Une mémoire de travail inhumaine pour les chimpanzés !
| Une mémoire de travail inhumaine ! | |
| Écrit par Dominique Cazin | |
| 05-12-2007 | |
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Tetsuro Matsuzawa et Sana Inoue ont développé une tâche de mémoire de travail dans laquelle des chiffres apparaissent durant une fraction de seconde avant d’être masqués par des carrés blancs. Les participants doivent alors toucher les carrés en respectant l’ordre numérique précédemment établi. La durée de présentation des chiffres était aléatoire et comprise entre 600 ms et 210 ms. Les étudiants impliqués dans cette tâche ont vu leur pourcentage de bonnes réponses décliner en fonction du délai de présentation (moins bonnes réponses pour les temps les plus courts). A 210ms, les résultats étaient attendus puisque cette durée de présentation correspond à la fréquence de balayage de l’œil humain, empêchant donc les étudiants de percevoir suffisamment rapidement tous les numéros présentés sur l’écran. Les chercheurs ont découvert qu’il en était de même pour les chimpanzés âgés en observant Ai, un primate de plusde 20 ans.
Par contre, les résultats se sont avérés très différents pour plusieurs jeunes chimpanzés. Ayumu , l’un de ces primates (7 ans), n’a montré aucune baisse de performances et ce quel que soit le temps de présentation des chiffres à l’écran. Ces jeunes chimpanzés ont fait preuve d’une capacité proche de ce que certains appellent la mémoire eidétique, une faculté à former très rapidement des souvenirs d'une grande quantité d'images, de sons ou d'objets dans leurs moindres détails. Une telle mémoire « photographique » est connue pour être présente chez certains jeunes enfants, capacité qui disparaît avec la maturation. Pour l’auteur, une mémoire de travail très rapide est sans aucun doute une habileté très utile pour les chimpanzés. « Supposons qu’un groupe de mâles rencontre un autre groupe durant une patrouille de leur territoire. Il est primordial de savoir combien d’ennemis sont présents et où ils se trouvent » souligne Matzuzawa. « De même, si un singe arrive devant un figuier gigantesque, il doit très rapidement mémoriser l’emplacement de tous les fruits mûres mais aussi la place des autres mâles car il n’est pas admis qu’un singe se nourrisse à coté d’un mâle d’un rang supérieur ». Maintenant, les chercheurs japonais vont devoir déterminer sur quelle durée la trace mnésique persiste. Lors d’un essai, Ayumu a été distrait pendant 10 secondes (voir vidéo 3) et a tout de même réussi à restituer tous les chiffres dans le bon ordre. Matsuzawa suggère que les humains auraient perdu cette mémoire eidétique au cours de leur évolution laissant ainsi au cerveau la possibilité de mettre en place d’autres processus très complexes comme le langage. Reference: Inoue, S. & Matsuzawa, T. (2007). Working memory of numerals in chimpanzees. Curr. Biol. 17: R1004-R1005. [Abstract ] |

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