Origines de la cyclothymie

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Origines de la cyclothymie

 

28/09/2010
28/09/2010
Auteur : Dr Hantouche

Bipo / Cyclo > Bipolarité adulte > Cyclothymie

Historique de la perception de la cyclothymie au fil de lʼhistoire de la psychiatrie.

Les dixits des auteurs en psychiatrie dans le temps

Les deux pionniers de la Cyclothymie, Ewald Hecker (1843-1909) et Karl Ludwig Kahlbaum (1828-1899) ont travaillé tous les deux en dehors du milieu universitaire, mais ont été assez méticuleux dans l’observation des signes cliniques et des cours évolutifs des patients. Ce qui représente le fondement d’une psychiatrie descriptive moderne. Leurs travaux ont largement influencé Kraepelin et leurs approches cliniques continuent de dominer les classifications actuelles des troubles mentaux. Hecker a réussi de populariser de nombreux concepts syndromiques dont la cyclothymie et l’hébéphrénie.

La cyclothymie, introduite par Kahlbaum en 1882, a été ainsi développée comme une forme bénigne de la maladie manaico-dépressive en incluant les phases dépressives, hypomaniaques et mixtes. Le syndrome cyclothymique de Kahlbaum - Hecker (figure en bas de page), survit toujours dans le DSM-IV dans les rubriques : trouble bipolaire type II et cyclothymie. Le travail de Hecker’s est synthétisé dans un article paru en 1898.

Dans une remarquable observation, le grand aliéniste de Charenton, ESQUIROL (1838) semble avoir perçu l’existence d’oscillations de l’humeur, légères, répétées, presque inapparentes, n’entravant pas ’insertion sociale et présentant un caractère saisonnier :

"Mme de R ... passe l’hiver très active, occupée de ses intérêts, aimant la société, recherchant le monde et faisant beaucoup d’exercice. Au printemps et pendant ’été, Mme de R est calme, plus sédentaire, paresseuse, vivant seule, négligeant les soins de sa fortune et ne se décidant à rien. Dans ces deux états, qui se sont renouvelés alternativement pendant plusieurs années, Mme de R  remplissait ses devoirs d’excellente mère, ne manquait â aucune des convenances sociales ; Il fallait vivre dans son intimité pour s’apercevoir de la différence de sa manière d’être..."

Marcé (1862), dans l’un des premiers traités français de psychiatrie, relevait la fréquence des formes atténuées et suggérait l’existence des personnalités bipolaires : "l’excitation et la dépression constituent simplement des différences dans le degré de l’activité intellectuelle, à tel point que la maladie peut rester méconnue et être longtemps jugée souvent comme une simple bizarrerie dans le caractère et la manière d’être du sujet."

En 1898, Hecker aborde la cyclothymie comme une "maladie circulaire de la sensibilité émotionnelle". Il l’a définit comme une variante légère mais distincte et autonome de la folie maniaque (il s’agit de la première distinction entre BP I et BP II !), sans délire, avec conscience morbide, persistante sur la vie (sans intervalles libres), avec une méconnaissance des phases d’excitation

Gaston DENY, publie en 1908, le premier article français sur la cyclothymie. Il considérait la cyclothymie comme une "constitution psychique spéciale" se manifestant pendant toute l’existence à partir de l’adolescence dont les frontières avec la pathologie maniaco-dépressive sont impossibles à tracer, de cause uniquement héréditaire et à prédominance féminine. Les idées de Hecker ainsi que de Deny sont d’actualité, basées sur des observations cliniques minutieuses.

"Ce sont des sujets que l’on voit passer brusquement et sans motifs suffisants de l’enthousiasme au découragement, de la hardiesse à la timidité, de l’altruisme à l’égoïsme... de l’expansion à la dépression dans les différents domaines de la sensibilité, de l’intelligence et de la volonté... Les états cyclothymiques se succèdent et se remplacent habituellement au bout de quelques heures ou de quelques jours... Il ne me paraît pas douteux que ces différents malades qui sont tous, à des degrés divers, des inquiets, des préoccupés, des obsédés, des phobiques... ne soient pas réunis dans un seul groupe nosologique...".

