Témoignage « Sortir du silence »

 

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mercredi, 23 juin 2010

Témoignage d'une bipolaire stabilisée

 

Témoignage « Sortir du silence »

« Le silence de ceux d’entre nous qui se rétablissent complètement renforce les préjugés existants. »
(Frese, 1997)

Sortir du garde-robe demande beaucoup de courage, mais j’ai la conviction que plus nous serons nombreux à nous afficher ouvertement, plus la population révisera ses préjugés envers la maladie mentale. Au risque de m’exposer aux préjugés et à l’exclusion, je vais tenter de vous résumer vingt ans de parcours entre la folie et le rétablissement. Il y a des histoires qui sont difficiles à raconter et d’autres qui sont dévoilées avec fierté. La mienne est le chemin reliant les deux.

Du banc de parc au banc d’école

La folie aura fait des ravages certains dans tout ce que je pouvais espérer de mieux pour moi. Mon adolescence a été parsemée d’hospitalisations, de crises, de colères et de honte. À l’âge de 15 ans, mes rêves de jeune fille se sont envolés lorsque les portes de l’hôpital psychiatrique se sont refermées derrière moi. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait... j’étais terrifiée et en colère. J’y ai connu la salle d’isolement et la contention. Cette période fut mon premier contact avec les préjugés et la honte... j’étais devenue « une malade mentale»!

Adulte, j’ai fait la rencontre de plusieurs psychiatres, eu différents diagnostics, pris de multiples médicaments pour avoir des résultats similaires : je souffrais toujours. Pendant ce temps, mon désespoir continuait de grandir. J’avais des épisodes de manie me propulsant en psychose et me plongeant par la suite en dépression. On a finalement diagnostiqué un trouble bipolaire. Je souffre également d’agoraphobie, peur qui m’a paralysée pendant plusieurs années. Tous ces moments de folie furent très souffrants et humiliants pour moi. Ils m’ont conduite à des endroits que je n’aurais jamais voulu visiter. J’ai habité des lieux sans adresse et y ai trouvé refuge dans les substances. J‘engourdissais ma folie jusqu‘à ce qu‘elle se réveille plus puissante que jamais. L‘errance était devenue ma destination. Rapidement, je me suis perdue, laissant derrière moi mes proches, mon avenir, mes rêves et ma dignité. Jamais je n’aurais cru survivre à ces épreuves... et pourtant...

J’ai été hospitalisée à plusieurs reprises et hébergée dans plusieurs centres de crise et résidences. J’ai erré longtemps dans les services de santé mentale... je cherchais un refuge. Engourdie par les médicaments, on me croyait stabilisée. Je m’étais retrouvée un chez-moi et avais repris contact avec les miens. J’allais à mes rendez-vous chez le médecin, prenais ma médication et les symptômes s‘atténuaient. Et pourtant, je souffrais toujours. J’avais pris au sérieux mon rôle de patiente. Je me croyais condamnée à rester malade et malheureuse. Je mourais à petit feu. Le renoncement et le désespoir m’ont handicapée pendant plusieurs années. J’avais abandonné l’idée d’un avenir pour moi.

L’espoir de Sam

Il suffit parfois d’une simple étincelle pour rallumer la foi en la possibilité d’une vie meilleure pour ceux qui ont perdu tout espoir. Mes enfants ont été des phares dans mon rétablissement. Alors que je vivais un épisode de maladie, mon fils Samuel m’a offert une boule à neige en verre. Il me l’a remise en me disant : « Maman, je sais que ça ne va pas. Lorsque tu ne te sentiras pas bien, secoue cette boule et pendant que la neige tombera, pense à ce que tu feras lorsque tu iras mieux.» J’ai gardé précieusement cette boule d’espoir que je ressors au besoin. Elle est devenue pour moi un symbole de rétablissement. L’espoir commençait à m’animer.

