syndrome de stress post-traumatique ou névrose post-traumatique - Partie 1

 

La sertraline dans le syndrome de stress post-traumatique
Davidson J et coll. Efficacy of sertraline in preventing relapse of posttraumatic stress disorder : results of a 28-week double-blind, placebo-controlled study. Am J Psychiatry 2001; 158: 1974-1981.


Le syndrome de stress post-traumatique (SSPS) ou névrose post-traumatique est en général traité par la psychothérapie par des techniques de reviviscence de l’événement traumatisant avec une charge émotionnelle suffisante. Les thérapies comportementales sont également parfois utilisées.

Dans les cas traînants ou récidivants, la sertraline (50 - 200 mg/j) - dans un essai randomisé, mené à double insu contre placebo, chez 96 malades atteints d’un SSPS - a été administrée pendant 28 semaines chez 46 sujets (78 % de femmes) (versus un placebo chez 50 malades, dont 62 % de femmes).

Diverses échelles spécifiques du syndrome ont été utilisées, toutes les 2 semaines, pour juger de l’efficacité des traitements

Dans le groupe traité par la sertraline, les rechutes du SSPS sont nettement moins fréquentes que dans le groupe placebo (5 % versus 26 %). Le risque de rechute est 6,4 fois plus élevé dans ce dernier que dans le groupe traité par la sertraline. L’analyse de Kaplan-Meier confirme l’efficacité de la sertraline qui permet d’allonger significativement la durée de la rémission clinique, quels que soient les symptômes cardinaux du syndrome : réexpérience/intrusion, évitement/hébétement, « hyperdéfense ».

Une analyse montre en outre qu’une réponse précoce pendant le traitement aigu s’associe à une réduction du risque de rechute d’au moins un facteur 16 quand le médicament est remplacé par le placebo.

La dose moyenne de sertraline est de 137 mg et son acceptabilité est jugée satisfaisante, la fréquence des évènements indésirables considérés individuellement étant inférieure à 10 %.

Cette étude contrôlée démontre que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, type sertraline, sont à même d’améliorer les symptômes du SSPS et de prévenir efficacement ses rechutes.

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Trouble de stress post-traumatique

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(Redirigé depuis Névrose traumatique)

Dans l'approche behavioriste, le trouble de stress post-traumatique désigne un type de trouble anxieux sévère qui se manifeste à la suite d'une expérience vécue comme traumatisante. En psychopathologie psychanalytique le trouble est appelé névrose traumatique et il se distingue du précédent du fait de la prise en compte de la dynamique intrapsychique (inconsciente).

Le trouble de stress post traumatique (aussi désigné syndrome de stress post-traumatique, SSPT, ou état de stress post-traumatique) est une réaction psychologique consécutive à une situation durant laquelle l'intégrité physique et/ou psychologique du patient et/ou de son entourage a été menacée et/ou effectivement atteinte (accident grave, mort violente, viol, agression, maladie grave, guerre, attentat,...). La réaction immédiate à l'événement doit s'être traduite par une peur intense, par un sentiment d'impuissance ou par un sentiment d'horreur. Le SSPT survient parfois à la suite de la réaction aiguë de stress à la situation anxiogène mais il peut aussi apparaître beaucoup plus tard (après plusieurs semaines, ou plusieurs mois). Si un terrain psychologique ou psychiatrique fragile (dépression, anxiété, ...) peut augmenter le risque de développer un SSPT, une expérience traumatisante peut, à elle seule, faire apparaître un SSPT chez des personnes ne présentant aucun antécédent. En particulier, les enfants et les personnes âgées seraient plus vulnérables.

Sommaire

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Généralités [modifier]

Confrontées aux victimes de cataclysmes naturels (éruptions volcaniques, incendies, inondations, tremblements de terre, etc), de catastrophes socio-politiques (guerre ou terrorisme), d’accidents comportant des dizaines, des centaines, des milliers de victimes ou encore d’actes criminels, les institutions sociales ont mis en place des services d’aide médicale et psychologique aux "victimes directes", ainsi qu’aux amis et proches parents de ces victimes directes et aux témoins de première main. Par leur relation affective avec les victimes directes et leur position dans l’événement dramatique, les amis, parents et témoins sont dans la catégorie des "victimes indirectes", parce qu’ils sont secoués ou choqués par le même événement que les victimes directes, mais différemment et indirectement. Selon Le Petit Larousse (1999), un «fait» est «ce qui est fait, ce qui existe» (p.420) et un «événement» est un «fait important, marquant» (p.407) . Or, ce qui est important ou marquant est la signification et la valeur attribuées par un sujet à ce qui s’est produit. Un fait ne devient événement que par ses effets ressentis, effets physiques et effets psychologiques. C’est dans ces deux registres que se trouve l’aide médicale et psychologique aux victimes de cataclysmes, catastrophes et actes criminels ci-dessus mentionnées.

