Les perles de la psychiatrie française

 

 

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Les perles de la psychiatrie française

1/01/2008

Bipo / Cyclo > Bipolarité adulte > Concepts / Classification

Extraits de ce que lʼon peut entendre dans les cabinets de psychiatres à propos de la bipolarité.
On entend de ces perles !
Ceci est assez caricatural pour refléter la réalité de la bipolarité dans le paysage psychiatrique en France. Ces cas ne sont pas fictionnels mais des vécus réels de patients reçus dans mon cabinet. Voici un échantillon de ces "perles".

- Dans mon cabinet, le mot "bipolaire" est interdit
Des parents qui consultent pour savoir les raisons du comportement perturbateur et cyclique de leur fils ; à l’idée d’évoquer le mot "bipolaire", le psychiatre a sauté sur son fauteuil pour interdire aux parents l’usage de ce terme ; il aurait du afficher dans la salle d’attente "attention, interdiction de fumer et de prononcer le mot bipolaire".

- Je suis sûr et certain que vous n’êtes pas bipolaire
Jeune patient de 22 ans qui a consulté dans sa vie plus de 15 psychiatres ; son bilan montre la présence de plus de 6 troubles (abus de substances, TOC, attaques de panique, phobie sociale, boulimie, hypocondrie) et des notes extrêmes sur les questionnaires d’hypomanie et de cyclothymie. Son psy traitant reste ferme et campe sur son opinion depuis le début.

- A quoi ça vous sert de savoir si vous êtes bipolaire ou pas ?
Patiente qui a insisté pendant plusieurs séances auprès de son psychiatre pour savoir si elle était bipolaire. Elle s’est reconnue bipolaire en lisant un livre sur ce sujet. Cependant, son psychiatre ne voyait pas lʼintérêt de cette découverte.

- Tant que je n’ai pas vu de mes propres yeux la crise maniaque, je ne ferai pas le diagnostic de bipolarité
Patiente suivie depuis plus de 10 ans en psychiatrie : le psychiatre est clair sur ce point : il faut voir pour croire ! mais il oublie un point important : les patients consultent rarement en phase "up", surtout en hypomanie. Pour cela, il faut qu’il reçoive régulièrement la famille pour accéder à cette information.

- Je savais depuis des années que vous étiez bipolaire, mais pourquoi vous l’annoncer!
Une patiente qui se reconnaît bipolaire suite à la consultation d’un site d’information sur la bipolarité. Elle annonce sa découverte à son psy qui la soigne depuis des années ; celui-ci ne trouve à dire qu’il n’est point étonné et qu’il était au courant depuis longtemps ; mais pas la patiente !

- Chez moi, on n’utilise jamais les questionnaires
Une patiente qui désespérément tente de montrer à son psychiatre qu’elle les questionnaires attestent de sa bipolarité ; ce dernier est réticent à l’usage des questionnaires en psychiatrie. Dommage, car en psychiatrie, les échelles et questionnaires peuvent aider au dépistage et au diagnostic des troubles

- Moi, je sais ce que c’est la bipolarité
Grand nombre de psychiatres refusent d’avoir recours au DSM-IV ou d’autres systèmes officiels de critères diagnostiques ; ils prétendent et affirment qu’ils connaissent la bipolarité sans préciser à quoi ils font référence. Tout simplement, ils savent !

- N’allez pas chez ce docteur, il va vous diagnostiquer comme bipolaire
Jeune patiente hospitalisée en milieu universitaire (donc ce n’est pas de la M ) suite à une tentative de suicide. Son bilan clinique ’Malaise’; a-t-on besoin de médecins BAC+12 pour établir un tel diagnostic. Les parents décident de consulter un centre spécialisé dans les troubles de l’humeur. Le médecin accorde à la jeune patiente une permission de sortie pour se balader mais interdiction d’aller à ce centre, car elle sera étiquetée ’bipolaire’.

