Troubles bipolaires : tout a commencé depuis mon enfance

 

Troubles
bipolaires : tout a commencé depuis mon enfance

 
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Je suis née le 18 décembre 1992 de parents tout deux d'origine haïtienne, a
Montréal, Québec au Canada. Ma mère, une femme a la fois sensible et forte a
fait le choix d'élever ses enfants au foyer ; mon père, un homme que je
qualifierai de complexe et difficile a suivre fit le choix de subvenir aux
besoins de sa famille en travaillant. L'adversité n'a pas épargné mes deux
parents ; plusieurs épreuves se sont mises en travers de leur chemin. Mais
malgré le fait que la vie ait été difficile avec eux, ils se sont toujours
affairés a faire ce qu'il y avait de mieux pour leurs enfants, le sourire aux
lèvres. Je suis l'ainée d'une famille de cinq enfants. Pas de grand frère pour
me protéger, pas de grande s'ur a qui demander conseil. J'ai du tout apprendre
par moi-même, sur le tas, en expérimentant. Et en effet, l'adversité m'a frappé
pour la première fois en deuxième année du primaire. Lorsque je rentais chez moi
après une journée a l'école comme les autres, ma mère, pour la première fois de
ma vie, n'était pas la. Elle s'était évanouie au cours de la journée. Il y a
quelques jours plus tôt, elle avait fait fausse couche. Elle avait été emmené a
l'hôpital d'urgence et cette nuit la, elle frôla la mort car on ne lui vint pas
en aide a temps. Cette situation est commune au Québec, c'est le résultat de
notre système de santé complexe. Dans les années qui suivirent, elle donna
naissance a un enfant mort-ne également. Miguel, un frère dont je ne connaitrais
malheureusement toujours que le prénom. Et c'est a partir de ce moment la que la
mort commença a m'obséder. A l'age de 12 ans seulement, je commençais a passer
mes nuits a cogner sur le bois de ma chambre de façon compulsive pour me
protéger de ma mort a moi. La mort me terrifiait a cette époque. J'eus
également, ma première et seule hallucination sensorielle, pendant des semaines
je me plaignais d'avoir des vers de terre qui se promenait dans mon corps.
Cinquième et sixième année du primaire et première année du secondaire, trois
années ou je fus prise d'un amour de jeunesse pour un garçon de race blanche qui
visiblement, je ne laissais pas indiffèrent. Mais il fit le choix de me rejeter
a cause de la couleur de ma peau. "Son père est raciste" m'avait t'on dit. Il
m'humilia, me rabaissa et m'insulta plutôt que d'assumer l'attirance qu'il avait
visiblement pour moi. La pression sociale avait été trop forte. Mon mal-être ne
fit que s'amplifier et a la maison, papa était strict et j'en étouffais, je
traversa alors ma première phase dépressive. Je fus forcée de voir un
psychologue car j'évoquais des pensées suicidaires. On me fit voir mon médecin
de famille qui se moqua de moi sous prétexte que j'étais trop jeune pour avoir
de "vrais" problèmes et on me renvoya chez moi sans diagnostic et sans aucune
médication. J'avais été victime de racisme et cela avait marque mon c'ur
sensible. Je vécu des nuits d'angoisse ou je dus absolument dormir a cote de ma
s'ur cadette pour pouvoir trouver le sommeil. Mes difficultés relationnelles
étaient grandes : a l'école, j'étais toujours au centre de scandales et de
conflits car je n'avais pas la langue dans ma poche et était bien souvent
maladroite. Il paraît semble-t-il que j'étais une enfant précoce et mature pour
mon age et cela m'apportait bon nombre de désagréments. Je me réfugia sur
Internet, sur des forums de discussion, me sentant incomprise et différente de
mes pairs. J'y fis la rencontre d'adultes qui me prirent sous leur aile. A
partir de ce moment la, les pensées suicidaires s'estompèrent. Mon mal-être se
faisait beaucoup moins intense. J'osais finalement regarder les gens dans les
yeux. Je commençais a m'affirmer de plus en plus en classe. Le fait que j'étais
la coqueluche de ce forum m'avait aidée a prendre confiance en moi. J'avais
rencontré des gens qui finalement ne me jugeaient pas et pardonnaient mes
maladresses, gens avec qui j'ai toujours contact aujourd'hui d'ailleurs. A 14
ans, mes parents se séparèrent. C'est maman qui claqua la porte. Je perdis la
maison ou j'habitais et je déménageai en coopérative d'habitation avec mes s'urs