Au Canada et aux USA, les victimes directes et indirectes sont immédiatements traitées en urgence par des institutions sociales appropriées, des "grandes" fusillades de la violence urbaine aux "petits" faits divers de la violence familiale. Il suffit d'un appel téléphonique au "911" des urgences et la police arrive, fait son constat et dirige vers les services appropriés au cas. Pour des situations plus singulières, le TSPT est toujours pris au sérieux. Voir ce site:

http://www.ncptsd.va.gov/ncmain/index.jsp

Historique [modifier]

Selon Van der Kolk, McFarlane et Weisaeth (1996), le neurologue allemand Herman Oppenheim (1889) aurait le premier utilisé le terme de « névrose traumatique » (traumatic neurosis) pour décrire la symptomatologie présentée par des accidentés de la construction du chemin de fer.

L'expression Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) ou PTSD (Post-Traumatic Stress Disorder) a ensuite été attribuée à toute une gamme de symptômes et désordres résultant d'accidents industriels ou technologiques. Le terme francophone pour PTSD n'est pas encore bien établi. Avec les deux guerres mondiales qui ont marqué le siècle dernier, la psychiatrie militaire s'est à son tour emparée de l'expression, puis, les pacifistes et les féministes des années 60-70 en ont élargi la signification pour y inclure les problèmes engendrés par la violence familiale et sociale.

Herman Oppenheim a proposé le terme de «névrose traumatique» pour désigner les problèmes fonctionnels occasionnés par de subtils changements moléculaires dans le système nerveux central. L'apparition fréquente de symptômes cardiovasculaires chez les personnes traumatisées à la suite d'accidents de travail puis chez des soldats sur la ligne de feu a amorcé une longue tradition d'association des troubles du stress post-traumatique avec la «névrose cardiaque» (cardiac neurosis). La liste des dénominations peut se lire comme ceci : «cœur irritable» (Irritable heart ) et «cœur de soldat» (soldiers heart ) chez Myers (1870) et Da Costa (1871) selon l'antique représentation symbolique des émotions et des sentiments par le cœur où se confondent le coeur-symbole et le coeur-organe. Les appellations différentes se poursuivent avec une «action désordonnée du cœur» (disorderly action of the heart ) et une «asthénie neurocirculatoire» (neurocirculatory asthenia), selon Merskey (1991, cité par Van der Kolk et al., 1996).

À l’époque de la construction des chemins de fer, Charcot avait remarqué de semblables symptômes chez ses patients et patientes à l'hôpital la Salpêtrière de Paris. Il se consacra, ainsi que Pierre Janet et Sigmund Freud, à l'étude de la «névrose hystérique». Charcot fut le premier à décrire les problèmes de suggestibilité et les crises mémorables de dissociation résultant des expériences insoutenables subies par ses patients. Pendant que Charcot poussait Janet à étudier la nature de la dissociation et les souvenirs traumatiques, deux autres de ses disciples, Gilles de la Tourette et Joseph Babinski, se sont concentrés sur la suggestibilité hystérique. Lorsque Babinski prit la direction de l'Hôpital de la Salpêtrière à la suite de Charcot, un revirement se produisit avec le rejet de la thèse défendue par Charcot de l'origine organique de l'hystérie. Babinski insista plutôt sur le rôle de la simulation et de la suggestibilité dans l'étiologie de l'hystérie. L'intérêt porté à la notion de trauma va s'accroître au cours de la Première Guerre Mondiale qui fît des millions de victimes civiles et militaires. Selon Van der Kolk et al.,(1996) la psychiatrie militaire s'intéressa d'abord au « choc des tranchées » (Shellshock) (Myers,1940; Southard,1919) causé par la terreur des bombardements d'artillerie et l'horreur de la boucherie des corps disloqués ou de la « névrose de guerre » (Grinker et Spiegel,1943,1945; Mott,1919) ou à la «traumatophobie» (littéralement « peur des blessures », Hado,1942) que l'on invoque pour justifier des condamnations et des exécutions pour "couardise en face de l'ennemi". L'étude des « névroses traumatiques » s'est poursuivie sous des noms divers et peut-être plus réalistes « d'usure au combat » (battle fatigue ) et de « secousse de combat » (battle shock ) qui mettent l'accent sur les réactions de stress étudiées en physiologie par Hans Selye.

