MArco raconte ses symptômes : Si ce n’était pas de la bipolarité juvénile, qu’est-ce que ce serait ?

 

 

Si ce n’était pas de la bipolarité juvénile, qu’est-ce que ce serait ?

1/01/2010

Bipo / Cyclo > Bipolarité infanto-juvénile > Diagnostic

Marco à 8 ans, il nous raconte les symptômes de sa bipolarité juvénile. Et nous que faire pour le comprendre ?
septembre 2011

MArco raconte ses symptômes

A l’heure où je dois me lever du lit, ma mère essaie de me réveiller et je pense "elle ne peut pas me faire lever du lit, personne ne le peut. Je resterai sous ma couette si je le veux".

Je hurle que "je ne viens pas". La colère monte en moi. Je bouillonne, comme du magma à l’intérieur d’un volcan. "Voilà ce que je suis en ce moment, un volcan". Je sais que je suis en train de perdre le contrôle et j’ai très peur. Je ressens quelque chose exploser en moi. Je vois la lave déborder. Je m’entends crier. Je commence à donner des coups très fort à ma couette, mais pour moi, ce n’est pas assez fort parce que, ça n’exprime pas ce que je ressens à l’intérieur. Alors, j’attrape mon oreiller et je la balance en l’air, jetant mon portable par terre. Ca y est la colère était là.

Quand je me retrouve dans un magasin et que je demande à ma mère de m’acheter un jouet et qu’elle refuse, il m’est impossible de le sortir autant de ma tête que de ma main, je le veux tellement ; quand elle me le retire, je renverse tous les jouets sur l’étagère. Elle me traîne à l’extérieur du magasin, je hurle dans tous les sens et on est obligé de quitter le magasin. Ma mère appelle ça mes crises. Je me sens tellement mal de l’avoir embarrassée devant tout le monde que je n’ai plus envie de sortir de chez moi durant un temps.

Le soir quand ma mère éteint les lumières, j’ai tellement peur, je suis terrifié. Mon cerveau se m’est en mode rapide et je ne peux l’arrêter, mes pensées défilent dans tous les sens.

A d’autres moments, je me sens grincheux. Tout m’irrite, la voix de ma soeur, on dirait un tambour dans la tête. Même l’odeur de la cuisine de ma mère est insupportable. La lumière peut être violente, je sens que ma tête va faire boum et qu’elle va exploser.

Parfois, je suis si frustré. Je n’arrive plus à nouer les lacets de mes chaussures que je serre soit très fort, soit pas assez. Ma mère dit que je ne peux pas balancer mes chaussures mais à ce moment, je suis tellement mal  que je suis capable de faire un trou dans le mur ou de blesser quelqu’un.

Durant le cours de karaté, nous apprenons le contrôle de soi. C’est dur parce que le karaté est très excitant et que je me sens comme un héros dans un film.

A l’école, j’aime souvent jouer à spiderman dans les couloirs. Je trouve ça très drôle, ce qui amuse beaucoup mes amis.

Quand je suis déprimé, je me sens seul et triste. Je ne peux dire pourquoi. Je n’ai qu’une seule envie, c’est de rester sous ma couette. C’est pour moi comme la fin du monde et je ressens à ce moment-là que je ne compte pour personne et que personne ne m’aime.

La dernière fois, je jouais avec mes copains au ballon, et un petit m’a traité d’idiot, je déteste ces enfants. Je ne voulais pas pleurer devant eux, alors je l’ai poussé très fort et je l’ai insulté. Il est tombé par terre et a eu une écorchure au genou. Tous les enfants étaient en colère contre moi.

"Je n’aime pas ce que je suis."

Que faire face à un enfant bipolaire ?

Que dire à un enfant qui peut se sentir merveilleusement bien, horriblement en colère, très excité, terriblement triste ou extrêmement irritable durant la même journée ? Comment calmer sa frayeur ? Comment donner un sens à ces hauts "très très très haut" et parfois à ces bas "très très très très bas" ? Comment lui expliquer ces montagnes russes si déroutantes ?

Comment lui expliquer que ses émotions peuvent "monter jusqu’au bout du monde, et aller à la vitesse de la lumière" et le pousse à se jeter sur ses amis ou sur ses parents et à les serrer très fort, à ricaner, à faire des galipettes, à grimper sur les murs et à se bagarrer sans pouvoir s’arrêter ?

Comment lui dire qu’il est très difficile d’être au milieu de tout ça et qu’il n’est pas un mauvais petit garçon, quand on ne comprend pas ce qu’il ressent ?

Que dire à ses parents qui ne comprennent pas ce qui se passe et qui sont désespérés d’être incompris ?

Comment expliquer aussi aux profs des écoles l’excitation en classe, l’absence de contrôle, le refus d’obéir et l’enfant qui joue à Supermann dans les couloirs ?

Comment expliquer à l’entourage que ce p’tit bout de chou est un gentil garçon, que ses parents font tout pour bien l’éduquer et que malgré ça, il se sent très mal à l’intérieur et fait des choses qui paraissent méchantes ?

Comment nommer ce "mal-être"

Si l’on n’explique pas aux enfants la raison et le "nom" de leur souffrance, que la bipolarité est juste une partie d’eux, de ce qu’ils sont, et non pas tout ce qu’ils sont et que même si l’on connaît la bipolarité juvénile que depuis peu, les chercheurs travaillent dessus dur pour découvrir des moyens pour les aider à aller mieux, que leur dirait-on ?

Si on laissait toutes ces questions sans réponse, comment la société, va-t-elle accueillir ces acteurs de demain ?




23/04/2013
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