Mon parcours de rétablissement

Pour moi, le rétablissement est un processus unique débutant lorsque la personne décide de ne plus donner au trouble mental le pouvoir de contrôler sa vie. C’est la redécouverte de soi, de ses capacités et de ses rêves tout en se donnant de nouvelles possibilités, et cela avec ou sans la présence de limites et de symptômes engendrés par la maladie mentale. C’est l’espoir d’une vie meilleure.

À travers mon cheminement, j’ai dû prendre des risques et quitter bien souvent mes zones d’inconfort et de confort. Il m’a fallu beaucoup de courage et de persévérance pour franchir chacun des obstacles qui se dressaient devant moi. Plusieurs facteurs ont été déterminants dans mon rétablissement. Afin de retrouver le pouvoir d’agir sur ma vie, il m’aura fallu reconnaître que j’étais atteinte d’une maladie et ne pas en avoir honte. J’ai fréquenté des groupes d’entraide et différentes ressources en santé mentale.

À partir de mes expériences, j’ai appris à identifier mes limites, à avoir un mode de vie sain et à gérer mes symptômes qui sont encore parfois présents. J’ai maintenant un médecin avec qui je peux discuter de rétablissement et qui respecte mes choix quant à l’utilisation de la médication. Tout en contrôlant mes symptômes, les médicaments sont adaptés à mes besoins et leurs effets secondaires ne m’handicapent pas. J’ai fait également la rencontre de professionnels de la santé qui ont appris à me faire confiance et qui ont cru en mon potentiel et en mes rêves. Ils m’ont soutenue tout comme mes pairs, mes amis et ma famille. Ils ont tous cru en moi jusqu’à ce que je puisse moi-même y croire. Je profite de cette occasion pour leur témoigner toute ma gratitude.

Tranquillement, mais sûrement, j’ai recommencé à profiter de la vie, de ma vie. Mes rêves commençaient à germer. Je voulais maintenant aider à mon tour. Je suis fière d’avoir obtenu, avec les encouragements de mes proches, mon diplôme en service social. Tout un exploit que d’investir sept ans d’efforts, entrecoupés par la maladie, les études et l’éducation de deux enfants en bas âge! Je suis maintenant travailleuse sociale et, au quotidien, mon travail redonne un sens aux souffrances du passé. Ce vécu me permet d’être la femme que je suis aujourd’hui et de faire avancer la cause. Je suis une femme d’engagement, solidaire de mes pairs et déterminée à faire du rétablissement un discours en action.

Actuellement, j’offre des formations et des conférences basées sur le partage de mon expérience de vie qui est maintenant reconnue comme une expertise que je peux transmettre à mes pairs et aux intervenants. Je coordonne également un programme national qui, entre autres, fait la promotion de l’embauche de personnes ayant vécu un trouble mental; ceux-ci sont engagés comme intervenants, pairs aidants dans le réseau de la santé mentale. Et, à ce titre, je leur offre de la formation. J’ai également été certifiée pair aidant en Georgie et j’ai enseigné la pratique de l’intervention par les pairs en France. Les pairs aidants sont des modèles d’espoir et d’inspiration pour plusieurs personnes, qui tout comme je l’ai été, se sentent condamnées à vivre dans la folie et dans une existence vide de sens. Finalement, à travers mon parcours, j’ai dû affronter ma peur de la stigmatisation en m’affichant ouvertement face à mon entourage et dans le cadre de mon travail.

Aujourd’hui encore, je fais un pas de plus en m’ouvrant à vous.

En conclusion, ma vie actuelle va bien au-delà de mes rêves les plus fous. J’ai enfin retrouvé mon chemin où mes rêves de jeune fille m’attendaient. Ces rêves de fonder une famille, de réaliser des études universitaires, de voyager, de me réaliser dans un travail pour lequel je ressens de la fierté et, le plus important, d’avoir une vie remplie de bonheur et de rires au quotidien. J’apprécie tellement ma vie… elle m’a tellement manquée!