Les séquelles psychologiques graves présentées par les anciens combattants des États-Unis revenus massivement du Viêtnam en 1973 ont entrainé un regain d'intérêt pour la pathologie traumatique qui devint de plus en plus connue sous le nom de «trouble de stress post-traumatique» où les symptômes apparaissent bien après la survenue de l'événement traumatisant. Burgess et Holstrom, avec « Rape trauma syndrom » (1974), ont mis en évidence les séquelles psychologiques et somatiques d'une autre sorte de traumatisme passée sous silence depuis l'abandon par Sigmund Freud lui-même de sa propre théorie de la séduction. Il s'agit du traumatisme à la suite d'un viol ou d'une agression sexuelle.

Avec la psychiatrie militaire, les études sur le traumatisme psychologique étaient d'abord centrées sur les hommes. Burgess et Holstrom, de l'hôpital Boston City View, ont décrit le «syndrome du traumatisme de viol» (Rape trauma syndrom ) faisant remarquer la similarité des cauchemars et du surgissement inopiné d'images terrifiantes chez les femmes victimes de viol et les anciens combattants qui souffrent de névroses traumatiques de guerre. À la même époque, Kempes (1978) entreprenait ses travaux sur les enfants battus et ses recherches systématiques sur les effets de la violence familiale (Van der Kolk et al.,1996).

Aux États-Unis à la même époque, Horowitz (1978) proposait un modèle du syndrome de la réponse au stress (Stress Response Syndrom) fondé sur des expériences de psychothérapie avec des victimes d’évènements ayant mis leur vie en danger. Horowitz s'est inspiré du traumatisme à deux temps de Freud, dans sa théorie de la séduction proposée et abandonnée par lui-même, pour définir les réponses en deux phases (biphasic responses ). Terr (1979,1983) a mis l'accent sur le développement des effets du trauma dans le fonctionnement psychologique chez les enfants enlevés dans un autobus scolaire à Chowchilla en Californie. Kristal (1978) a mis en évidence les effets du trauma dans la capacité à verbaliser les expériences intimes, dans la somatisation et dans la fonction symbolique. L'influence, aux États-Unis, des pacifistes et des féministes a poussé à faire reconnaître les traumatismes résultant des violences civiles, familiales et sexuelles et a contribué à faire progresser les recherches dans ce domaine pour aboutir à une description rigoureuse et précise du TSPT (Trouble de Stress Post-Traumatique) et à son inscription en 1980 dans le DSM (Diagnosis and Statistical Manual of Mental Disorder, 3ème édition de American Psychiatric Association ) et en 1992 à la Classification internationale des maladies (CIM), 10ème édition de l'Organisation Mondiale de la Santé.

  • Finalement, le trouble du stress post-traumatique se présente en deux temps. Au premier temps est la blessure psychique (trauma) d'un fait physique inattendu et horrible qui cause une grande frayeur chez le sujet en situation d'impuissance à faire face à ce fait. Au deuxième temps est le retour, à certaine occasion, de cette souffrance du passé qui ne cesse pas d'être présent.

Symptômes persistants [modifier]

Le patient souffrant d'un SSPT se plaint d'un sentiment de désespoir ou d'horreur associés à une triade de symptômes persistants :

  • L'intrusion : La personne revit l’événement traumatisant. Il ne s’agit pas seulement de vagues réminiscences, mais d’incapacité à empêcher ces souvenirs de revenir nous hanter. Certains parlent même de reviviscence pour dire à quel point il s’agit davantage de véritables flash-back envahissants que de simples souvenirs. En effet, l'angoisse ressentie lors de l'expérience traumatisante peut être de nouveau éprouvée au moment du souvenir. Les cauchemars sont une autre manifestation de ce type de symptôme.
  • L'évitement : L’individu tente d’éviter les situations et les facteurs déclencheurs qui pourraient lui rappeler l’événement traumatisant. Il aura aussi tendance à éviter d’en parler pour éviter d’y être confronté directement. Cela peut conduire jusqu'à une amnésie partielle ou totale de l'événement. Un autre aspect de l’évitement est l’émoussement des émotions qui peut aller jusqu’à une insensibilité émotive. La personne perd intérêt dans des activités qui autrefois la passionnaient, se replie sur elle-même et fuit ses proches[1].
  • L'hyperstimulation : Le patient souffrant d'SSPT a plusieurs symptômes d’hypervigilance et a par conséquent de la difficulté à se concentrer et à mener à terme ses activités. Il peut avoir notamment de l’insomnie, de la nervosité, une tendance à s'effrayer facilement, une impression constante de danger ou de désastre imminent, une grande irritabilité ou même un comportement violent. Chez les enfants, on constate un comportement désorganisé ou agité. Un sentiment intense de détresse psychique peut survenir lorsque la personne est exposée à des éléments qui évoquent l'événement traumatisant.

