et c'était le principal.

C'est sans doute la force de mes rêves qui fait que j'ai de très bons souvenirs de mon enfance, malgré les horreurs qui surviennent régulièrement dans mon parcours, comme pour me rappeler que la réalité est là, redoutable, sans répit.

J'apprendrais plus tard que mes parents ont des dons pour le dessin et la peinture. Ils ont de beaux tableaux peints à l'huile. Et ils ont eu du goût pour les choisir. Mon père collectionne les tableaux de chasse. L'un d'eux représente une chasse à cour qui traque un sanglier. Un autre tableau représente un cerf qui brame.

J'ai entendu une fois un cerf bramer, le soir, au loin dans la forêt. C'est étrange et mystérieux. Cela nous renvoie aux contes de notre enfance.

Je suis fasciné et horrifié à la fois par la chasse à cour du tableau de mon père. Le sanglier est à bout de souffle. Les chiens le cernent. Il est perdu. Bien que je n'ai pas d'affection particulière pour les sangliers, celui-ci me fait pitié. Je me sens proche de lui.

J'imagine une chasse à cour avec cette fois-ci le cerf qui court dans la forêt pour se sauver. Il est question de mort. De la fin d'un rêve. Peut-être le début d'un autre ?

Les cerfs, j'entendais les cerfs bramer

au loin dans la foret.

Soudain une idée traversait mon esprit.

Il fallait que je me taillade les veines.

Taillader les veines du cerf.

Chasse à cour.

Course poursuite après un cerf à bout de souffle.

Un tableau de mon enfance.

La souffrance. Le sang.

La foret s'assombrissait.

J'imaginais le son du cor au loin,

air lugubre joué par des fantômes

qui se perdaient entre les sapins.

Hululements aux cris du soir.

Le soir annonce la mort du jour.

Soudain j'avance vers la foret.

Je m'étouffe dans la vase.

En face des étangs de sang.

Et ce cerf qui brame. Comme une corne de brume..

Des couleurs fauves aux teintes d'automne.

C'est le cerf qui saigne.

Un chasseur l'a blessé. Et il chante la mort.

Au loin des histoires d'amour,

des femmes qui n'existent pas encore,

une sensualité étrange,

des enfants à naître qui courent.

Oui mon destin est au bout,

au bout de la foret.

Entre la mort et la vie.

Qui choisira pour moi ?

Je m'enfonce dans l'étang. Je me noie.

Mon destin est au loin,

au loin des rives de sang.

Le sacrifice.

Le sacrifice me subjugue. Lors de la destruction de mon premier dessin, j'ai eu la sensation d'être sacrifié sur un hôtel humain. J'ai mémorisé cette sensation, qui vous tord les tripes et vous brûle l'âme de part en part. Une sensation de culpabilité sans limite vous emplit de fond en comble et vous fait alors attendre votre trépas. Comme le sanglier attendait son trépas dans le tableau de mon enfance. Comme le cerf attendait son trépas dans mon histoire. Comme le jeune allemand attendait le sien dans les tranchées des Ardennes.

Et puis il y a le sacrifice du taureau.

Le taureau des arènes.

Une brutalité inouïe dans un déchaînement humain.

Le taureau raconte son histoire. Que je dédie aux taureaux machistes.

LE TAUREAU

Je sens les coups sur mon flanc, et j'hurle de peur.

Je suis dans un long couloir, et je fonce droit vers la lumière.

Me voici dans la lumière blanche, où je jaillis au trop.

Mille clameurs saluent mon entrée, et je vacille tremblant.

Des hommes et des femmes se lèvent et brandissent leurs voix,

dans le tumulte de l'arène, où je viens de pénétrer.

Je veux rentrer d'où je viens, fuir ces voix hystériques,

mais la porte s'est renfermée, et je suis prisonnier.

Je tourne en rond, fou de frayeur, et des hommes à cheval,

viennent m'empaler. Leurs lances brutales, percent mes flancs,

et je sens couler, mon sang réchauffé.

L'arène de lumière éblouit mes yeux, et je vois se dresser,

un homme drapé de rouge qui agite dans le vide

son étoffe dérisoire.

Le sang me brûle, et je fonce sur le colosse d'argile,

puis le rouge envahit mon âme, et une banderille perce

ma nuque.

J'hurle de rage, et me retourne vers l'affront,

et enfourche à nouveau mes cornes vers la cape.

A nouveau une douleur me perce en travers.

Je fuis en désespoir, et les chevaux me poursuivent,

et percent ma chair à nouveau pour attiser ma haine.

Le bourreau est là, qui m'attend, et me guette,

il agite le drapeau, de la mort qui m'attend.

J'ai la sensation que la nature humaine, animale, est monstrueuse. Et cette monstruosité me fascine comme le serpent fascine sa proie.

Régulièrement des poules du poulailler sont tuées. Je m'approche de l'une d'elle. Elle est rongée par les vers. Je suis écœuré. La mort est écœurante, nauséabonde.

Un autre jour, ma mère coupe une partie du cou d'une poule pour la saigner. Celle-ci s'enfuie épouvantée la tête à demi pendante, et le sang ruissèle sur le sol. Vision de cauchemar. J'ai l'impression que c'est moi qui suis égorgé. Je ressens le calvaire de la pauvre bête.

Le monde animal est d'une violence insoutenable.

Je reviens encore vers les arbres, avec les quels je suis en sécurité.

J'ai très tôt une peur ineffable des enfants. Surtout eux qui devraient être innocents. Car je sais de quoi ils sont capables.

A part les arbres, je me mets à ressentir des sensations pour les pierres, et en particulier pour les maisons, et les constructions en pierre.

Entre mon village, la ville de Laon et la ville de Soissons qui sont proches, je ressens des émotions fortes face aux constructions des hommes, comme si les pierres avaient gardé des secrets concernant les secrets des hommes qui les avaient côtoyées.

Je suis fasciné par le château de mon village. J'apprendrais plus tard qu'il a été construit par les Templiers.

Laon, la ville fortifiée de ses impressionnants remparts était la première capitale de Gaule. Soissons, avec sa magnifique cathédrale, avait vu les exploits de Clovis.

L'église du village d'à côté, où j'allais finalement être baptisé à l'âge de 8 ans, était le culte d'un pèlerinage célèbre au moyen Age.

Les forêts aux alentours regorgeaient de fossiles. On avait même découvert des défenses de mammouth.

Mon village se plaçait sur le chemin des Dames.

Laon avait été occupé depuis la Préhistoire, et la région avait vu défiler les Celtes, puis les Gaulois, les envahisseurs du Nord, puis les romains et l'église chrétienne. Toute l'histoire de France s'était jouée ici pendant de nombreux siècles.

Les arbres et les pierres que je côtoyais étaient-ils les réceptacles des mystères que je sentais enfouis ? Les Celtes qui avaient foulé ma forêt



07/08/2007
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