Nathalie Lagueux


Gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2010
 

 

 
 

Commentaires

Je me présente pour commencer, ce que je n'avais pas fait: cyclothymique de type irritable, initialement diagnostiqué bipolaire de type II en Décembe 2008. J'ai 46 ans. J'ai découvert ce blog grâce à Denise (Denise, si tu m'entends, encore merci).
J'ai lu l'article. Je retiens son titre et l'apprends par coeur. Car il est tellement vrai. Oui, on peut vivre avec sa bipolarité. Oui, on peut réussir sa vie. Je vais beaucoup mieux depuis qu'on a mis un nom sur cette s........ qui peut nous détruire.
Bipolaires de tous pays, clamons haut et fort notre "tare". C'est le moyen de nous faire comprendre et donc accepter et donc aider, et donc, car là est le but: se rétablir.
Fabrice

Écrit par : Fabrice Hannedouche | vendredi, 30 juillet 2010

Merci, merci beaucoup pour ce témoignage empli d'espoir !!!

Écrit par : Béatrice | mardi, 23 novembre 2010

Bonjour à tous,
Bonjour Nathalie

Enfin 1 bipolaire stabilisé

Merci, je suis à peu de chose près dans les mêmes constats depuis aout 2010, c'est vraiment bien écrit...
Tu écris, Nathalie ce que je ressens depuis ce temps, je le formule différemment mais je dis la même chose
Moi aussi je profite de la vie, je suis dans le processus de réabilitation.
merci

Écrit par : woici | mardi, 15 février 2011

Merci du fond du coeur Nathalie pour ce témoignage magnifique, tellement porteur d espoir!

Écrit par : Bérangère | dimanche, 27 mars 2011

j'aimerais connaitre le psychiatre qui vous a aidé et le traitement que vous avez eu;merci pour vos conseils

Écrit par : costa | jeudi, 28 avril 2011

Bonjour Costa

Je suis désolée de vous répondre ce qui suit mais c'est nécessaire
L'étique de notre association interdit de donner des noms de praticiens ou de traitements parce que dans les troubles bipolaires ce qui convient pour l'un peut être nocif à l'autre, et c'est trop dangereux de parler traitement car certain(e)s'en serviraient pour faire de l'auto-médication et risqueraient des catastrophes.

Quand à Nathalie, si vous avez remarqué au bas de l'article, est Québécoise et de ce fait vous ne pourriez pas bénéficier des mêmes choses qu'elle.

Pour le choix du psychiatre, ce qui convient à l'un ne va pas forcément à l'autre et il en est de même pour les traitement.
Il faut parfois en voir plusieurs avant de trouver celui qui nous convient:
C'est à dire que vous ayez confiance en votre psy et être sur qu'il vous comprenne et d'autre part que vous ne lui mentez pas ni cachez des choses qui vous dérangent

J'espère pour vous le même rétablissement que celui de Nathalie ou comme le mien

Prenez soin de vous

Denise

Écrit par : Denise | vendredi, 29 avril 2011

Salut de la Tunisie
Je suis bipolaire mais je vais très bien, la clé de ma réussite est : affronter la vie et l'accepter comme elle est.
Les chutes que j'ai connait depuis le dépistage de ma maladie m'ont rendus plus fort

Écrit par : Abderrahmen | jeudi, 02 février 2012

Il faut penser au belles choses et connaitre que la vie n'est pas un calvaire pour les bipolaires seulement.
Tous les gens ont des peines dans leurs vies mais les bipolaires sont plus sensibles que les autres, dans le cas ou vous vous sentiez mal a l'aise réfléchissez au belles choses, au atouts que vous aviez. Et comme ça vous oubliez tous vos peines. Alors soyons positifs ;)