Ces troubles s’accompagnent parfois de dépression, de conduites pathologiques (alcoolisme, toxicomanie, tendance suicidaire) et peuvent entraîner une grande invalidation sociale (perte d'emploi, conflits familiaux). Faute de prise en charge, l'état anxieux peut persister.

La prise en charge du patient souffrant de SSPT est nécessaire mais délicate en cas de dissociation profonde de la personnalité. Les seuls traitements efficaces actuellement sont les thérapies comportementales et cognitives et surtout l’EMDR. Cette thérapie de découverte récente (1987) est maintenant reconnue comme efficace pour le traitement des syndromes post-traumatiques par l’INSERM (France, 2004), l’American Psychiatric Association (USA, 2004), le Veteran Administration-Department of Defense (USA, 2004), et le National Institute for Clinical Excellence (R.U., 2005). Dans bien des cas des ESPT (Etats de Stress Post Traumatique) peuvent être, par ce moyen, définitivement résolus en quelques séances. Sur un plan médicamenteux quelques antidépresseurs et quelques bêtabloquants semblent être efficaces. Les autres approches psychothérapeutiques, à part l’hypnose de maniement délicat, n’ont apparemment aucune effet positif. Par ailleurs, les études (Méta-étude de Nathalie Prieto 2004) sur le débriefing (psychologie) incitent à la prudence quand à ce type d'approche si elle est mal indiquée ou maladroitement menée, ce qui paraît être souvent le cas.

Ces dernières années donc, des résultats très positifs ont été observés chez des patients soignés par l'EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing) ou par l'hypnose (Hypnose ericksonienne).

Les évitements et le retrait [modifier]

Par les évitement et le retrait, ces manifestations sont proches de celles de l’autisme.

L'évitement de tout ce qui rappelle l'évènement traumatique est la principale réponse à un traumatisme psychologique. Alors, éviter d'y penser devient un impératif chez des sujets traumatisés (Newman et al., 1996). Le DSM-IV a dressé une liste de différents types d'évitement, comme les activités, les conversations, les personnes, les places et les réminiscences reliées à l'évènement traumatique. Tous ces types d'évitement servent à protéger le sujet du contact avec tout ce qui peut lui rappeler le drame (Carlson, 1997). Ce qui signifie qu'après avoir vécu l'évènement traumatique, le sujet devient très sensible à tout ce qui peut lui rappeler cette expérience dramatique. Les indices de cette expérience dramatique peuvent avoir une double signification : le rappel de la souffrance lors de l'évènement traumatique et le danger imminent d'un recommencement du drame. Pour Carlson, l'évitement post-traumatique peut se manifester sur les plans affectif, cognitif, comportemental et physiologique.

  • L'évitement affectif

À la suite d'un traumatisme psychologique, habituellement, le sujet présente une indifférence émotionnelle qui se manifeste sous la forme d’un détachement vis- à-vis les autres congénères et de tentatives d’évacuer les émotions et sentiments (Carlson, 1997). L'évitement des émotions fortes protège le sujet d'une poussée émotive associée au drame. Un sujet peut éviter une situation où peuvent se présenter de fortes émotions, comme les disputes, les films d'horreur, etc. L'évitement affectif peut prendre la forme d'isolement des affects et d'isolement social (Carlson, 1997).

  • L'évitement comportemental

Comme toutes les autres formes d'évitement, l'évitement comportemental consiste à s'éloigner de tout ce qui peut rappeler le drame, comme les conduites, les personnes, les endroits et les situations associées au drame. Cet évitement comportemental peut être intentionnel, mais le plus souvent il est involontaire.

