Vivre avec un jeune cyclothymique : le rôle de la famille

 

Vivre avec un jeune cyclothymique : le rôle de la famille

7/09/2012
Auteur : Melle Majdalani

Bipo / Cyclo > Bipolarité infanto-juvénile > Soigner et comprendre les jeunes bipolaires

Un enfant cyclothymique (bipolaire) ne se gère pas comme un autre enfant. Examinons les attitudes des parents qui fonctionnent avec eux.
La présence d’une cyclothymie juvénile affecte l’ensemble de la dynamique de la famille. Il existe des interactions entre le jeune bipolaire cyclothymique et son entourage familial :

Les parents ont donc besoin de comprendre la cyclothymie et ses conséquences sur la famille. A partir de cette étape, ils sont aidés pour mettre en place une discipline auprès des enfants bipolaires - ce qui représente pour les parents un véritable défi et en même temps un début de mieux vivre avec le jeune cyclothymique.

Les méthodes éducatives classiques ne marchent souvent pas. Il est ainsi bénéfique dʼapprendre à être flexible, en raison notamment des changements émotionnels parfois tellement brusques que les parents nʼont pas le temps de les voir venir et qui les prennent le plus souvent de cours, les déstabilisant et leur faisant perdre vos moyens.


La première leçon à retenir : « Eviter les rapports de force où vous tenez à tout prix à imposer votre autorité parentale ». Vivre avec un jeune cyclothymique est une occasion dʼinventer et dʼimproviser dʼautres méthodes et styles pour exprimer lʼautorité parentale. Il faut de lʼautorité qui donne des limites au jeune cyclothymique - une autorité ferme mais sans excès, une autorité qui aide le jeune - une autorité qui se fait sans critiques, sans trop de contrôle, sans lutte de pouvoir.


Etre proactif


La meilleure stratégie demeure la proactivité : le journal de l’humeur et du comportement, une aide médicale appropriée à la problématique de votre enfant, des journées structurées (réveil, coucher, repas, activités scolaires et extra scolaires programmées) diminuent les variations d’humeur et les comportements qui leur sont associées.

Impliquer votre enfant en discutant en amont avec lui de la manière dont vous pouvez l’aider quand il va mal et qu’il n’arrive pas à surmonter ses difficultés. Mettre en place un système de signaux d’alarme qu’il pourra utiliser pour vous faire de ses difficultés autant émotionnelles que comportementales. Il vaut mieux prévenir une crise et la tuer dans l’œuf que de « guérir ». La technique des drapeaux rouges est très efficace car elle permet à toute la famille de se mobiliser dans le bon sens pour aider l’enfant, avant qu’il ne soit emporté par des torrents émotionnels.

Prévoir un endroit calme où il peut se détendre, à l’abri des sollicitations extérieures, quand la pression semble monter.
A l’école, on peut utiliser l’infirmerie comme refuge, en avertissant au préalable le corps enseignant, quand vous êtes de sortie, on peut penser à la voiture et quand vous êtes chez vous, sa propre chambre peut être une alternative ou n’importe quel autre pièce jugée sereine et apaisante.

La discipline positive


Selon l’expérience de beaucoup de parents d’enfants bipolaires, il s’avère que les injonctions/consignes/punitions etc. qui impliquent des conséquences positives sont plus efficaces que celles qui impliquent des conséquences négatives. Il vaut mieux motiver l’enfant davantage par ce qu’il gagne à faire ou ne pas faire une action, que par ce qu’il y perd. Chaque amélioration ou action réussie doit être reconnue comme telle.
Certains parents utilisent des tableaux où ils notent sous forme d’étoiles ou de V (pour victoire) chaque pas positif accompli qu’ils récompensent au bout d’un certain nombre (atteignable hebdomadairement) par un plaisir défini avec l’enfant et identifié comme étant un plaisir ou une récompense bien méritée. D’où l’importance de renforcer leurs actions positives et notamment leurs efforts mis en place pour y arriver. Les enfants bipolaires ont besoin, plus que les autres enfants, de reconnaissance, d’encouragements, d’attention, d’affection et de présence.

Il est également crucial de prévoir, autant que possible, des moments privilégiés où vous vous trouvez avec eux, en dehors des devoirs et des contraintes quotidiennes. Malheureusement, beaucoup de parents, à cause de la difficulté de la vie, passent la majeure partie de leurs temps à lutter pour la discipline, mettant très souvent l’accent sur le négatif que sur le positif.

Choisissez vos batailles


En période de crise, il s’agit de mettre en place des stratégies spécifiques, différentes de celle utilisées habituellement. On ne peut pas se comporter de la même manière avec un enfant en état mixte, en opposition, en colère ou en hypomanie qu’avec un enfant serein et calme .Pour cela, il est important d’avoir hiérarchisé au préalable, par ordre d’importance décroissante, les choses importantes à vos yeux.

Elever un enfant bipolaire, c’est apprendre tous les jours à s’adapter. C’est apprendre à faire la différence entre un comportement lié à la maladie et un comportement qu’on juge inacceptable en termes éducationnels. C’est également apprendre à différer ses propres comportements comme expliquer à son enfant durant la crise de colère explosive que vous n’admettez pas d’être insulté. Il est certes important de le noter mais sachez que durant ce moment critique, votre enfant est incapable de l’entendre. Vous pouvez lui en reparler plus tard, quand il sera calmé. Pour aller plus loin dans la gestion des crises cf. JE suis un parent dépassé par les crises de mon enfant.

Abandonner les idées préconçues


Etre un parent bipolaire, c’est être en quelque sorte un parent atypique. C’est abandonner les apriori inculqués sur l’autorité, l’éducation et le sentiment de sécurisation de son enfant.
Dans un état thymique, l’enfant perçoit l’autorité comme une domination à laquelle il se sent obligé de résister à tout prix. Son intolérance à la frustration le met dans une telle souffrance que ça l’empêche de réagir de manière adaptée. Un simple « non » peut générer une rage incontrôlable. Les manières habituelles qui sont de faire respecter, sont à bannir. Il s’agit, en revanche, de privilégier l’empathie, en aidant l’enfant à exprimer son émotion et en l’aidant à participer à la résolution de son problème. Il y a un fossé entre le « je ne veux pas lâcher ma DS » et « je suis incapable de la lâcher ».

Dès que les enfants manifestent les premiers signes de frustration, il est important de privilégier la proactivité au détriment de la réactivité. Quand les enfants sont explosifs, ils sont frustrés et disent certaines choses qu’ils ne disent pas d’une manière habituelle comme « tu es la pire mère de la planète, je vais me suicider, je vais te tuer etc. ». Ces propos sont la preuve que l’enfant est dans un état irrationnel ; l’objectif étant de l’aider à regagner un état plus rationnel. Dans ces situations, gardez à l’esprit que l’état de l’enfant est un indicateur de problème difficile pour lui à gérer. Or cet état nécessite certaines capacités, auxquelles il n’a pas accès, pour le résoudre. C’est ainsi le signe d’une grande souffrance. Pour mieux gérer ce genre de situations, convertissez « il le fait exprès » par « mon enfant a un problème qu’il n’arrive pas à gérer et c’est pour lui, le seul moyen de l’exprimer ; il fait de son mieux avec les moyens du bord ».
 

Références


  • Walsh, M. (2000), Bipolar Disorder : A guide to helping children and Adolescents, O’REilly & Associates, Inc.

  • Greene, R . (1998), The explosive child : A new approach of understanding and parenting easily frustrated, chronically inflexible children, Haper Collins Publishers


10/05/2013
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