Écrit par : Abderrahme | jeudi, 02 février 2012

Bravo Nathalie Pour votre force de vie et votre courage ,accepté la maladie c'est ce donner la chance de guérire . je suis moi meme bipolaire j'ai un parcour qui ressemble au votre .Marié père de deux filles .j'ai  57 ans et une connaissance de cette maladie que j'ai appris a aimer et a  controler .SI curieux que cela puisse etre , (je doit a cette maladie  mon évolution dans la vie..) je suis agent de Maitrise dans un lycée . ce dont je suis fière c'est de  mon diplome de professeur de yoga de l'énergie ,obtenu en 2011 grace a la comppéhension de mes troubles bipolaire et de   mon entourage et au suivi de mon traitement ,quand ont accepte sa maladie ont plus de chance de bien  se soigner. je vous l'avoue le chemin a été difficile mais quelle bonheur au final..
Pour optenir mon diplome 6 année d'écoles de yoga j'ai du travailler pour trouver mon équilibre intérieure  .J'enseigne aujoud hui et il m'arrive d' avoir des élèves bipolaire dont je suis trés attentif a leurs souffrances. j'ai rédigé un memoire sur la maladie pipolaire .. je pense que ca peut intéressé le monde médicale et les patients bipolair

Écrit par : MOREL CHEVILLET | vendredi, 27 avril 2012

Bonjour, je suis professeur de lettres, bien stabilisée depuis plus de 30 ans, (malgré les inévitables soucis des effets secondaires du traitement, l'atteinte de la thyroïde et des reins qu'il faut gérer, et quelques baisses ou excès d'humeur avec ce qui va avec) ,sans aucun arrêt de travail lié à ma maladie. Je vis seule depuis le diagnostic ; ma famille, éloignée géographiquement et affectivement, m'a tourné le dos et ne s'intéresse pas à moi. Peut-être une des raisons qui m'a obligée à lutter. Je réussis brillamment dans ma profession, j'ai même décroché un titre honorifique(juste pour dire que c'est possible malgré la maladie). Je travaille à temps complet comme une personne ordinaire, j'ai même enseigné 15 ans en zone difficile. A part cela, j'ai des relations amicales, pas de meilleure amie sur place, et une vie sentimentale plus déserte que le Sahara.Je suis croyante, cela m'aide. Bon courage à tous !(je donne un faux nom, c'est trop risqué dans mon milieu de témoigner)

Écrit par : Patou | mardi, 08 mai 2012

Merci Patou pour votre témoignage qui va, j'en suis sure, encourager beaucoup de personnes se posant des questions sur la possibilité de retravailler.

Cordialement
Denise

Écrit par : Denise | mardi, 08 mai 2012

Bonjour, ce témoignage m'a bouleversée, je suis bipolaire depuis bientôt dix ans malheureusement j'ai du arrêter mon travail car toutes pressions me conduisaient à une nouvelle crise. J'avais des amies que j'ai perdu également à cause de la maladie. Je n ai pas de vie sentimentale, je ne veux rendre malheureux personne et je ne saurais même pas comment m'y prendre. Il me reste mes proches auxquels je cache mes sautes d humeur pour ne pas les inquiéter - car ils ont assisté à plusieurs de mes crises. J ai un passé douloureux qui m'empêche de me stabiliser mais j'essaie d'accepter le peu de moments heureux que je peux connaître. J ai moins de crises depuis que j ai un animal de compagnie et j'arrive à vivre seule - ce qui d 'ailleurs me soulage car je peux m enfermer quand je ressens que la tristesse me submerge. Je suis bien heureusement suivi par un psychiatre qui est attentif à mon état et m'encourage quand il le faut. Il est vrai que je n imaginais pas cela lorsque j étais encore étudiante. J'ai fait de longues êtudes mais je n'ai jamais réussi à aller au bout des choses que j entreprenais. La maladie s est déclarée à l'âge adulte et elle a emportée avec elle une partie de mes espoirs et de mes rêves. Le plus douloureux s est pour moi la solitude que je m impose par peur d être jugée. J éprouve néanmoins de l espoir en lisant de tels témoignages. Merci

Écrit par : Kitty | samedi, 05 janvier 2013



11/04/2013
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