  • L'évitement physiologique

L’évitement physiologique est une sorte d'anesthésie des sensations ou indifférence sensorielle. Les traumatisés rapportent avoir une atténuation des sensations de plaisir ou de douleur. L'évitement physiologique s'observe également dans l’annulation ou l’atténuation des sensations liées à l'expérience du traumatisme chronique (Herman, 1992). Les recherches cliniques menées auprès des sujets ont relevé, à la fois, la reviviscence et l'évitement des symptômes après des évènements traumatiques singuliers (Fletcher, 1996; Nader, 1996; Putnam, 1996). Pynoos et al., (1996) font remarquer l'extrême complexité des réponses post-traumatiques chez les sujets. Ils soulignent aussi la nécessité d’une approche développementale pour comprendre ces réponses post-traumatiques . Tandis que le TSPT s'observe chez des personnes à la suite de toutes sortes d'évènements traumatiques, la recherche clinique a montré qu'un TSPT complet et caractérisé se rencontre moins souvent chez des enfants que chez des adultes après un désastre (McNally, 1993; Ribbe, Lipovski et Freedy, 1995, cités par Carlson 1997). Par contre, les enfants sont plus sensibles que les adultes aux violences interpersonnelles.

Ces réminiscences véhiculent un vécu renouvelé de terreur d'une façon tellement réaliste que naît le sentiment de la répétition imminente du drame.

La peur d'avoir peur peut conduire un sujet à éviter un nombre de plus en plus grand d’activités de façon à éviter des émotions, des sentiments et des souvenirs. Plutôt que d'aller de l'avant dans son développement, le sujet semble rester immobile sur place, évitant les risques normaux de l'aventure du développement et de la croissance (Pynoos et al., 1996). En mettant de tels efforts pour se protéger, il n’en reste plus beaucoup pour le travail, le jeu et tout ce qui fait une vie d'une personne. Les sujets évitent tout ce qui remet en mémoire ce qu'ils veulent oublier. L'évitement peut également, parfois, prendre la forme d’une agressivité nécessaire ou d’un attrait pour des activités risquées et dangereuses ou le retrait extrême.

Les modèles explicatifs [modifier]

Pour rendre intelligibles les manifestations ou symptômes et pour résoudre cet énigme (puzzle) afin de concevoir des traitements appropriés se déploie un éventail de modèles explicatifs, de l’approche écosystémique jusqu’à la psychanalyse en passant par le conditionnement opérant et l'assimilation de Jean Piaget, sans oublier la psychoneurologie de J. Roques.

Il est difficile de trouver un modèle qui rende complètement compte de l'apparition de tous les symptômes du TSPT. Les symptômes les moins bien expliqués par la plupart des modèles sont les manifestations d'hyperactivité neurovégétative et peu ou pas le développement et le maintien des symptômes intrusifs. Parviennent à rendre compte de ce phénomène d'intrusion Horowitz (1986), avec sa notion d'information qui émerge à la conscience, Foa et al. (1989), avec leur réseau de structures de peur ainsi que Jones et Barlow (1992, cités par Brillon et al.,1996) qui identifient un état de prédisposition aux symptômes intrusifs, sans oublier le modèle psychoneurologique de J. Roques (2004) qui fait l'hypothèse d'un traitement de l'information rendu impossible par la nature même de celle-ci. Dans l'ensemble, les symptômes d'évitement sont bien expliqués.

On peut distinguer quatre types de modèles explicatifs : psychologiques, cognitivistes, comportementalistes et psychoneurologiques (ce dernier n'excluant pas les trois autres).

  • Le modèle d'Horowitz (1986, 1993)

Le modèle d’Horowitz est une combinaison de notions psychanalytiques, d'éléments de gestion de stress de Lazarus (1966, cité par Brillon et al., 1996) et de notions piagétiennes de traitement de l'information. Ce modèle conçoit les symptômes du TSPT comme une réponse à un nombre excessif d'informations que constitue le fait traumatisant par rapport à la capacité de la victime à intégrer adéquatement ces nouvelles informations aux schèmes cognitifs antérieurs.

L'intégration de l'expérience traumatique amènerait la résolution des symptômes. Cette intégration est conçue comme un processus de deuil. Elle s'effectue par une modification progressive du sens (entendu à la fois comme orientation, pertinence et signification) de l'information nouvelle et des schèmes d'interprétation préexistants.

Les processus piagétiens d'assimilation et d'accommodation se superposent aux conflits psychodynamiques et aux traits de personnalité déjà présents chez la victime.