DENY cite le cas d’un professeur de Piano, alternativement excité et hyperactif un jour, déprimé, abattu et clinophile le lendemain : la famille est capable de déterminer plusieurs mois à l’avance les jours où il pourra travailler.

Cette entité, nettement précisée n’a pas été poursuivie et développée par la suite. Est-ce la faute à la naissance de la psychanalyse "qui en théorie" n’admet pas le concept de "constitution" ou qui n’a rien compris dès le début au trouble cyclothymique. D’ailleurs Freud n’a pas écrit un seul chapitre sur la cyclothymie ! De plus, curieux de constater que Freud est né la même année que Kraepelin - probablement c’est leur seul point commun !

Les dates importantes de l’histoire de la Cyclothymie

  • 1877 : E. Hecker introduit le terme de cyclothymie pour parler de variations d’humeur.
  • 1882 : K. Kahlbaum estime que la cyclothymie est une forme entre la bipolarité et les états d’humeur normaux, et qui est un terrain propice à l’émergence d’un trouble bipolaire complet. C’est donc lui qui a décrit la forme que l’on connaît maintenant.
  • XXème siècle : E. Kraepelin parle de prédisposition (tempérament) cyclothymique comme une forme amoindrie de la folie maniaco-dépressive et en continuité avec le trouble complet. Dans la même période, Khan, psychiatre de la Salpêtrière, publie en 1909 sa thèse sur la Cyclothymie, qui défend la notion de "cyclothymie comme une constitution spéciale".
  • 1936 : E. Kretschmer continue sur la piste de E. Kraepelin et appelle cyclothymiques toutes les personnes ayant des formes amoindries de la psychose maniaco-dépressive mais qui sont à risque de développer le trouble complet.
  • 1958 : K. Schneider refuse de parler de continuum entre normalité et psychose maniaco-dépressive. Pour lui, tous les troubles de l’humeur sont de la cyclothymie, se répartissant selon leur gravité. Il continue d’influencer la psychiatrie allemande en général et apparemment le DSM-IV.
  • 1960 à 1970 : le concept de cyclothymie se perd au prix d’une dichotomie de la Psychose-Maniaco-Dépressive en deux entités : troubles bipolaires et troubles unipolaires.
  • 1977 : H.S. Akiskal réintroduit le concept de cyclothymie, comme tempérament et variante du spectre de la bipolarité ; c’était 100 ans après Hecker.
  • 1980 : la cyclothymie entre dans le DSM-III comme un trouble caractérisé par des épisodes mineurs de dépression et d’hypomanie.
  • 1987 : Akiskal et Mallya définissent les critères opérationnels des tempéraments affectifs (dépressif, hyperthymique, irritable et cyclothymique).
  • 1994 : Le DSM-IV garde la même définition de la cyclothymie non plus comme un trouble de personnalité mais comme un vrai trouble thymique, chronique avec des épisodes mineurs d’hypomanie et de dépression (cf. tableau) ? on la notion du "spectre" mais seulement d’intensité (pas plus).
  • Première moitié des années 90 : création des questionnaires d’évaluation des tempéraments affectifs avec la collaboration de Memphis, Pise, Paris et San Diego.
  • Au-delà de 1995 : Lancement du projet mondial sur l’exploration des tempéraments affectifs, dont le tempérament cyclothymique.
  • Entre 1997 et 2003 : travaux en France et Italie sur les liens entre la cyclothymie et les troubles anxieux, comme le TOC, le trouble Panique et la Phobie Sociale.
  • 1999 : Publication de la classification d’Akiskal et de Pinto (encadré) dans laquelle la cyclothymie est désignée dans une nouvelle rubrique, "le trouble BP-II" qui a fait inciter pas mal de critiques, notamment par les réfractaires au concept de spectre bipolaire.
  • < 2000 : traduction du TEMPS-A en 26 langues avec des publications continuelles sur les tempéraments affectifs.
  • 2006-2010 : Publication d’ouvrages grand public sur la cyclothymie dont 4 publiés par le CTAH.

 



01/05/2013
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