et mon frère et tous les préjuges qui viennent avec le fait d'être une famille a
faible revenu. A la maison, c'était les crises de larme ou j'injuriais ma mère
et m'en prenait a des objets en tout genre. J'étais toujours au centre de
conflits a l'école et cette agressivité refoulée s'en ressentait a la maison. Ma
mère m'inscrit a des cours de kung fu afin que je puisse y canaliser le tout. Et
c'est a ce centre que je fis la rencontre de ce jeune enseignant pour qui je
développai une forte attirance. A 16 ans, lui et moi commencions a nous voir en
cachette. Il avait quatre ans et demi de plus. Mais la même année et pendant
tout le temps de notre fréquentation, je tombais dans une dépression profonde.
J'avais réalisé que je n'étais pas si mature pour mon age que cela et pour moi
c'était la fin du monde. J'avais toujours eu cette tendance a être très
exigeante envers moi-même. Je me replia sur moi-même, coupant brutalement
contact avec mes amies. A l'école, mes notes dans certains cours dégringolaient.
Mon absentéisme se faisait de plus en plus sentir et j'égarai bon nombre
d'objets et de cartes dans toute sortes d'endroits inusités. Je perdis l'appétit
ainsi que du poids. Ma chambre ressemblait de plus en plus a un taudis sans
aucune forme d'organisation. J'accumulais bon nombre d'objets inutiles achetés
avec l'argent de ma paye de ce boulot ou mon rendement se faisait de plus en
plus instable. Je passais des soirées d'affilé a pleurer sur ce vide que je
ressentais. Mais malgré tout cela, l'enseignant de kung fu que je voyais avait
eu un bel effet sur moi, il m'appris progressivement a devenir femme. C'est lui
qui m'apprit a communiquer et a entrer en relation avec autrui. Mais lorsque
cette histoire se termina - il me quitta pour une autre - elle eut un effet
traumatique sur moi. Je reçus près d'une soixantaine de messages de gens sur un
forum américain qui me lisait depuis plusieurs années m'expliquant que ma
paranoïa se généralisait et que je n'allais pas bien. En effet, lors de la
rupture, j'en fus si blessée que j'en ressentis des symptômes physiques. De la
difficulté a parler, marcher et écrire ainsi qu'un sentiment de persécution
constant. Je me dus de recontacter les spécialistes que j'avais choisi d'arrêter
de voir sous croyance que je me portais mieux. J'avais toujours eu peur de la
médication et une faible confiance en le système de santé mais cette fois-ci, je
n'eus pas le choix. Je ne pouvais m'en sortir seule. A 17 ans, quelques semaines
avant mon anniversaire, le diagnostic de trouble bipolaire tomba finalement
après un épisode de manie qui dura tout un mois. Il se fut libérateur. Je me
rapprochai de mes parents et l'ont compris enfin que mon comportement des
derniers mois et années n'était pas du a de la mauvaise foi. Je lus beaucoup sur
cette maladie dont j'avais déjà entendu parler auparavant. Maudite Folle ! De
Varda Étienne ou encore Le fragile équilibre de Richard Langlois. Depuis, je
trouve qu'il est important de parler de sante mentale. Le traitement médical que
je suis a l'heure actuelle me donne la garantie que je peux dorénavant mener une
vie quelque soit peu normale. Il m'aide a prévenir ces fameuses rechutes dont
j'ai longuement entendu parler. 17 ans me direz-vous, 17 ans c'est bien jeune.
En effet. Mais on n'est jamais trop jeune pour s'impliquer et prendre sa place
en tant que citoyen de ce monde. Je ne crois ni en la colère, la vengeance et au
ressentiment. Je suis plutôt partisane du lâcher prise et du pardon. Winston
Churchill a dit un jour "A man is as big as the things that make him angry."et
en effet, telle est ma philosophie de vie. Je crois fermement que chacun d'entre
possède le pouvoir de créer sa vie s'il en a la volonté et j'ai bien l'intention
de créer la mienne. J'ai de tres grandes ambitions et j'ai la tête rempli de
projets, je n'abandonnerai pas. Je suis bipolaire certes, mais je refuse de
laisser la maladie me définir. Je veux avoir un impact et faire une différence
et je refuse de m'apitoyer sur mon sort car chacun d'entre nous a sa bataille a
mener. J'ai aujourd'hui 18 ans, ma vie n'est même pas commencée. Je n'ai pas
l'intention de lâcher ma lutte pour faire connaitre la
maniaco-dépression.
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23/04/2013
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