Ce processus peut être interrompu par les mécanismes de défense de la victime. Le modèle d'Horowitz se déploie en un déroulement à deux phases dans lesquelles les réponses au fait traumatisant sont classées en « =normales» ou en «pathologiques» suivant le degré d'intensité de ces manifestations, dans la relativité du normal et du pathologique.

La première phase est dite «de protestation» ou «d'indignation». Les réponses «normales» sont la peur, la rage et la confusion dans l'oscillation des approches-retraits vis-à-vis l'entourage. Les réponses «pathologiques» se manifestent par des attaques de panique, des psychoses réactionnelles ou des symptômes de dissociation dont l'origine ou l'étiologie est une surcharge de l'appareil psychique et physique à traiter adéquatement le flux déferlant du fait traumatisant ordinaires. C’est le stress classique de Hans Selye.

La deuxième phase dite «d'évitement» suit. Elle s’exprime par le déni et le détachement des affects utilisés comme des «mécanismes de défense» pour enfouir dans l'inconscient le souvenir du fait traumatisant ou «enfermer le cadavre dans le placard» afin de protéger l'intégrité et l'équilibre psychologique. Les manifestations «normales» de cette phase de déni et de détachement sont la passivité psychoaffective, l'émoussement des affects étudiés par André Green, les troubles mnémoniques et la passivité comportementale.

Les réponses « pathologiques » de cette phase sont la sensation d'irréalité, les tentatives inappropriées d'éviter les contacts imaginaires et les confrontations avec la mort symbolique dans des comportements de fugue et de phobie qui se manifestent dans des toxicomanies de toute sorte avec des abus répétitifs, impulsifs et compulsifs d'alcool, de drogue, de travail, etc.

Dans le modèle d'Horowitz, le souvenir du fait traumatisant reste présent et constant dans l'inconscient sous sa forme brute et retourne au conscient pour être re-analysé. Ce passé qui ne cesse d'être présent inopinément est une manifestation d'intrusion.

Les intrusions «normales» dans la conscience sont des souvenirs, des réminiscences, des ruminations et des radotages lorsqu'elles sont verbalisées. Les cauchemars terrorisants, les hallucinations et les émotions incontrôlables sont des intrusions «pathologiques».

L'oscillation entre évitement et intrusion permet une intégration progressive du traumatisme, les pensées intrusives diminuent en intensité et en fréquence. Le sujet entreprend le début d'une « normalisation » a posteriori de l'anormal a priori, l'acceptation a posteriori de l'inacceptable a priori et la dénomination a posteriori de l'innommable a priori.

En d'autres termes, le matériel cognitif intrusif continue à se présenter à la conscience jusqu'à ce qu'il s'intègre par assimilation et accommodation piagétiennes à l'ancien schème cognitif tout en contribuant à générer un nouveau schème cognitif dans la résolution complète.

  • Le modèle de Janoff-Bulman (1992)

Comme le modèle d'Horowitz, celui de Janoff-Bulman ( cités par Brillon et al., 1996) combine aussi des éléments psychodynamiques et des notions cognitivistes .

Il s’agit de la conception du monde et de soi au monde construite depuis la petite enfance et fondée sur des interactions chaleureuses et bienveillantes avec les parents et l'entourage immédiat. Janoff-Bulman fait ici appel à la notion de confiance de base d'Erik Erikson, aux théories de l’attachement de John Bowlby et à la relation d’objet de Heinz Kohut. Cette conception du monde et de soi a été trahie et invalidée par la survenue brutale et subite du fait traumatisant.

Le sujet a la conception d'un monde juste, bienveillant, logique et intelligible et la conception de soi comme un individu valide et valable. Le degré de traumatisme vient de l'écart entre ses propres conceptions et les significations et valeurs qu’il attribue au fait brutal et subit qui lui est arrivé. Ce fait invalide ses conceptions et provoque un sentiment de trahison de la confiance mise dans ses conceptions. Au sentiment de trahison s'ajoute un sentiment d'injustice qui peut s’exprimer ainsi : « Pourquoi est-ce arrivé à moi ?» «Qu'ai-je fait pour mériter cela?».

Il en résulte un sentiment de culpabilité souvent renforcé socialement lorsque l’entourage blâme la victime. L'individu «normal» possède un sentiment profond de sécurité et de confiance. Le fait traumatisant vient détruire ces certitudes et le monde devient anxiogène. L'individu est obligé de construire un nouveau monde et un nouveau soi au monde.



16/05/2008
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