- Je me demande si vous êtes bipolaire
Patient, 40 ans, est soigné par le même psy depuis 5 ans. Il vient consulter notre centre pour savoir s’il est bipolaire. A l’entretien, il nous relate les interrogations persistantes de son psychiatre sur ce sujet ; il n’a qu’à se renseigner, Non ! imaginer un médecin vous dire "je me demande si vous êtes diabétique ou pas" - il n’y a quʼâ le rechercher et au pire, demander à un expert de la bipolarité son opinion.

- Mon psy a enfin accepté de me donner un thymorégulateur
Comme si le TR est une drogue illicite ? je veux bien qu’un psy cède à la demande d’un patient pour consommer du cannabis sans se culpabiliser, mais un thymorégulateur n’est à négocier ? on en a ou on n’en a pas besoin ? mais accepter après des mois de lutte, c’est juste pitoyable

- Je vous prescris un thymorégulateur, mais vous n’êtes pas bipolaire
Ce psychiatre a enfin accepté de prescrire un thymorégulateur à son patient ; ce denier a bataillé pendant des mois pour avoir ce médicament. Le psychiatre reste campé sur son hermétisme et incapable d’envisager la possibilité du diagnostic bipolaire qui d’habitude n’est pas évident ni écrit sur le front des patients. Cependant, il existe des critères, des questionnaires, des livres, des sites d’information

- Moi, je fais seulement la psychothérapie ; pour les médicaments, allez voir votre médecin traitant
Dommage pour un Bac+12 de ne pas respecter son diplôme et sa spécialité et laisser à un médecin traitant sélectionner et gérer un traitement thymorégulateur ? il peut le faire, ce n’est pas la question. Mais un psychiatre est avant tout un médecin avant d’être tout court un thérapeute psychologue

- Si ça vous fait plaisir, je vous pourrai éventuellement vous donner du lithium
Ce psychiatre, pourtant de bonne réputation, ajoute ’mais surtout ne vous fiez pas à aucun diagnostic’. Comme si avoir un diagnostic, c’est blasphématoire ou un geste illcite ou illégal ? Comme si, parce que ce médecin ne savait pas ce que c’est d’être cyclothymique, les autres forcément l’étaient aussi. Ah, ces médecins qui adorent donner des verdicts - Quelle mégalomanie injustifiée !

Cette sélection des •perles• permet d’avoir une idée sur le fonctionnement des psychiatres et l’état de leur savoir vis-à-vis de la bipolarité. On a ’impression que c’est le Moyen Age. On peut être méfiant contre les excès abusifs de diagnostic en psychiatrie, mais critiquer et s’opposer sans connaître l’histoire et les données actuelles n’est pas point éthique et souvent dangereux pour les patients. Pire, c’est le recours à des préjugés ou des clichés style ’mettre le patient dans une case’, ’coller une étiquette’, ’la bipolarité est actuellement à la mode’ ou ’je ne crois pas à la bipolarité’ (comme si la médecine psychiatrique est une religion voir même une secte’...

Au bout du compte il me semble qu’une partie essentielle du traitement actuel des malades bipolaires est basée sur la PSYCHO-EDUCATION qui consiste à informer le patient comme la loi du 4 mars 2002 et le code de Déontologie l’exigent de la part du praticien, information faite avec tact, justesse et en tenant compte des capacités du patient à accepter puis intégrer ces informations.
Depuis quelques années, les groupes de psycho éducation se développent pour les malades bipolaires et montrent une grande efficacité dans la mesure où ils donnent le temps et le moyen â chaque patient de mieux accepter sa maladie, et les traitements qu’elle impose sans se réfugier dans le déni ou les faux semblants, et ainsi vivre en bonne intelligence avec des troubles qu’il doit reconnaître pour en prendre le contrôle s’il veut éviter qu’ils détruisent sa vie.

Mais la meilleure perle est à venir !


30/04/2013
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