Reprendre sa vie en main avec les TCC

 

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Reprendre sa vie en main avec les TCC

À 35 ans, Marion, directrice de marketing, ne sait plus où elle en est : grignotages, excès d’alcool et liaisons sans lendemain suivent des périodes de régimes drastiques et de pratiques sportives forcenées. Elle décide d’entamer une thérapie comportementale et cognitive.

Erik Pigani

« Les thérapies comportementales et cognitives, ou TCC, sont réputées pour leur efficacité à résoudre des problèmes spécifiques, tels une phobie ou un comportement obsessionnel, explique Jean-Christophe Seznec, auteur de J'arrête de lutter avec mon corps, votre thérapie par l'action (PUF 2011). Pourtant, de plus en plus de personnes, comme Marion, me consultent pour une souffrance globale, dépassant largement un symptôme spécifique. » Selon ce psychiatre et psychothérapeute, « la plupart sont insatisfaites de leur vie et ont l’impression de ne plus pouvoir exercer le moindre contrôle sur elles-mêmes. Leur mal-être se traduit par des attitudes compulsives : elles enchaînent restrictions alimentaires et grignotages, sorties tardives et nuits d’insomnies passées devant les séries télé, traversent des phases d’excès d’alcool, de sexe ou de sport suivies par d’autres de reprise en main, etc. ».

Contrairement aux thérapies analytiques, les TCC ne recherchent pas les causes du trouble et ne s’intéressent ni à notre histoire ni à notre enfance. Elles ont un objectif précis : nous permettre, le plus rapidement possible, de résoudre un ou plusieurs problèmes de comportement – peur de l’avion ou de parler en public, insomnies, crises d’angoisse, boulimie… Les TCC ont évolué en même temps que les besoins. « Nous en sommes à la troisième génération, détaille Jean-Christophe Seznec. La première, purement comportementale, consistait à remplacer un comportement par un autre. La deuxième, cognitive, se focalisait sur les pensées, les croyances et les opinions négatives de la personne afin de les remplacer par des affirmations positives. Aujourd’hui, les différentes méthodes s’appuient de surcroît sur la gestion émotionnelle : le travail consiste à changer la façon dont on considère ses pensées et ses émotions, et à s’engager dans des actions qui comptent réellement pour soi. »

Concrètement, comment se déroule une séance de « troisième génération » ? « J’essaie de faire en sorte que les entretiens soient le plus interactifs et vivants possible, répond le thérapeute. Je propose des exercices ludiques que j’invente au fil des séances. Je peux aussi suggérer la lecture de livres, car, plus la personne connaît de choses sur son fonctionnement, plus elle développe ses propres compétences, et plus elle est autonome. »

Après avoir présenté à Marion le lien entre pensées, émotions et sensations physiques, le psychothérapeute lui propose de reprendre une à une les situations qui lui posent problème, et d’exprimer les sensations et émotions liées à chacune d’elles. Ensuite, d’identifier les pensées automatiques qui s’imposent à elle pendant ces comportements compulsifs. « Il est ressorti une peur de ne pas être à la hauteur, tant dans sa vie professionnelle que personnelle… Cette croyance provoquait une tension intérieure qu’elle cherchait à calmer avec des comportements maltraitants envers elle-même – grignotage, alcool, multiplication des liaisons. Ce sont des fausses solutions très communes pour “purger” les émotions. »

La solution ? Construire des pensées alternatives aux pensées automatiques et faire le choix conscient d’un comportement adapté. « Pour cela, j’utilise la technique de la “pleine conscience”, la mindfulness, qui consiste à diriger son attention sur soi, de façon consciente et sans jugement de valeur, précise Jean- Christophe Seznec. Cette méthode, utilisée parfois en prévention des rechutes dépressives, permet de trouver en soi les bonnes solutions pour sortir de l’enfermement des comportements compulsifs. Une question s’impose alors, que chacun de nous peut se poser : “Est-ce que je me rapproche ou m’éloigne de la personne que je voudrais être ?” »

L'historique

C’est en 1924 que la psychologue américaine Mary Cover Jones tente la première thérapie comportementale : elle expose des enfants à l’objet de leur peur, tout en les récompensant et en leur montrant d’autres enfants qui n’ont pas peur. Dans les années 1950, deux autres psychologues américains, Joseph Wolpe et Burrhus F. Skinner, mèneront des recherches sur la désensibilisation aux peurs et le conditionnement. Dans les années 1960, les psychiatres américains Albert Ellis et Aaron Beck déclenchent la « révolution cognitiviste », en prenant en compte émotions, croyances et mode de pensée pour traiter des troubles comme la dépression. La synthèse entre comportemental et cognitif s’est ensuite faite au fur et à mesure de la pratique.

Contacts

Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC)
Propose une formation initiale en trois ans, des modules de spécialité, une supervision. Sur le site, on trouvera un annuaire des membres par régions.
Rens. : 01 45 88 35 28 et aftcc.org.

 

Institut francophone de formation et de recherche en thérapie comportementale et cognitive (Iff orthecc)
Formation continue pour les psychologues, le personnel paramédical, les éducateurs et assistants sociaux, avec un diplôme de psychothérapeute spécialisé, des ateliers de perfectionnement, des conférences…
Rens. : 04 50 66 17 71 et ifforthecc.org.

 

Association méditerranéenne des thérapies émotionnelles, cognitives et comportementales (Meditecc)
Organise des stages, des séminaires professionnels, et a mis en ligne un annuaire de ses membres.
Rens. : meditecc.fr.

 

 



04/06/2013
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